Aufgabe HT 3 - 2 · Abitur NRW Französisch LK · Haupttermin · fortgeführt 2022
Thema: Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Aus der Prüfung LK · Haupttermin · fortgeführt (2022)
Aufgabenstellung
Klausurteil A
Guy de Maupassant
Divorce (1888)
Localisation:
Un notaire de Rouen demande conseil à Maître Bontran, un avocat parisien réputé, au sujet de la procédure de divorce. Il lui raconte son mariage malheureux.
[...]
— Prenez un siège, dit l’avocat.
Le client s’assit et, après avoir toussé:
[...]
5 Comme je vous l’ai dit, j’étais notaire à Rouen, et un peu gêné, non pas pauvre, mais pauvret 1, mais soucieux, forcé à une économie de tous les instants, obligé de limiter tous mes goûts, oui, tous ! et c’est dur à mon âge.
Comme notaire, je lisais avec grand soin les annonces des quatrièmes pages des journaux, les offres et demandes, les petites correspondances, etc., etc.; et il m’était arrivé plusieurs fois, par ce moyen, de faire faire à quelques clients des mariages avantageux.
10 Un jour, je tombe sur ceci:
« Demoiselle jolie, bien élevée, comme il faut, épouserait homme honorable et lui apporterait deux millions cinq cent mille francs bien nets. Rien des agences 2. »
[...]
Donc j’écrivis, comme notaire, au nom d’un client, et j’attendis.
15 Cinq jours plus tard, vers trois heures de l’après-midi, j’étais en train de travailler dans mon cabinet, quand le maître clerc 3 m’annonça:
— Mlle Chantefrise.
— Faites entrer.
Alors apparut une femme d’environ trente ans, un peu forte, brune, l’air embarrassé.
— Asseyez-vous, mademoiselle.
20 Elle s’assit et murmura:
— C’est moi, monsieur.
— Mais, mademoiselle, je n’ai pas l’honneur de vous connaître.
— La personne à qui vous avez écrit.
— Pour un mariage ?
25 — Oui, monsieur.
— Ah ! très bien !
— Je suis venue moi-même, parce qu’on fait mieux les choses en personne.
— Je suis de votre avis, mademoiselle. Donc vous désirez vous marier ?
— Oui, monsieur.
30 — Vous avez de la famille ?
Elle hésita, baissa les yeux et balbutia:
— Non, monsieur… Ma mère… et mon père… sont morts.
Je tressaillis. Donc j’avais deviné juste, — et une vive sympathie s’éveilla brusquement dans mon cœur pour cette pauvre créature. Je n’insistai pas, pour ménager sa sensibilité,
35 et je repris:
— Votre fortune est bien nette ?
Elle répondit, cette fois, sans hésiter:
— Oh ! oui, monsieur.
Je la regardais avec grande attention, et, vraiment, elle ne me déplaisait pas, bien qu’un
40 peu mûre, plus mûre que je n’avais pensé. C’était une belle personne, une forte personne, une maîtresse femme. Et l’idée me vint de lui jouer une jolie petite comédie de sentiment, de devenir amoureux d’elle, de supplanter 4 mon client imaginaire, quand je me serais assuré que la dot n’était pas illusoire. Je lui parlai de ce client que je dépeignis comme un homme triste, très honorable, un peu malade.
45 Elle dit vivement: « Oh ! monsieur, j’aime les gens bien portants. »
— Vous le verrez, d’ailleurs, mademoiselle, mais pas avant trois ou quatre jours, car il est parti hier pour l’Angleterre.
— Oh ! que c’est ennuyeux, dit-elle.
— Mon Dieu ! oui et non. Êtes-vous pressée de retourner chez vous ?
50 — Pas du tout.
— Eh bien, restez ici. Je m’efforcerai de vous faire passer le temps.
— Vous êtes trop aimable, monsieur.
— Vous êtes descendue à l’hôtel ?
Elle nomma le premier hôtel de Rouen.
55 — Eh bien, mademoiselle, voulez-vous permettre à votre futur… notaire de vous offrir à dîner, ce soir.
Elle parut hésiter, inquiète, indécise; puis elle se décida:
— Oui, monsieur. [...]
À sept heures, j’étais chez elle. Elle avait fait des frais de toilette pour moi et me reçut
60 d’une façon très coquette.
Je l’emmenai dîner dans un restaurant [...].
[...]
Pour me calmer, je recommençai à lui parler de sa dot, qu’il faudrait établir d’une façon précise, car mon client était homme d’affaires.
Elle répondit avec gaieté: « Oh ! je sais. J’ai apporté toutes les preuves. »
65 — Ici, à Rouen ?
— Oui, à Rouen.
— Vous les avez à l’hôtel ?
— Mais oui.
— Pouvez-vous me les montrer ?
70 — Mais oui.
— Ce soir ?
— Mais oui.
Cela me sauvait de toutes les façons. Je payai l’addition, et nous voici rentrant chez elle.
Elle avait, en effet, apporté tous ses titres 5. Je ne pouvais douter, je les tenais, je les
75 palpais, je les lisais. Cela me mit une telle joie au cœur que je fus pris aussitôt d’un violent désir de l’embrasser. Je m’entends, d’un désir chaste, d’un désir d’homme content. Et je l’embrassai, ma foi. Une fois, deux fois, dix fois… si bien que… le champagne aidant… je succombai… ou plutôt… non… elle succomba.
Ah ! monsieur, j’en fis une tête, après cela… et elle donc ! Elle pleurait comme une
80 fontaine, en me suppliant de ne pas la trahir, de ne pas la perdre. [...]
Je lui dis:
— Mademoiselle, je n’ai plus qu’une chose à faire pour réparer nos torts. Je vous demande votre main.
Elle balbutia:
85 — Je vous la donne.
Je l’épousai.
Tout alla bien pendant six mois.
J’avais cédé mon étude, je vivais en rentier 6, et vraiment je n’avais pas un reproche, mais pas un seul à adresser à ma femme.
90 Cependant je remarquai peu à peu que, de temps en temps, elle faisait de longues sorties. Cela arrivait à jour fixe, une semaine le mardi, l’autre semaine le vendredi. Je me crus trompé, je la suivis.
[...]
Enfin, elle entra dans la gare de la rive gauche; je ne doutais plus, son amant allait arriver par le train d’une heure quarante-cinq.
95 Je me cachai derrière un camion 7 et j’attendis. Un coup de sifflet… un flot de voyageurs… Elle s’avance, s’élance, saisit dans ses bras une petite fille de trois ans qu’une grosse paysanne accompagne, et l’embrasse avec passion. Puis elle se retourne, aperçoit un autre enfant, plus jeune, fille ou garçon, porté par une autre campagnarde, se jette dessus,
l’étreint avec violence, et s’en va, escortée des deux mioches et des deux bonnes, vers la
100 longue et sombre et déserte promenade du Cours-la-Reine.
Je rentrai effaré, l’esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas, n’osant point deviner.
Quand elle revint pour dîner, je me jetai vers elle, hurlant:
— Quels sont ces enfants ?
105 — Quels enfants ?
— Ceux que vous attendiez au train de Saint-Sever ?
Elle poussa un grand cri et s’évanouit. Quand elle revint à elle, elle me confessa, dans un déluge de larmes, qu’elle en avait quatre. Oui, monsieur, deux pour le mardi, deux filles, et deux pour le vendredi, deux garçons.
110 Et c’était là — quelle honte ! — c’était là l’origine de sa fortune. — Les quatre pères !… Elle avait amassé sa dot.
— Maintenant, monsieur, que me conseillez-vous de faire ?
L’avocat répondit avec gravité:
— Reconnaître vos enfants, monsieur.
1 pauvret: ärmlich
2 rien des agences: sans frais d’agence, sans intermédiaire
3 le maître clerc: l’employé de bureau
4 supplanter: supprimer
5 le titre: ici: Rechtstitel, Urkunde, Bescheinigung
6 vivre en rentier: vivre comme une personne qui ne travaille plus parce qu’elle est financièrement indépendante
7 un camion: ici: ein Pferdelastwagen
Klausurteil A: Leseverstehen und Schreiben integriert
2.
Analysez l'attitude du notaire telle qu'il la présente lui-même, en tenant compte des procédés rhétoriques et stylistiques employés par l'auteur. (analyse) [18 Punkte]

Lösung
Nach den offiziellen Korrekturhinweisen
2. Analysez l'attitude du notaire telle qu'il la présente lui-même, en tenant compte des procédés rhétoriques et stylistiques employés par l'auteur. (analyse)
Lösung: L'analyse met en évidence un comportement motivé uniquement par l'intérêt financier, révélé par une maîtrise rhétorique et stylistique calculée : 1. Une démarche purement mercantile déguisée sous des dehors professionnels : l'utilisation de connecteurs logiques marquant la préméditation (« Donc, j'écrivis... », l. 13 ; « Donc », l. 33 ; « Cependant », l. 90) et l'énumération méthodique de ses intentions trompeuses (« jouer une jolie petite comédie de sentiment, de devenir amoureux d'elle, de supplanter mon client imaginaire », l. 41-42). 2. Un interrogatoire direct et intéressé : des questions courtes, rythmées et ciblées sur sa fortune et son absence d'attaches familiales (« Donc vous désirez vous marier ? », l. 28 ; « Votre fortune est bien nette ? », l. 36). 3. Une avidité matérielle croissante : mise en scène de la sensualité déplacée vers l'argent par accumulation de verbes de perception (« je les tenais, je les palpais, je les lisais », l. 74-75). 4. Une fausse séduction utilitaire : auto-ironie et parallélismes (« d'un désir chaste, d'un désir d'homme content », l. 76-77), narration différée et ellipses pour dissimuler son opportunisme (« je succombai... ou plutôt... non... elle succomba », l. 77-78), et discours direct hypocrite axé sur la morale bourgeoise (« pour réparer nos torts », l. 82-83). 5. Une indignation hypocrite et disproportionnée : énumération d'états d'âme (« effaré, l'esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas », l. 101-102), hyperboles (« je me jetai vers elle, hurlant », l. 103), rafale de questions (« Quels sont ces enfants ? », l. 104) et phrases exclamatives/elliptiques (« quelle honte ! », « Les quatre pères ! », l. 110).
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