Aufgabe HT 3 - 2 · Abitur NRW Französisch LK · Haupttermin · fortgeführt 2021

Thema: Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Aus der Prüfung LK · Haupttermin · fortgeführt (2021)

Aufgabenstellung

Klausurteil A

Gustave Flaubert

L'Éducation sentimentale (1869)

Ce roman raconte l’évolution sociale et sentimentale de Frédéric Moreau, un jeune homme originaire de la province, ambitieux, qui fait ses études à Paris vers 1840. Il vit plusieurs histoires d’amour, notamment avec Mme Arnoux, qui est mariée. Longtemps après avoir quitté Paris pour la province, Mme Arnoux revient dans la capitale et retrouve Frédéric dans son bureau, alors qu’il ne s’attendait pas à sa visite. Tous deux sortent se promener.

Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit:

– Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une

cloche apporté par le vent; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages

d’amour dans les livres.

5 – Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir, dit Frédéric. […]

– Pauvre cher ami !

Elle soupira; et après un long silence:

– N’importe, nous nous serons bien aimés.

– Sans nous appartenir, pourtant !

10 – Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.

– Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu !

– Oh ! Je le crois, avec un amour comme le vôtre !

Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !

Frédéric lui demanda comment elle l’avait découvert.

15 – C’est un soir que vous m’avez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis

dit: « Mais il m’aime… il m’aime ! » J’avais peur de m’en assurer, cependant. Votre

réserve était si charmante, que j’en jouissais comme d’un hommage involontaire et

continu.

Il ne regretta rien. Ses souffrances d’autrefois étaient payées.

20 Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console 1, éclaira

ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt 2 en pleine poitrine.

Pour lui cacher cette déception, il se posa par terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit

à lui dire des tendresses.

– Votre personne, vos moindres 3 mouvements me semblaient avoir dans le monde une

25 importance extrahumaine. Mon cœur, comme de la poussière, se soulevait derrière

vos pas. Vous me faisiez l’effet d’un clair de lune 4 par une nuit d’été, quand tout est

parfums, ombres douces, blancheurs, infini; et les délices de la chair 5 et de l’âme étaient

contenues pour moi dans votre nom que je me répétais, en tâchant 6 de le baiser sur mes

lèvres. Je n’imaginais rien au-delà. C’était Mme Arnoux telle que vous étiez, avec ses

30 deux enfants, tendre, sérieuse, belle à éblouir, et si bonne ! Cette image-là effaçait toutes

les autres. Est-ce que j’y pensais, seulement ! puisque j’avais toujours au fond de moi-

même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux !

Elle acceptait avec ravissement 7 ces adorations pour la femme qu’elle n’était plus. Frédéric,

se grisant par 8 ses paroles, arrivait à croire ce qu’il disait. Mme Arnoux, le dos tourné à la

35 lumière, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine 9, à travers ses

vêtements le contact indécis de son corps. Leurs mains se serrèrent; la pointe de sa bottine 10

s’avançait un peu sous sa robe, et il lui dit presque défaillant 11:

– La vue de votre pied me trouble.

Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec l’intonation singulière des

40 somnambules 12:

– A mon âge ! lui ! Frédéric !… Aucune n’a jamais été aimée comme moi ! Non, non ! à

quoi sert d’être jeune ? Je m’en moque bien ! je les méprise, toutes celles qui viennent

ici !

– Oh ! il n’en vient guère ! reprit-il complaisamment 13.

45 Son visage s’épanouit, et elle voulut savoir s’il se marierait.

Il jura que non.

– Bien sûr ? pourquoi ?

– A cause de vous, dit Frédéric en la serrant dans ses bras.

Elle y restait, la taille en arrière, la bouche entrouverte, les yeux levés. Tout à coup, elle le

50 repoussa avec un air de désespoir; et, comme il la suppliait de lui répondre, elle dit en

baissant la tête:

– J’aurais voulu vous rendre heureux.

Frédéric soupçonna Mme Arnoux d’être venue pour s’offrir; et il était repris par une

convoitise 14 plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose

55 d’inexprimable, une répulsion, et comme l’effroi d’un inceste. Une autre crainte l’arrêta,

celle d’en avoir dégoût plus tard. D’ailleurs, quel embarras ce serait ! – et tout à la fois par

prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une

cigarette.

Elle le contemplait, tout émerveillée.

60 – Comme vous êtes délicat ! Il n’y a que vous ! Il n’y a que vous !

Onze heures sonnèrent.

– Déjà ! dit-elle; au quart 15, je m’en irai.

Elle se rassit; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les

deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne

65 aimée n’est déjà plus avec nous.

Enfin, l’aiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides,

lentement.

– Adieu mon ami, mon cher ami ! Je ne vous reverrai jamais ! C’était ma dernière

démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du

70 ciel soient sur vous !

Et elle le baisa au front comme une mère.

Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux.

Elle défit son peigne; tous ses cheveux blancs tombèrent.

Elle s’en coupa, brutalement à la racine, une longue mèche.

75 – Gardez-les ! adieu !

Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe

d’avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut.

Et ce fut tout.

1 une console: une petite table

2 un heurt: un choc

3 moindre: comparatif de petit

4 un clair de lune: Mondschein

5 les délices (f.) de la chair: Wollust

6 tâcher de: faire des efforts pour parvenir à quelque chose

7 avec ravissement: avec enthousiasme, joie, admiration

8 se griser par qc: sich an etwas berauschen

9 l'haleine (f.): Atem

10 la bottine: Stiefelette

11 défaillir: (littéraire) perdre momentanément ses forces

12 un, e somnambule: Schlafwandler, in

13 complaisamment: selbstgefällig

14 la convoitise: (littéraire) le désir sexuel

15 au quart: ici: à onze heures et quart

Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert

2. Étudiez les sentiments éprouvés par Madame Arnoux et par Frédéric, en prenant en considération la construction du récit et les procédés stylistiques. (analyse) [18 Punkte]

Aufgabenstellung: Aufgabe HT 3 - 2 · Abitur NRW Französisch LK · Haupttermin · fortgeführt 2021

Lösung

Nach den offiziellen Korrekturhinweisen

2. Étudiez les sentiments éprouvés par Madame Arnoux et par Frédéric, en prenant en considération la construction du récit et les procédés stylistiques.

Lösung: Une analyse littéraire développant les quatre axes des critères officiels : 1. L'évocation du passé ravivant des émotions intenses (style indirect libre, lexique de l'amour, emphase et ponctuation). 2. La disposition affective de Frédéric : nostalgie, volonté de préserver un souvenir idéalisé, déception face au vieillissement de Mme Arnoux, tiraillement entre désir et dégoût/peur de profaner son idéal. 3. L'attitude de Mme Arnoux : désir physique, coquetterie/séduction, jalousie, ferveur et hésitation morale face au don de soi. 4. La structure narrative et l'opposition des perspectives : focalisation interne et discours rapporté pour Frédéric dont les sentiments évoluent par étapes (déception, rejet, séparation), face à une Mme Arnoux idéalisant la retenue de Frédéric.

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