Abitur NRW Französisch 2021 · LK · Haupttermin · fortgeführt
Abiturprüfung Französisch in Nordrhein-Westfalen 2021, LK · Haupttermin · fortgeführt: 12 Aufgaben mit Lösungen. Mit automatischer Korrektur.
Themen der Prüfung: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Analyse nicht-literarischer Texte und Dokumentvergleich (Analysez / Mettez en rapport) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage) · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Aufgabe HT 1 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Klausurteil A
Elodie Chermann
Pour les jeunes diplômés, difficile d'échapper aux stéréotypes générationnels
Chez les employeurs, les normes associées à la « génération Y 1 » et à la jeunesse sont
plus puissantes en France qu'ailleurs en Europe, selon une étude.
Lorsqu'elle a débarqué sur le marché du travail, début août, avec son double master en
ressources humaines et gestion sous le bras, Zoë était pleine de confiance, pleine
5 d'enthousiasme. Mais sans doute un peu « trop ». « Quand j'ai dit au recruteur que j'avais
plein d'idées pour l'entreprise, il m'a soupçonnée d'avoir un problème avec l'autorité, relate la
jeune femme de 26 ans avec amertume. Je lui ai répondu qu'on pouvait être à la fois
ambitieuse et respectueuse de la hiérarchie. Il m'a dit que je donnais l'impression de n'en faire
qu'à ma tête, et que c'était symptomatique des gens de mon âge. […]
10 Les jeunes diplômés sont-ils prisonniers de stéréotypes qu'on accole à leur génération ?
Comment échapper à ces images et ces associations, lorsqu'on ne s'y reconnaît pas ? Tel est
l'objet d'une étude publiée en juillet 2019 par Jean Pralong, professeur de gestion 2 des
ressources humaines à l'EM Normandie 3. Le chercheur a suivi les carrières de titulaires de
masters en gestion, et interrogé des managers et des cadres des ressources humaines sur
15 leur perception des jeunes diplômés dans l'Hexagone et dans cinq pays européens (Royaume-
Uni, Portugal, Suisse, Pays-Bas et Allemagne). […]
Trois stéréotypes sur les « jeunes diplômés » sont ressortis: les jeunes débutant leur carrière
aujourd'hui seraient très attachés à l'équilibre vie privée/vie professionnelle, auraient de fortes
attentes sur le cadre de travail et seraient difficiles à fidéliser. Ils seraient très individualistes,
20 auraient du mal à supporter l'autorité, ce qui complique leur intégration dans des équipes. Ils
seraient très, voire trop créatifs. « Toutes ces croyances sont relativement partagées dans les
six pays étudiés. Mais c'est en France qu'elles sont les plus fortes, d'après nos résultats »,
explique Jean Pralong.
Un des constats de départ de son étude: à compétences égales, selon Eurostat 4, les jeunes
25 diplômés sont moins attractifs en France que dans les autres pays européens. Les bac + 5 5
tricolores sont 9,2 % à être au chômage un an après leur diplôme, contre seulement 3,7 %
pour leurs homologues du reste de l'Union européenne.
Le chercheur y voit un effet direct des « images négatives » associées aux jeunes en
France. « Les caractéristiques supposées des jeunes sont des handicaps à leur insertion.
30 Elles font hésiter les entreprises avant de recruter un jeune diplômé et avant de créer des
postes qui leur sont destinés. Elles expliqueraient le choix des CDD 6 comme stratégie de pré-
embauche, c'est-à-dire comme moyen de vérifier concrètement qu'un jeune candidat va se
comporter de façon adéquate. » […]
« Les recruteurs français ont l'idée que c'est une forme de risque d'embaucher quelqu'un qui
35 sort tout juste de ses études », analyse le sociologue François Dubet, professeur émérite à
l'université de Bordeaux. « Parce que, pensent-ils, il va faire la fête, il ne sera pas fiable et ne
jouera pas le jeu de l'entreprise. » […]
Dans quelle mesure ces stéréotypes reflètent-ils une part de réalité commune à une génération ?
Difficile d'apporter une réponse tranchée. « Une génération est un groupement d'individus
40 qui n'ont de commun que l'âge, estime Jean Pralong. Un fils de boucher originaire de province
ressemblera davantage à ses parents, qui ont la même culture d'appartenance, qu'à un enfant
d'un cadre parisien pourtant de la même génération. » Pour François Sarfati, professeur de
sociologie à l'université Paris-Saclay, il faudrait arrêter de « voir les nouveaux entrants dans
la vie active comme un tout unifié. La jeunesse est plurielle, y compris dans son rapport au
45 travail ».
On retrouve cependant des caractéristiques communes, qui ne sont pas fonction de l'âge,
mais plutôt du niveau de diplôme et de la catégorie sociale. « Un jeune issu des classes
populaires, avec peu de qualifications, va simplement attendre de trouver un boulot stable, si
possible pas trop mal payé. Quelqu'un de très qualifié et issu d'un milieu favorisé va davantage
50 chercher à se réaliser et à concilier harmonieusement vies professionnelle et personnelle, à
trouver un sens particulier à son activité », distingue le sociologue.
Chez les jeunes bac + 5, issus de milieux sociaux comparables, des traits communs
existeraient… En particulier la volonté, très forte, de trouver du sens. « Les jeunes très
diplômés sont souvent vus comme des casse-pieds, parce qu'avant de faire quelque chose,
55 ils ont besoin de comprendre à quoi ça sert », affirme Laurence de Fontenay, directrice
générale chargée des ressources humaines chez Randstad 7, leader mondial du recrutement
et des services RH 8. De là à leur préférer quelqu'un d'un peu plus âgé, il y a un pas:
« Ces jeunes bousculent nos habitudes. Mais ils nous obligent aussi à questionner nos
pratiques, et à nous remettre en question en permanence, ce qui est à la fois sain et très
60 stimulant. »
Aux recruteurs donc de revoir leur copie. « Les stéréotypes étant très résistants, le seul moyen
de faire bouger les lignes serait de changer les outils de recrutement », assure Jean Pralong,
qui croit à l'intelligence artificielle pour trier les CV, aux mises en situation, et au
développement de nouveaux outils d'évaluation de compétences. « Plus on évaluera les
65 candidats en fonction de ce qu'ils devront savoir faire, moins on laissera de place aux
préjugés. »
Notes / Worterläuterungen
1 génération Y: les jeunes, nés entre le début des années 1980 et la fin des années 1990
2 gestion des ressources humaines (f): Personalmanagement
3 EM Normandie: Grande Ecole de Commerce et de Management
4 Eurostat: une institution européenne qui fournit des statistiques sur l'Union européenne
5 les bac +5: les jeunes qui ont obtenu le bac et acquis un diplôme au bout de 5 ans d'études
6 CDD – contrat à durée déterminée: Zeitvertrag
7 Randstad: internationale Personalvermittlung
8 RH: ressources humaines
1. Présentez la situation professionnelle des jeunes diplômés en France ainsi que les difficultés qu'ils rencontrent sur le marché du travail. (compréhension) [10 Punkte]
Aufgabe HT 1 - 2 · Analyse nicht-literarischer Texte und Dokumentvergleich (Analysez / Mettez en rapport)
Klausurteil A
Elodie Chermann
Pour les jeunes diplômés, difficile d'échapper aux stéréotypes générationnels
Chez les employeurs, les normes associées à la « génération Y 1 » et à la jeunesse sont
plus puissantes en France qu'ailleurs en Europe, selon une étude.
Lorsqu'elle a débarqué sur le marché du travail, début août, avec son double master en
ressources humaines et gestion sous le bras, Zoë était pleine de confiance, pleine
5 d'enthousiasme. Mais sans doute un peu « trop ». « Quand j'ai dit au recruteur que j'avais
plein d'idées pour l'entreprise, il m'a soupçonnée d'avoir un problème avec l'autorité, relate la
jeune femme de 26 ans avec amertume. Je lui ai répondu qu'on pouvait être à la fois
ambitieuse et respectueuse de la hiérarchie. Il m'a dit que je donnais l'impression de n'en faire
qu'à ma tête, et que c'était symptomatique des gens de mon âge. […]
10 Les jeunes diplômés sont-ils prisonniers de stéréotypes qu'on accole à leur génération ?
Comment échapper à ces images et ces associations, lorsqu'on ne s'y reconnaît pas ? Tel est
l'objet d'une étude publiée en juillet 2019 par Jean Pralong, professeur de gestion 2 des
ressources humaines à l'EM Normandie 3. Le chercheur a suivi les carrières de titulaires de
masters en gestion, et interrogé des managers et des cadres des ressources humaines sur
15 leur perception des jeunes diplômés dans l'Hexagone et dans cinq pays européens (Royaume-
Uni, Portugal, Suisse, Pays-Bas et Allemagne). […]
Trois stéréotypes sur les « jeunes diplômés » sont ressortis: les jeunes débutant leur carrière
aujourd'hui seraient très attachés à l'équilibre vie privée/vie professionnelle, auraient de fortes
attentes sur le cadre de travail et seraient difficiles à fidéliser. Ils seraient très individualistes,
20 auraient du mal à supporter l'autorité, ce qui complique leur intégration dans des équipes. Ils
seraient très, voire trop créatifs. « Toutes ces croyances sont relativement partagées dans les
six pays étudiés. Mais c'est en France qu'elles sont les plus fortes, d'après nos résultats »,
explique Jean Pralong.
Un des constats de départ de son étude: à compétences égales, selon Eurostat 4, les jeunes
25 diplômés sont moins attractifs en France que dans les autres pays européens. Les bac + 5 5
tricolores sont 9,2 % à être au chômage un an après leur diplôme, contre seulement 3,7 %
pour leurs homologues du reste de l'Union européenne.
Le chercheur y voit un effet direct des « images négatives » associées aux jeunes en
France. « Les caractéristiques supposées des jeunes sont des handicaps à leur insertion.
30 Elles font hésiter les entreprises avant de recruter un jeune diplômé et avant de créer des
postes qui leur sont destinés. Elles expliqueraient le choix des CDD 6 comme stratégie de pré-
embauche, c'est-à-dire comme moyen de vérifier concrètement qu'un jeune candidat va se
comporter de façon adéquate. » […]
« Les recruteurs français ont l'idée que c'est une forme de risque d'embaucher quelqu'un qui
35 sort tout juste de ses études », analyse le sociologue François Dubet, professeur émérite à
l'université de Bordeaux. « Parce que, pensent-ils, il va faire la fête, il ne sera pas fiable et ne
jouera pas le jeu de l'entreprise. » […]
Dans quelle mesure ces stéréotypes reflètent-ils une part de réalité commune à une génération ?
Difficile d'apporter une réponse tranchée. « Une génération est un groupement d'individus
40 qui n'ont de commun que l'âge, estime Jean Pralong. Un fils de boucher originaire de province
ressemblera davantage à ses parents, qui ont la même culture d'appartenance, qu'à un enfant
d'un cadre parisien pourtant de la même génération. » Pour François Sarfati, professeur de
sociologie à l'université Paris-Saclay, il faudrait arrêter de « voir les nouveaux entrants dans
la vie active comme un tout unifié. La jeunesse est plurielle, y compris dans son rapport au
45 travail ».
On retrouve cependant des caractéristiques communes, qui ne sont pas fonction de l'âge,
mais plutôt du niveau de diplôme et de la catégorie sociale. « Un jeune issu des classes
populaires, avec peu de qualifications, va simplement attendre de trouver un boulot stable, si
possible pas trop mal payé. Quelqu'un de très qualifié et issu d'un milieu favorisé va davantage
50 chercher à se réaliser et à concilier harmonieusement vies professionnelle et personnelle, à
trouver un sens particulier à son activité », distingue le sociologue.
Chez les jeunes bac + 5, issus de milieux sociaux comparables, des traits communs
existeraient… En particulier la volonté, très forte, de trouver du sens. « Les jeunes très
diplômés sont souvent vus comme des casse-pieds, parce qu'avant de faire quelque chose,
55 ils ont besoin de comprendre à quoi ça sert », affirme Laurence de Fontenay, directrice
générale chargée des ressources humaines chez Randstad 7, leader mondial du recrutement
et des services RH 8. De là à leur préférer quelqu'un d'un peu plus âgé, il y a un pas:
« Ces jeunes bousculent nos habitudes. Mais ils nous obligent aussi à questionner nos
pratiques, et à nous remettre en question en permanence, ce qui est à la fois sain et très
60 stimulant. »
Aux recruteurs donc de revoir leur copie. « Les stéréotypes étant très résistants, le seul moyen
de faire bouger les lignes serait de changer les outils de recrutement », assure Jean Pralong,
qui croit à l'intelligence artificielle pour trier les CV, aux mises en situation, et au
développement de nouveaux outils d'évaluation de compétences. « Plus on évaluera les
65 candidats en fonction de ce qu'ils devront savoir faire, moins on laissera de place aux
préjugés. »
Notes / Worterläuterungen
1 génération Y: les jeunes, nés entre le début des années 1980 et la fin des années 1990
2 gestion des ressources humaines (f): Personalmanagement
3 EM Normandie: Grande Ecole de Commerce et de Management
4 Eurostat: une institution européenne qui fournit des statistiques sur l'Union européenne
5 les bac +5: les jeunes qui ont obtenu le bac et acquis un diplôme au bout de 5 ans d'études
6 CDD – contrat à durée déterminée: Zeitvertrag
7 Randstad: internationale Personalvermittlung
8 RH: ressources humaines
2. Expliquez comment l'auteure présente cette situation et ces problèmes, en vous appuyant sur la stratégie argumentative et sur les moyens linguistiques. (analyse) [18 Punkte]
Aufgabe HT 1 - 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
Klausurteil A
Elodie Chermann
Pour les jeunes diplômés, difficile d'échapper aux stéréotypes générationnels
Chez les employeurs, les normes associées à la « génération Y 1 » et à la jeunesse sont
plus puissantes en France qu'ailleurs en Europe, selon une étude.
Lorsqu'elle a débarqué sur le marché du travail, début août, avec son double master en
ressources humaines et gestion sous le bras, Zoë était pleine de confiance, pleine
5 d'enthousiasme. Mais sans doute un peu « trop ». « Quand j'ai dit au recruteur que j'avais
plein d'idées pour l'entreprise, il m'a soupçonnée d'avoir un problème avec l'autorité, relate la
jeune femme de 26 ans avec amertume. Je lui ai répondu qu'on pouvait être à la fois
ambitieuse et respectueuse de la hiérarchie. Il m'a dit que je donnais l'impression de n'en faire
qu'à ma tête, et que c'était symptomatique des gens de mon âge. […]
10 Les jeunes diplômés sont-ils prisonniers de stéréotypes qu'on accole à leur génération ?
Comment échapper à ces images et ces associations, lorsqu'on ne s'y reconnaît pas ? Tel est
l'objet d'une étude publiée en juillet 2019 par Jean Pralong, professeur de gestion 2 des
ressources humaines à l'EM Normandie 3. Le chercheur a suivi les carrières de titulaires de
masters en gestion, et interrogé des managers et des cadres des ressources humaines sur
15 leur perception des jeunes diplômés dans l'Hexagone et dans cinq pays européens (Royaume-
Uni, Portugal, Suisse, Pays-Bas et Allemagne). […]
Trois stéréotypes sur les « jeunes diplômés » sont ressortis: les jeunes débutant leur carrière
aujourd'hui seraient très attachés à l'équilibre vie privée/vie professionnelle, auraient de fortes
attentes sur le cadre de travail et seraient difficiles à fidéliser. Ils seraient très individualistes,
20 auraient du mal à supporter l'autorité, ce qui complique leur intégration dans des équipes. Ils
seraient très, voire trop créatifs. « Toutes ces croyances sont relativement partagées dans les
six pays étudiés. Mais c'est en France qu'elles sont les plus fortes, d'après nos résultats »,
explique Jean Pralong.
Un des constats de départ de son étude: à compétences égales, selon Eurostat 4, les jeunes
25 diplômés sont moins attractifs en France que dans les autres pays européens. Les bac + 5 5
tricolores sont 9,2 % à être au chômage un an après leur diplôme, contre seulement 3,7 %
pour leurs homologues du reste de l'Union européenne.
Le chercheur y voit un effet direct des « images négatives » associées aux jeunes en
France. « Les caractéristiques supposées des jeunes sont des handicaps à leur insertion.
30 Elles font hésiter les entreprises avant de recruter un jeune diplômé et avant de créer des
postes qui leur sont destinés. Elles expliqueraient le choix des CDD 6 comme stratégie de pré-
embauche, c'est-à-dire comme moyen de vérifier concrètement qu'un jeune candidat va se
comporter de façon adéquate. » […]
« Les recruteurs français ont l'idée que c'est une forme de risque d'embaucher quelqu'un qui
35 sort tout juste de ses études », analyse le sociologue François Dubet, professeur émérite à
l'université de Bordeaux. « Parce que, pensent-ils, il va faire la fête, il ne sera pas fiable et ne
jouera pas le jeu de l'entreprise. » […]
Dans quelle mesure ces stéréotypes reflètent-ils une part de réalité commune à une génération ?
Difficile d'apporter une réponse tranchée. « Une génération est un groupement d'individus
40 qui n'ont de commun que l'âge, estime Jean Pralong. Un fils de boucher originaire de province
ressemblera davantage à ses parents, qui ont la même culture d'appartenance, qu'à un enfant
d'un cadre parisien pourtant de la même génération. » Pour François Sarfati, professeur de
sociologie à l'université Paris-Saclay, il faudrait arrêter de « voir les nouveaux entrants dans
la vie active comme un tout unifié. La jeunesse est plurielle, y compris dans son rapport au
45 travail ».
On retrouve cependant des caractéristiques communes, qui ne sont pas fonction de l'âge,
mais plutôt du niveau de diplôme et de la catégorie sociale. « Un jeune issu des classes
populaires, avec peu de qualifications, va simplement attendre de trouver un boulot stable, si
possible pas trop mal payé. Quelqu'un de très qualifié et issu d'un milieu favorisé va davantage
50 chercher à se réaliser et à concilier harmonieusement vies professionnelle et personnelle, à
trouver un sens particulier à son activité », distingue le sociologue.
Chez les jeunes bac + 5, issus de milieux sociaux comparables, des traits communs
existeraient… En particulier la volonté, très forte, de trouver du sens. « Les jeunes très
diplômés sont souvent vus comme des casse-pieds, parce qu'avant de faire quelque chose,
55 ils ont besoin de comprendre à quoi ça sert », affirme Laurence de Fontenay, directrice
générale chargée des ressources humaines chez Randstad 7, leader mondial du recrutement
et des services RH 8. De là à leur préférer quelqu'un d'un peu plus âgé, il y a un pas:
« Ces jeunes bousculent nos habitudes. Mais ils nous obligent aussi à questionner nos
pratiques, et à nous remettre en question en permanence, ce qui est à la fois sain et très
60 stimulant. »
Aux recruteurs donc de revoir leur copie. « Les stéréotypes étant très résistants, le seul moyen
de faire bouger les lignes serait de changer les outils de recrutement », assure Jean Pralong,
qui croit à l'intelligence artificielle pour trier les CV, aux mises en situation, et au
développement de nouveaux outils d'évaluation de compétences. « Plus on évaluera les
65 candidats en fonction de ce qu'ils devront savoir faire, moins on laissera de place aux
préjugés. »
Notes / Worterläuterungen
1 génération Y: les jeunes, nés entre le début des années 1980 et la fin des années 1990
2 gestion des ressources humaines (f): Personalmanagement
3 EM Normandie: Grande Ecole de Commerce et de Management
4 Eurostat: une institution européenne qui fournit des statistiques sur l'Union européenne
5 les bac +5: les jeunes qui ont obtenu le bac et acquis un diplôme au bout de 5 ans d'études
6 CDD – contrat à durée déterminée: Zeitvertrag
7 Randstad: internationale Personalvermittlung
8 RH: ressources humaines
3.1 « Plus on évaluera les candidats en fonction de ce qu'ils devront savoir faire, moins on laissera de place aux préjugés. » (l. 64 – 66) Commentez cette citation en vous appuyant aussi sur ce que vous avez appris en cours. (commentaire) [14 Punkte]
Aufgabe HT 1 - 3.2 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
Klausurteil A
Elodie Chermann
Pour les jeunes diplômés, difficile d'échapper aux stéréotypes générationnels
Chez les employeurs, les normes associées à la « génération Y 1 » et à la jeunesse sont
plus puissantes en France qu'ailleurs en Europe, selon une étude.
Lorsqu'elle a débarqué sur le marché du travail, début août, avec son double master en
ressources humaines et gestion sous le bras, Zoë était pleine de confiance, pleine
5 d'enthousiasme. Mais sans doute un peu « trop ». « Quand j'ai dit au recruteur que j'avais
plein d'idées pour l'entreprise, il m'a soupçonnée d'avoir un problème avec l'autorité, relate la
jeune femme de 26 ans avec amertume. Je lui ai répondu qu'on pouvait être à la fois
ambitieuse et respectueuse de la hiérarchie. Il m'a dit que je donnais l'impression de n'en faire
qu'à ma tête, et que c'était symptomatique des gens de mon âge. […]
10 Les jeunes diplômés sont-ils prisonniers de stéréotypes qu'on accole à leur génération ?
Comment échapper à ces images et ces associations, lorsqu'on ne s'y reconnaît pas ? Tel est
l'objet d'une étude publiée en juillet 2019 par Jean Pralong, professeur de gestion 2 des
ressources humaines à l'EM Normandie 3. Le chercheur a suivi les carrières de titulaires de
masters en gestion, et interrogé des managers et des cadres des ressources humaines sur
15 leur perception des jeunes diplômés dans l'Hexagone et dans cinq pays européens (Royaume-
Uni, Portugal, Suisse, Pays-Bas et Allemagne). […]
Trois stéréotypes sur les « jeunes diplômés » sont ressortis: les jeunes débutant leur carrière
aujourd'hui seraient très attachés à l'équilibre vie privée/vie professionnelle, auraient de fortes
attentes sur le cadre de travail et seraient difficiles à fidéliser. Ils seraient très individualistes,
20 auraient du mal à supporter l'autorité, ce qui complique leur intégration dans des équipes. Ils
seraient très, voire trop créatifs. « Toutes ces croyances sont relativement partagées dans les
six pays étudiés. Mais c'est en France qu'elles sont les plus fortes, d'après nos résultats »,
explique Jean Pralong.
Un des constats de départ de son étude: à compétences égales, selon Eurostat 4, les jeunes
25 diplômés sont moins attractifs en France que dans les autres pays européens. Les bac + 5 5
tricolores sont 9,2 % à être au chômage un an après leur diplôme, contre seulement 3,7 %
pour leurs homologues du reste de l'Union européenne.
Le chercheur y voit un effet direct des « images négatives » associées aux jeunes en
France. « Les caractéristiques supposées des jeunes sont des handicaps à leur insertion.
30 Elles font hésiter les entreprises avant de recruter un jeune diplômé et avant de créer des
postes qui leur sont destinés. Elles expliqueraient le choix des CDD 6 comme stratégie de pré-
embauche, c'est-à-dire comme moyen de vérifier concrètement qu'un jeune candidat va se
comporter de façon adéquate. » […]
« Les recruteurs français ont l'idée que c'est une forme de risque d'embaucher quelqu'un qui
35 sort tout juste de ses études », analyse le sociologue François Dubet, professeur émérite à
l'université de Bordeaux. « Parce que, pensent-ils, il va faire la fête, il ne sera pas fiable et ne
jouera pas le jeu de l'entreprise. » […]
Dans quelle mesure ces stéréotypes reflètent-ils une part de réalité commune à une génération ?
Difficile d'apporter une réponse tranchée. « Une génération est un groupement d'individus
40 qui n'ont de commun que l'âge, estime Jean Pralong. Un fils de boucher originaire de province
ressemblera davantage à ses parents, qui ont la même culture d'appartenance, qu'à un enfant
d'un cadre parisien pourtant de la même génération. » Pour François Sarfati, professeur de
sociologie à l'université Paris-Saclay, il faudrait arrêter de « voir les nouveaux entrants dans
la vie active comme un tout unifié. La jeunesse est plurielle, y compris dans son rapport au
45 travail ».
On retrouve cependant des caractéristiques communes, qui ne sont pas fonction de l'âge,
mais plutôt du niveau de diplôme et de la catégorie sociale. « Un jeune issu des classes
populaires, avec peu de qualifications, va simplement attendre de trouver un boulot stable, si
possible pas trop mal payé. Quelqu'un de très qualifié et issu d'un milieu favorisé va davantage
50 chercher à se réaliser et à concilier harmonieusement vies professionnelle et personnelle, à
trouver un sens particulier à son activité », distingue le sociologue.
Chez les jeunes bac + 5, issus de milieux sociaux comparables, des traits communs
existeraient… En particulier la volonté, très forte, de trouver du sens. « Les jeunes très
diplômés sont souvent vus comme des casse-pieds, parce qu'avant de faire quelque chose,
55 ils ont besoin de comprendre à quoi ça sert », affirme Laurence de Fontenay, directrice
générale chargée des ressources humaines chez Randstad 7, leader mondial du recrutement
et des services RH 8. De là à leur préférer quelqu'un d'un peu plus âgé, il y a un pas:
« Ces jeunes bousculent nos habitudes. Mais ils nous obligent aussi à questionner nos
pratiques, et à nous remettre en question en permanence, ce qui est à la fois sain et très
60 stimulant. »
Aux recruteurs donc de revoir leur copie. « Les stéréotypes étant très résistants, le seul moyen
de faire bouger les lignes serait de changer les outils de recrutement », assure Jean Pralong,
qui croit à l'intelligence artificielle pour trier les CV, aux mises en situation, et au
développement de nouveaux outils d'évaluation de compétences. « Plus on évaluera les
65 candidats en fonction de ce qu'ils devront savoir faire, moins on laissera de place aux
préjugés. »
Notes / Worterläuterungen
1 génération Y: les jeunes, nés entre le début des années 1980 et la fin des années 1990
2 gestion des ressources humaines (f): Personalmanagement
3 EM Normandie: Grande Ecole de Commerce et de Management
4 Eurostat: une institution européenne qui fournit des statistiques sur l'Union européenne
5 les bac +5: les jeunes qui ont obtenu le bac et acquis un diplôme au bout de 5 ans d'études
6 CDD – contrat à durée déterminée: Zeitvertrag
7 Randstad: internationale Personalvermittlung
8 RH: ressources humaines
3.2 Bien qu'elle ait obtenu son diplôme, Zoë n'a toujours pas décroché d'emploi stable. Le soir d'un entretien d'embauche qui a échoué, elle évoque dans son blog ce qu'elle pense et ce qu'elle ressent face à sa situation sur le marché du travail, ainsi que les solutions envisageables. Mettez-vous à sa place et rédigez son article de blog. (produktiv-gestaltende Teilaufgabe) [14 Punkte]
Aufgabe HT 1 - 4 · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Klausurteil A
Elodie Chermann
Pour les jeunes diplômés, difficile d'échapper aux stéréotypes générationnels
Chez les employeurs, les normes associées à la « génération Y 1 » et à la jeunesse sont
plus puissantes en France qu'ailleurs en Europe, selon une étude.
Lorsqu'elle a débarqué sur le marché du travail, début août, avec son double master en
ressources humaines et gestion sous le bras, Zoë était pleine de confiance, pleine
5 d'enthousiasme. Mais sans doute un peu « trop ». « Quand j'ai dit au recruteur que j'avais
plein d'idées pour l'entreprise, il m'a soupçonnée d'avoir un problème avec l'autorité, relate la
jeune femme de 26 ans avec amertume. Je lui ai répondu qu'on pouvait être à la fois
ambitieuse et respectueuse de la hiérarchie. Il m'a dit que je donnais l'impression de n'en faire
qu'à ma tête, et que c'était symptomatique des gens de mon âge. […]
10 Les jeunes diplômés sont-ils prisonniers de stéréotypes qu'on accole à leur génération ?
Comment échapper à ces images et ces associations, lorsqu'on ne s'y reconnaît pas ? Tel est
l'objet d'une étude publiée en juillet 2019 par Jean Pralong, professeur de gestion 2 des
ressources humaines à l'EM Normandie 3. Le chercheur a suivi les carrières de titulaires de
masters en gestion, et interrogé des managers et des cadres des ressources humaines sur
15 leur perception des jeunes diplômés dans l'Hexagone et dans cinq pays européens (Royaume-
Uni, Portugal, Suisse, Pays-Bas et Allemagne). […]
Trois stéréotypes sur les « jeunes diplômés » sont ressortis: les jeunes débutant leur carrière
aujourd'hui seraient très attachés à l'équilibre vie privée/vie professionnelle, auraient de fortes
attentes sur le cadre de travail et seraient difficiles à fidéliser. Ils seraient très individualistes,
20 auraient du mal à supporter l'autorité, ce qui complique leur intégration dans des équipes. Ils
seraient très, voire trop créatifs. « Toutes ces croyances sont relativement partagées dans les
six pays étudiés. Mais c'est en France qu'elles sont les plus fortes, d'après nos résultats »,
explique Jean Pralong.
Un des constats de départ de son étude: à compétences égales, selon Eurostat 4, les jeunes
25 diplômés sont moins attractifs en France que dans les autres pays européens. Les bac + 5 5
tricolores sont 9,2 % à être au chômage un an après leur diplôme, contre seulement 3,7 %
pour leurs homologues du reste de l'Union européenne.
Le chercheur y voit un effet direct des « images négatives » associées aux jeunes en
France. « Les caractéristiques supposées des jeunes sont des handicaps à leur insertion.
30 Elles font hésiter les entreprises avant de recruter un jeune diplômé et avant de créer des
postes qui leur sont destinés. Elles expliqueraient le choix des CDD 6 comme stratégie de pré-
embauche, c'est-à-dire comme moyen de vérifier concrètement qu'un jeune candidat va se
comporter de façon adéquate. » […]
« Les recruteurs français ont l'idée que c'est une forme de risque d'embaucher quelqu'un qui
35 sort tout juste de ses études », analyse le sociologue François Dubet, professeur émérite à
l'université de Bordeaux. « Parce que, pensent-ils, il va faire la fête, il ne sera pas fiable et ne
jouera pas le jeu de l'entreprise. » […]
Dans quelle mesure ces stéréotypes reflètent-ils une part de réalité commune à une génération ?
Difficile d'apporter une réponse tranchée. « Une génération est un groupement d'individus
40 qui n'ont de commun que l'âge, estime Jean Pralong. Un fils de boucher originaire de province
ressemblera davantage à ses parents, qui ont la même culture d'appartenance, qu'à un enfant
d'un cadre parisien pourtant de la même génération. » Pour François Sarfati, professeur de
sociologie à l'université Paris-Saclay, il faudrait arrêter de « voir les nouveaux entrants dans
la vie active comme un tout unifié. La jeunesse est plurielle, y compris dans son rapport au
45 travail ».
On retrouve cependant des caractéristiques communes, qui ne sont pas fonction de l'âge,
mais plutôt du niveau de diplôme et de la catégorie sociale. « Un jeune issu des classes
populaires, avec peu de qualifications, va simplement attendre de trouver un boulot stable, si
possible pas trop mal payé. Quelqu'un de très qualifié et issu d'un milieu favorisé va davantage
50 chercher à se réaliser et à concilier harmonieusement vies professionnelle et personnelle, à
trouver un sens particulier à son activité », distingue le sociologue.
Chez les jeunes bac + 5, issus de milieux sociaux comparables, des traits communs
existeraient… En particulier la volonté, très forte, de trouver du sens. « Les jeunes très
diplômés sont souvent vus comme des casse-pieds, parce qu'avant de faire quelque chose,
55 ils ont besoin de comprendre à quoi ça sert », affirme Laurence de Fontenay, directrice
générale chargée des ressources humaines chez Randstad 7, leader mondial du recrutement
et des services RH 8. De là à leur préférer quelqu'un d'un peu plus âgé, il y a un pas:
« Ces jeunes bousculent nos habitudes. Mais ils nous obligent aussi à questionner nos
pratiques, et à nous remettre en question en permanence, ce qui est à la fois sain et très
60 stimulant. »
Aux recruteurs donc de revoir leur copie. « Les stéréotypes étant très résistants, le seul moyen
de faire bouger les lignes serait de changer les outils de recrutement », assure Jean Pralong,
qui croit à l'intelligence artificielle pour trier les CV, aux mises en situation, et au
développement de nouveaux outils d'évaluation de compétences. « Plus on évaluera les
65 candidats en fonction de ce qu'ils devront savoir faire, moins on laissera de place aux
préjugés. »
Notes / Worterläuterungen
1 génération Y: les jeunes, nés entre le début des années 1980 et la fin des années 1990
2 gestion des ressources humaines (f): Personalmanagement
3 EM Normandie: Grande Ecole de Commerce et de Management
4 Eurostat: une institution européenne qui fournit des statistiques sur l'Union européenne
5 les bac +5: les jeunes qui ont obtenu le bac et acquis un diplôme au bout de 5 ans d'études
6 CDD – contrat à durée déterminée: Zeitvertrag
7 Randstad: internationale Personalvermittlung
8 RH: ressources humaines
Klausurteil B: Sprachmittlung isoliert
4. Une fois son bac en poche, votre correspondant/e français/e souhaite faire une formation en alternance en Allemagne. Pour trouver vite une entreprise, vous lui conseillez le « speed dating ». Dans un e-mail, vous lui expliquez le fonctionnement de cette méthode d'après l'article de Verena Wolff.
Rédigez cet e-mail. (médiation) [18 Punkte]
Texte de départ: Klausurteil B (Verena Wolff: « Per Speeddating zum Job »)
Diesen Donnerstag im vergangenen Herbst vergisst Jesko Wolf nicht so schnell. Und das aus verschiedenen Gründen. „Ich war auf dem Weg in die Handelskammer in Hamburg und entdeckte einen Fleck. Auf meinem weißen Hemd.“ Geht gar nicht, dachte sich der Schulabgänger, schließlich war er auf dem Weg zum Wirtschafts-Speeddating. Zwanzig potenzielle Arbeitgeber warteten in den ehrwürdigen Hallen am Adolphsplatz. Und die sollten ihn im frischen Anzug mit sauberem Hemd kennenlernen. Die Hektik begann also schon draußen, ein frisches Hemd musste her. […] „Das war alles sehr aufregend, es war ja meine erste richtige Bewerbungssituation.“ Und dann ist er auch gleich seinem Wunschunternehmen zum ersten Gespräch zugelost worden: Olympus.
„Die Firma hat mich sehr interessiert, vor allem wegen der Medizintechnik, die dort hergestellt wird“, erzählt der 21-Jährige. Doch viel Zeit blieb nicht, bei den Personalern einen guten Eindruck zu hinterlassen. Er war schließlich beim Speeddating. Das bedeutet: Jeder Bewerber hat zehn Minuten Zeit, für sich zu werben und einen guten Eindruck zu hinterlassen. Bei gegenseitiger Sympathie geht es in der Regel im Unternehmen weiter mit einem Vorstellungsgespräch, dem Assessment-Center oder dem Prozedere, das die Firma zur Nachwuchsgewinnung nutzt.
Doch es ging Wolf nicht um einen Ausbildungsplatz, sondern um ein duales Studium. Praxis in der Firma und Lernen an der Hamburg School of Business Administration (HSBA), einer privaten Wirtschaftshochschule, die die Firmen in der Hansestadt vor mehr als einem Jahrzehnt ins Leben gerufen haben. 250 Partnerunternehmen hat die Hochschule, große, Mittelständler und kleine Firmen. Alle der rund 1000 Studierenden sind bei einem dieser Unternehmen angestellt. […]
Die jungen Leute werden den Firmen zugelost, doch auch in den Pausen ist Zeit, mit den Unternehmensvertretern zu sprechen, sagt Freier. „Wir waren auf der Suche nach den richtigen Kandidaten für ein Business-Studium mit Schwerpunkt Vertrieb“, sagt Justina Pape, die bei Olympus für die Ausbildungsleitung verantwortlich ist. Und bei dieser Veranstaltung konnte sie in kurzer Zeit sehr viele junge Leute kennenlernen.
„Man merkt sehr schnell, ob die Chemie stimmt zwischen den Bewerbern und dem Unternehmen“, sagt sie. Daher sei dieses Speeddating wie eine Art Vorauswahl – überzeugende Kandidaten werden in das Unternehmen zu einem Auswahltag eingeladen. „Wir suchen nach engagierten, motivierten jungen Leuten, die eine gewisse Persönlichkeit mitbringen“, sagt Pape. „Und in einer solchen Situation sieht man schnell, wer offen ist und stark in der Kommunikation – denn sie müssen sich ja mit uns austauschen.“
Für Jesko Wolf war gleich das erste Gespräch wie ein Lottogewinn – auch wenn er aufgeregt war und sich erst an die Situation gewöhnen musste. „Ich wollte nicht ausschließlich an der Uni studieren – ich habe größere Brüder, die das machen, und für mich klang das immer zu theoretisch“, sagt er. Darum habe er sich bereits vor dem Abitur über andere Möglichkeiten informiert und ist schließlich bei der HSBA gelandet. Theorie und Praxis sind hier eng verzahnt, nach den Studienblöcken an der Hochschule arbeiten die Studierenden idealerweise in der entsprechenden Abteilung beim Arbeitgeber.
Doch zuerst muss man ein Unternehmen finden: „Bei uns kann man sich für einen Termin beim Speeddating bewerben“, sagt Freier. Ausgewählt wird, wer in zwei der drei Hauptfächer Deutsch, Englisch und Mathe mindestens 10 Punkte im Abiturzeugnis vorweisen kann. Das ist von Hochschulseite aus die einzige Voraussetzung. „Damit sind wir bislang immer gut gefahren.“
[…] Und für dieses erste Zusammentreffen sind die Turbo-Dates genau der richtige Weg, wie alle Beteiligten sagen. Wenn sich Firma und Student schließlich füreinander entscheiden, schließen sie einen Studienvertrag.
Darin ist geregelt, wie das Stundenkontingent an Hochschule und im Betrieb aussieht, welche Kosten die Firma übernimmt, welche Vergütung der Studierende bekommt – und ob er sich nach Abschluss des Studiums an die Firma bindet. […]
Aufgabe HT 2 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
Klausurteil A
Delphine de Vigan
D’après une histoire vraie
La narratrice raconte une scène qu’elle a vécue en compagnie de son amie L.:
Nous étions allées voir une exposition, un soir de nocturne 1, puis nous avions commandé un
croque-monsieur dans un café près du musée. Il pleuvait beaucoup, nous avions attendu que
la pluie cesse. Il était assez tard lorsque nous avons repris le métro. Nous étions assises côte à
côte, près de la porte, sur les strapontins 2. La rame 3 était pleine, pas suffisamment pour nous
5 obliger à nous lever. Un homme et une femme sont montés. Aussitôt cette dernière s’est
agrippée à la barre centrale, juste devant nous. Agrippée, c’est le mot qui m’est venu en la
voyant, elle semblait tenir debout avec difficulté. L’homme était plus âgé qu’elle. Il n’a pas
tardé à reprendre le monologue qu’il avait de toute évidence commencé sur le quai, il parlait
fort, une bonne partie du wagon pouvait l’entendre. La femme avait la tête baissée, les épaules
10 légèrement voûtées 4. S’il m’était difficile de distinguer son visage, il me semblait, sous
l’assaut verbal, voir en revanche son corps plier. L’homme lui reprochait son attitude durant
le dîner qu’ils venaient de quitter. Exaspéré 5, une moue de dégoût sur les lèvres, il scandait
ses phrases comme s’il s’agissait d’un discours politique, tu te tiens comme une pauvre fille,
tu manges comme une pauvre fille, tu parles comme une pauvre fille, tu me fous la honte 6
15 (je retranscris quasiment mot pour mot, je crois n’avoir rien oublié tant j’étais abasourdie 7
par la violence de cet homme et l’humiliation publique qu’il infligeait à cette femme). Les
gens se sont écartés, certains ont changé de place. L’homme, loin de s’adoucir, a poursuivi.
– Tu es la seule à ne pas t’en rendre compte, Magali, tout le monde était consterné, mais oui,
et tout le monde se disait: mais qu’est-ce qu’il fout avec une fille comme ça ? Tu transpires
20 le malaise, qu’est-ce que tu veux que je te dise, ça fout les jetons 8. Et je te dis même pas quand
tu t’es mise à parler de ton boulot, mais qu’est-ce que tu crois, que ça intéresse les gens la vie
d’une pauvre instit’ de maternelle 9, mais on s’en fout, tout le monde s’en fout, tu crois que ça
intéresse les gens ?
L. regardait l’homme, non pas discrètement, de manière furtive, comme nous le faisions tous.
25 L. fixait l’homme, avec ostentation, le visage levé vers lui comme au théâtre. Sa mâchoire
s’est serrée, la pulsation est revenue, creusait par intermittence un petit puits 10 dans sa joue.
– Non mais regarde comment tu te tiens, c’est pas vrai de voir ça, on dirait une bossue. Ah
mais oui, j’oubliais, c’est toi qui portes la misère du monde, Magali, au temps pour moi, ha
ha ha, elle est bonne, mais oui c’est vrai, Madame porte les malheurs de la terre entière et
30 Dieu sait s’il y en a: les mômes dont les parents sont clandestins, les mômes dont les parents
ont perdu leur boulot, les mômes dont les parents sont cinglés et j’en passe, mais attention,
Madame est peinarde tous les jours à 16 h 30 après un bon goûter ! Non mais tu t’es regardée,
Magali, il te manque plus qu’une blouse des Trois Suisses 11, on dirait une femme de ménage.
Nous venions de nous arrêter à la station Arts et Métiers. L. s’est levée, elle était très calme,
35 chacun de ses mouvements semblait avoir été calculé au préalable et au millimètre près, elle
s’est postée devant l’homme, exactement devant, elle a planté son regard dans le sien, sans un
mot. L’homme s’est interrompu, les murmures autour de nous se sont tus. Un silence étrange a
envahi le wagon. L. faisait face à l’homme, ne le lâchait pas des yeux, tandis que quelques
voyageurs entraient et sortaient. L’homme a dit qu’est-ce qu’elle a cette connasse, le signal
40 de fermeture des portes a retenti.
Alors d’un geste ferme, d’une rapidité étonnante, L. a poussé l’homme sur le quai. Il est tombé
en arrière, s’est retenu avec les mains, les portes se sont refermées avant qu’il ait eu le temps
de comprendre. À travers la vitre, nous avons vu son visage hébété 12, incrédule. Il a hurlé sale
pute et puis sa silhouette a disparu.
45 L. s’est alors tournée vers la jeune femme, elle lui a dit cette phrase que je n’ai jamais oubliée:
– Vous ne devez pas supporter ça, personne ne doit supporter ça.
Ce n’était pas une prière, ni une parole de consolation. C’était un ordre. La femme s’est assise
un peu plus loin, elle avait l’air soulagée. Au bout de quelques minutes je l’ai vue sourire,
perdue dans ses pensées, puis elle a eu un petit rire, bref, sec, presque coupable. Il m’a semblé
50 que son corps s’était un peu redressé.
1 une nocturne: ici: nächtliche Öffnung einer Ausstellung
2 le strapontin: der Klappsitz
3 la rame de métro: l’ensemble des wagons d’un métro
4 voûté, e: krumm, gebeugt
5 exaspéré, e: ici: furieux, -se
6 tu me fous la honte (fam.): tu me fais honte
7 abasourdi, e: très surpris, e / consterné, e
8 ça fout les jetons (pop.): ça fait peur
9 une instit’ de maternelle: eine Vorschullehrerin
10 un puits: ici: eine Vertiefung
11 une blouse des Trois Suisses: eine Kittelschürze eines französischen Versandhauses
12 hébété, e: abasourdi, e, très surpris, e
1.
Décrivez la scène qui se déroule dans le métro d'après le texte. (compréhension) [10 Punkte]
Aufgabe HT 2 - 2 · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez)
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
Klausurteil A
Delphine de Vigan
D’après une histoire vraie
La narratrice raconte une scène qu’elle a vécue en compagnie de son amie L.:
Nous étions allées voir une exposition, un soir de nocturne 1, puis nous avions commandé un
croque-monsieur dans un café près du musée. Il pleuvait beaucoup, nous avions attendu que
la pluie cesse. Il était assez tard lorsque nous avons repris le métro. Nous étions assises côte à
côte, près de la porte, sur les strapontins 2. La rame 3 était pleine, pas suffisamment pour nous
5 obliger à nous lever. Un homme et une femme sont montés. Aussitôt cette dernière s’est
agrippée à la barre centrale, juste devant nous. Agrippée, c’est le mot qui m’est venu en la
voyant, elle semblait tenir debout avec difficulté. L’homme était plus âgé qu’elle. Il n’a pas
tardé à reprendre le monologue qu’il avait de toute évidence commencé sur le quai, il parlait
fort, une bonne partie du wagon pouvait l’entendre. La femme avait la tête baissée, les épaules
10 légèrement voûtées 4. S’il m’était difficile de distinguer son visage, il me semblait, sous
l’assaut verbal, voir en revanche son corps plier. L’homme lui reprochait son attitude durant
le dîner qu’ils venaient de quitter. Exaspéré 5, une moue de dégoût sur les lèvres, il scandait
ses phrases comme s’il s’agissait d’un discours politique, tu te tiens comme une pauvre fille,
tu manges comme une pauvre fille, tu parles comme une pauvre fille, tu me fous la honte 6
15 (je retranscris quasiment mot pour mot, je crois n’avoir rien oublié tant j’étais abasourdie 7
par la violence de cet homme et l’humiliation publique qu’il infligeait à cette femme). Les
gens se sont écartés, certains ont changé de place. L’homme, loin de s’adoucir, a poursuivi.
– Tu es la seule à ne pas t’en rendre compte, Magali, tout le monde était consterné, mais oui,
et tout le monde se disait: mais qu’est-ce qu’il fout avec une fille comme ça ? Tu transpires
20 le malaise, qu’est-ce que tu veux que je te dise, ça fout les jetons 8. Et je te dis même pas quand
tu t’es mise à parler de ton boulot, mais qu’est-ce que tu crois, que ça intéresse les gens la vie
d’une pauvre instit’ de maternelle 9, mais on s’en fout, tout le monde s’en fout, tu crois que ça
intéresse les gens ?
L. regardait l’homme, non pas discrètement, de manière furtive, comme nous le faisions tous.
25 L. fixait l’homme, avec ostentation, le visage levé vers lui comme au théâtre. Sa mâchoire
s’est serrée, la pulsation est revenue, creusait par intermittence un petit puits 10 dans sa joue.
– Non mais regarde comment tu te tiens, c’est pas vrai de voir ça, on dirait une bossue. Ah
mais oui, j’oubliais, c’est toi qui portes la misère du monde, Magali, au temps pour moi, ha
ha ha, elle est bonne, mais oui c’est vrai, Madame porte les malheurs de la terre entière et
30 Dieu sait s’il y en a: les mômes dont les parents sont clandestins, les mômes dont les parents
ont perdu leur boulot, les mômes dont les parents sont cinglés et j’en passe, mais attention,
Madame est peinarde tous les jours à 16 h 30 après un bon goûter ! Non mais tu t’es regardée,
Magali, il te manque plus qu’une blouse des Trois Suisses 11, on dirait une femme de ménage.
Nous venions de nous arrêter à la station Arts et Métiers. L. s’est levée, elle était très calme,
35 chacun de ses mouvements semblait avoir été calculé au préalable et au millimètre près, elle
s’est postée devant l’homme, exactement devant, elle a planté son regard dans le sien, sans un
mot. L’homme s’est interrompu, les murmures autour de nous se sont tus. Un silence étrange a
envahi le wagon. L. faisait face à l’homme, ne le lâchait pas des yeux, tandis que quelques
voyageurs entraient et sortaient. L’homme a dit qu’est-ce qu’elle a cette connasse, le signal
40 de fermeture des portes a retenti.
Alors d’un geste ferme, d’une rapidité étonnante, L. a poussé l’homme sur le quai. Il est tombé
en arrière, s’est retenu avec les mains, les portes se sont refermées avant qu’il ait eu le temps
de comprendre. À travers la vitre, nous avons vu son visage hébété 12, incrédule. Il a hurlé sale
pute et puis sa silhouette a disparu.
45 L. s’est alors tournée vers la jeune femme, elle lui a dit cette phrase que je n’ai jamais oubliée:
– Vous ne devez pas supporter ça, personne ne doit supporter ça.
Ce n’était pas une prière, ni une parole de consolation. C’était un ordre. La femme s’est assise
un peu plus loin, elle avait l’air soulagée. Au bout de quelques minutes je l’ai vue sourire,
perdue dans ses pensées, puis elle a eu un petit rire, bref, sec, presque coupable. Il m’a semblé
50 que son corps s’était un peu redressé.
1 une nocturne: ici: nächtliche Öffnung einer Ausstellung
2 le strapontin: der Klappsitz
3 la rame de métro: l’ensemble des wagons d’un métro
4 voûté, e: krumm, gebeugt
5 exaspéré, e: ici: furieux, -se
6 tu me fous la honte (fam.): tu me fais honte
7 abasourdi, e: très surpris, e / consterné, e
8 ça fout les jetons (pop.): ça fait peur
9 une instit’ de maternelle: eine Vorschullehrerin
10 un puits: ici: eine Vertiefung
11 une blouse des Trois Suisses: eine Kittelschürze eines französischen Versandhauses
12 hébété, e: abasourdi, e, très surpris, e
2.
Caractérisez l'homme, Magali, sa compagne, ainsi que L. en vous appuyant sur les procédés narratifs et rhétoriques employés par l'auteure. (analyse) [18 Punkte]
Aufgabe HT 2 - 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
Klausurteil A
Delphine de Vigan
D’après une histoire vraie
La narratrice raconte une scène qu’elle a vécue en compagnie de son amie L.:
Nous étions allées voir une exposition, un soir de nocturne 1, puis nous avions commandé un
croque-monsieur dans un café près du musée. Il pleuvait beaucoup, nous avions attendu que
la pluie cesse. Il était assez tard lorsque nous avons repris le métro. Nous étions assises côte à
côte, près de la porte, sur les strapontins 2. La rame 3 était pleine, pas suffisamment pour nous
5 obliger à nous lever. Un homme et une femme sont montés. Aussitôt cette dernière s’est
agrippée à la barre centrale, juste devant nous. Agrippée, c’est le mot qui m’est venu en la
voyant, elle semblait tenir debout avec difficulté. L’homme était plus âgé qu’elle. Il n’a pas
tardé à reprendre le monologue qu’il avait de toute évidence commencé sur le quai, il parlait
fort, une bonne partie du wagon pouvait l’entendre. La femme avait la tête baissée, les épaules
10 légèrement voûtées 4. S’il m’était difficile de distinguer son visage, il me semblait, sous
l’assaut verbal, voir en revanche son corps plier. L’homme lui reprochait son attitude durant
le dîner qu’ils venaient de quitter. Exaspéré 5, une moue de dégoût sur les lèvres, il scandait
ses phrases comme s’il s’agissait d’un discours politique, tu te tiens comme une pauvre fille,
tu manges comme une pauvre fille, tu parles comme une pauvre fille, tu me fous la honte 6
15 (je retranscris quasiment mot pour mot, je crois n’avoir rien oublié tant j’étais abasourdie 7
par la violence de cet homme et l’humiliation publique qu’il infligeait à cette femme). Les
gens se sont écartés, certains ont changé de place. L’homme, loin de s’adoucir, a poursuivi.
– Tu es la seule à ne pas t’en rendre compte, Magali, tout le monde était consterné, mais oui,
et tout le monde se disait: mais qu’est-ce qu’il fout avec une fille comme ça ? Tu transpires
20 le malaise, qu’est-ce que tu veux que je te dise, ça fout les jetons 8. Et je te dis même pas quand
tu t’es mise à parler de ton boulot, mais qu’est-ce que tu crois, que ça intéresse les gens la vie
d’une pauvre instit’ de maternelle 9, mais on s’en fout, tout le monde s’en fout, tu crois que ça
intéresse les gens ?
L. regardait l’homme, non pas discrètement, de manière furtive, comme nous le faisions tous.
25 L. fixait l’homme, avec ostentation, le visage levé vers lui comme au théâtre. Sa mâchoire
s’est serrée, la pulsation est revenue, creusait par intermittence un petit puits 10 dans sa joue.
– Non mais regarde comment tu te tiens, c’est pas vrai de voir ça, on dirait une bossue. Ah
mais oui, j’oubliais, c’est toi qui portes la misère du monde, Magali, au temps pour moi, ha
ha ha, elle est bonne, mais oui c’est vrai, Madame porte les malheurs de la terre entière et
30 Dieu sait s’il y en a: les mômes dont les parents sont clandestins, les mômes dont les parents
ont perdu leur boulot, les mômes dont les parents sont cinglés et j’en passe, mais attention,
Madame est peinarde tous les jours à 16 h 30 après un bon goûter ! Non mais tu t’es regardée,
Magali, il te manque plus qu’une blouse des Trois Suisses 11, on dirait une femme de ménage.
Nous venions de nous arrêter à la station Arts et Métiers. L. s’est levée, elle était très calme,
35 chacun de ses mouvements semblait avoir été calculé au préalable et au millimètre près, elle
s’est postée devant l’homme, exactement devant, elle a planté son regard dans le sien, sans un
mot. L’homme s’est interrompu, les murmures autour de nous se sont tus. Un silence étrange a
envahi le wagon. L. faisait face à l’homme, ne le lâchait pas des yeux, tandis que quelques
voyageurs entraient et sortaient. L’homme a dit qu’est-ce qu’elle a cette connasse, le signal
40 de fermeture des portes a retenti.
Alors d’un geste ferme, d’une rapidité étonnante, L. a poussé l’homme sur le quai. Il est tombé
en arrière, s’est retenu avec les mains, les portes se sont refermées avant qu’il ait eu le temps
de comprendre. À travers la vitre, nous avons vu son visage hébété 12, incrédule. Il a hurlé sale
pute et puis sa silhouette a disparu.
45 L. s’est alors tournée vers la jeune femme, elle lui a dit cette phrase que je n’ai jamais oubliée:
– Vous ne devez pas supporter ça, personne ne doit supporter ça.
Ce n’était pas une prière, ni une parole de consolation. C’était un ordre. La femme s’est assise
un peu plus loin, elle avait l’air soulagée. Au bout de quelques minutes je l’ai vue sourire,
perdue dans ses pensées, puis elle a eu un petit rire, bref, sec, presque coupable. Il m’a semblé
50 que son corps s’était un peu redressé.
1 une nocturne: ici: nächtliche Öffnung einer Ausstellung
2 le strapontin: der Klappsitz
3 la rame de métro: l’ensemble des wagons d’un métro
4 voûté, e: krumm, gebeugt
5 exaspéré, e: ici: furieux, -se
6 tu me fous la honte (fam.): tu me fais honte
7 abasourdi, e: très surpris, e / consterné, e
8 ça fout les jetons (pop.): ça fait peur
9 une instit’ de maternelle: eine Vorschullehrerin
10 un puits: ici: eine Vertiefung
11 une blouse des Trois Suisses: eine Kittelschürze eines französischen Versandhauses
12 hébété, e: abasourdi, e, très surpris, e
Au choix: Teilaufgabe 3.1 ou 3.2
Vous avez décidé de traiter la Teilaufgabe 3.1 (commentaire).
3.1
Faut-il s'impliquer dans un conflit entre deux personnes comparable à celui que décrit le texte ? Prenez position et justifiez votre opinion. (commentaire) [14 Punkte]
Aufgabe HT 2 - 3.2 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
Klausurteil A
Delphine de Vigan
D’après une histoire vraie
La narratrice raconte une scène qu’elle a vécue en compagnie de son amie L.:
Nous étions allées voir une exposition, un soir de nocturne 1, puis nous avions commandé un
croque-monsieur dans un café près du musée. Il pleuvait beaucoup, nous avions attendu que
la pluie cesse. Il était assez tard lorsque nous avons repris le métro. Nous étions assises côte à
côte, près de la porte, sur les strapontins 2. La rame 3 était pleine, pas suffisamment pour nous
5 obliger à nous lever. Un homme et une femme sont montés. Aussitôt cette dernière s’est
agrippée à la barre centrale, juste devant nous. Agrippée, c’est le mot qui m’est venu en la
voyant, elle semblait tenir debout avec difficulté. L’homme était plus âgé qu’elle. Il n’a pas
tardé à reprendre le monologue qu’il avait de toute évidence commencé sur le quai, il parlait
fort, une bonne partie du wagon pouvait l’entendre. La femme avait la tête baissée, les épaules
10 légèrement voûtées 4. S’il m’était difficile de distinguer son visage, il me semblait, sous
l’assaut verbal, voir en revanche son corps plier. L’homme lui reprochait son attitude durant
le dîner qu’ils venaient de quitter. Exaspéré 5, une moue de dégoût sur les lèvres, il scandait
ses phrases comme s’il s’agissait d’un discours politique, tu te tiens comme une pauvre fille,
tu manges comme une pauvre fille, tu parles comme une pauvre fille, tu me fous la honte 6
15 (je retranscris quasiment mot pour mot, je crois n’avoir rien oublié tant j’étais abasourdie 7
par la violence de cet homme et l’humiliation publique qu’il infligeait à cette femme). Les
gens se sont écartés, certains ont changé de place. L’homme, loin de s’adoucir, a poursuivi.
– Tu es la seule à ne pas t’en rendre compte, Magali, tout le monde était consterné, mais oui,
et tout le monde se disait: mais qu’est-ce qu’il fout avec une fille comme ça ? Tu transpires
20 le malaise, qu’est-ce que tu veux que je te dise, ça fout les jetons 8. Et je te dis même pas quand
tu t’es mise à parler de ton boulot, mais qu’est-ce que tu crois, que ça intéresse les gens la vie
d’une pauvre instit’ de maternelle 9, mais on s’en fout, tout le monde s’en fout, tu crois que ça
intéresse les gens ?
L. regardait l’homme, non pas discrètement, de manière furtive, comme nous le faisions tous.
25 L. fixait l’homme, avec ostentation, le visage levé vers lui comme au théâtre. Sa mâchoire
s’est serrée, la pulsation est revenue, creusait par intermittence un petit puits 10 dans sa joue.
– Non mais regarde comment tu te tiens, c’est pas vrai de voir ça, on dirait une bossue. Ah
mais oui, j’oubliais, c’est toi qui portes la misère du monde, Magali, au temps pour moi, ha
ha ha, elle est bonne, mais oui c’est vrai, Madame porte les malheurs de la terre entière et
30 Dieu sait s’il y en a: les mômes dont les parents sont clandestins, les mômes dont les parents
ont perdu leur boulot, les mômes dont les parents sont cinglés et j’en passe, mais attention,
Madame est peinarde tous les jours à 16 h 30 après un bon goûter ! Non mais tu t’es regardée,
Magali, il te manque plus qu’une blouse des Trois Suisses 11, on dirait une femme de ménage.
Nous venions de nous arrêter à la station Arts et Métiers. L. s’est levée, elle était très calme,
35 chacun de ses mouvements semblait avoir été calculé au préalable et au millimètre près, elle
s’est postée devant l’homme, exactement devant, elle a planté son regard dans le sien, sans un
mot. L’homme s’est interrompu, les murmures autour de nous se sont tus. Un silence étrange a
envahi le wagon. L. faisait face à l’homme, ne le lâchait pas des yeux, tandis que quelques
voyageurs entraient et sortaient. L’homme a dit qu’est-ce qu’elle a cette connasse, le signal
40 de fermeture des portes a retenti.
Alors d’un geste ferme, d’une rapidité étonnante, L. a poussé l’homme sur le quai. Il est tombé
en arrière, s’est retenu avec les mains, les portes se sont refermées avant qu’il ait eu le temps
de comprendre. À travers la vitre, nous avons vu son visage hébété 12, incrédule. Il a hurlé sale
pute et puis sa silhouette a disparu.
45 L. s’est alors tournée vers la jeune femme, elle lui a dit cette phrase que je n’ai jamais oubliée:
– Vous ne devez pas supporter ça, personne ne doit supporter ça.
Ce n’était pas une prière, ni une parole de consolation. C’était un ordre. La femme s’est assise
un peu plus loin, elle avait l’air soulagée. Au bout de quelques minutes je l’ai vue sourire,
perdue dans ses pensées, puis elle a eu un petit rire, bref, sec, presque coupable. Il m’a semblé
50 que son corps s’était un peu redressé.
1 une nocturne: ici: nächtliche Öffnung einer Ausstellung
2 le strapontin: der Klappsitz
3 la rame de métro: l’ensemble des wagons d’un métro
4 voûté, e: krumm, gebeugt
5 exaspéré, e: ici: furieux, -se
6 tu me fous la honte (fam.): tu me fais honte
7 abasourdi, e: très surpris, e / consterné, e
8 ça fout les jetons (pop.): ça fait peur
9 une instit’ de maternelle: eine Vorschullehrerin
10 un puits: ici: eine Vertiefung
11 une blouse des Trois Suisses: eine Kittelschürze eines französischen Versandhauses
12 hébété, e: abasourdi, e, très surpris, e
Au choix: Teilaufgabe 3.1 ou 3.2
Vous avez décidé de traiter la Teilaufgabe 3.2 (écriture d'invention).
3.2
De retour à la maison, Magali songe à l'attitude de son compagnon dans le métro ainsi qu'aux réactions de L. Rédigez ses réflexions sous la forme d'une page de journal intime. (produktiv-gestaltende Teilaufgabe) [14 Punkte]
Aufgabe HT 2 - 4 · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Klausurteil A
Delphine de Vigan
D’après une histoire vraie
La narratrice raconte une scène qu’elle a vécue en compagnie de son amie L.:
Nous étions allées voir une exposition, un soir de nocturne 1, puis nous avions commandé un
croque-monsieur dans un café près du musée. Il pleuvait beaucoup, nous avions attendu que
la pluie cesse. Il était assez tard lorsque nous avons repris le métro. Nous étions assises côte à
côte, près de la porte, sur les strapontins 2. La rame 3 était pleine, pas suffisamment pour nous
5 obliger à nous lever. Un homme et une femme sont montés. Aussitôt cette dernière s’est
agrippée à la barre centrale, juste devant nous. Agrippée, c’est le mot qui m’est venu en la
voyant, elle semblait tenir debout avec difficulté. L’homme était plus âgé qu’elle. Il n’a pas
tardé à reprendre le monologue qu’il avait de toute évidence commencé sur le quai, il parlait
fort, une bonne partie du wagon pouvait l’entendre. La femme avait la tête baissée, les épaules
10 légèrement voûtées 4. S’il m’était difficile de distinguer son visage, il me semblait, sous
l’assaut verbal, voir en revanche son corps plier. L’homme lui reprochait son attitude durant
le dîner qu’ils venaient de quitter. Exaspéré 5, une moue de dégoût sur les lèvres, il scandait
ses phrases comme s’il s’agissait d’un discours politique, tu te tiens comme une pauvre fille,
tu manges comme une pauvre fille, tu parles comme une pauvre fille, tu me fous la honte 6
15 (je retranscris quasiment mot pour mot, je crois n’avoir rien oublié tant j’étais abasourdie 7
par la violence de cet homme et l’humiliation publique qu’il infligeait à cette femme). Les
gens se sont écartés, certains ont changé de place. L’homme, loin de s’adoucir, a poursuivi.
– Tu es la seule à ne pas t’en rendre compte, Magali, tout le monde était consterné, mais oui,
et tout le monde se disait: mais qu’est-ce qu’il fout avec une fille comme ça ? Tu transpires
20 le malaise, qu’est-ce que tu veux que je te dise, ça fout les jetons 8. Et je te dis même pas quand
tu t’es mise à parler de ton boulot, mais qu’est-ce que tu crois, que ça intéresse les gens la vie
d’une pauvre instit’ de maternelle 9, mais on s’en fout, tout le monde s’en fout, tu crois que ça
intéresse les gens ?
L. regardait l’homme, non pas discrètement, de manière furtive, comme nous le faisions tous.
25 L. fixait l’homme, avec ostentation, le visage levé vers lui comme au théâtre. Sa mâchoire
s’est serrée, la pulsation est revenue, creusait par intermittence un petit puits 10 dans sa joue.
– Non mais regarde comment tu te tiens, c’est pas vrai de voir ça, on dirait une bossue. Ah
mais oui, j’oubliais, c’est toi qui portes la misère du monde, Magali, au temps pour moi, ha
ha ha, elle est bonne, mais oui c’est vrai, Madame porte les malheurs de la terre entière et
30 Dieu sait s’il y en a: les mômes dont les parents sont clandestins, les mômes dont les parents
ont perdu leur boulot, les mômes dont les parents sont cinglés et j’en passe, mais attention,
Madame est peinarde tous les jours à 16 h 30 après un bon goûter ! Non mais tu t’es regardée,
Magali, il te manque plus qu’une blouse des Trois Suisses 11, on dirait une femme de ménage.
Nous venions de nous arrêter à la station Arts et Métiers. L. s’est levée, elle était très calme,
35 chacun de ses mouvements semblait avoir été calculé au préalable et au millimètre près, elle
s’est postée devant l’homme, exactement devant, elle a planté son regard dans le sien, sans un
mot. L’homme s’est interrompu, les murmures autour de nous se sont tus. Un silence étrange a
envahi le wagon. L. faisait face à l’homme, ne le lâchait pas des yeux, tandis que quelques
voyageurs entraient et sortaient. L’homme a dit qu’est-ce qu’elle a cette connasse, le signal
40 de fermeture des portes a retenti.
Alors d’un geste ferme, d’une rapidité étonnante, L. a poussé l’homme sur le quai. Il est tombé
en arrière, s’est retenu avec les mains, les portes se sont refermées avant qu’il ait eu le temps
de comprendre. À travers la vitre, nous avons vu son visage hébété 12, incrédule. Il a hurlé sale
pute et puis sa silhouette a disparu.
45 L. s’est alors tournée vers la jeune femme, elle lui a dit cette phrase que je n’ai jamais oubliée:
– Vous ne devez pas supporter ça, personne ne doit supporter ça.
Ce n’était pas une prière, ni une parole de consolation. C’était un ordre. La femme s’est assise
un peu plus loin, elle avait l’air soulagée. Au bout de quelques minutes je l’ai vue sourire,
perdue dans ses pensées, puis elle a eu un petit rire, bref, sec, presque coupable. Il m’a semblé
50 que son corps s’était un peu redressé.
1 une nocturne: ici: nächtliche Öffnung einer Ausstellung
2 le strapontin: der Klappsitz
3 la rame de métro: l’ensemble des wagons d’un métro
4 voûté, e: krumm, gebeugt
5 exaspéré, e: ici: furieux, -se
6 tu me fous la honte (fam.): tu me fais honte
7 abasourdi, e: très surpris, e / consterné, e
8 ça fout les jetons (pop.): ça fait peur
9 une instit’ de maternelle: eine Vorschullehrerin
10 un puits: ici: eine Vertiefung
11 une blouse des Trois Suisses: eine Kittelschürze eines französischen Versandhauses
12 hébété, e: abasourdi, e, très surpris, e
Klausurteil B: Sprachmittlung isoliert
4. Votre correspondant/correspondante français/e se passionne pour les projets menés actuellement en Allemagne pour aider à régler les conflits à l’école. Vous êtes tombé/e sur l’article « Senioren als Streitschlichter auf dem Schulhof » et, dans un e-mail, vous lui faites part des informations et des réflexions essentielles concernant ce projet. Rédigez cet e-mail. (médiation) [18 Punkte]
Klausurteil B: Senioren als Streitschlichter auf dem Schulhof
1 Ein Container steht an der Seite des Schulhofs. Daran ein Zettel: „Ihr habt Euch gestritten und findet keinen Ausweg? Etwas bedrückt dich, und du hast keinen zum Reden? Dann komm zu uns.“
4 Uns – das sind in diesem Fall Ingrid Erlewein und Ernst Kucharczyk. Die beiden Senioren sind ehrenamtlich als Streitschlichter an der IGS-Gesamtschule in Frankfurt-Eschersheim im Einsatz. „Alles was die Schüler uns anvertrauen bleibt vertraulich“, versichert Kucharczyk.
7 Der 69-Jährige hat früher als Bereichsleiter in einer Bank gearbeitet. „Kurz vor der Rente habe ich mir gedacht: ‚Wenn ich aufhöre, muss ich etwas Sinnvolles machen.‘“ Durch einen Zeitungsartikel sei er dann auf das Projekt Seniorpartner in School (SiS) gestoßen. „Den meisten von uns geht es darum, etwas an die Gesellschaft zurückzugeben“, ergänzt Erlewein, die mal als Lehrerin tätig war. An der neuen Aufgabe habe sie gereizt, jetzt näher an die Schüler heranzukommen.
Aktiv an 200 Schulen
14 Der Verein SiS wurde 2001 in Berlin gegründet und finanziert sich größtenteils durch Fördergelder. Erst kürzlich hat die Spendenbewegung „Deutschland rundet auf“ 300 000 Euro zur Verfügung gestellt. Seit der Gründung wurden bundesweit etwa 1300 Mediatoren ausgebildet. Die Ehrenamtlichen sind an rund 220 Schulen aktiv. Hessenweit sind aktuell um die 80 Senioren im Einsatz, bislang im Raum Frankfurt, Gießen und Marburg. Interessierte seien sehr willkommen. „Momentan ist es schwierig, Leute zu rekrutieren“, sagt Kucharczyk.
20 Aber wie wird man Streitmediator? Die Rentner werden in einer 80 Stunden umfassenden Ausbildung auf ihre Tätigkeit vorbereitet. „Uns ist Beständigkeit wichtig“, betont er. Wer die Ausbildung mache, solle mindestens zwei Schuljahre dabei bleiben. Später kämen Fortbildungen hinzu. Eine Schulung beschäftige sich beispielsweise mit dem Phänomen Cybermobbing. Solche Attacken über das Netz seien schon grausam, auch weil man keinen räumlichen Abstand bekomme, erklärt der 69-Jährige. „Wir hatten hier zum Glück noch keine Fälle“.
26 Erlewein und Kucharczyk kommen einmal in der Woche an die Frankfurter Gesamtschule. So auch an einem Vormittag im Februar. Pausenzeit, das Wetter ist eher ungemütlich, doch die Kinder und Jugendlichen tollen auf dem Schulhof. Bälle fliegen durch die Luft, es wird gelacht, getobt und geschrien. Mittendrin die beiden Senioren. Sie schlendern über den Hof. Mal werden sie dort direkt angesprochen, mal kommen die Schüler zu ihnen in den Container.
31 Meist geht es um typische Konfliktfälle, wie die beiden berichten. Das seien Beziehungsprobleme („Der spielt nicht mehr mit mir, der lässt mich links liegen“). Aber auch üble Beleidigungen oder körperliche Angriffe. Für die Gespräche mit und zwischen den Kindern gibt es klare Regeln. Dazu gehört, sich ausreden zu lassen, einander zuzuhören und respektvoll im Umgang miteinander zu sein. „Optimalerweise vermitteln wir bei den Gesprächen und strukturieren und die Schüler finden dann selbst eine Lösung“, so Kucharczyk.
Senioren bieten geschützten Raum
38 „Wir sagen immer wieder: wir sind weder Richter noch Therapeuten“, erklärt er. „Wir nehmen die Kinder, wie sie sind. Ohne zu werten“. Mitunter könnten die Senioren aber auch an Grenzen stoßen. „Beispielsweise bei seelischem Leid. Da können wir nur dazu ermutigen, professionelle Hilfe zu suchen.“
42 Schulleiterin Irmi Long begrüßt die Arbeit der Mentoren. „Das ist ganz wichtig für die Kinder“, sagt sie. Die Senioren würden einen geschützten Raum anbieten, in dem sich die Kinder öffnen könnten. „Natürlich ersetzt das nicht die Schulaufsicht, aber das ist auch nicht die Aufgabe.“
46 Neben Ingrid Erlewein und Ernst Kucharczyk von SiS seien an der Frankfurter Schule auch noch Ansprechpartner von der Jugendhilfe im Einsatz. „Je mehr Angebote es gibt, umso besser“, meint Long. Und sicher gebe es auch Kinder, die sich bei älteren Menschen besonders aufgehoben fühlten und da besser Vertrauen fassen könnten.
Aufgabe HT 3 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Klausurteil A
Gustave Flaubert
L'Éducation sentimentale (1869)
Ce roman raconte l’évolution sociale et sentimentale de Frédéric Moreau, un jeune homme originaire de la province, ambitieux, qui fait ses études à Paris vers 1840. Il vit plusieurs histoires d’amour, notamment avec Mme Arnoux, qui est mariée. Longtemps après avoir quitté Paris pour la province, Mme Arnoux revient dans la capitale et retrouve Frédéric dans son bureau, alors qu’il ne s’attendait pas à sa visite. Tous deux sortent se promener.
Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit:
– Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une
cloche apporté par le vent; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages
d’amour dans les livres.
5 – Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir, dit Frédéric. […]
– Pauvre cher ami !
Elle soupira; et après un long silence:
– N’importe, nous nous serons bien aimés.
– Sans nous appartenir, pourtant !
10 – Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.
– Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu !
– Oh ! Je le crois, avec un amour comme le vôtre !
Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !
Frédéric lui demanda comment elle l’avait découvert.
15 – C’est un soir que vous m’avez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis
dit: « Mais il m’aime… il m’aime ! » J’avais peur de m’en assurer, cependant. Votre
réserve était si charmante, que j’en jouissais comme d’un hommage involontaire et
continu.
Il ne regretta rien. Ses souffrances d’autrefois étaient payées.
20 Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console 1, éclaira
ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt 2 en pleine poitrine.
Pour lui cacher cette déception, il se posa par terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit
à lui dire des tendresses.
– Votre personne, vos moindres 3 mouvements me semblaient avoir dans le monde une
25 importance extrahumaine. Mon cœur, comme de la poussière, se soulevait derrière
vos pas. Vous me faisiez l’effet d’un clair de lune 4 par une nuit d’été, quand tout est
parfums, ombres douces, blancheurs, infini; et les délices de la chair 5 et de l’âme étaient
contenues pour moi dans votre nom que je me répétais, en tâchant 6 de le baiser sur mes
lèvres. Je n’imaginais rien au-delà. C’était Mme Arnoux telle que vous étiez, avec ses
30 deux enfants, tendre, sérieuse, belle à éblouir, et si bonne ! Cette image-là effaçait toutes
les autres. Est-ce que j’y pensais, seulement ! puisque j’avais toujours au fond de moi-
même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux !
Elle acceptait avec ravissement 7 ces adorations pour la femme qu’elle n’était plus. Frédéric,
se grisant par 8 ses paroles, arrivait à croire ce qu’il disait. Mme Arnoux, le dos tourné à la
35 lumière, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine 9, à travers ses
vêtements le contact indécis de son corps. Leurs mains se serrèrent; la pointe de sa bottine 10
s’avançait un peu sous sa robe, et il lui dit presque défaillant 11:
– La vue de votre pied me trouble.
Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec l’intonation singulière des
40 somnambules 12:
– A mon âge ! lui ! Frédéric !… Aucune n’a jamais été aimée comme moi ! Non, non ! à
quoi sert d’être jeune ? Je m’en moque bien ! je les méprise, toutes celles qui viennent
ici !
– Oh ! il n’en vient guère ! reprit-il complaisamment 13.
45 Son visage s’épanouit, et elle voulut savoir s’il se marierait.
Il jura que non.
– Bien sûr ? pourquoi ?
– A cause de vous, dit Frédéric en la serrant dans ses bras.
Elle y restait, la taille en arrière, la bouche entrouverte, les yeux levés. Tout à coup, elle le
50 repoussa avec un air de désespoir; et, comme il la suppliait de lui répondre, elle dit en
baissant la tête:
– J’aurais voulu vous rendre heureux.
Frédéric soupçonna Mme Arnoux d’être venue pour s’offrir; et il était repris par une
convoitise 14 plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose
55 d’inexprimable, une répulsion, et comme l’effroi d’un inceste. Une autre crainte l’arrêta,
celle d’en avoir dégoût plus tard. D’ailleurs, quel embarras ce serait ! – et tout à la fois par
prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une
cigarette.
Elle le contemplait, tout émerveillée.
60 – Comme vous êtes délicat ! Il n’y a que vous ! Il n’y a que vous !
Onze heures sonnèrent.
– Déjà ! dit-elle; au quart 15, je m’en irai.
Elle se rassit; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les
deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne
65 aimée n’est déjà plus avec nous.
Enfin, l’aiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides,
lentement.
– Adieu mon ami, mon cher ami ! Je ne vous reverrai jamais ! C’était ma dernière
démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du
70 ciel soient sur vous !
Et elle le baisa au front comme une mère.
Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux.
Elle défit son peigne; tous ses cheveux blancs tombèrent.
Elle s’en coupa, brutalement à la racine, une longue mèche.
75 – Gardez-les ! adieu !
Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe
d’avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut.
Et ce fut tout.
1 une console: une petite table
2 un heurt: un choc
3 moindre: comparatif de petit
4 un clair de lune: Mondschein
5 les délices (f.) de la chair: Wollust
6 tâcher de: faire des efforts pour parvenir à quelque chose
7 avec ravissement: avec enthousiasme, joie, admiration
8 se griser par qc: sich an etwas berauschen
9 l'haleine (f.): Atem
10 la bottine: Stiefelette
11 défaillir: (littéraire) perdre momentanément ses forces
12 un, e somnambule: Schlafwandler, in
13 complaisamment: selbstgefällig
14 la convoitise: (littéraire) le désir sexuel
15 au quart: ici: à onze heures et quart
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
1. Exposez en quelques mots la situation dans laquelle se trouvent les deux protagonistes et la manière dont se déroule leur rencontre. (compréhension) [10 Punkte]
Aufgabe HT 3 - 2 · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez)
Klausurteil A
Gustave Flaubert
L'Éducation sentimentale (1869)
Ce roman raconte l’évolution sociale et sentimentale de Frédéric Moreau, un jeune homme originaire de la province, ambitieux, qui fait ses études à Paris vers 1840. Il vit plusieurs histoires d’amour, notamment avec Mme Arnoux, qui est mariée. Longtemps après avoir quitté Paris pour la province, Mme Arnoux revient dans la capitale et retrouve Frédéric dans son bureau, alors qu’il ne s’attendait pas à sa visite. Tous deux sortent se promener.
Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit:
– Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une
cloche apporté par le vent; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages
d’amour dans les livres.
5 – Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir, dit Frédéric. […]
– Pauvre cher ami !
Elle soupira; et après un long silence:
– N’importe, nous nous serons bien aimés.
– Sans nous appartenir, pourtant !
10 – Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.
– Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu !
– Oh ! Je le crois, avec un amour comme le vôtre !
Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !
Frédéric lui demanda comment elle l’avait découvert.
15 – C’est un soir que vous m’avez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis
dit: « Mais il m’aime… il m’aime ! » J’avais peur de m’en assurer, cependant. Votre
réserve était si charmante, que j’en jouissais comme d’un hommage involontaire et
continu.
Il ne regretta rien. Ses souffrances d’autrefois étaient payées.
20 Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console 1, éclaira
ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt 2 en pleine poitrine.
Pour lui cacher cette déception, il se posa par terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit
à lui dire des tendresses.
– Votre personne, vos moindres 3 mouvements me semblaient avoir dans le monde une
25 importance extrahumaine. Mon cœur, comme de la poussière, se soulevait derrière
vos pas. Vous me faisiez l’effet d’un clair de lune 4 par une nuit d’été, quand tout est
parfums, ombres douces, blancheurs, infini; et les délices de la chair 5 et de l’âme étaient
contenues pour moi dans votre nom que je me répétais, en tâchant 6 de le baiser sur mes
lèvres. Je n’imaginais rien au-delà. C’était Mme Arnoux telle que vous étiez, avec ses
30 deux enfants, tendre, sérieuse, belle à éblouir, et si bonne ! Cette image-là effaçait toutes
les autres. Est-ce que j’y pensais, seulement ! puisque j’avais toujours au fond de moi-
même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux !
Elle acceptait avec ravissement 7 ces adorations pour la femme qu’elle n’était plus. Frédéric,
se grisant par 8 ses paroles, arrivait à croire ce qu’il disait. Mme Arnoux, le dos tourné à la
35 lumière, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine 9, à travers ses
vêtements le contact indécis de son corps. Leurs mains se serrèrent; la pointe de sa bottine 10
s’avançait un peu sous sa robe, et il lui dit presque défaillant 11:
– La vue de votre pied me trouble.
Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec l’intonation singulière des
40 somnambules 12:
– A mon âge ! lui ! Frédéric !… Aucune n’a jamais été aimée comme moi ! Non, non ! à
quoi sert d’être jeune ? Je m’en moque bien ! je les méprise, toutes celles qui viennent
ici !
– Oh ! il n’en vient guère ! reprit-il complaisamment 13.
45 Son visage s’épanouit, et elle voulut savoir s’il se marierait.
Il jura que non.
– Bien sûr ? pourquoi ?
– A cause de vous, dit Frédéric en la serrant dans ses bras.
Elle y restait, la taille en arrière, la bouche entrouverte, les yeux levés. Tout à coup, elle le
50 repoussa avec un air de désespoir; et, comme il la suppliait de lui répondre, elle dit en
baissant la tête:
– J’aurais voulu vous rendre heureux.
Frédéric soupçonna Mme Arnoux d’être venue pour s’offrir; et il était repris par une
convoitise 14 plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose
55 d’inexprimable, une répulsion, et comme l’effroi d’un inceste. Une autre crainte l’arrêta,
celle d’en avoir dégoût plus tard. D’ailleurs, quel embarras ce serait ! – et tout à la fois par
prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une
cigarette.
Elle le contemplait, tout émerveillée.
60 – Comme vous êtes délicat ! Il n’y a que vous ! Il n’y a que vous !
Onze heures sonnèrent.
– Déjà ! dit-elle; au quart 15, je m’en irai.
Elle se rassit; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les
deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne
65 aimée n’est déjà plus avec nous.
Enfin, l’aiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides,
lentement.
– Adieu mon ami, mon cher ami ! Je ne vous reverrai jamais ! C’était ma dernière
démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du
70 ciel soient sur vous !
Et elle le baisa au front comme une mère.
Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux.
Elle défit son peigne; tous ses cheveux blancs tombèrent.
Elle s’en coupa, brutalement à la racine, une longue mèche.
75 – Gardez-les ! adieu !
Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe
d’avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut.
Et ce fut tout.
1 une console: une petite table
2 un heurt: un choc
3 moindre: comparatif de petit
4 un clair de lune: Mondschein
5 les délices (f.) de la chair: Wollust
6 tâcher de: faire des efforts pour parvenir à quelque chose
7 avec ravissement: avec enthousiasme, joie, admiration
8 se griser par qc: sich an etwas berauschen
9 l'haleine (f.): Atem
10 la bottine: Stiefelette
11 défaillir: (littéraire) perdre momentanément ses forces
12 un, e somnambule: Schlafwandler, in
13 complaisamment: selbstgefällig
14 la convoitise: (littéraire) le désir sexuel
15 au quart: ici: à onze heures et quart
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
2. Étudiez les sentiments éprouvés par Madame Arnoux et par Frédéric, en prenant en considération la construction du récit et les procédés stylistiques. (analyse) [18 Punkte]
Aufgabe HT 3 - 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
Klausurteil A
Gustave Flaubert
L'Éducation sentimentale (1869)
Ce roman raconte l’évolution sociale et sentimentale de Frédéric Moreau, un jeune homme originaire de la province, ambitieux, qui fait ses études à Paris vers 1840. Il vit plusieurs histoires d’amour, notamment avec Mme Arnoux, qui est mariée. Longtemps après avoir quitté Paris pour la province, Mme Arnoux revient dans la capitale et retrouve Frédéric dans son bureau, alors qu’il ne s’attendait pas à sa visite. Tous deux sortent se promener.
Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit:
– Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une
cloche apporté par le vent; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages
d’amour dans les livres.
5 – Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir, dit Frédéric. […]
– Pauvre cher ami !
Elle soupira; et après un long silence:
– N’importe, nous nous serons bien aimés.
– Sans nous appartenir, pourtant !
10 – Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.
– Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu !
– Oh ! Je le crois, avec un amour comme le vôtre !
Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !
Frédéric lui demanda comment elle l’avait découvert.
15 – C’est un soir que vous m’avez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis
dit: « Mais il m’aime… il m’aime ! » J’avais peur de m’en assurer, cependant. Votre
réserve était si charmante, que j’en jouissais comme d’un hommage involontaire et
continu.
Il ne regretta rien. Ses souffrances d’autrefois étaient payées.
20 Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console 1, éclaira
ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt 2 en pleine poitrine.
Pour lui cacher cette déception, il se posa par terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit
à lui dire des tendresses.
– Votre personne, vos moindres 3 mouvements me semblaient avoir dans le monde une
25 importance extrahumaine. Mon cœur, comme de la poussière, se soulevait derrière
vos pas. Vous me faisiez l’effet d’un clair de lune 4 par une nuit d’été, quand tout est
parfums, ombres douces, blancheurs, infini; et les délices de la chair 5 et de l’âme étaient
contenues pour moi dans votre nom que je me répétais, en tâchant 6 de le baiser sur mes
lèvres. Je n’imaginais rien au-delà. C’était Mme Arnoux telle que vous étiez, avec ses
30 deux enfants, tendre, sérieuse, belle à éblouir, et si bonne ! Cette image-là effaçait toutes
les autres. Est-ce que j’y pensais, seulement ! puisque j’avais toujours au fond de moi-
même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux !
Elle acceptait avec ravissement 7 ces adorations pour la femme qu’elle n’était plus. Frédéric,
se grisant par 8 ses paroles, arrivait à croire ce qu’il disait. Mme Arnoux, le dos tourné à la
35 lumière, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine 9, à travers ses
vêtements le contact indécis de son corps. Leurs mains se serrèrent; la pointe de sa bottine 10
s’avançait un peu sous sa robe, et il lui dit presque défaillant 11:
– La vue de votre pied me trouble.
Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec l’intonation singulière des
40 somnambules 12:
– A mon âge ! lui ! Frédéric !… Aucune n’a jamais été aimée comme moi ! Non, non ! à
quoi sert d’être jeune ? Je m’en moque bien ! je les méprise, toutes celles qui viennent
ici !
– Oh ! il n’en vient guère ! reprit-il complaisamment 13.
45 Son visage s’épanouit, et elle voulut savoir s’il se marierait.
Il jura que non.
– Bien sûr ? pourquoi ?
– A cause de vous, dit Frédéric en la serrant dans ses bras.
Elle y restait, la taille en arrière, la bouche entrouverte, les yeux levés. Tout à coup, elle le
50 repoussa avec un air de désespoir; et, comme il la suppliait de lui répondre, elle dit en
baissant la tête:
– J’aurais voulu vous rendre heureux.
Frédéric soupçonna Mme Arnoux d’être venue pour s’offrir; et il était repris par une
convoitise 14 plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose
55 d’inexprimable, une répulsion, et comme l’effroi d’un inceste. Une autre crainte l’arrêta,
celle d’en avoir dégoût plus tard. D’ailleurs, quel embarras ce serait ! – et tout à la fois par
prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une
cigarette.
Elle le contemplait, tout émerveillée.
60 – Comme vous êtes délicat ! Il n’y a que vous ! Il n’y a que vous !
Onze heures sonnèrent.
– Déjà ! dit-elle; au quart 15, je m’en irai.
Elle se rassit; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les
deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne
65 aimée n’est déjà plus avec nous.
Enfin, l’aiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides,
lentement.
– Adieu mon ami, mon cher ami ! Je ne vous reverrai jamais ! C’était ma dernière
démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du
70 ciel soient sur vous !
Et elle le baisa au front comme une mère.
Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux.
Elle défit son peigne; tous ses cheveux blancs tombèrent.
Elle s’en coupa, brutalement à la racine, une longue mèche.
75 – Gardez-les ! adieu !
Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe
d’avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut.
Et ce fut tout.
1 une console: une petite table
2 un heurt: un choc
3 moindre: comparatif de petit
4 un clair de lune: Mondschein
5 les délices (f.) de la chair: Wollust
6 tâcher de: faire des efforts pour parvenir à quelque chose
7 avec ravissement: avec enthousiasme, joie, admiration
8 se griser par qc: sich an etwas berauschen
9 l'haleine (f.): Atem
10 la bottine: Stiefelette
11 défaillir: (littéraire) perdre momentanément ses forces
12 un, e somnambule: Schlafwandler, in
13 complaisamment: selbstgefällig
14 la convoitise: (littéraire) le désir sexuel
15 au quart: ici: à onze heures et quart
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
Au choix:
3.1 « Il y a un moment, dans les séparations, où la personne aimée n'est déjà plus avec nous. » (l. 64 – 65) Commentez cette citation en vous appuyant également sur l'extrait de L'éducation sentimentale de Flaubert. (commentaire) [14 Punkte]
Aufgabe HT 3 - 3.2 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
Klausurteil A
Gustave Flaubert
L'Éducation sentimentale (1869)
Ce roman raconte l’évolution sociale et sentimentale de Frédéric Moreau, un jeune homme originaire de la province, ambitieux, qui fait ses études à Paris vers 1840. Il vit plusieurs histoires d’amour, notamment avec Mme Arnoux, qui est mariée. Longtemps après avoir quitté Paris pour la province, Mme Arnoux revient dans la capitale et retrouve Frédéric dans son bureau, alors qu’il ne s’attendait pas à sa visite. Tous deux sortent se promener.
Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit:
– Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une
cloche apporté par le vent; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages
d’amour dans les livres.
5 – Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir, dit Frédéric. […]
– Pauvre cher ami !
Elle soupira; et après un long silence:
– N’importe, nous nous serons bien aimés.
– Sans nous appartenir, pourtant !
10 – Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.
– Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu !
– Oh ! Je le crois, avec un amour comme le vôtre !
Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !
Frédéric lui demanda comment elle l’avait découvert.
15 – C’est un soir que vous m’avez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis
dit: « Mais il m’aime… il m’aime ! » J’avais peur de m’en assurer, cependant. Votre
réserve était si charmante, que j’en jouissais comme d’un hommage involontaire et
continu.
Il ne regretta rien. Ses souffrances d’autrefois étaient payées.
20 Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console 1, éclaira
ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt 2 en pleine poitrine.
Pour lui cacher cette déception, il se posa par terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit
à lui dire des tendresses.
– Votre personne, vos moindres 3 mouvements me semblaient avoir dans le monde une
25 importance extrahumaine. Mon cœur, comme de la poussière, se soulevait derrière
vos pas. Vous me faisiez l’effet d’un clair de lune 4 par une nuit d’été, quand tout est
parfums, ombres douces, blancheurs, infini; et les délices de la chair 5 et de l’âme étaient
contenues pour moi dans votre nom que je me répétais, en tâchant 6 de le baiser sur mes
lèvres. Je n’imaginais rien au-delà. C’était Mme Arnoux telle que vous étiez, avec ses
30 deux enfants, tendre, sérieuse, belle à éblouir, et si bonne ! Cette image-là effaçait toutes
les autres. Est-ce que j’y pensais, seulement ! puisque j’avais toujours au fond de moi-
même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux !
Elle acceptait avec ravissement 7 ces adorations pour la femme qu’elle n’était plus. Frédéric,
se grisant par 8 ses paroles, arrivait à croire ce qu’il disait. Mme Arnoux, le dos tourné à la
35 lumière, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine 9, à travers ses
vêtements le contact indécis de son corps. Leurs mains se serrèrent; la pointe de sa bottine 10
s’avançait un peu sous sa robe, et il lui dit presque défaillant 11:
– La vue de votre pied me trouble.
Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec l’intonation singulière des
40 somnambules 12:
– A mon âge ! lui ! Frédéric !… Aucune n’a jamais été aimée comme moi ! Non, non ! à
quoi sert d’être jeune ? Je m’en moque bien ! je les méprise, toutes celles qui viennent
ici !
– Oh ! il n’en vient guère ! reprit-il complaisamment 13.
45 Son visage s’épanouit, et elle voulut savoir s’il se marierait.
Il jura que non.
– Bien sûr ? pourquoi ?
– A cause de vous, dit Frédéric en la serrant dans ses bras.
Elle y restait, la taille en arrière, la bouche entrouverte, les yeux levés. Tout à coup, elle le
50 repoussa avec un air de désespoir; et, comme il la suppliait de lui répondre, elle dit en
baissant la tête:
– J’aurais voulu vous rendre heureux.
Frédéric soupçonna Mme Arnoux d’être venue pour s’offrir; et il était repris par une
convoitise 14 plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose
55 d’inexprimable, une répulsion, et comme l’effroi d’un inceste. Une autre crainte l’arrêta,
celle d’en avoir dégoût plus tard. D’ailleurs, quel embarras ce serait ! – et tout à la fois par
prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une
cigarette.
Elle le contemplait, tout émerveillée.
60 – Comme vous êtes délicat ! Il n’y a que vous ! Il n’y a que vous !
Onze heures sonnèrent.
– Déjà ! dit-elle; au quart 15, je m’en irai.
Elle se rassit; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les
deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne
65 aimée n’est déjà plus avec nous.
Enfin, l’aiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides,
lentement.
– Adieu mon ami, mon cher ami ! Je ne vous reverrai jamais ! C’était ma dernière
démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du
70 ciel soient sur vous !
Et elle le baisa au front comme une mère.
Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux.
Elle défit son peigne; tous ses cheveux blancs tombèrent.
Elle s’en coupa, brutalement à la racine, une longue mèche.
75 – Gardez-les ! adieu !
Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe
d’avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut.
Et ce fut tout.
1 une console: une petite table
2 un heurt: un choc
3 moindre: comparatif de petit
4 un clair de lune: Mondschein
5 les délices (f.) de la chair: Wollust
6 tâcher de: faire des efforts pour parvenir à quelque chose
7 avec ravissement: avec enthousiasme, joie, admiration
8 se griser par qc: sich an etwas berauschen
9 l'haleine (f.): Atem
10 la bottine: Stiefelette
11 défaillir: (littéraire) perdre momentanément ses forces
12 un, e somnambule: Schlafwandler, in
13 complaisamment: selbstgefällig
14 la convoitise: (littéraire) le désir sexuel
15 au quart: ici: à onze heures et quart
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
Au choix:
3.2 « Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe d’avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut. Et ce fut tout. » (l. 76 – 78) Rédigez le monologue intérieur que Frédéric se fait une fois que Mme Arnoux est partie. (produktiv-gestaltende Teilaufgabe) [14 Punkte]
Aufgabe HT 3 - 4 · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Klausurteil A
Gustave Flaubert
L'Éducation sentimentale (1869)
Ce roman raconte l’évolution sociale et sentimentale de Frédéric Moreau, un jeune homme originaire de la province, ambitieux, qui fait ses études à Paris vers 1840. Il vit plusieurs histoires d’amour, notamment avec Mme Arnoux, qui est mariée. Longtemps après avoir quitté Paris pour la province, Mme Arnoux revient dans la capitale et retrouve Frédéric dans son bureau, alors qu’il ne s’attendait pas à sa visite. Tous deux sortent se promener.
Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit:
– Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une
cloche apporté par le vent; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages
d’amour dans les livres.
5 – Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir, dit Frédéric. […]
– Pauvre cher ami !
Elle soupira; et après un long silence:
– N’importe, nous nous serons bien aimés.
– Sans nous appartenir, pourtant !
10 – Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.
– Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu !
– Oh ! Je le crois, avec un amour comme le vôtre !
Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !
Frédéric lui demanda comment elle l’avait découvert.
15 – C’est un soir que vous m’avez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis
dit: « Mais il m’aime… il m’aime ! » J’avais peur de m’en assurer, cependant. Votre
réserve était si charmante, que j’en jouissais comme d’un hommage involontaire et
continu.
Il ne regretta rien. Ses souffrances d’autrefois étaient payées.
20 Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console 1, éclaira
ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt 2 en pleine poitrine.
Pour lui cacher cette déception, il se posa par terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit
à lui dire des tendresses.
– Votre personne, vos moindres 3 mouvements me semblaient avoir dans le monde une
25 importance extrahumaine. Mon cœur, comme de la poussière, se soulevait derrière
vos pas. Vous me faisiez l’effet d’un clair de lune 4 par une nuit d’été, quand tout est
parfums, ombres douces, blancheurs, infini; et les délices de la chair 5 et de l’âme étaient
contenues pour moi dans votre nom que je me répétais, en tâchant 6 de le baiser sur mes
lèvres. Je n’imaginais rien au-delà. C’était Mme Arnoux telle que vous étiez, avec ses
30 deux enfants, tendre, sérieuse, belle à éblouir, et si bonne ! Cette image-là effaçait toutes
les autres. Est-ce que j’y pensais, seulement ! puisque j’avais toujours au fond de moi-
même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux !
Elle acceptait avec ravissement 7 ces adorations pour la femme qu’elle n’était plus. Frédéric,
se grisant par 8 ses paroles, arrivait à croire ce qu’il disait. Mme Arnoux, le dos tourné à la
35 lumière, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine 9, à travers ses
vêtements le contact indécis de son corps. Leurs mains se serrèrent; la pointe de sa bottine 10
s’avançait un peu sous sa robe, et il lui dit presque défaillant 11:
– La vue de votre pied me trouble.
Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec l’intonation singulière des
40 somnambules 12:
– A mon âge ! lui ! Frédéric !… Aucune n’a jamais été aimée comme moi ! Non, non ! à
quoi sert d’être jeune ? Je m’en moque bien ! je les méprise, toutes celles qui viennent
ici !
– Oh ! il n’en vient guère ! reprit-il complaisamment 13.
45 Son visage s’épanouit, et elle voulut savoir s’il se marierait.
Il jura que non.
– Bien sûr ? pourquoi ?
– A cause de vous, dit Frédéric en la serrant dans ses bras.
Elle y restait, la taille en arrière, la bouche entrouverte, les yeux levés. Tout à coup, elle le
50 repoussa avec un air de désespoir; et, comme il la suppliait de lui répondre, elle dit en
baissant la tête:
– J’aurais voulu vous rendre heureux.
Frédéric soupçonna Mme Arnoux d’être venue pour s’offrir; et il était repris par une
convoitise 14 plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose
55 d’inexprimable, une répulsion, et comme l’effroi d’un inceste. Une autre crainte l’arrêta,
celle d’en avoir dégoût plus tard. D’ailleurs, quel embarras ce serait ! – et tout à la fois par
prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une
cigarette.
Elle le contemplait, tout émerveillée.
60 – Comme vous êtes délicat ! Il n’y a que vous ! Il n’y a que vous !
Onze heures sonnèrent.
– Déjà ! dit-elle; au quart 15, je m’en irai.
Elle se rassit; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les
deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne
65 aimée n’est déjà plus avec nous.
Enfin, l’aiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides,
lentement.
– Adieu mon ami, mon cher ami ! Je ne vous reverrai jamais ! C’était ma dernière
démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du
70 ciel soient sur vous !
Et elle le baisa au front comme une mère.
Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux.
Elle défit son peigne; tous ses cheveux blancs tombèrent.
Elle s’en coupa, brutalement à la racine, une longue mèche.
75 – Gardez-les ! adieu !
Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe
d’avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut.
Et ce fut tout.
1 une console: une petite table
2 un heurt: un choc
3 moindre: comparatif de petit
4 un clair de lune: Mondschein
5 les délices (f.) de la chair: Wollust
6 tâcher de: faire des efforts pour parvenir à quelque chose
7 avec ravissement: avec enthousiasme, joie, admiration
8 se griser par qc: sich an etwas berauschen
9 l'haleine (f.): Atem
10 la bottine: Stiefelette
11 défaillir: (littéraire) perdre momentanément ses forces
12 un, e somnambule: Schlafwandler, in
13 complaisamment: selbstgefällig
14 la convoitise: (littéraire) le désir sexuel
15 au quart: ici: à onze heures et quart
Klausurteil B: Sprachmittlung isoliert
4. La sœur d’Hélène, votre correspondante, se mariera prochainement. Hélène aimerait donc savoir s’il existe en Allemagne des traditions particulières avant la cérémonie. Dans un e-mail, vous lui faites part des informations et des idées principales que vous avez relevées sur ce thème dans l’article « Da braut sich was zusammen ». Rédigez cet e-mail. (médiation) [18 Punkte]
Texte d’appui (Médiation)
Isabel Pfaff – Junggesellinnenabschied: Da braut sich was zusammen
[...] Meine Schulfreundin Susanne, die in Wahrheit anders heißt, heiratet in sechs Wochen. Sie trägt einen Plastik-Blumenkranz und ein T-Shirt mit dem pinken Schriftzug „Bride to be“. Wir anderen tragen Schwarz. Und rosa Pappbrillen. Und auf den Armen goldene Abziehtattoos mit dem Schriftzug „Team Bride“. Das hier ist ein Junggesellinnenabschied.
Es ist inzwischen mein fünfter. Seit ein paar Jahren geht es an meinen Sommerwochenenden fast ausschließlich ums Heiraten, oder eben um all das, was in unserem Kulturkreis dazu gehört. Ist die Braut eine gute Freundin, ist ihre Hochzeit für mich eine Doppelveranstaltung: Ein paar Wochen vor dem eigentlichen Termin versammelt die Trauzeugin die engsten Freundinnen, um die künftige Ehefrau aus dem Ledigenstand zu verabschieden.
Für Susanne haben wir ein Wochenende in Prag organisiert. [...] Prag ist einer der beliebtesten Orte für einen westeuropäischen Junggesellenabschied, und anstatt uns von dem wüsten Trend abzuheben, sind wir ganz vorne mit dabei.
Es ist schwer zu erklären. Der Junggesellenabschied, einst Paradebeispiel für peinliches, testosterongesteuertes Verhalten, ist keine männliche Spezialität mehr. Frauen quer durch alle Milieus pflegen das Ritual mittlerweile genauso inbrünstig. Warum? Müssen Frauen Männern einfach jede Dummheit nachmachen?
Ich habe für diese Frage volles Verständnis. Wenn ich nicht gerade selbst Teil des Ganzen bin, suche auch ich das Weite, wenn mir Frauengruppen mit Bauchladen und Tüllröckchen begegnen. [...]
Heute ist der „JGA“ für Männer wie Frauen aus der westlichen Popkultur nicht mehr wegzudenken.
Wer zuletzt einmal einen Samstag in einer europäischen Großstadt verbracht hat, kennt das Spektakel: Horden von alkoholisierten Frauen, an Kleidung oder Accessoires als Gruppe zu erkennen, belagern da die Fußgängerzonen, in ihrer Mitte die künftige Braut, die je nach Grausamkeit ihrer Freundinnen einen Bauchladen, einen Schleier oder ein Marienkäferkostüm tragen muss.
[...] Die Bauchladen-Nummer ist der Klassiker. Es gibt auch elegantere Varianten: Ich bin schon biertrinkend über den Bodensee gepaddelt, habe per Boot die Müggelspree erkundet oder musste mich im Allgäu durch Schluchten kämpfen. Eine Freundin hat bei einem Junggesellinnenabschied Porzellan bemalt, eine andere einen Tango-Kurs gemacht. Und in Prag macht uns Lena mit kreisenden Hüften vor, was sie bei ihrem letzten JGA gelernt hat: Lapdance.
Das Besiegeln einer gemeinsamen Jugend
Der Fantasie der Trauzeuginnen sind so gut wie keine Grenzen gesetzt. Doch es gibt ein paar Merkmale, die fast jeden Junggesellinnenabschied kennzeichnen – egal, wie sehr man versucht, sich vom Trash-Image des Klassikers abzuheben: Zu angenehm darf es für die Braut nicht sein, ein wenig Exzess ist gut, und ein bisschen deftig darf es schon zugehen. [...]
Ein Junggesellinnenabschied hat nun mal seinen ganz eigenen Charme (sofern sich der schlechte Geschmack in Grenzen hält). Wie oft gelingt es schon, die über die Welt verteilten Freundinnen am selben Ort zur selben Zeit zu versammeln? Ohne den Druck eines Hochzeitsrituals wohl nie. Junggesellinnenabschiede können deshalb wunderbare Freundschafts-Updates sein, unabhängig von neuen Lebenslagen oder Partnern.
Und: Sie sind wirklich kleine Abschiede. Allerdings nicht von irgendwelchen vorehelichen Freiheiten – das behaupten nur noch spätpubertäre Männer, die einen Vorwand suchen, um eine Stripperin zu bestellen. Ich habe die Junggesellinnenabschiede alter Freundinnen wie das Besiegeln einer gemeinsamen Jugend erlebt. Neunziger-Hits, Cuba Libre, Feiern bis zum Morgengrauen: alles Dinge, die eher zu meiner Vergangenheit als zu meiner Gegenwart gehören. Es ist schön, in vertrauter Gesellschaft noch mal zurückzukehren. [...]
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