Abitur NRW Französisch 2022 · LK · Haupttermin · fortgeführt
Abiturprüfung Französisch in Nordrhein-Westfalen 2022, LK · Haupttermin · fortgeführt: 12 Aufgaben mit Lösungen. Mit automatischer Korrektur.
Themen der Prüfung: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Analyse nicht-literarischer Texte und Dokumentvergleich (Analysez / Mettez en rapport) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Adressatenbezogenes Schreiben: Blog, Rede, Brief, Bewerbung · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage) · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Aufgabe HT 1 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Klausurteil A
Maryam Madjidi
Marx et la Poupée (2018)
Pour des raisons politiques, les Madjidi ont quitté l'Iran et vivent désormais à Paris. Dans ce roman autobiographique, la narratrice Maryam évoque sa jeunesse.
— Non. Non. Et non.
— Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu'une petite heure,
c'est pas grand-chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais
plaisir à ton père.
5 — Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler
persan.
— C'est notre langue, tu comprends, c'est tes racines.
— Je suis pas un arbre, j'ai pas de racines. C'est votre langue, plus la mienne.
Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
10 Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en
cercle et je commence à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d'école, dans mon
français encore balbutiant mais que je compte fermement perfectionner.
Ouvrez votre cahier. Dictée.
Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger
15 le cahier et le livre de farsi 1 niveau CP 2 dans un tiroir. Il allume une cigarette.
Tu t'acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l'exil, ne
tenant plus qu'à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l'aimais plus car
elle me faisait souffrir. Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l'apprendre.
On ne force personne à apprendre quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à
20 peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu avais peur qu'elle devienne une
étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu'elle n'ait plus rien en elle
d'iranien et qu'elle ne t'estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
français, tu avais l'air d'un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
— Alors puisque c'est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison.
25 Sous mon toit, on doit parler persan.
— Et si ta fille s'obstine à te parler en français ?
— Je ne répondrai pas. Et je t'ordonne de faire la même chose.
— Ce n'est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan.
C'est tout ce que tu auras gagné.
30 — Je refuse qu'elle oublie sa langue maternelle. C'est la langue de ses origines,
de ses parents, de tous ses ancêtres.
— Mais on est en France. Tu n'arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en
France, il faut manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le
français. On est en France, il faut boire du vin. On est en France, il faut aimer le
35 fromage qui pue. On est en France, il faut se comporter comme des Français.
Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée maintenant qu'elle refuse
d'apprendre et de parler ta langue.
— Ce n'est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et
garder deux langues car, qu'elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange
40 des deux.
Au début, j'ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la
même phrase. Toujours le silence. J'avais beau insister, tu refusais de me répondre.
Nous construisions ensemble un mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique
du persan et des racines. Ma brique du français et de l'intégration. Combien de temps
45 ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu'où irait ce mur ?
Au bout de quelques semaines, j'ai cédé. Je m'en voulais de te faire du mal. J'avais
déjà refusé d'apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le
parler à la maison. J'ai fini par accepter cette loi: le persan à la maison, le français
dehors. Il y avait désormais notre langue et leur langue, nous et eux. Et moi je passais
50 d'un monde à l'autre, d'une langue à l'autre, échangeant mes rôles, jonglant tant bien
que mal avec ces deux identités.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se
taisent devant mes amis. Je voulais même les présenter en disant: « Voici mes parents,
ils sont muets, hélas ».
[...]
55 — Maryam, viens ici, j'ai besoin de toi pour une lettre.
— Non, j'en ai assez d'écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
— Tu sais très bien qu'on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des
fautes d'orthographe. Ne fais pas tant d'histoires, sois gentille, viens ici.
Je dois écrire tous les courriers administratifs [...]. Les pires lettres pour moi sont
60 celles où je dois mendier de l'argent. Ma hantise: le service des contraventions où il
faut pleurer pour ne pas payer l'amende, le service des réclames, où il faut pleurer
parce que victime d'une injustice, le service des demandes d'aide sociale, où il faut
pleurer parce que nous sommes « les Misérables » 3.
— Maryam, dépêche-toi, j'ai besoin de toi ! [...]
1 le farsi: le persan est appelé farsi en Iran
2 CP: cours préparatoire, entspricht der ersten Grundschulklasse in Frankreich
3 les Misérables: roman de Victor Hugo; ici: allusion à leur situation de „misère“
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
1.
Résumez le conflit qui oppose Maryam à ses parents ainsi que la manière dont il évolue. (compréhension) [12 Punkte]
Aufgabe HT 1 - 2 · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez)
Klausurteil A
Maryam Madjidi
Marx et la Poupée (2018)
Pour des raisons politiques, les Madjidi ont quitté l'Iran et vivent désormais à Paris. Dans ce roman autobiographique, la narratrice Maryam évoque sa jeunesse.
— Non. Non. Et non.
— Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu'une petite heure,
c'est pas grand-chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais
plaisir à ton père.
5 — Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler
persan.
— C'est notre langue, tu comprends, c'est tes racines.
— Je suis pas un arbre, j'ai pas de racines. C'est votre langue, plus la mienne.
Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
10 Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en
cercle et je commence à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d'école, dans mon
français encore balbutiant mais que je compte fermement perfectionner.
Ouvrez votre cahier. Dictée.
Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger
15 le cahier et le livre de farsi 1 niveau CP 2 dans un tiroir. Il allume une cigarette.
Tu t'acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l'exil, ne
tenant plus qu'à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l'aimais plus car
elle me faisait souffrir. Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l'apprendre.
On ne force personne à apprendre quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à
20 peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu avais peur qu'elle devienne une
étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu'elle n'ait plus rien en elle
d'iranien et qu'elle ne t'estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
français, tu avais l'air d'un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
— Alors puisque c'est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison.
25 Sous mon toit, on doit parler persan.
— Et si ta fille s'obstine à te parler en français ?
— Je ne répondrai pas. Et je t'ordonne de faire la même chose.
— Ce n'est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan.
C'est tout ce que tu auras gagné.
30 — Je refuse qu'elle oublie sa langue maternelle. C'est la langue de ses origines,
de ses parents, de tous ses ancêtres.
— Mais on est en France. Tu n'arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en
France, il faut manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le
français. On est en France, il faut boire du vin. On est en France, il faut aimer le
35 fromage qui pue. On est en France, il faut se comporter comme des Français.
Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée maintenant qu'elle refuse
d'apprendre et de parler ta langue.
— Ce n'est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et
garder deux langues car, qu'elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange
40 des deux.
Au début, j'ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la
même phrase. Toujours le silence. J'avais beau insister, tu refusais de me répondre.
Nous construisions ensemble un mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique
du persan et des racines. Ma brique du français et de l'intégration. Combien de temps
45 ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu'où irait ce mur ?
Au bout de quelques semaines, j'ai cédé. Je m'en voulais de te faire du mal. J'avais
déjà refusé d'apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le
parler à la maison. J'ai fini par accepter cette loi: le persan à la maison, le français
dehors. Il y avait désormais notre langue et leur langue, nous et eux. Et moi je passais
50 d'un monde à l'autre, d'une langue à l'autre, échangeant mes rôles, jonglant tant bien
que mal avec ces deux identités.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se
taisent devant mes amis. Je voulais même les présenter en disant: « Voici mes parents,
ils sont muets, hélas ».
[...]
55 — Maryam, viens ici, j'ai besoin de toi pour une lettre.
— Non, j'en ai assez d'écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
— Tu sais très bien qu'on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des
fautes d'orthographe. Ne fais pas tant d'histoires, sois gentille, viens ici.
Je dois écrire tous les courriers administratifs [...]. Les pires lettres pour moi sont
60 celles où je dois mendier de l'argent. Ma hantise: le service des contraventions où il
faut pleurer pour ne pas payer l'amende, le service des réclames, où il faut pleurer
parce que victime d'une injustice, le service des demandes d'aide sociale, où il faut
pleurer parce que nous sommes « les Misérables » 3.
— Maryam, dépêche-toi, j'ai besoin de toi ! [...]
1 le farsi: le persan est appelé farsi en Iran
2 CP: cours préparatoire, entspricht der ersten Grundschulklasse in Frankreich
3 les Misérables: roman de Victor Hugo; ici: allusion à leur situation de „misère“
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
2.
Faites le portrait de Maryam en tenant compte également des procédés stylistiques et narratifs. (analyse) [16 Punkte]
Aufgabe HT 1 - 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
Klausurteil A
Maryam Madjidi
Marx et la Poupée (2018)
Pour des raisons politiques, les Madjidi ont quitté l'Iran et vivent désormais à Paris. Dans ce roman autobiographique, la narratrice Maryam évoque sa jeunesse.
— Non. Non. Et non.
— Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu'une petite heure,
c'est pas grand-chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais
plaisir à ton père.
5 — Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler
persan.
— C'est notre langue, tu comprends, c'est tes racines.
— Je suis pas un arbre, j'ai pas de racines. C'est votre langue, plus la mienne.
Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
10 Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en
cercle et je commence à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d'école, dans mon
français encore balbutiant mais que je compte fermement perfectionner.
Ouvrez votre cahier. Dictée.
Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger
15 le cahier et le livre de farsi 1 niveau CP 2 dans un tiroir. Il allume une cigarette.
Tu t'acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l'exil, ne
tenant plus qu'à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l'aimais plus car
elle me faisait souffrir. Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l'apprendre.
On ne force personne à apprendre quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à
20 peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu avais peur qu'elle devienne une
étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu'elle n'ait plus rien en elle
d'iranien et qu'elle ne t'estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
français, tu avais l'air d'un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
— Alors puisque c'est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison.
25 Sous mon toit, on doit parler persan.
— Et si ta fille s'obstine à te parler en français ?
— Je ne répondrai pas. Et je t'ordonne de faire la même chose.
— Ce n'est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan.
C'est tout ce que tu auras gagné.
30 — Je refuse qu'elle oublie sa langue maternelle. C'est la langue de ses origines,
de ses parents, de tous ses ancêtres.
— Mais on est en France. Tu n'arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en
France, il faut manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le
français. On est en France, il faut boire du vin. On est en France, il faut aimer le
35 fromage qui pue. On est en France, il faut se comporter comme des Français.
Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée maintenant qu'elle refuse
d'apprendre et de parler ta langue.
— Ce n'est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et
garder deux langues car, qu'elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange
40 des deux.
Au début, j'ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la
même phrase. Toujours le silence. J'avais beau insister, tu refusais de me répondre.
Nous construisions ensemble un mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique
du persan et des racines. Ma brique du français et de l'intégration. Combien de temps
45 ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu'où irait ce mur ?
Au bout de quelques semaines, j'ai cédé. Je m'en voulais de te faire du mal. J'avais
déjà refusé d'apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le
parler à la maison. J'ai fini par accepter cette loi: le persan à la maison, le français
dehors. Il y avait désormais notre langue et leur langue, nous et eux. Et moi je passais
50 d'un monde à l'autre, d'une langue à l'autre, échangeant mes rôles, jonglant tant bien
que mal avec ces deux identités.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se
taisent devant mes amis. Je voulais même les présenter en disant: « Voici mes parents,
ils sont muets, hélas ».
[...]
55 — Maryam, viens ici, j'ai besoin de toi pour une lettre.
— Non, j'en ai assez d'écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
— Tu sais très bien qu'on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des
fautes d'orthographe. Ne fais pas tant d'histoires, sois gentille, viens ici.
Je dois écrire tous les courriers administratifs [...]. Les pires lettres pour moi sont
60 celles où je dois mendier de l'argent. Ma hantise: le service des contraventions où il
faut pleurer pour ne pas payer l'amende, le service des réclames, où il faut pleurer
parce que victime d'une injustice, le service des demandes d'aide sociale, où il faut
pleurer parce que nous sommes « les Misérables » 3.
— Maryam, dépêche-toi, j'ai besoin de toi ! [...]
1 le farsi: le persan est appelé farsi en Iran
2 CP: cours préparatoire, entspricht der ersten Grundschulklasse in Frankreich
3 les Misérables: roman de Victor Hugo; ici: allusion à leur situation de „misère“
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert — Au choix
3.1
Maîtriser la langue du pays où l'on habite: est-ce une condition indispensable à l'intégration sociale ? Prenez position et justifiez votre réponse à l'aide d'exemples. (commentaire) [14 Punkte]
Aufgabe HT 1 - 3.2 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
Klausurteil A
Maryam Madjidi
Marx et la Poupée (2018)
Pour des raisons politiques, les Madjidi ont quitté l'Iran et vivent désormais à Paris. Dans ce roman autobiographique, la narratrice Maryam évoque sa jeunesse.
— Non. Non. Et non.
— Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu'une petite heure,
c'est pas grand-chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais
plaisir à ton père.
5 — Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler
persan.
— C'est notre langue, tu comprends, c'est tes racines.
— Je suis pas un arbre, j'ai pas de racines. C'est votre langue, plus la mienne.
Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
10 Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en
cercle et je commence à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d'école, dans mon
français encore balbutiant mais que je compte fermement perfectionner.
Ouvrez votre cahier. Dictée.
Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger
15 le cahier et le livre de farsi 1 niveau CP 2 dans un tiroir. Il allume une cigarette.
Tu t'acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l'exil, ne
tenant plus qu'à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l'aimais plus car
elle me faisait souffrir. Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l'apprendre.
On ne force personne à apprendre quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à
20 peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu avais peur qu'elle devienne une
étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu'elle n'ait plus rien en elle
d'iranien et qu'elle ne t'estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
français, tu avais l'air d'un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
— Alors puisque c'est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison.
25 Sous mon toit, on doit parler persan.
— Et si ta fille s'obstine à te parler en français ?
— Je ne répondrai pas. Et je t'ordonne de faire la même chose.
— Ce n'est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan.
C'est tout ce que tu auras gagné.
30 — Je refuse qu'elle oublie sa langue maternelle. C'est la langue de ses origines,
de ses parents, de tous ses ancêtres.
— Mais on est en France. Tu n'arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en
France, il faut manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le
français. On est en France, il faut boire du vin. On est en France, il faut aimer le
35 fromage qui pue. On est en France, il faut se comporter comme des Français.
Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée maintenant qu'elle refuse
d'apprendre et de parler ta langue.
— Ce n'est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et
garder deux langues car, qu'elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange
40 des deux.
Au début, j'ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la
même phrase. Toujours le silence. J'avais beau insister, tu refusais de me répondre.
Nous construisions ensemble un mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique
du persan et des racines. Ma brique du français et de l'intégration. Combien de temps
45 ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu'où irait ce mur ?
Au bout de quelques semaines, j'ai cédé. Je m'en voulais de te faire du mal. J'avais
déjà refusé d'apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le
parler à la maison. J'ai fini par accepter cette loi: le persan à la maison, le français
dehors. Il y avait désormais notre langue et leur langue, nous et eux. Et moi je passais
50 d'un monde à l'autre, d'une langue à l'autre, échangeant mes rôles, jonglant tant bien
que mal avec ces deux identités.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se
taisent devant mes amis. Je voulais même les présenter en disant: « Voici mes parents,
ils sont muets, hélas ».
[...]
55 — Maryam, viens ici, j'ai besoin de toi pour une lettre.
— Non, j'en ai assez d'écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
— Tu sais très bien qu'on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des
fautes d'orthographe. Ne fais pas tant d'histoires, sois gentille, viens ici.
Je dois écrire tous les courriers administratifs [...]. Les pires lettres pour moi sont
60 celles où je dois mendier de l'argent. Ma hantise: le service des contraventions où il
faut pleurer pour ne pas payer l'amende, le service des réclames, où il faut pleurer
parce que victime d'une injustice, le service des demandes d'aide sociale, où il faut
pleurer parce que nous sommes « les Misérables » 3.
— Maryam, dépêche-toi, j'ai besoin de toi ! [...]
1 le farsi: le persan est appelé farsi en Iran
2 CP: cours préparatoire, entspricht der ersten Grundschulklasse in Frankreich
3 les Misérables: roman de Victor Hugo; ici: allusion à leur situation de „misère“
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert — Au choix
3.2
L'association « F.L.A. Français Langue d'Accueil » a pour mission de favoriser l'intégration des immigrés et des réfugiés grâce à l'apprentissage du français et recherche des bénévoles. Maryam, qui est maintenant étudiante, s'y intéresse. Dans sa lettre de candidature, elle explique pourquoi elle souhaite s'engager bénévolement dans ce domaine. Rédigez la lettre de Maryam. (produktiv-gestaltende Teilaufgabe) [14 Punkte]
Aufgabe HT 1 - 4 · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Klausurteil A
Maryam Madjidi
Marx et la Poupée (2018)
Pour des raisons politiques, les Madjidi ont quitté l'Iran et vivent désormais à Paris. Dans ce roman autobiographique, la narratrice Maryam évoque sa jeunesse.
— Non. Non. Et non.
— Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu'une petite heure,
c'est pas grand-chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais
plaisir à ton père.
5 — Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler
persan.
— C'est notre langue, tu comprends, c'est tes racines.
— Je suis pas un arbre, j'ai pas de racines. C'est votre langue, plus la mienne.
Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
10 Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en
cercle et je commence à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d'école, dans mon
français encore balbutiant mais que je compte fermement perfectionner.
Ouvrez votre cahier. Dictée.
Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger
15 le cahier et le livre de farsi 1 niveau CP 2 dans un tiroir. Il allume une cigarette.
Tu t'acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l'exil, ne
tenant plus qu'à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l'aimais plus car
elle me faisait souffrir. Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l'apprendre.
On ne force personne à apprendre quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à
20 peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu avais peur qu'elle devienne une
étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu'elle n'ait plus rien en elle
d'iranien et qu'elle ne t'estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
français, tu avais l'air d'un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
— Alors puisque c'est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison.
25 Sous mon toit, on doit parler persan.
— Et si ta fille s'obstine à te parler en français ?
— Je ne répondrai pas. Et je t'ordonne de faire la même chose.
— Ce n'est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan.
C'est tout ce que tu auras gagné.
30 — Je refuse qu'elle oublie sa langue maternelle. C'est la langue de ses origines,
de ses parents, de tous ses ancêtres.
— Mais on est en France. Tu n'arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en
France, il faut manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le
français. On est en France, il faut boire du vin. On est en France, il faut aimer le
35 fromage qui pue. On est en France, il faut se comporter comme des Français.
Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée maintenant qu'elle refuse
d'apprendre et de parler ta langue.
— Ce n'est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et
garder deux langues car, qu'elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange
40 des deux.
Au début, j'ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la
même phrase. Toujours le silence. J'avais beau insister, tu refusais de me répondre.
Nous construisions ensemble un mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique
du persan et des racines. Ma brique du français et de l'intégration. Combien de temps
45 ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu'où irait ce mur ?
Au bout de quelques semaines, j'ai cédé. Je m'en voulais de te faire du mal. J'avais
déjà refusé d'apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le
parler à la maison. J'ai fini par accepter cette loi: le persan à la maison, le français
dehors. Il y avait désormais notre langue et leur langue, nous et eux. Et moi je passais
50 d'un monde à l'autre, d'une langue à l'autre, échangeant mes rôles, jonglant tant bien
que mal avec ces deux identités.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se
taisent devant mes amis. Je voulais même les présenter en disant: « Voici mes parents,
ils sont muets, hélas ».
[...]
55 — Maryam, viens ici, j'ai besoin de toi pour une lettre.
— Non, j'en ai assez d'écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
— Tu sais très bien qu'on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des
fautes d'orthographe. Ne fais pas tant d'histoires, sois gentille, viens ici.
Je dois écrire tous les courriers administratifs [...]. Les pires lettres pour moi sont
60 celles où je dois mendier de l'argent. Ma hantise: le service des contraventions où il
faut pleurer pour ne pas payer l'amende, le service des réclames, où il faut pleurer
parce que victime d'une injustice, le service des demandes d'aide sociale, où il faut
pleurer parce que nous sommes « les Misérables » 3.
— Maryam, dépêche-toi, j'ai besoin de toi ! [...]
1 le farsi: le persan est appelé farsi en Iran
2 CP: cours préparatoire, entspricht der ersten Grundschulklasse in Frankreich
3 les Misérables: roman de Victor Hugo; ici: allusion à leur situation de „misère“
Klausurteil B: Sprachmittlung isoliert
4. Dans le cadre de son cours d’éducation civique, votre correspondant Thierry prépare un projet sur l’intégration des jeunes immigrés en Europe. Il aimerait donc savoir si l’Allemagne propose des programmes particuliers pour aider les élèves à apprendre l’allemand. Vous avez lu l’article « Wie der Deutschsommer den Spaß am Sprechen fördert » et vous lui communiquez par e-mail les informations essentielles. Rédigez cet e-mail. (médiation) (18 Punkte)
Theresa Weiss: Wie der „Deutschsommer“ den Spaß am Sprechen fördert (2020)
[...]
Zehn Hände fliegen nach oben, mindestens. „Schreiben, schreiben“, flüstert ein Kind, das sich nicht zurückhalten kann. Ein Junge steht sogar von seinem Stuhl auf, um besser gesehen zu werden, er möchte unbedingt die Antwort geben. Doch Barbara Dilk, Grundschullehrerin und derzeit eine Lehrkraft im „Deutschsommer“, wählt ein Mädchen aus, das noch nicht so viel gesagt hat. Auch sie weiß, was ihre Mitschülerin vor der Tafel pantomimisch dargestellt hat. Sie sagt: „Schreiben mit dem Bleistift auf dem Papier.“
Das ist ein ziemlicher Erfolg. Denn die Kinder, die an diesem Morgen in die Hellerhofschule im Gallus gekommen sind, sprechen alle noch nicht so gut Deutsch. Sie sind erst vor kurzem ins Land gekommen. In den ersten zwei Ferienwochen nehmen sie am Projekt „Deutschsommer“ der Stiftung Polytechnische Gesellschaft teil.
Finanzielle Unterstützung von der Stadt
An fünf Frankfurter Schulen lernen und spielen je drei Pädagogen mit jeweils 15 Kindern. [...] Ihr Programm wird [...] auch von der Stadt finanziell unterstützt. Für die Familien, die ihre Kinder in das Programm geben, kostet das Angebot 20 Euro.
Für die Anfänger ist es nicht einfach, die neue Sprache zu lernen. Sie sind zwischen acht und 13 Jahre alt, ihre Muttersprachen sind zum Beispiel Persisch, Rumänisch oder Dari. In den vergangenen Monaten hatten sie wenig Präsenzunterricht. [...] Die Stimmung ist trotzdem gut. Die Kinder trauen sich, zu reden, und reagieren auf die meisten Fragen mit aufgeregtem Fingerschnippen.
An den Wissensstand der Kinder angepasste Fragen
Das liegt auch an den Pädagoginnen, die mit im Theaterraum sitzen, in dem der Ferientag in der Hellerhofschule beginnt. Sie ermuntern die Kinder, zu sprechen, geben ihnen Gelegenheiten, ihr Deutsch anzuwenden. Barbara Dilk passt ihre Fragetechnik dabei an den Wissensstand des jeweiligen Kindes an. Manche Kinder erzählen sofort ein paar Minuten, wie sie nach der Schule ihre Freizeit verbringen. Sie dürfen ausreden. Andere haben sich einen einzigen Satz zurechtgelegt. Da hakt Dilk dann nach. Als ein schmaler Junge sagt: „Ich male“, will die Lehrerin wissen: „Was malst du besonders gern?“
Eine Sozialpädagogin und eine Theaterpädagogin sind außerdem im Raum. Sie machen den Kindern immer wieder Angebote, und es funktioniert: Die Kuscheltier-Eule Elif, die Theaterpädagogin Nicole Peinz als Handpuppe dabei hat, sorgt für Gesprächsstoff. Ein Mädchen in bunter Bluse sagt: „Ich habe gelesen, Eulen schlafen am Tag.“ – „Wo hast du das gelesen?“, fragt Dilk ziemlich begeistert, und das Mädchen antwortet, dass es ihr eigentlich ihr Vater erzählt habe. Peinz antwortet als Elif, den Kopf versteckt hinter dem Stofftier: „Das stimmt, ich bleibe extra für euch wach.“ Die Kinder lachen.
Gesteigertes Selbstbewusstsein und bessere Noten
Nach der Runde im Theaterraum geht es in das benachbarte Klassenzimmer für eine Deutscheinheit. Die Kinder sprechen laut Wörter nach, konjugieren Verben, die sie vorher pantomimisch dargestellt haben. Auch wenn sich da manchmal ein „Ich malst“ unter die Beugungsformen mischt – die Kinder arbeiten konzentriert.
Der „Deutschsommer“ wird schon seit 13 Jahren in Frankfurt veranstaltet. Dass die Sprachförderung etwas bringt, belegen die Befragungen der Teilnehmer der vergangenen Jahre. 2019 verbesserten drei Viertel der Kinder ihre Schulnoten, nachdem sie am „Deutschsommer“ teilgenommen hatten. 99 Prozent der Eltern gaben an, dass sich insgesamt die Sprachkenntnisse der Schüler verbessert hätten. Und zwei von drei Elternpaaren fanden, dass das Selbstbewusstsein der Kinder durch die positiven Erlebnisse und Erfolge gestiegen sei.
Die Polytechnische Gesellschaft wollte deshalb wieder einen „Deutschsommer“ anbieten, auch unter Pandemiebedingungen. In diesem Jahr gibt es darum nur zwei Wochen Betreuung in Kleingruppen, für nachmittags bekommen die Kinder Spielideen und Erkundungsaufträge in ihrem Wohnviertel mit. Über eine Nachrichten-App können sich Schüler und Pädagogen austauschen. [...]
Aufgabe HT 2 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Klausurteil A
Le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou 1 (Burkina-Faso)
Localisation:
Le mardi 28 novembre 2017, le président français a prononcé devant des étudiants de l’université de Ouagadougou un long discours adressé « à l’Afrique ». Le texte suivant reproduit la conclusion de ce discours d’Emmanuel Macron.
[Le] ciment principal qu’il y a entre nous, celui tellement évident qu’on finit par ne plus
le mentionner, c’est la langue, j’allais dire la langue française. Oui, c’est bien la langue
française mais à vrai dire, il y a bien longtemps que cette langue française, notre langue,
n’est plus uniquement française. Elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous
5 unit. Notre langue française, c’est une chance pour nous et notre langue a un avenir, ça
n’est pas simplement un patrimoine 2 à protéger et cet avenir se joue pour 3 beaucoup en
Afrique, ici.
Son avenir, son rayonnement, son attractivité n’appartient plus à la France. La franco-
phonie, c’est un corps vivant, un corps par-delà nos frontières dont le cœur bat quelque
10 part pas loin d’ici. Et je veux que vous ayez conscience de cela, moi j’en suis fier, je suis
fier que la langue dans laquelle je suis né, à laquelle je dois tout, la langue dans laquelle
on m’a fait grandir, par laquelle je peux convaincre, la langue par laquelle quelqu’un
comme moi qui vient d’une famille de province peut devenir président de la République
française parce qu’il apporte des arguments et des émotions à d’autres qui à un moment
15 le suivent, ce soit aussi votre langue.
Soyez-en fiers parce que c’est une langue qui va permettre à une jeune fille burkinabée
de faire la même chose demain, de convaincre les jeunes de sa génération et de prendre
les responsabilités, d’aller conquérir 4 quelque chose qui n’est pas forcément à elle au
début, cela nous l’avons en partage. Alors je vous le dis très simplement, faîtes le vivre,
20 ne la regardez pas comme une langue que certains voudraient ramener 5 à une histoire
traumatique, elle n’est pas que cela puisqu’elle est la langue de vos poètes, de vos
cinéastes, de vos artistes, vous l’avez déjà réacquise 6, vous vous l’êtes déjà réappropriée 7 !
La langue française du Burkina-Faso, la langue française du Sénégal, elle n’est déjà plus
seulement française, elle est déjà la vôtre, alors portez-la avec fierté !
25 Et cette francophonie, ce n’est pas la francophonie française, non, elle a depuis bien
longtemps échappé à la France. Je veux une francophonie forte, rayonnante, qui
illumine, qui conquiert 8 parce que ce sera la vôtre, portez-la avec fierté cette francophonie,
défendez-la, mettez-y vos mots, mettez-y vos expressions, transformez-la, changez-la à
votre tour ! […]
30 [A]vant ce français classique de l’Académie 9 il y avait un français irrigué 10 de tant et tant
de patois et de langues vernaculaires 11, lisez le français de Rabelais 12, vous vous rendrez
compte ! Mais le français d’Afrique, des Caraïbes, de Pacifique, ce français au pluriel que
vous avez fait vivre c’est celui-là que je veux voir rayonner, portez-le avec fierté, ne
cédez à aucun discours qui voudrait en quelque sorte renfermer le français dans une
35 langue morte ou combattre le français comme une langue trop chargée par un passé qui
n’est pas à la hauteur du nôtre ! […]
C’est cette volonté de dire nous avons des formidables opportunités de richesses
culturelles, de création, d’imaginaire en commun mais aussi d’opportunités économiques
parce que nous aurons un espace linguistique d’une puissance inédite à travers tous
40 les continents et au premier chef 13 en Afrique ! Se renfermer sur telle ou telle langue,
refuser la langue française pour avoir un effet de mode pour la langue anglaise dans le
continent africain c’est ne pas regarder l’avenir ! Le français ce sera la première
langue de l’Afrique et peut-être du monde si nous savons faire dans les prochaines
décennies, prenons ce défi ensemble, allons-y, portons-le !
45 Mais je vous le dis non pas comme on donne une leçon, non pas en vous disant « je veux
que ce soit ainsi », je vous le dis très simplement, je crois très profondément que c’est bon
pour nous tous, mais ça ne dépend que d’une chose, votre volonté, votre détermination.
Je voulais vous dire de cette nouvelle histoire de la francophonie que nous ouvrons
avec Leila SLIMANI 14, de cette nouvelle ambition et j’aurai l’occasion en début d’année
50 prochaine d’en détailler toutes les ambitions et d’expliquer cette nouvelle page de la
francophonie qu’avec vous, je veux pouvoir écrire.
Soyons conquérants, soyons ambitieux; et je serais après demain au Ghana pour
illustrer cette approche dans un pays anglophone qui se tourne vers la francophonie, qui
fait ce choix, qui fait ce pas en avant.
55 Je veux ensemble que nous ayons cet esprit de conquête, je veux qu’il y ait une ambition
partagée. […]
Felwine SARR 15 écrit cette belle formule « l’Afrique n’a personne à rattraper, elle ne doit
plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin
qu’elle se sera choisie ». Alors marchons ensemble sur ce chemin si vous en êtes
60 d’accord et apprenons à nous aimer forts de notre histoire partagée et de notre devenir
commun. […]
[V]ous trouverez toujours une exigence partagée parce que j’ai la volonté de réussir
avec vous; alors quoi que nous puissions en dire demain, cette route comme cette
destination elle est entre vos mains, parce que c’est vous qui connaissez la route.
Annotations
1 Ouagadougou: la capitale du Burkina-Faso, un pays francophone en Afrique subsaharienne
2 le patrimoine: ici: Kulturerbe
3 se jouer pour: ici: sich als günstig erweisen
4 conquérir: ici: erwerben
5 ramener à: mettre en rapport avec
6 réacquérir qc: sich etwas zurückerobern
7 se réapproprier qc: sich etwas wieder zu eigen machen
8 conquérir: ici: für sich einnehmen
9 Académie française: institution chargée de la défense de la langue française
10 irrigué,e de: ici: angereichert mit
11 langue vernaculaire: Regional- oder Landessprache
12 François Rabelais: romancier français du 16 e siècle
13 au premier chef: au premier rang
14 Leila Slimani: écrivaine franco-marocaine (*1981), nommée représentante de la Francophonie en 2017 par E. Macron
15 Felwine Sarr (*1972): sociologue, auteur et musicien sénégalais, professeur d’économie à l’université de Dakar
1. Présentez le thème central de l'extrait du discours de Macron et les divers aspects qu'il développe. ( compréhension) [9 Punkte]
Aufgabe HT 2 - 2 · Analyse nicht-literarischer Texte und Dokumentvergleich (Analysez / Mettez en rapport)
Klausurteil A
Le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou 1 (Burkina-Faso)
Localisation:
Le mardi 28 novembre 2017, le président français a prononcé devant des étudiants de l’université de Ouagadougou un long discours adressé « à l’Afrique ». Le texte suivant reproduit la conclusion de ce discours d’Emmanuel Macron.
[Le] ciment principal qu’il y a entre nous, celui tellement évident qu’on finit par ne plus
le mentionner, c’est la langue, j’allais dire la langue française. Oui, c’est bien la langue
française mais à vrai dire, il y a bien longtemps que cette langue française, notre langue,
n’est plus uniquement française. Elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous
5 unit. Notre langue française, c’est une chance pour nous et notre langue a un avenir, ça
n’est pas simplement un patrimoine 2 à protéger et cet avenir se joue pour 3 beaucoup en
Afrique, ici.
Son avenir, son rayonnement, son attractivité n’appartient plus à la France. La franco-
phonie, c’est un corps vivant, un corps par-delà nos frontières dont le cœur bat quelque
10 part pas loin d’ici. Et je veux que vous ayez conscience de cela, moi j’en suis fier, je suis
fier que la langue dans laquelle je suis né, à laquelle je dois tout, la langue dans laquelle
on m’a fait grandir, par laquelle je peux convaincre, la langue par laquelle quelqu’un
comme moi qui vient d’une famille de province peut devenir président de la République
française parce qu’il apporte des arguments et des émotions à d’autres qui à un moment
15 le suivent, ce soit aussi votre langue.
Soyez-en fiers parce que c’est une langue qui va permettre à une jeune fille burkinabée
de faire la même chose demain, de convaincre les jeunes de sa génération et de prendre
les responsabilités, d’aller conquérir 4 quelque chose qui n’est pas forcément à elle au
début, cela nous l’avons en partage. Alors je vous le dis très simplement, faîtes le vivre,
20 ne la regardez pas comme une langue que certains voudraient ramener 5 à une histoire
traumatique, elle n’est pas que cela puisqu’elle est la langue de vos poètes, de vos
cinéastes, de vos artistes, vous l’avez déjà réacquise 6, vous vous l’êtes déjà réappropriée 7 !
La langue française du Burkina-Faso, la langue française du Sénégal, elle n’est déjà plus
seulement française, elle est déjà la vôtre, alors portez-la avec fierté !
25 Et cette francophonie, ce n’est pas la francophonie française, non, elle a depuis bien
longtemps échappé à la France. Je veux une francophonie forte, rayonnante, qui
illumine, qui conquiert 8 parce que ce sera la vôtre, portez-la avec fierté cette francophonie,
défendez-la, mettez-y vos mots, mettez-y vos expressions, transformez-la, changez-la à
votre tour ! […]
30 [A]vant ce français classique de l’Académie 9 il y avait un français irrigué 10 de tant et tant
de patois et de langues vernaculaires 11, lisez le français de Rabelais 12, vous vous rendrez
compte ! Mais le français d’Afrique, des Caraïbes, de Pacifique, ce français au pluriel que
vous avez fait vivre c’est celui-là que je veux voir rayonner, portez-le avec fierté, ne
cédez à aucun discours qui voudrait en quelque sorte renfermer le français dans une
35 langue morte ou combattre le français comme une langue trop chargée par un passé qui
n’est pas à la hauteur du nôtre ! […]
C’est cette volonté de dire nous avons des formidables opportunités de richesses
culturelles, de création, d’imaginaire en commun mais aussi d’opportunités économiques
parce que nous aurons un espace linguistique d’une puissance inédite à travers tous
40 les continents et au premier chef 13 en Afrique ! Se renfermer sur telle ou telle langue,
refuser la langue française pour avoir un effet de mode pour la langue anglaise dans le
continent africain c’est ne pas regarder l’avenir ! Le français ce sera la première
langue de l’Afrique et peut-être du monde si nous savons faire dans les prochaines
décennies, prenons ce défi ensemble, allons-y, portons-le !
45 Mais je vous le dis non pas comme on donne une leçon, non pas en vous disant « je veux
que ce soit ainsi », je vous le dis très simplement, je crois très profondément que c’est bon
pour nous tous, mais ça ne dépend que d’une chose, votre volonté, votre détermination.
Je voulais vous dire de cette nouvelle histoire de la francophonie que nous ouvrons
avec Leila SLIMANI 14, de cette nouvelle ambition et j’aurai l’occasion en début d’année
50 prochaine d’en détailler toutes les ambitions et d’expliquer cette nouvelle page de la
francophonie qu’avec vous, je veux pouvoir écrire.
Soyons conquérants, soyons ambitieux; et je serais après demain au Ghana pour
illustrer cette approche dans un pays anglophone qui se tourne vers la francophonie, qui
fait ce choix, qui fait ce pas en avant.
55 Je veux ensemble que nous ayons cet esprit de conquête, je veux qu’il y ait une ambition
partagée. […]
Felwine SARR 15 écrit cette belle formule « l’Afrique n’a personne à rattraper, elle ne doit
plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin
qu’elle se sera choisie ». Alors marchons ensemble sur ce chemin si vous en êtes
60 d’accord et apprenons à nous aimer forts de notre histoire partagée et de notre devenir
commun. […]
[V]ous trouverez toujours une exigence partagée parce que j’ai la volonté de réussir
avec vous; alors quoi que nous puissions en dire demain, cette route comme cette
destination elle est entre vos mains, parce que c’est vous qui connaissez la route.
Annotations
1 Ouagadougou: la capitale du Burkina-Faso, un pays francophone en Afrique subsaharienne
2 le patrimoine: ici: Kulturerbe
3 se jouer pour: ici: sich als günstig erweisen
4 conquérir: ici: erwerben
5 ramener à: mettre en rapport avec
6 réacquérir qc: sich etwas zurückerobern
7 se réapproprier qc: sich etwas wieder zu eigen machen
8 conquérir: ici: für sich einnehmen
9 Académie française: institution chargée de la défense de la langue française
10 irrigué,e de: ici: angereichert mit
11 langue vernaculaire: Regional- oder Landessprache
12 François Rabelais: romancier français du 16 e siècle
13 au premier chef: au premier rang
14 Leila Slimani: écrivaine franco-marocaine (*1981), nommée représentante de la Francophonie en 2017 par E. Macron
15 Felwine Sarr (*1972): sociologue, auteur et musicien sénégalais, professeur d’économie à l’université de Dakar
2. Analysez comment Macron envisage la fonction de la langue française – et, par conséquent, celle de la francophonie – en prenant aussi en compte les procédés stylistiques et linguistiques. ( analyse) [18 Punkte]
Aufgabe HT 2 - 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
Klausurteil A
Le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou 1 (Burkina-Faso)
Localisation:
Le mardi 28 novembre 2017, le président français a prononcé devant des étudiants de l’université de Ouagadougou un long discours adressé « à l’Afrique ». Le texte suivant reproduit la conclusion de ce discours d’Emmanuel Macron.
[Le] ciment principal qu’il y a entre nous, celui tellement évident qu’on finit par ne plus
le mentionner, c’est la langue, j’allais dire la langue française. Oui, c’est bien la langue
française mais à vrai dire, il y a bien longtemps que cette langue française, notre langue,
n’est plus uniquement française. Elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous
5 unit. Notre langue française, c’est une chance pour nous et notre langue a un avenir, ça
n’est pas simplement un patrimoine 2 à protéger et cet avenir se joue pour 3 beaucoup en
Afrique, ici.
Son avenir, son rayonnement, son attractivité n’appartient plus à la France. La franco-
phonie, c’est un corps vivant, un corps par-delà nos frontières dont le cœur bat quelque
10 part pas loin d’ici. Et je veux que vous ayez conscience de cela, moi j’en suis fier, je suis
fier que la langue dans laquelle je suis né, à laquelle je dois tout, la langue dans laquelle
on m’a fait grandir, par laquelle je peux convaincre, la langue par laquelle quelqu’un
comme moi qui vient d’une famille de province peut devenir président de la République
française parce qu’il apporte des arguments et des émotions à d’autres qui à un moment
15 le suivent, ce soit aussi votre langue.
Soyez-en fiers parce que c’est une langue qui va permettre à une jeune fille burkinabée
de faire la même chose demain, de convaincre les jeunes de sa génération et de prendre
les responsabilités, d’aller conquérir 4 quelque chose qui n’est pas forcément à elle au
début, cela nous l’avons en partage. Alors je vous le dis très simplement, faîtes le vivre,
20 ne la regardez pas comme une langue que certains voudraient ramener 5 à une histoire
traumatique, elle n’est pas que cela puisqu’elle est la langue de vos poètes, de vos
cinéastes, de vos artistes, vous l’avez déjà réacquise 6, vous vous l’êtes déjà réappropriée 7 !
La langue française du Burkina-Faso, la langue française du Sénégal, elle n’est déjà plus
seulement française, elle est déjà la vôtre, alors portez-la avec fierté !
25 Et cette francophonie, ce n’est pas la francophonie française, non, elle a depuis bien
longtemps échappé à la France. Je veux une francophonie forte, rayonnante, qui
illumine, qui conquiert 8 parce que ce sera la vôtre, portez-la avec fierté cette francophonie,
défendez-la, mettez-y vos mots, mettez-y vos expressions, transformez-la, changez-la à
votre tour ! […]
30 [A]vant ce français classique de l’Académie 9 il y avait un français irrigué 10 de tant et tant
de patois et de langues vernaculaires 11, lisez le français de Rabelais 12, vous vous rendrez
compte ! Mais le français d’Afrique, des Caraïbes, de Pacifique, ce français au pluriel que
vous avez fait vivre c’est celui-là que je veux voir rayonner, portez-le avec fierté, ne
cédez à aucun discours qui voudrait en quelque sorte renfermer le français dans une
35 langue morte ou combattre le français comme une langue trop chargée par un passé qui
n’est pas à la hauteur du nôtre ! […]
C’est cette volonté de dire nous avons des formidables opportunités de richesses
culturelles, de création, d’imaginaire en commun mais aussi d’opportunités économiques
parce que nous aurons un espace linguistique d’une puissance inédite à travers tous
40 les continents et au premier chef 13 en Afrique ! Se renfermer sur telle ou telle langue,
refuser la langue française pour avoir un effet de mode pour la langue anglaise dans le
continent africain c’est ne pas regarder l’avenir ! Le français ce sera la première
langue de l’Afrique et peut-être du monde si nous savons faire dans les prochaines
décennies, prenons ce défi ensemble, allons-y, portons-le !
45 Mais je vous le dis non pas comme on donne une leçon, non pas en vous disant « je veux
que ce soit ainsi », je vous le dis très simplement, je crois très profondément que c’est bon
pour nous tous, mais ça ne dépend que d’une chose, votre volonté, votre détermination.
Je voulais vous dire de cette nouvelle histoire de la francophonie que nous ouvrons
avec Leila SLIMANI 14, de cette nouvelle ambition et j’aurai l’occasion en début d’année
50 prochaine d’en détailler toutes les ambitions et d’expliquer cette nouvelle page de la
francophonie qu’avec vous, je veux pouvoir écrire.
Soyons conquérants, soyons ambitieux; et je serais après demain au Ghana pour
illustrer cette approche dans un pays anglophone qui se tourne vers la francophonie, qui
fait ce choix, qui fait ce pas en avant.
55 Je veux ensemble que nous ayons cet esprit de conquête, je veux qu’il y ait une ambition
partagée. […]
Felwine SARR 15 écrit cette belle formule « l’Afrique n’a personne à rattraper, elle ne doit
plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin
qu’elle se sera choisie ». Alors marchons ensemble sur ce chemin si vous en êtes
60 d’accord et apprenons à nous aimer forts de notre histoire partagée et de notre devenir
commun. […]
[V]ous trouverez toujours une exigence partagée parce que j’ai la volonté de réussir
avec vous; alors quoi que nous puissions en dire demain, cette route comme cette
destination elle est entre vos mains, parce que c’est vous qui connaissez la route.
Annotations
1 Ouagadougou: la capitale du Burkina-Faso, un pays francophone en Afrique subsaharienne
2 le patrimoine: ici: Kulturerbe
3 se jouer pour: ici: sich als günstig erweisen
4 conquérir: ici: erwerben
5 ramener à: mettre en rapport avec
6 réacquérir qc: sich etwas zurückerobern
7 se réapproprier qc: sich etwas wieder zu eigen machen
8 conquérir: ici: für sich einnehmen
9 Académie française: institution chargée de la défense de la langue française
10 irrigué,e de: ici: angereichert mit
11 langue vernaculaire: Regional- oder Landessprache
12 François Rabelais: romancier français du 16 e siècle
13 au premier chef: au premier rang
14 Leila Slimani: écrivaine franco-marocaine (*1981), nommée représentante de la Francophonie en 2017 par E. Macron
15 Felwine Sarr (*1972): sociologue, auteur et musicien sénégalais, professeur d’économie à l’université de Dakar
Au choix:
3.1 Commentez la phrase de Macron citée ci-après, par laquelle il renvoie à une formule de Sarr (l. 57 – 58): « Alors marchons ensemble sur ce chemin si vous en êtes d’accord et apprenons à nous aimer forts de notre histoire partagée et de notre devenir commun. » (l. 59 – 61) ( commentaire) [15 Punkte]
Aufgabe HT 2 - 3.2 · Adressatenbezogenes Schreiben: Blog, Rede, Brief, Bewerbung
Klausurteil A
Le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou 1 (Burkina-Faso)
Localisation:
Le mardi 28 novembre 2017, le président français a prononcé devant des étudiants de l’université de Ouagadougou un long discours adressé « à l’Afrique ». Le texte suivant reproduit la conclusion de ce discours d’Emmanuel Macron.
[Le] ciment principal qu’il y a entre nous, celui tellement évident qu’on finit par ne plus
le mentionner, c’est la langue, j’allais dire la langue française. Oui, c’est bien la langue
française mais à vrai dire, il y a bien longtemps que cette langue française, notre langue,
n’est plus uniquement française. Elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous
5 unit. Notre langue française, c’est une chance pour nous et notre langue a un avenir, ça
n’est pas simplement un patrimoine 2 à protéger et cet avenir se joue pour 3 beaucoup en
Afrique, ici.
Son avenir, son rayonnement, son attractivité n’appartient plus à la France. La franco-
phonie, c’est un corps vivant, un corps par-delà nos frontières dont le cœur bat quelque
10 part pas loin d’ici. Et je veux que vous ayez conscience de cela, moi j’en suis fier, je suis
fier que la langue dans laquelle je suis né, à laquelle je dois tout, la langue dans laquelle
on m’a fait grandir, par laquelle je peux convaincre, la langue par laquelle quelqu’un
comme moi qui vient d’une famille de province peut devenir président de la République
française parce qu’il apporte des arguments et des émotions à d’autres qui à un moment
15 le suivent, ce soit aussi votre langue.
Soyez-en fiers parce que c’est une langue qui va permettre à une jeune fille burkinabée
de faire la même chose demain, de convaincre les jeunes de sa génération et de prendre
les responsabilités, d’aller conquérir 4 quelque chose qui n’est pas forcément à elle au
début, cela nous l’avons en partage. Alors je vous le dis très simplement, faîtes le vivre,
20 ne la regardez pas comme une langue que certains voudraient ramener 5 à une histoire
traumatique, elle n’est pas que cela puisqu’elle est la langue de vos poètes, de vos
cinéastes, de vos artistes, vous l’avez déjà réacquise 6, vous vous l’êtes déjà réappropriée 7 !
La langue française du Burkina-Faso, la langue française du Sénégal, elle n’est déjà plus
seulement française, elle est déjà la vôtre, alors portez-la avec fierté !
25 Et cette francophonie, ce n’est pas la francophonie française, non, elle a depuis bien
longtemps échappé à la France. Je veux une francophonie forte, rayonnante, qui
illumine, qui conquiert 8 parce que ce sera la vôtre, portez-la avec fierté cette francophonie,
défendez-la, mettez-y vos mots, mettez-y vos expressions, transformez-la, changez-la à
votre tour ! […]
30 [A]vant ce français classique de l’Académie 9 il y avait un français irrigué 10 de tant et tant
de patois et de langues vernaculaires 11, lisez le français de Rabelais 12, vous vous rendrez
compte ! Mais le français d’Afrique, des Caraïbes, de Pacifique, ce français au pluriel que
vous avez fait vivre c’est celui-là que je veux voir rayonner, portez-le avec fierté, ne
cédez à aucun discours qui voudrait en quelque sorte renfermer le français dans une
35 langue morte ou combattre le français comme une langue trop chargée par un passé qui
n’est pas à la hauteur du nôtre ! […]
C’est cette volonté de dire nous avons des formidables opportunités de richesses
culturelles, de création, d’imaginaire en commun mais aussi d’opportunités économiques
parce que nous aurons un espace linguistique d’une puissance inédite à travers tous
40 les continents et au premier chef 13 en Afrique ! Se renfermer sur telle ou telle langue,
refuser la langue française pour avoir un effet de mode pour la langue anglaise dans le
continent africain c’est ne pas regarder l’avenir ! Le français ce sera la première
langue de l’Afrique et peut-être du monde si nous savons faire dans les prochaines
décennies, prenons ce défi ensemble, allons-y, portons-le !
45 Mais je vous le dis non pas comme on donne une leçon, non pas en vous disant « je veux
que ce soit ainsi », je vous le dis très simplement, je crois très profondément que c’est bon
pour nous tous, mais ça ne dépend que d’une chose, votre volonté, votre détermination.
Je voulais vous dire de cette nouvelle histoire de la francophonie que nous ouvrons
avec Leila SLIMANI 14, de cette nouvelle ambition et j’aurai l’occasion en début d’année
50 prochaine d’en détailler toutes les ambitions et d’expliquer cette nouvelle page de la
francophonie qu’avec vous, je veux pouvoir écrire.
Soyons conquérants, soyons ambitieux; et je serais après demain au Ghana pour
illustrer cette approche dans un pays anglophone qui se tourne vers la francophonie, qui
fait ce choix, qui fait ce pas en avant.
55 Je veux ensemble que nous ayons cet esprit de conquête, je veux qu’il y ait une ambition
partagée. […]
Felwine SARR 15 écrit cette belle formule « l’Afrique n’a personne à rattraper, elle ne doit
plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin
qu’elle se sera choisie ». Alors marchons ensemble sur ce chemin si vous en êtes
60 d’accord et apprenons à nous aimer forts de notre histoire partagée et de notre devenir
commun. […]
[V]ous trouverez toujours une exigence partagée parce que j’ai la volonté de réussir
avec vous; alors quoi que nous puissions en dire demain, cette route comme cette
destination elle est entre vos mains, parce que c’est vous qui connaissez la route.
Annotations
1 Ouagadougou: la capitale du Burkina-Faso, un pays francophone en Afrique subsaharienne
2 le patrimoine: ici: Kulturerbe
3 se jouer pour: ici: sich als günstig erweisen
4 conquérir: ici: erwerben
5 ramener à: mettre en rapport avec
6 réacquérir qc: sich etwas zurückerobern
7 se réapproprier qc: sich etwas wieder zu eigen machen
8 conquérir: ici: für sich einnehmen
9 Académie française: institution chargée de la défense de la langue française
10 irrigué,e de: ici: angereichert mit
11 langue vernaculaire: Regional- oder Landessprache
12 François Rabelais: romancier français du 16 e siècle
13 au premier chef: au premier rang
14 Leila Slimani: écrivaine franco-marocaine (*1981), nommée représentante de la Francophonie en 2017 par E. Macron
15 Felwine Sarr (*1972): sociologue, auteur et musicien sénégalais, professeur d’économie à l’université de Dakar
ou:
3.2 Vous étudiez à l'université de Ouagadougou en tant que Burkinabé/e et vous avez suivi le discours de Macron, qui déclare notamment que « [l]e français ce sera la première langue de l'Afrique et peut-être du monde » (l. 42 – 43). Sur le site Internet de l'université, vous réagissez à cette déclaration du Président français. Rédigez une entrée de blog. ( produktiv-gestaltende Teilaufgabe) [15 Punkte]
Aufgabe HT 2 - 4 · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Klausurteil A
Le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou 1 (Burkina-Faso)
Localisation:
Le mardi 28 novembre 2017, le président français a prononcé devant des étudiants de l’université de Ouagadougou un long discours adressé « à l’Afrique ». Le texte suivant reproduit la conclusion de ce discours d’Emmanuel Macron.
[Le] ciment principal qu’il y a entre nous, celui tellement évident qu’on finit par ne plus
le mentionner, c’est la langue, j’allais dire la langue française. Oui, c’est bien la langue
française mais à vrai dire, il y a bien longtemps que cette langue française, notre langue,
n’est plus uniquement française. Elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous
5 unit. Notre langue française, c’est une chance pour nous et notre langue a un avenir, ça
n’est pas simplement un patrimoine 2 à protéger et cet avenir se joue pour 3 beaucoup en
Afrique, ici.
Son avenir, son rayonnement, son attractivité n’appartient plus à la France. La franco-
phonie, c’est un corps vivant, un corps par-delà nos frontières dont le cœur bat quelque
10 part pas loin d’ici. Et je veux que vous ayez conscience de cela, moi j’en suis fier, je suis
fier que la langue dans laquelle je suis né, à laquelle je dois tout, la langue dans laquelle
on m’a fait grandir, par laquelle je peux convaincre, la langue par laquelle quelqu’un
comme moi qui vient d’une famille de province peut devenir président de la République
française parce qu’il apporte des arguments et des émotions à d’autres qui à un moment
15 le suivent, ce soit aussi votre langue.
Soyez-en fiers parce que c’est une langue qui va permettre à une jeune fille burkinabée
de faire la même chose demain, de convaincre les jeunes de sa génération et de prendre
les responsabilités, d’aller conquérir 4 quelque chose qui n’est pas forcément à elle au
début, cela nous l’avons en partage. Alors je vous le dis très simplement, faîtes le vivre,
20 ne la regardez pas comme une langue que certains voudraient ramener 5 à une histoire
traumatique, elle n’est pas que cela puisqu’elle est la langue de vos poètes, de vos
cinéastes, de vos artistes, vous l’avez déjà réacquise 6, vous vous l’êtes déjà réappropriée 7 !
La langue française du Burkina-Faso, la langue française du Sénégal, elle n’est déjà plus
seulement française, elle est déjà la vôtre, alors portez-la avec fierté !
25 Et cette francophonie, ce n’est pas la francophonie française, non, elle a depuis bien
longtemps échappé à la France. Je veux une francophonie forte, rayonnante, qui
illumine, qui conquiert 8 parce que ce sera la vôtre, portez-la avec fierté cette francophonie,
défendez-la, mettez-y vos mots, mettez-y vos expressions, transformez-la, changez-la à
votre tour ! […]
30 [A]vant ce français classique de l’Académie 9 il y avait un français irrigué 10 de tant et tant
de patois et de langues vernaculaires 11, lisez le français de Rabelais 12, vous vous rendrez
compte ! Mais le français d’Afrique, des Caraïbes, de Pacifique, ce français au pluriel que
vous avez fait vivre c’est celui-là que je veux voir rayonner, portez-le avec fierté, ne
cédez à aucun discours qui voudrait en quelque sorte renfermer le français dans une
35 langue morte ou combattre le français comme une langue trop chargée par un passé qui
n’est pas à la hauteur du nôtre ! […]
C’est cette volonté de dire nous avons des formidables opportunités de richesses
culturelles, de création, d’imaginaire en commun mais aussi d’opportunités économiques
parce que nous aurons un espace linguistique d’une puissance inédite à travers tous
40 les continents et au premier chef 13 en Afrique ! Se renfermer sur telle ou telle langue,
refuser la langue française pour avoir un effet de mode pour la langue anglaise dans le
continent africain c’est ne pas regarder l’avenir ! Le français ce sera la première
langue de l’Afrique et peut-être du monde si nous savons faire dans les prochaines
décennies, prenons ce défi ensemble, allons-y, portons-le !
45 Mais je vous le dis non pas comme on donne une leçon, non pas en vous disant « je veux
que ce soit ainsi », je vous le dis très simplement, je crois très profondément que c’est bon
pour nous tous, mais ça ne dépend que d’une chose, votre volonté, votre détermination.
Je voulais vous dire de cette nouvelle histoire de la francophonie que nous ouvrons
avec Leila SLIMANI 14, de cette nouvelle ambition et j’aurai l’occasion en début d’année
50 prochaine d’en détailler toutes les ambitions et d’expliquer cette nouvelle page de la
francophonie qu’avec vous, je veux pouvoir écrire.
Soyons conquérants, soyons ambitieux; et je serais après demain au Ghana pour
illustrer cette approche dans un pays anglophone qui se tourne vers la francophonie, qui
fait ce choix, qui fait ce pas en avant.
55 Je veux ensemble que nous ayons cet esprit de conquête, je veux qu’il y ait une ambition
partagée. […]
Felwine SARR 15 écrit cette belle formule « l’Afrique n’a personne à rattraper, elle ne doit
plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin
qu’elle se sera choisie ». Alors marchons ensemble sur ce chemin si vous en êtes
60 d’accord et apprenons à nous aimer forts de notre histoire partagée et de notre devenir
commun. […]
[V]ous trouverez toujours une exigence partagée parce que j’ai la volonté de réussir
avec vous; alors quoi que nous puissions en dire demain, cette route comme cette
destination elle est entre vos mains, parce que c’est vous qui connaissez la route.
Annotations
1 Ouagadougou: la capitale du Burkina-Faso, un pays francophone en Afrique subsaharienne
2 le patrimoine: ici: Kulturerbe
3 se jouer pour: ici: sich als günstig erweisen
4 conquérir: ici: erwerben
5 ramener à: mettre en rapport avec
6 réacquérir qc: sich etwas zurückerobern
7 se réapproprier qc: sich etwas wieder zu eigen machen
8 conquérir: ici: für sich einnehmen
9 Académie française: institution chargée de la défense de la langue française
10 irrigué,e de: ici: angereichert mit
11 langue vernaculaire: Regional- oder Landessprache
12 François Rabelais: romancier français du 16 e siècle
13 au premier chef: au premier rang
14 Leila Slimani: écrivaine franco-marocaine (*1981), nommée représentante de la Francophonie en 2017 par E. Macron
15 Felwine Sarr (*1972): sociologue, auteur et musicien sénégalais, professeur d’économie à l’université de Dakar
Une sculpture d'une figure marquante de la période coloniale française a été vandalisée en France. Cet événement a relancé le débat sur le passé colonial du pays et provoqué des discussions animées pendant les cours d'histoire de Basile, votre correspondant. Il vous demande comment les Allemands traitent leur passé colonial et si ce sujet suscite également des débats en Allemagne. Vous lui répondez à partir des exemples de Cologne et de Düsseldorf que vous avez relevés dans l'article du Westdeutsche Zeitung. Rédigez cette réponse sous la forme d'un e-mail.
Aufgabe HT 3 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Klausurteil A
Guy de Maupassant
Divorce (1888)
Localisation:
Un notaire de Rouen demande conseil à Maître Bontran, un avocat parisien réputé, au sujet de la procédure de divorce. Il lui raconte son mariage malheureux.
[...]
— Prenez un siège, dit l’avocat.
Le client s’assit et, après avoir toussé:
[...]
5 Comme je vous l’ai dit, j’étais notaire à Rouen, et un peu gêné, non pas pauvre, mais pauvret 1, mais soucieux, forcé à une économie de tous les instants, obligé de limiter tous mes goûts, oui, tous ! et c’est dur à mon âge.
Comme notaire, je lisais avec grand soin les annonces des quatrièmes pages des journaux, les offres et demandes, les petites correspondances, etc., etc.; et il m’était arrivé plusieurs fois, par ce moyen, de faire faire à quelques clients des mariages avantageux.
10 Un jour, je tombe sur ceci:
« Demoiselle jolie, bien élevée, comme il faut, épouserait homme honorable et lui apporterait deux millions cinq cent mille francs bien nets. Rien des agences 2. »
[...]
Donc j’écrivis, comme notaire, au nom d’un client, et j’attendis.
15 Cinq jours plus tard, vers trois heures de l’après-midi, j’étais en train de travailler dans mon cabinet, quand le maître clerc 3 m’annonça:
— Mlle Chantefrise.
— Faites entrer.
Alors apparut une femme d’environ trente ans, un peu forte, brune, l’air embarrassé.
— Asseyez-vous, mademoiselle.
20 Elle s’assit et murmura:
— C’est moi, monsieur.
— Mais, mademoiselle, je n’ai pas l’honneur de vous connaître.
— La personne à qui vous avez écrit.
— Pour un mariage ?
25 — Oui, monsieur.
— Ah ! très bien !
— Je suis venue moi-même, parce qu’on fait mieux les choses en personne.
— Je suis de votre avis, mademoiselle. Donc vous désirez vous marier ?
— Oui, monsieur.
30 — Vous avez de la famille ?
Elle hésita, baissa les yeux et balbutia:
— Non, monsieur… Ma mère… et mon père… sont morts.
Je tressaillis. Donc j’avais deviné juste, — et une vive sympathie s’éveilla brusquement dans mon cœur pour cette pauvre créature. Je n’insistai pas, pour ménager sa sensibilité,
35 et je repris:
— Votre fortune est bien nette ?
Elle répondit, cette fois, sans hésiter:
— Oh ! oui, monsieur.
Je la regardais avec grande attention, et, vraiment, elle ne me déplaisait pas, bien qu’un
40 peu mûre, plus mûre que je n’avais pensé. C’était une belle personne, une forte personne, une maîtresse femme. Et l’idée me vint de lui jouer une jolie petite comédie de sentiment, de devenir amoureux d’elle, de supplanter 4 mon client imaginaire, quand je me serais assuré que la dot n’était pas illusoire. Je lui parlai de ce client que je dépeignis comme un homme triste, très honorable, un peu malade.
45 Elle dit vivement: « Oh ! monsieur, j’aime les gens bien portants. »
— Vous le verrez, d’ailleurs, mademoiselle, mais pas avant trois ou quatre jours, car il est parti hier pour l’Angleterre.
— Oh ! que c’est ennuyeux, dit-elle.
— Mon Dieu ! oui et non. Êtes-vous pressée de retourner chez vous ?
50 — Pas du tout.
— Eh bien, restez ici. Je m’efforcerai de vous faire passer le temps.
— Vous êtes trop aimable, monsieur.
— Vous êtes descendue à l’hôtel ?
Elle nomma le premier hôtel de Rouen.
55 — Eh bien, mademoiselle, voulez-vous permettre à votre futur… notaire de vous offrir à dîner, ce soir.
Elle parut hésiter, inquiète, indécise; puis elle se décida:
— Oui, monsieur. [...]
À sept heures, j’étais chez elle. Elle avait fait des frais de toilette pour moi et me reçut
60 d’une façon très coquette.
Je l’emmenai dîner dans un restaurant [...].
[...]
Pour me calmer, je recommençai à lui parler de sa dot, qu’il faudrait établir d’une façon précise, car mon client était homme d’affaires.
Elle répondit avec gaieté: « Oh ! je sais. J’ai apporté toutes les preuves. »
65 — Ici, à Rouen ?
— Oui, à Rouen.
— Vous les avez à l’hôtel ?
— Mais oui.
— Pouvez-vous me les montrer ?
70 — Mais oui.
— Ce soir ?
— Mais oui.
Cela me sauvait de toutes les façons. Je payai l’addition, et nous voici rentrant chez elle.
Elle avait, en effet, apporté tous ses titres 5. Je ne pouvais douter, je les tenais, je les
75 palpais, je les lisais. Cela me mit une telle joie au cœur que je fus pris aussitôt d’un violent désir de l’embrasser. Je m’entends, d’un désir chaste, d’un désir d’homme content. Et je l’embrassai, ma foi. Une fois, deux fois, dix fois… si bien que… le champagne aidant… je succombai… ou plutôt… non… elle succomba.
Ah ! monsieur, j’en fis une tête, après cela… et elle donc ! Elle pleurait comme une
80 fontaine, en me suppliant de ne pas la trahir, de ne pas la perdre. [...]
Je lui dis:
— Mademoiselle, je n’ai plus qu’une chose à faire pour réparer nos torts. Je vous demande votre main.
Elle balbutia:
85 — Je vous la donne.
Je l’épousai.
Tout alla bien pendant six mois.
J’avais cédé mon étude, je vivais en rentier 6, et vraiment je n’avais pas un reproche, mais pas un seul à adresser à ma femme.
90 Cependant je remarquai peu à peu que, de temps en temps, elle faisait de longues sorties. Cela arrivait à jour fixe, une semaine le mardi, l’autre semaine le vendredi. Je me crus trompé, je la suivis.
[...]
Enfin, elle entra dans la gare de la rive gauche; je ne doutais plus, son amant allait arriver par le train d’une heure quarante-cinq.
95 Je me cachai derrière un camion 7 et j’attendis. Un coup de sifflet… un flot de voyageurs… Elle s’avance, s’élance, saisit dans ses bras une petite fille de trois ans qu’une grosse paysanne accompagne, et l’embrasse avec passion. Puis elle se retourne, aperçoit un autre enfant, plus jeune, fille ou garçon, porté par une autre campagnarde, se jette dessus,
l’étreint avec violence, et s’en va, escortée des deux mioches et des deux bonnes, vers la
100 longue et sombre et déserte promenade du Cours-la-Reine.
Je rentrai effaré, l’esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas, n’osant point deviner.
Quand elle revint pour dîner, je me jetai vers elle, hurlant:
— Quels sont ces enfants ?
105 — Quels enfants ?
— Ceux que vous attendiez au train de Saint-Sever ?
Elle poussa un grand cri et s’évanouit. Quand elle revint à elle, elle me confessa, dans un déluge de larmes, qu’elle en avait quatre. Oui, monsieur, deux pour le mardi, deux filles, et deux pour le vendredi, deux garçons.
110 Et c’était là — quelle honte ! — c’était là l’origine de sa fortune. — Les quatre pères !… Elle avait amassé sa dot.
— Maintenant, monsieur, que me conseillez-vous de faire ?
L’avocat répondit avec gravité:
— Reconnaître vos enfants, monsieur.
1 pauvret: ärmlich
2 rien des agences: sans frais d’agence, sans intermédiaire
3 le maître clerc: l’employé de bureau
4 supplanter: supprimer
5 le titre: ici: Rechtstitel, Urkunde, Bescheinigung
6 vivre en rentier: vivre comme une personne qui ne travaille plus parce qu’elle est financièrement indépendante
7 un camion: ici: ein Pferdelastwagen
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
1.
Décrivez dans quelles circonstances le mariage a lieu. (compréhension) [10 Punkte]
Aufgabe HT 3 - 2 · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez)
Klausurteil A
Guy de Maupassant
Divorce (1888)
Localisation:
Un notaire de Rouen demande conseil à Maître Bontran, un avocat parisien réputé, au sujet de la procédure de divorce. Il lui raconte son mariage malheureux.
[...]
— Prenez un siège, dit l’avocat.
Le client s’assit et, après avoir toussé:
[...]
5 Comme je vous l’ai dit, j’étais notaire à Rouen, et un peu gêné, non pas pauvre, mais pauvret 1, mais soucieux, forcé à une économie de tous les instants, obligé de limiter tous mes goûts, oui, tous ! et c’est dur à mon âge.
Comme notaire, je lisais avec grand soin les annonces des quatrièmes pages des journaux, les offres et demandes, les petites correspondances, etc., etc.; et il m’était arrivé plusieurs fois, par ce moyen, de faire faire à quelques clients des mariages avantageux.
10 Un jour, je tombe sur ceci:
« Demoiselle jolie, bien élevée, comme il faut, épouserait homme honorable et lui apporterait deux millions cinq cent mille francs bien nets. Rien des agences 2. »
[...]
Donc j’écrivis, comme notaire, au nom d’un client, et j’attendis.
15 Cinq jours plus tard, vers trois heures de l’après-midi, j’étais en train de travailler dans mon cabinet, quand le maître clerc 3 m’annonça:
— Mlle Chantefrise.
— Faites entrer.
Alors apparut une femme d’environ trente ans, un peu forte, brune, l’air embarrassé.
— Asseyez-vous, mademoiselle.
20 Elle s’assit et murmura:
— C’est moi, monsieur.
— Mais, mademoiselle, je n’ai pas l’honneur de vous connaître.
— La personne à qui vous avez écrit.
— Pour un mariage ?
25 — Oui, monsieur.
— Ah ! très bien !
— Je suis venue moi-même, parce qu’on fait mieux les choses en personne.
— Je suis de votre avis, mademoiselle. Donc vous désirez vous marier ?
— Oui, monsieur.
30 — Vous avez de la famille ?
Elle hésita, baissa les yeux et balbutia:
— Non, monsieur… Ma mère… et mon père… sont morts.
Je tressaillis. Donc j’avais deviné juste, — et une vive sympathie s’éveilla brusquement dans mon cœur pour cette pauvre créature. Je n’insistai pas, pour ménager sa sensibilité,
35 et je repris:
— Votre fortune est bien nette ?
Elle répondit, cette fois, sans hésiter:
— Oh ! oui, monsieur.
Je la regardais avec grande attention, et, vraiment, elle ne me déplaisait pas, bien qu’un
40 peu mûre, plus mûre que je n’avais pensé. C’était une belle personne, une forte personne, une maîtresse femme. Et l’idée me vint de lui jouer une jolie petite comédie de sentiment, de devenir amoureux d’elle, de supplanter 4 mon client imaginaire, quand je me serais assuré que la dot n’était pas illusoire. Je lui parlai de ce client que je dépeignis comme un homme triste, très honorable, un peu malade.
45 Elle dit vivement: « Oh ! monsieur, j’aime les gens bien portants. »
— Vous le verrez, d’ailleurs, mademoiselle, mais pas avant trois ou quatre jours, car il est parti hier pour l’Angleterre.
— Oh ! que c’est ennuyeux, dit-elle.
— Mon Dieu ! oui et non. Êtes-vous pressée de retourner chez vous ?
50 — Pas du tout.
— Eh bien, restez ici. Je m’efforcerai de vous faire passer le temps.
— Vous êtes trop aimable, monsieur.
— Vous êtes descendue à l’hôtel ?
Elle nomma le premier hôtel de Rouen.
55 — Eh bien, mademoiselle, voulez-vous permettre à votre futur… notaire de vous offrir à dîner, ce soir.
Elle parut hésiter, inquiète, indécise; puis elle se décida:
— Oui, monsieur. [...]
À sept heures, j’étais chez elle. Elle avait fait des frais de toilette pour moi et me reçut
60 d’une façon très coquette.
Je l’emmenai dîner dans un restaurant [...].
[...]
Pour me calmer, je recommençai à lui parler de sa dot, qu’il faudrait établir d’une façon précise, car mon client était homme d’affaires.
Elle répondit avec gaieté: « Oh ! je sais. J’ai apporté toutes les preuves. »
65 — Ici, à Rouen ?
— Oui, à Rouen.
— Vous les avez à l’hôtel ?
— Mais oui.
— Pouvez-vous me les montrer ?
70 — Mais oui.
— Ce soir ?
— Mais oui.
Cela me sauvait de toutes les façons. Je payai l’addition, et nous voici rentrant chez elle.
Elle avait, en effet, apporté tous ses titres 5. Je ne pouvais douter, je les tenais, je les
75 palpais, je les lisais. Cela me mit une telle joie au cœur que je fus pris aussitôt d’un violent désir de l’embrasser. Je m’entends, d’un désir chaste, d’un désir d’homme content. Et je l’embrassai, ma foi. Une fois, deux fois, dix fois… si bien que… le champagne aidant… je succombai… ou plutôt… non… elle succomba.
Ah ! monsieur, j’en fis une tête, après cela… et elle donc ! Elle pleurait comme une
80 fontaine, en me suppliant de ne pas la trahir, de ne pas la perdre. [...]
Je lui dis:
— Mademoiselle, je n’ai plus qu’une chose à faire pour réparer nos torts. Je vous demande votre main.
Elle balbutia:
85 — Je vous la donne.
Je l’épousai.
Tout alla bien pendant six mois.
J’avais cédé mon étude, je vivais en rentier 6, et vraiment je n’avais pas un reproche, mais pas un seul à adresser à ma femme.
90 Cependant je remarquai peu à peu que, de temps en temps, elle faisait de longues sorties. Cela arrivait à jour fixe, une semaine le mardi, l’autre semaine le vendredi. Je me crus trompé, je la suivis.
[...]
Enfin, elle entra dans la gare de la rive gauche; je ne doutais plus, son amant allait arriver par le train d’une heure quarante-cinq.
95 Je me cachai derrière un camion 7 et j’attendis. Un coup de sifflet… un flot de voyageurs… Elle s’avance, s’élance, saisit dans ses bras une petite fille de trois ans qu’une grosse paysanne accompagne, et l’embrasse avec passion. Puis elle se retourne, aperçoit un autre enfant, plus jeune, fille ou garçon, porté par une autre campagnarde, se jette dessus,
l’étreint avec violence, et s’en va, escortée des deux mioches et des deux bonnes, vers la
100 longue et sombre et déserte promenade du Cours-la-Reine.
Je rentrai effaré, l’esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas, n’osant point deviner.
Quand elle revint pour dîner, je me jetai vers elle, hurlant:
— Quels sont ces enfants ?
105 — Quels enfants ?
— Ceux que vous attendiez au train de Saint-Sever ?
Elle poussa un grand cri et s’évanouit. Quand elle revint à elle, elle me confessa, dans un déluge de larmes, qu’elle en avait quatre. Oui, monsieur, deux pour le mardi, deux filles, et deux pour le vendredi, deux garçons.
110 Et c’était là — quelle honte ! — c’était là l’origine de sa fortune. — Les quatre pères !… Elle avait amassé sa dot.
— Maintenant, monsieur, que me conseillez-vous de faire ?
L’avocat répondit avec gravité:
— Reconnaître vos enfants, monsieur.
1 pauvret: ärmlich
2 rien des agences: sans frais d’agence, sans intermédiaire
3 le maître clerc: l’employé de bureau
4 supplanter: supprimer
5 le titre: ici: Rechtstitel, Urkunde, Bescheinigung
6 vivre en rentier: vivre comme une personne qui ne travaille plus parce qu’elle est financièrement indépendante
7 un camion: ici: ein Pferdelastwagen
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
2.
Analysez l'attitude du notaire telle qu'il la présente lui-même, en tenant compte des procédés rhétoriques et stylistiques employés par l'auteur. (analyse) [18 Punkte]
Aufgabe HT 3 - 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
Klausurteil A
Guy de Maupassant
Divorce (1888)
Localisation:
Un notaire de Rouen demande conseil à Maître Bontran, un avocat parisien réputé, au sujet de la procédure de divorce. Il lui raconte son mariage malheureux.
[...]
— Prenez un siège, dit l’avocat.
Le client s’assit et, après avoir toussé:
[...]
5 Comme je vous l’ai dit, j’étais notaire à Rouen, et un peu gêné, non pas pauvre, mais pauvret 1, mais soucieux, forcé à une économie de tous les instants, obligé de limiter tous mes goûts, oui, tous ! et c’est dur à mon âge.
Comme notaire, je lisais avec grand soin les annonces des quatrièmes pages des journaux, les offres et demandes, les petites correspondances, etc., etc.; et il m’était arrivé plusieurs fois, par ce moyen, de faire faire à quelques clients des mariages avantageux.
10 Un jour, je tombe sur ceci:
« Demoiselle jolie, bien élevée, comme il faut, épouserait homme honorable et lui apporterait deux millions cinq cent mille francs bien nets. Rien des agences 2. »
[...]
Donc j’écrivis, comme notaire, au nom d’un client, et j’attendis.
15 Cinq jours plus tard, vers trois heures de l’après-midi, j’étais en train de travailler dans mon cabinet, quand le maître clerc 3 m’annonça:
— Mlle Chantefrise.
— Faites entrer.
Alors apparut une femme d’environ trente ans, un peu forte, brune, l’air embarrassé.
— Asseyez-vous, mademoiselle.
20 Elle s’assit et murmura:
— C’est moi, monsieur.
— Mais, mademoiselle, je n’ai pas l’honneur de vous connaître.
— La personne à qui vous avez écrit.
— Pour un mariage ?
25 — Oui, monsieur.
— Ah ! très bien !
— Je suis venue moi-même, parce qu’on fait mieux les choses en personne.
— Je suis de votre avis, mademoiselle. Donc vous désirez vous marier ?
— Oui, monsieur.
30 — Vous avez de la famille ?
Elle hésita, baissa les yeux et balbutia:
— Non, monsieur… Ma mère… et mon père… sont morts.
Je tressaillis. Donc j’avais deviné juste, — et une vive sympathie s’éveilla brusquement dans mon cœur pour cette pauvre créature. Je n’insistai pas, pour ménager sa sensibilité,
35 et je repris:
— Votre fortune est bien nette ?
Elle répondit, cette fois, sans hésiter:
— Oh ! oui, monsieur.
Je la regardais avec grande attention, et, vraiment, elle ne me déplaisait pas, bien qu’un
40 peu mûre, plus mûre que je n’avais pensé. C’était une belle personne, une forte personne, une maîtresse femme. Et l’idée me vint de lui jouer une jolie petite comédie de sentiment, de devenir amoureux d’elle, de supplanter 4 mon client imaginaire, quand je me serais assuré que la dot n’était pas illusoire. Je lui parlai de ce client que je dépeignis comme un homme triste, très honorable, un peu malade.
45 Elle dit vivement: « Oh ! monsieur, j’aime les gens bien portants. »
— Vous le verrez, d’ailleurs, mademoiselle, mais pas avant trois ou quatre jours, car il est parti hier pour l’Angleterre.
— Oh ! que c’est ennuyeux, dit-elle.
— Mon Dieu ! oui et non. Êtes-vous pressée de retourner chez vous ?
50 — Pas du tout.
— Eh bien, restez ici. Je m’efforcerai de vous faire passer le temps.
— Vous êtes trop aimable, monsieur.
— Vous êtes descendue à l’hôtel ?
Elle nomma le premier hôtel de Rouen.
55 — Eh bien, mademoiselle, voulez-vous permettre à votre futur… notaire de vous offrir à dîner, ce soir.
Elle parut hésiter, inquiète, indécise; puis elle se décida:
— Oui, monsieur. [...]
À sept heures, j’étais chez elle. Elle avait fait des frais de toilette pour moi et me reçut
60 d’une façon très coquette.
Je l’emmenai dîner dans un restaurant [...].
[...]
Pour me calmer, je recommençai à lui parler de sa dot, qu’il faudrait établir d’une façon précise, car mon client était homme d’affaires.
Elle répondit avec gaieté: « Oh ! je sais. J’ai apporté toutes les preuves. »
65 — Ici, à Rouen ?
— Oui, à Rouen.
— Vous les avez à l’hôtel ?
— Mais oui.
— Pouvez-vous me les montrer ?
70 — Mais oui.
— Ce soir ?
— Mais oui.
Cela me sauvait de toutes les façons. Je payai l’addition, et nous voici rentrant chez elle.
Elle avait, en effet, apporté tous ses titres 5. Je ne pouvais douter, je les tenais, je les
75 palpais, je les lisais. Cela me mit une telle joie au cœur que je fus pris aussitôt d’un violent désir de l’embrasser. Je m’entends, d’un désir chaste, d’un désir d’homme content. Et je l’embrassai, ma foi. Une fois, deux fois, dix fois… si bien que… le champagne aidant… je succombai… ou plutôt… non… elle succomba.
Ah ! monsieur, j’en fis une tête, après cela… et elle donc ! Elle pleurait comme une
80 fontaine, en me suppliant de ne pas la trahir, de ne pas la perdre. [...]
Je lui dis:
— Mademoiselle, je n’ai plus qu’une chose à faire pour réparer nos torts. Je vous demande votre main.
Elle balbutia:
85 — Je vous la donne.
Je l’épousai.
Tout alla bien pendant six mois.
J’avais cédé mon étude, je vivais en rentier 6, et vraiment je n’avais pas un reproche, mais pas un seul à adresser à ma femme.
90 Cependant je remarquai peu à peu que, de temps en temps, elle faisait de longues sorties. Cela arrivait à jour fixe, une semaine le mardi, l’autre semaine le vendredi. Je me crus trompé, je la suivis.
[...]
Enfin, elle entra dans la gare de la rive gauche; je ne doutais plus, son amant allait arriver par le train d’une heure quarante-cinq.
95 Je me cachai derrière un camion 7 et j’attendis. Un coup de sifflet… un flot de voyageurs… Elle s’avance, s’élance, saisit dans ses bras une petite fille de trois ans qu’une grosse paysanne accompagne, et l’embrasse avec passion. Puis elle se retourne, aperçoit un autre enfant, plus jeune, fille ou garçon, porté par une autre campagnarde, se jette dessus,
l’étreint avec violence, et s’en va, escortée des deux mioches et des deux bonnes, vers la
100 longue et sombre et déserte promenade du Cours-la-Reine.
Je rentrai effaré, l’esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas, n’osant point deviner.
Quand elle revint pour dîner, je me jetai vers elle, hurlant:
— Quels sont ces enfants ?
105 — Quels enfants ?
— Ceux que vous attendiez au train de Saint-Sever ?
Elle poussa un grand cri et s’évanouit. Quand elle revint à elle, elle me confessa, dans un déluge de larmes, qu’elle en avait quatre. Oui, monsieur, deux pour le mardi, deux filles, et deux pour le vendredi, deux garçons.
110 Et c’était là — quelle honte ! — c’était là l’origine de sa fortune. — Les quatre pères !… Elle avait amassé sa dot.
— Maintenant, monsieur, que me conseillez-vous de faire ?
L’avocat répondit avec gravité:
— Reconnaître vos enfants, monsieur.
1 pauvret: ärmlich
2 rien des agences: sans frais d’agence, sans intermédiaire
3 le maître clerc: l’employé de bureau
4 supplanter: supprimer
5 le titre: ici: Rechtstitel, Urkunde, Bescheinigung
6 vivre en rentier: vivre comme une personne qui ne travaille plus parce qu’elle est financièrement indépendante
7 un camion: ici: ein Pferdelastwagen
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
Au choix: Aufgabe 3.1 ou Aufgabe 3.2
3.1
« Maintenant, monsieur, que me conseillez-vous de faire ? [...] Reconnaître vos enfants, monsieur. » (ll. 112 ff.)
Commentez la recommandation que l'avocat donne ici. (commentaire) [14 Punkte]
Aufgabe HT 3 - 3.2 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
Klausurteil A
Guy de Maupassant
Divorce (1888)
Localisation:
Un notaire de Rouen demande conseil à Maître Bontran, un avocat parisien réputé, au sujet de la procédure de divorce. Il lui raconte son mariage malheureux.
[...]
— Prenez un siège, dit l’avocat.
Le client s’assit et, après avoir toussé:
[...]
5 Comme je vous l’ai dit, j’étais notaire à Rouen, et un peu gêné, non pas pauvre, mais pauvret 1, mais soucieux, forcé à une économie de tous les instants, obligé de limiter tous mes goûts, oui, tous ! et c’est dur à mon âge.
Comme notaire, je lisais avec grand soin les annonces des quatrièmes pages des journaux, les offres et demandes, les petites correspondances, etc., etc.; et il m’était arrivé plusieurs fois, par ce moyen, de faire faire à quelques clients des mariages avantageux.
10 Un jour, je tombe sur ceci:
« Demoiselle jolie, bien élevée, comme il faut, épouserait homme honorable et lui apporterait deux millions cinq cent mille francs bien nets. Rien des agences 2. »
[...]
Donc j’écrivis, comme notaire, au nom d’un client, et j’attendis.
15 Cinq jours plus tard, vers trois heures de l’après-midi, j’étais en train de travailler dans mon cabinet, quand le maître clerc 3 m’annonça:
— Mlle Chantefrise.
— Faites entrer.
Alors apparut une femme d’environ trente ans, un peu forte, brune, l’air embarrassé.
— Asseyez-vous, mademoiselle.
20 Elle s’assit et murmura:
— C’est moi, monsieur.
— Mais, mademoiselle, je n’ai pas l’honneur de vous connaître.
— La personne à qui vous avez écrit.
— Pour un mariage ?
25 — Oui, monsieur.
— Ah ! très bien !
— Je suis venue moi-même, parce qu’on fait mieux les choses en personne.
— Je suis de votre avis, mademoiselle. Donc vous désirez vous marier ?
— Oui, monsieur.
30 — Vous avez de la famille ?
Elle hésita, baissa les yeux et balbutia:
— Non, monsieur… Ma mère… et mon père… sont morts.
Je tressaillis. Donc j’avais deviné juste, — et une vive sympathie s’éveilla brusquement dans mon cœur pour cette pauvre créature. Je n’insistai pas, pour ménager sa sensibilité,
35 et je repris:
— Votre fortune est bien nette ?
Elle répondit, cette fois, sans hésiter:
— Oh ! oui, monsieur.
Je la regardais avec grande attention, et, vraiment, elle ne me déplaisait pas, bien qu’un
40 peu mûre, plus mûre que je n’avais pensé. C’était une belle personne, une forte personne, une maîtresse femme. Et l’idée me vint de lui jouer une jolie petite comédie de sentiment, de devenir amoureux d’elle, de supplanter 4 mon client imaginaire, quand je me serais assuré que la dot n’était pas illusoire. Je lui parlai de ce client que je dépeignis comme un homme triste, très honorable, un peu malade.
45 Elle dit vivement: « Oh ! monsieur, j’aime les gens bien portants. »
— Vous le verrez, d’ailleurs, mademoiselle, mais pas avant trois ou quatre jours, car il est parti hier pour l’Angleterre.
— Oh ! que c’est ennuyeux, dit-elle.
— Mon Dieu ! oui et non. Êtes-vous pressée de retourner chez vous ?
50 — Pas du tout.
— Eh bien, restez ici. Je m’efforcerai de vous faire passer le temps.
— Vous êtes trop aimable, monsieur.
— Vous êtes descendue à l’hôtel ?
Elle nomma le premier hôtel de Rouen.
55 — Eh bien, mademoiselle, voulez-vous permettre à votre futur… notaire de vous offrir à dîner, ce soir.
Elle parut hésiter, inquiète, indécise; puis elle se décida:
— Oui, monsieur. [...]
À sept heures, j’étais chez elle. Elle avait fait des frais de toilette pour moi et me reçut
60 d’une façon très coquette.
Je l’emmenai dîner dans un restaurant [...].
[...]
Pour me calmer, je recommençai à lui parler de sa dot, qu’il faudrait établir d’une façon précise, car mon client était homme d’affaires.
Elle répondit avec gaieté: « Oh ! je sais. J’ai apporté toutes les preuves. »
65 — Ici, à Rouen ?
— Oui, à Rouen.
— Vous les avez à l’hôtel ?
— Mais oui.
— Pouvez-vous me les montrer ?
70 — Mais oui.
— Ce soir ?
— Mais oui.
Cela me sauvait de toutes les façons. Je payai l’addition, et nous voici rentrant chez elle.
Elle avait, en effet, apporté tous ses titres 5. Je ne pouvais douter, je les tenais, je les
75 palpais, je les lisais. Cela me mit une telle joie au cœur que je fus pris aussitôt d’un violent désir de l’embrasser. Je m’entends, d’un désir chaste, d’un désir d’homme content. Et je l’embrassai, ma foi. Une fois, deux fois, dix fois… si bien que… le champagne aidant… je succombai… ou plutôt… non… elle succomba.
Ah ! monsieur, j’en fis une tête, après cela… et elle donc ! Elle pleurait comme une
80 fontaine, en me suppliant de ne pas la trahir, de ne pas la perdre. [...]
Je lui dis:
— Mademoiselle, je n’ai plus qu’une chose à faire pour réparer nos torts. Je vous demande votre main.
Elle balbutia:
85 — Je vous la donne.
Je l’épousai.
Tout alla bien pendant six mois.
J’avais cédé mon étude, je vivais en rentier 6, et vraiment je n’avais pas un reproche, mais pas un seul à adresser à ma femme.
90 Cependant je remarquai peu à peu que, de temps en temps, elle faisait de longues sorties. Cela arrivait à jour fixe, une semaine le mardi, l’autre semaine le vendredi. Je me crus trompé, je la suivis.
[...]
Enfin, elle entra dans la gare de la rive gauche; je ne doutais plus, son amant allait arriver par le train d’une heure quarante-cinq.
95 Je me cachai derrière un camion 7 et j’attendis. Un coup de sifflet… un flot de voyageurs… Elle s’avance, s’élance, saisit dans ses bras une petite fille de trois ans qu’une grosse paysanne accompagne, et l’embrasse avec passion. Puis elle se retourne, aperçoit un autre enfant, plus jeune, fille ou garçon, porté par une autre campagnarde, se jette dessus,
l’étreint avec violence, et s’en va, escortée des deux mioches et des deux bonnes, vers la
100 longue et sombre et déserte promenade du Cours-la-Reine.
Je rentrai effaré, l’esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas, n’osant point deviner.
Quand elle revint pour dîner, je me jetai vers elle, hurlant:
— Quels sont ces enfants ?
105 — Quels enfants ?
— Ceux que vous attendiez au train de Saint-Sever ?
Elle poussa un grand cri et s’évanouit. Quand elle revint à elle, elle me confessa, dans un déluge de larmes, qu’elle en avait quatre. Oui, monsieur, deux pour le mardi, deux filles, et deux pour le vendredi, deux garçons.
110 Et c’était là — quelle honte ! — c’était là l’origine de sa fortune. — Les quatre pères !… Elle avait amassé sa dot.
— Maintenant, monsieur, que me conseillez-vous de faire ?
L’avocat répondit avec gravité:
— Reconnaître vos enfants, monsieur.
1 pauvret: ärmlich
2 rien des agences: sans frais d’agence, sans intermédiaire
3 le maître clerc: l’employé de bureau
4 supplanter: supprimer
5 le titre: ici: Rechtstitel, Urkunde, Bescheinigung
6 vivre en rentier: vivre comme une personne qui ne travaille plus parce qu’elle est financièrement indépendante
7 un camion: ici: ein Pferdelastwagen
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
Au choix: Aufgabe 3.1 ou Aufgabe 3.2
3.2
Une fois qu'elle a révélé la vérité à son mari, la femme du notaire songe à son mariage, au secret qu'elle a gardé sur ses enfants illégitimes et à la façon dont son mari a réagi. Rédigez ses pensées sous la forme d'un journal intime. (produktiv-gestaltende Teilaufgabe) [14 Punkte]
Aufgabe HT 3 - 4 · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Klausurteil A
Guy de Maupassant
Divorce (1888)
Localisation:
Un notaire de Rouen demande conseil à Maître Bontran, un avocat parisien réputé, au sujet de la procédure de divorce. Il lui raconte son mariage malheureux.
[...]
— Prenez un siège, dit l’avocat.
Le client s’assit et, après avoir toussé:
[...]
5 Comme je vous l’ai dit, j’étais notaire à Rouen, et un peu gêné, non pas pauvre, mais pauvret 1, mais soucieux, forcé à une économie de tous les instants, obligé de limiter tous mes goûts, oui, tous ! et c’est dur à mon âge.
Comme notaire, je lisais avec grand soin les annonces des quatrièmes pages des journaux, les offres et demandes, les petites correspondances, etc., etc.; et il m’était arrivé plusieurs fois, par ce moyen, de faire faire à quelques clients des mariages avantageux.
10 Un jour, je tombe sur ceci:
« Demoiselle jolie, bien élevée, comme il faut, épouserait homme honorable et lui apporterait deux millions cinq cent mille francs bien nets. Rien des agences 2. »
[...]
Donc j’écrivis, comme notaire, au nom d’un client, et j’attendis.
15 Cinq jours plus tard, vers trois heures de l’après-midi, j’étais en train de travailler dans mon cabinet, quand le maître clerc 3 m’annonça:
— Mlle Chantefrise.
— Faites entrer.
Alors apparut une femme d’environ trente ans, un peu forte, brune, l’air embarrassé.
— Asseyez-vous, mademoiselle.
20 Elle s’assit et murmura:
— C’est moi, monsieur.
— Mais, mademoiselle, je n’ai pas l’honneur de vous connaître.
— La personne à qui vous avez écrit.
— Pour un mariage ?
25 — Oui, monsieur.
— Ah ! très bien !
— Je suis venue moi-même, parce qu’on fait mieux les choses en personne.
— Je suis de votre avis, mademoiselle. Donc vous désirez vous marier ?
— Oui, monsieur.
30 — Vous avez de la famille ?
Elle hésita, baissa les yeux et balbutia:
— Non, monsieur… Ma mère… et mon père… sont morts.
Je tressaillis. Donc j’avais deviné juste, — et une vive sympathie s’éveilla brusquement dans mon cœur pour cette pauvre créature. Je n’insistai pas, pour ménager sa sensibilité,
35 et je repris:
— Votre fortune est bien nette ?
Elle répondit, cette fois, sans hésiter:
— Oh ! oui, monsieur.
Je la regardais avec grande attention, et, vraiment, elle ne me déplaisait pas, bien qu’un
40 peu mûre, plus mûre que je n’avais pensé. C’était une belle personne, une forte personne, une maîtresse femme. Et l’idée me vint de lui jouer une jolie petite comédie de sentiment, de devenir amoureux d’elle, de supplanter 4 mon client imaginaire, quand je me serais assuré que la dot n’était pas illusoire. Je lui parlai de ce client que je dépeignis comme un homme triste, très honorable, un peu malade.
45 Elle dit vivement: « Oh ! monsieur, j’aime les gens bien portants. »
— Vous le verrez, d’ailleurs, mademoiselle, mais pas avant trois ou quatre jours, car il est parti hier pour l’Angleterre.
— Oh ! que c’est ennuyeux, dit-elle.
— Mon Dieu ! oui et non. Êtes-vous pressée de retourner chez vous ?
50 — Pas du tout.
— Eh bien, restez ici. Je m’efforcerai de vous faire passer le temps.
— Vous êtes trop aimable, monsieur.
— Vous êtes descendue à l’hôtel ?
Elle nomma le premier hôtel de Rouen.
55 — Eh bien, mademoiselle, voulez-vous permettre à votre futur… notaire de vous offrir à dîner, ce soir.
Elle parut hésiter, inquiète, indécise; puis elle se décida:
— Oui, monsieur. [...]
À sept heures, j’étais chez elle. Elle avait fait des frais de toilette pour moi et me reçut
60 d’une façon très coquette.
Je l’emmenai dîner dans un restaurant [...].
[...]
Pour me calmer, je recommençai à lui parler de sa dot, qu’il faudrait établir d’une façon précise, car mon client était homme d’affaires.
Elle répondit avec gaieté: « Oh ! je sais. J’ai apporté toutes les preuves. »
65 — Ici, à Rouen ?
— Oui, à Rouen.
— Vous les avez à l’hôtel ?
— Mais oui.
— Pouvez-vous me les montrer ?
70 — Mais oui.
— Ce soir ?
— Mais oui.
Cela me sauvait de toutes les façons. Je payai l’addition, et nous voici rentrant chez elle.
Elle avait, en effet, apporté tous ses titres 5. Je ne pouvais douter, je les tenais, je les
75 palpais, je les lisais. Cela me mit une telle joie au cœur que je fus pris aussitôt d’un violent désir de l’embrasser. Je m’entends, d’un désir chaste, d’un désir d’homme content. Et je l’embrassai, ma foi. Une fois, deux fois, dix fois… si bien que… le champagne aidant… je succombai… ou plutôt… non… elle succomba.
Ah ! monsieur, j’en fis une tête, après cela… et elle donc ! Elle pleurait comme une
80 fontaine, en me suppliant de ne pas la trahir, de ne pas la perdre. [...]
Je lui dis:
— Mademoiselle, je n’ai plus qu’une chose à faire pour réparer nos torts. Je vous demande votre main.
Elle balbutia:
85 — Je vous la donne.
Je l’épousai.
Tout alla bien pendant six mois.
J’avais cédé mon étude, je vivais en rentier 6, et vraiment je n’avais pas un reproche, mais pas un seul à adresser à ma femme.
90 Cependant je remarquai peu à peu que, de temps en temps, elle faisait de longues sorties. Cela arrivait à jour fixe, une semaine le mardi, l’autre semaine le vendredi. Je me crus trompé, je la suivis.
[...]
Enfin, elle entra dans la gare de la rive gauche; je ne doutais plus, son amant allait arriver par le train d’une heure quarante-cinq.
95 Je me cachai derrière un camion 7 et j’attendis. Un coup de sifflet… un flot de voyageurs… Elle s’avance, s’élance, saisit dans ses bras une petite fille de trois ans qu’une grosse paysanne accompagne, et l’embrasse avec passion. Puis elle se retourne, aperçoit un autre enfant, plus jeune, fille ou garçon, porté par une autre campagnarde, se jette dessus,
l’étreint avec violence, et s’en va, escortée des deux mioches et des deux bonnes, vers la
100 longue et sombre et déserte promenade du Cours-la-Reine.
Je rentrai effaré, l’esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas, n’osant point deviner.
Quand elle revint pour dîner, je me jetai vers elle, hurlant:
— Quels sont ces enfants ?
105 — Quels enfants ?
— Ceux que vous attendiez au train de Saint-Sever ?
Elle poussa un grand cri et s’évanouit. Quand elle revint à elle, elle me confessa, dans un déluge de larmes, qu’elle en avait quatre. Oui, monsieur, deux pour le mardi, deux filles, et deux pour le vendredi, deux garçons.
110 Et c’était là — quelle honte ! — c’était là l’origine de sa fortune. — Les quatre pères !… Elle avait amassé sa dot.
— Maintenant, monsieur, que me conseillez-vous de faire ?
L’avocat répondit avec gravité:
— Reconnaître vos enfants, monsieur.
1 pauvret: ärmlich
2 rien des agences: sans frais d’agence, sans intermédiaire
3 le maître clerc: l’employé de bureau
4 supplanter: supprimer
5 le titre: ici: Rechtstitel, Urkunde, Bescheinigung
6 vivre en rentier: vivre comme une personne qui ne travaille plus parce qu’elle est financièrement indépendante
7 un camion: ici: ein Pferdelastwagen
Klausurteil B: Sprachmittlung isoliert
4. Votre correspondant Marcel voudrait en savoir plus sur les traditions des couples d'amoureux en Allemagne. Vous trouvez l'article « Ein Maibaum für die Liebe ». Afin que Marcel saisisse cette coutume propre à une région allemande, vous lui transmettez dans un e-mail les informations essentielles du texte. Rédigez cet e-mail. ( médiation) (18 Punkte)
Texte d'appui: Anja Schuchardt, « Ein Maibaum für die Liebe »
Während in Bayern die Dörfer um ihren Maibaum bangen, zieht man im Rheinland in der Mainacht los, um seiner Liebsten einen Baum zu stellen. Dabei gilt es, wichtige Dinge zu beachten – denn auf die Größe kommt es eben doch an. Und auch in der Region Köln ist der Baum nicht sicher vor Diebstahl. [...]
Wenn im Rheinland der April zu Ende geht, werden die Mädels unruhig. Dass junge Männer ihrer Angebeteten in der Nacht zum ersten Mai einen Baum in den Garten stellen, ist hier seit Jahrhunderten Tradition.
30. April, 17 Uhr nachmittags auf einem Innenhof in Rauschendorf, nahe Bonn: Lars, Peter und acht weitere Jungs sind gerüstet. In der Einfahrt steht ein drei Meter langer Anhänger, darin Sägen, Äxte und fünf Kisten Bier. Gleich geht's in den Wald zum Maibaumschlagen. Dort suchen sie sich die schönsten Maibäume für ihre Herzensdamen aus. Lars weiß, worauf es bei der Baumauswahl ankommt. „Ein perfekter Maibaum ist hoch gewachsen, hat einen relativ dünnen Stamm – damit man ihn noch aufstellen kann – und eine üppige Krone.“
Etwa eine Stunde dauern die Waldarbeiten im Auftrag der Liebe. Die meisten Bäume sind über zehn Meter lang. Zu hoch sollten sie nicht sein. Denn ist der Baum höher als der Hausgiebel, gilt das öffentliche Liebesgeständnis per Baum gleich als Hochzeitsantrag. Am Ausgang des offiziellen Maibaumforstes zahlen Lars und seine Freunde für die Bäume: 15 Euro bekommt der Förster pro Birke.
Ursprünglich war das Maibaumstellen Teil des so genannten „Mailehenbrauchs“, einer Art dörflicher Partnervermittlung, die im 17. Jahrhundert entstand. Dabei wurden die unverheirateten jungen Frauen eines Dorfes den Junggesellen für eine bestimmte Zeit als Leihgabe, „Lehen“, übergeben. Das geschah nach einem bestimmten Verfahren, sodass im Monat Mai in den Dörfern lauter Maipaare zueinander fanden. Die Maiversteigerungen sollten den dörflichen Heiratsmarkt regeln mit dem Ziel, Ehen innerhalb des Dorfes zu schließen. Wer das höchste Gebot für ein Mädchen abgab, war Maikönig und sie entsprechend Maikönigin. Dabei gehörte es zum festen Brauch, dass jeder Maibräutigam seiner Maibraut einen mit bunten Bändern geschmückten Baum aufstellte.
Diese Tradition des „Maibaumstellens“ hat sich in vielen rheinischen Dörfern in der Region Köln/Bonn bis heute gehalten. Ehen ergeben sich aus den Maifeiern eher seltener, als Single-Börsen sind sie aber immer noch beliebt. Und die Maibäume sind Indiz dafür, wie begehrt Mädels bei den Jungs sind. Schauen die Mädchen am Morgen vor ihr Fenster, stellt sich vielen noch die Frage: Wer hat ihn gebracht? Peinlich aber ist, wenn eine Tanne oder ein Kirschbaum an der Wand lehnt. Diese sind keine Liebes-, sondern eine Schandmaie. Beweis dafür, dass sich das Mädchen bei jemandem unbeliebt gemacht hat.
Lars ist froh, er hat seinen Liebesbaum mit Paketband und Schnüren an die Straßenlaterne gebunden.
Peter hat ihn sogar im Vorgarten mit einer schweren Metallkette am Zaun festgemacht. Das hat nämlich der rheinische Maibaum mit seinem bayerischen Kollegen gemein: auch er ist in Gefahr, von männlichen Rivalen nachts geklaut zu werden. Und es kann auch schon einmal vorkommen, dass sich gleich zwei Verehrer vor dem gleichen Fenster der Angebeteten treffen...
[...]
Warum ist als Maibaum eigentlich die Birke auserkoren worden? Sie gilt als Symbol des Frühlings und der wiedererwachenden Natur. Und in diesem Jahr ziehen im Rheinland übrigens auch die Mädels in der Nacht los. Denn im Zuge der Gleichberechtigung hat sich beim Maibaum-Brauch in den vergangenen Jahren ein zusätzlicher Trend entwickelt: In Schaltjahren setzen auch die Frauen ihrem Liebsten einen Baum. Schließlich gibt es am Ende des Monats traditionell eine Kiste Bier, wenn Verehrer oder Verehrerin den Baum wieder abholt.
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