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Sujet du Bac STMG Français 2021 · Antilles-Guyane Remplacement
Sujet du Bac STMG de Français 2021, Antilles-Guyane Remplacement : 1 exercice corrigé. Thèmes : Commentaire de texte et Contraction de texte. Gratuit.
Thèmes du sujet : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
Exercice I - A · Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
I - Commentaire de texte (20 points)
Objet d'étude: le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
A.- Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Acte I, scène 1, 1834.
Une place devant le château.
LE CHŒUR – Doucement bercé sur sa mule fringante, messer¹ Blazius² s’avance dans les bluets fleuris, vêtu de neuf, l’écritoire au côté. Comme un poupon sur l’oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi, et, les yeux à demi fermés, il marmotte un Pater noster ³ dans son triple menton. Salut, maître Blazius, vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique.
MAITRE BLAZIUS – Que ceux qui veulent apprendre une nouvelle d’importance m’apportent ici premièrement un verre de vin frais.
LE CHŒUR – Voilà notre plus grande écuelle; buvez, maître Blazius; le vin est bon; vous parlerez après.
MAITRE BLAZIUS – Vous saurez, mes enfants, que le jeune Perdican, fils de notre seigneur, vient d’atteindre à sa majorité, et qu’il est reçu docteur à Paris. Il revient aujourd’hui même au château, la bouche toute pleine de façons de parler si belles et si fleuries qu’on ne sait que lui répondre les trois quarts du temps. Toute sa gracieuse personne est un livre d’or⁴; il ne voit pas un brin d’herbe à terre, qu’il ne vous dise comment cela s’appelle en latin; et quand il fait du vent ou qu’il pleut, il vous dit tout clairement pourquoi. Vous ouvririez des yeux grands comme la porte que voilà, de le voir dérouler un des parchemins qu’il a coloriés d’encres de toutes couleurs, de ses propres mains et sans en rien dire à personne. Enfin c’est un diamant fin des pieds à la tête, et voilà ce que je viens d’annoncer à M. le baron. Vous sentez que cela me fait quelque honneur, à moi, qui suis son gouverneur depuis l’âge de quatre ans; ainsi donc, mes bons amis, apportez une chaise que je descende un peu de cette mule-ci sans me casser le cou; la bête est tant soit peu rétive, et je ne serais pas fâché de boire encore une gorgée avant d’entrer.
LE CHŒUR – Buvez, maître Blazius, et reprenez vos esprits. Nous avons vu naître le petit Perdican, et il n’était pas besoin, du moment qu’il arrive, de nous en dire si long. Puissions-nous retrouver l’enfant dans le cœur de l’homme !
MAITRE BLAZIUS – Ma foi, l’écuelle est vide; je ne croyais pas avoir tout bu. Adieu; j’ai préparé, en trottant sur la route, deux ou trois phrases sans prétention qui plairont à monseigneur; je vais tirer la cloche. (Il sort.)
LE CHŒUR – Durement cahotée sur son âne essoufflé, dame Pluche gravit la colline; son écuyer transi gourdine à tour de bras le pauvre animal, qui hoche la tête, un chardon entre les dents. Ses longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que, de ses mains osseuses, elle égratigne son chapelet. Bonjour donc, dame Pluche; vous arrivez comme la fièvre, avec le vent qui fait jaunir les bois.
DAME PLUCHE – Un verre d’eau, canaille que vous êtes ! un verre d’eau et un peu de vinaigre !
LE CHŒUR – D’où venez-vous, Pluche, ma mie ? Vos faux cheveux sont couverts de poussière; voilà un toupet⁵ de gâté, et votre chaste robe est retroussée jusqu’à vos vénérables jarretières.
DAME PLUCHE – Sachez, manants, que la belle Camille, la nièce de votre maître⁶, arrive aujourd’hui au château. Elle a quitté le couvent sur l’ordre exprès de monseigneur, pour venir en son temps et lieu recueillir, comme faire se doit, le bon bien qu’elle a de sa mère. Son éducation, Dieu merci, est terminée; et ceux qui la verront auront la joie de respirer une glorieuse fleur de sagesse et de dévotion. Jamais il n’y a rien eu de si pur, de si ange, de si agneau et de si colombe que cette chère nonnain⁷; que le seigneur Dieu du ciel la conduise ! Ainsi soit-il ! Rangez-vous, canaille; il me semble que j’ai les jambes enflées.
LE CHŒUR – Défripez-vous, honnête Pluche; et quand vous prierez Dieu, demandez de la pluie; nos blés sont secs comme vos tibias.
DAME PLUCHE – Vous m’avez apporté de l’eau dans une écuelle qui sent la cuisine; donnez-moi la main pour descendre; vous êtes des butors et des malappris. (Elle sort.)
LE CHŒUR – Mettons nos habits du dimanche, et attendons que le baron nous fasse appeler. Ou je me trompe fort, ou quelque joyeuse bombance est dans l’air aujourd’hui. (Ils sortent.)
¹ Messer: mot italien utilisé dans un style plaisant pour « maître ».
² Blazius: personnage pédant dans le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier.
³ Pater Noster: titre en latin d’une prière, « Notre Père ».
⁴ Livre d'or: livre où sont inscrits des noms et des faits illustres.
⁵ Toupet: faux cheveux arrangés sur le front.
⁶ Maître: Camille est la nièce du père de Perdican.
⁷ Nonnain: ici diminutif de « nonne », religieuse.
Vous proposerez un commentaire de cet extrait de On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:
La scène d'exposition et sa dimension satirique.
L'opposition existant entre les deux grotesques, Blazius et Pluche.
Exercice I - B · Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
Objet d'étude: la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
B.- Jules Supervielle, « Dieu crée la femme », La Fable du monde, 1938.
Pense aux plages, pense à la mer,
Au lisse du ciel, aux nuages,
À tout cela devenant chair
Et dans le meilleur de son âge,
5 Pense aux tendres bêtes des bois,
Pense à leur peur sur tes épaules,
Aux sources que tu ne peux voir
Et dont le murmure t'isole,
Pense à tes plus profonds soupirs,
10 Ils deviendront un seul désir,
À ce dont tu chéris l'image,
Tu l'aimeras bien davantage.
Ce qui était beaucoup trop loin
Pour le parfum ou le reproche,
15 Tu vas voir comme il se rapproche
Se faisant femme jusqu'au lien,
Ce dont rêvaient tes yeux, ta bouche,
Tu vas voir comme tu le touches.
Elle aura des mains comme toi
20 Et pourtant combien différentes,
Elle aura des yeux comme toi
Et pourtant rien ne leur ressemble.
Elle ne te sera jamais
Complètement familière,
25 Tu voudras la renouveler
De mille confuses manières.
Voilà, tu peux te retourner
C'est la femme que je te donne
Mais c'est à toi de la nommer,
30 Elle approche de ta personne.
Vous proposerez un commentaire du poème de Jules Supervielle. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:
La création poétique de l'être féminin.
L'éloge amoureux.
Exercice II - A.1 - Contraction · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
II.- Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)
Objet d'étude:
la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Le candidat traite, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des six sujets suivants:
A - Œuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31 - Parcours: Notre Monde vient d'en trouver un autre.
1.- Nastassja Martin, Les âmes sauvages, 2016.
1 Je comprends dès mon arrivée sur le terrain qu'il me sera impossible d'entreprendre l'écriture d'une monographie classique sur les indigènes que j'ai pris pour objet d'étude. Il est d'emblée évident que leur actualité réside dans les conflits qui les opposent aux occidentaux et dans la crise environnementale à laquelle ils font face. Très vite on prend la mesure de la situation 5: Fort Yukon se situe à la lisière d'un parc national aux frontières jalousement gardées par les défenseurs de la nature; les prospecteurs tentent d'investir les terres indigènes pour y creuser des puits de pétrole. Les chefs tribaux s'insurgent contre les drastiques régulations de chasse émises par les instances fédérales de protection de la nature; ils se battent contre les industriels et leurs projets d'exploitations pétrolières à venir. 10 Conjointement aux conflits d'intérêts humains, les métamorphoses écologiques sont telles que les animaux eux-mêmes disparaissent, transforment leurs routes migratoires et s'éloignent tant et plus de leurs chasseurs. Nombre de ces derniers, malmenés par les difficultés qu'ils traversent, titubent dans les rues sous les effets de l'alcool et des drogues. Dans ce recoin de taïga subarctique au nord-est de l'Alaska, dans ce village délabré où se 15 dit toute la détresse d'hommes qui tentent de continuer à exister, viennent se cristalliser toutes les problématiques du monde moderne, qui se mêlent étrangement aux histoires des temps d'avant en leur donnant une tonalité nouvelle. […]
« Que se passe-t-il ici ? » Une crise, cela va sans dire. L'environnement subarctique comme les êtres qui le peuplent sont littéralement investis de présences extérieures qui font 20 exploser les frontières immunitaires des corps comme les limites des collectifs que l'on croyait pourtant bien établies. Ces bouleversements ne sont pas pour autant inhérents aux seuls animaux et indigènes réputés « habitants autochtones » de la taïga. Tous les collectifs alaskiens – toutes appartenances ethniques confondues – sont en train d'expérimenter une situation de blocage face au processus de transformations écologiques: leurs manières 25 traditionnelles d'agir ne « marchent » plus ou, en tout cas, plus de manière aussi efficace. Les gestionnaires américains des grands parc nationaux alaskiens ne peuvent empêcher la forêt de brûler, échouent à retenir les caribous dans les frontières protectrices des parcs nationaux qu'ils leur ont assignées, ne parviennent pas à remédier à la raréfaction des saumons qui remontent les grandes rivières arctiques; les chasseurs indigènes s'égarent 30 sur les traces de leurs proies qui empruntent des routes migratoires jusqu'alors inconnues; les chamanes ont perdu le contrôle qu'ils prétendaient avoir sur les animaux, leur pouvoir onirique semble épuisé; les nouveaux animaux qui arrivent dans la taïga font exploser tout un pan du sens commun puisque les espèces qui peuplaient le subarctique elles-mêmes se transforment à grande vitesse. 35 Il existe donc en Alaska un sentiment d'incertitude qui s'amplifie de toutes parts, sans que personne ne puisse inverser le cours des choses: tous sont infiniment dépassés par l'ampleur du phénomène qui les agit et par sa nature hétéroclite.
Face à ce contexte inquiétant, l'anthropologue à son arrivée sur le terrain est saisi par une impression affligeante: celle d'être en train d'assister au naufrage organisé de tout un 40 peuple. A ses pieds gît, démembré, mis à nu et enfin perceptible, son fantasme d'altérité projeté sur ces autres qui l'a pourtant poussé à traverser un océan pour atterrir là. Une seule question concrète réside alors: comment ces hommes continuent-ils d'exister en tant qu'eux-mêmes tout en étant de fait pris au cœur d'un tourbillon de problématiques éco- 45 humaines globales, mondialisées et largement insolubles ?
Pour sortir de la confusion entraînée par cette situation l'anthropologue, s'il désire comprendre, n'a d'autre choix que d'imiter le rat musqué du mythe d'origine Athabaskan 1: Il lui faut impérativement plonger et descendre sous la surface tumultueuse de ce qui lui est donné à voir de prime abord. C'est justement parce que le sentiment de crise et d'imminence 50 du cataclysme est permanent qu'il est indispensable de remettre de l'ordre pour clarifier et d'historiciser pour dédramatiser: tout n'est pas amalgamé et confondu; tout n'est pas si actuel et urgent. Si l'anthropologie est bien un art du « regard éloigné », alors il nous faut avant tout prendre du recul et éclaircir la situation, cerner les êtres et les collectifs en présence et mettre au jour leurs liens pour enfin voir plus loin que l'arrogante actualité des faits.
(760 mots)
1 Il s'agit d'un conte où un homme et un rat musqué voguent seuls sur l'océan avec un radeau. Le second apporte son aide au premier en plongeant sous l'eau pour en rapporter de la terre.
Vous résumerez ce texte en 190 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 171 et au plus 209 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Exercice II - A.1 - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
II.- Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)
Objet d'étude:
la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Le candidat traite, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des six sujets suivants:
A - Œuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31 - Parcours: Notre Monde vient d'en trouver un autre.
1.- Nastassja Martin, Les âmes sauvages, 2016.
1 Je comprends dès mon arrivée sur le terrain qu'il me sera impossible d'entreprendre l'écriture d'une monographie classique sur les indigènes que j'ai pris pour objet d'étude. Il est d'emblée évident que leur actualité réside dans les conflits qui les opposent aux occidentaux et dans la crise environnementale à laquelle ils font face. Très vite on prend la mesure de la situation 5: Fort Yukon se situe à la lisière d'un parc national aux frontières jalousement gardées par les défenseurs de la nature; les prospecteurs tentent d'investir les terres indigènes pour y creuser des puits de pétrole. Les chefs tribaux s'insurgent contre les drastiques régulations de chasse émises par les instances fédérales de protection de la nature; ils se battent contre les industriels et leurs projets d'exploitations pétrolières à venir. 10 Conjointement aux conflits d'intérêts humains, les métamorphoses écologiques sont telles que les animaux eux-mêmes disparaissent, transforment leurs routes migratoires et s'éloignent tant et plus de leurs chasseurs. Nombre de ces derniers, malmenés par les difficultés qu'ils traversent, titubent dans les rues sous les effets de l'alcool et des drogues. Dans ce recoin de taïga subarctique au nord-est de l'Alaska, dans ce village délabré où se 15 dit toute la détresse d'hommes qui tentent de continuer à exister, viennent se cristalliser toutes les problématiques du monde moderne, qui se mêlent étrangement aux histoires des temps d'avant en leur donnant une tonalité nouvelle. […]
« Que se passe-t-il ici ? » Une crise, cela va sans dire. L'environnement subarctique comme les êtres qui le peuplent sont littéralement investis de présences extérieures qui font 20 exploser les frontières immunitaires des corps comme les limites des collectifs que l'on croyait pourtant bien établies. Ces bouleversements ne sont pas pour autant inhérents aux seuls animaux et indigènes réputés « habitants autochtones » de la taïga. Tous les collectifs alaskiens – toutes appartenances ethniques confondues – sont en train d'expérimenter une situation de blocage face au processus de transformations écologiques: leurs manières 25 traditionnelles d'agir ne « marchent » plus ou, en tout cas, plus de manière aussi efficace. Les gestionnaires américains des grands parc nationaux alaskiens ne peuvent empêcher la forêt de brûler, échouent à retenir les caribous dans les frontières protectrices des parcs nationaux qu'ils leur ont assignées, ne parviennent pas à remédier à la raréfaction des saumons qui remontent les grandes rivières arctiques; les chasseurs indigènes s'égarent 30 sur les traces de leurs proies qui empruntent des routes migratoires jusqu'alors inconnues; les chamanes ont perdu le contrôle qu'ils prétendaient avoir sur les animaux, leur pouvoir onirique semble épuisé; les nouveaux animaux qui arrivent dans la taïga font exploser tout un pan du sens commun puisque les espèces qui peuplaient le subarctique elles-mêmes se transforment à grande vitesse. 35 Il existe donc en Alaska un sentiment d'incertitude qui s'amplifie de toutes parts, sans que personne ne puisse inverser le cours des choses: tous sont infiniment dépassés par l'ampleur du phénomène qui les agit et par sa nature hétéroclite.
Face à ce contexte inquiétant, l'anthropologue à son arrivée sur le terrain est saisi par une impression affligeante: celle d'être en train d'assister au naufrage organisé de tout un 40 peuple. A ses pieds gît, démembré, mis à nu et enfin perceptible, son fantasme d'altérité projeté sur ces autres qui l'a pourtant poussé à traverser un océan pour atterrir là. Une seule question concrète réside alors: comment ces hommes continuent-ils d'exister en tant qu'eux-mêmes tout en étant de fait pris au cœur d'un tourbillon de problématiques éco- 45 humaines globales, mondialisées et largement insolubles ?
Pour sortir de la confusion entraînée par cette situation l'anthropologue, s'il désire comprendre, n'a d'autre choix que d'imiter le rat musqué du mythe d'origine Athabaskan 1: Il lui faut impérativement plonger et descendre sous la surface tumultueuse de ce qui lui est donné à voir de prime abord. C'est justement parce que le sentiment de crise et d'imminence 50 du cataclysme est permanent qu'il est indispensable de remettre de l'ordre pour clarifier et d'historiciser pour dédramatiser: tout n'est pas amalgamé et confondu; tout n'est pas si actuel et urgent. Si l'anthropologie est bien un art du « regard éloigné », alors il nous faut avant tout prendre du recul et éclaircir la situation, cerner les êtres et les collectifs en présence et mettre au jour leurs liens pour enfin voir plus loin que l'arrogante actualité des faits.
(760 mots)
1 Il s'agit d'un conte où un homme et un rat musqué voguent seuls sur l'océan avec un radeau. Le second apporte son aide au premier en plongeant sous l'eau pour en rapporter de la terre.
Comment des cultures différentes de la nôtre nous obligent-elles à changer notre regard ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le chapitre « Des Cannibales » des Essais de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice II - A.2 - Contraction · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
Vous résumerez ce texte en 203 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 183 et au plus 223 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Exercice II - A.2 - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
Essai
Dans quelle mesure faut-il se détacher de sa propre culture pour en découvrir d'autres ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le chapitre « Des Cannibales » des Essais de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice II - B.1 - Contraction · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
II - B.1 - Contraction
Raymond Pujol et Geneviève Carbone, « L’homme et l’animal », Histoires des mœurs, I, volume 2, 1991.
Les animaux sont source d’inspiration. Ils offrent une étonnante gamme de références réelles ou imaginaires, dans lesquelles puisent l’art animalier, la littérature, le rituel, sans en exploiter toute la richesse ni en révéler toutes les facettes. Les productions artistiques, publicitaires et enfantines mettent en forme ces significations car, tout en représentant les animaux dans des attitudes naturelles et spécifiques, elles suggèrent, par le décor, le slogan, l’accessoire, la réalité de l’image mentale réinventant l’animal. La perception réfléchie de ceux qui sont présents dans l’écosystème ou dans l’imaginaire est retranscrite dans les gestes, les paroles et l’emploi des animaux au quotidien comme en période festive. L’animal joue, dans l’espace humain, le rôle que l’homme lui a écrit, et qu’il redit au long de ses littératures orales. Représenté sur les cimiers des danseurs Bambara ou mis en représentation dans les fantaisies carnavalesques, l’animal parle pour l’homme, parle de l’homme qui se regarde dans ces miroirs. […]
Les animaux, idéalement porteurs des valeurs dont l’homme désire habiller son personnage social, sont singulièrement puissants, par leurs forces, par leurs qualités, par leurs pouvoirs d’évocation. […]
Sous la forme des fantaisies carnavalesques du travestissement, l’homme introduit toujours au cœur des gestes les mêmes animaux puissamment évocateurs. L’ours dressé est l’autre de l’homme; à ce titre, il évolue dans un espace sexualisé, que sa présence oriente vers le masculin. Les scènes de carnaval, comme les histoires des bergers andins, évoquent l’enlèvement d’une jeune fille par l’ours, afin qu’elle devienne sa compagne. Ce couple conçoit parfois un enfant, qui héritera de sa mère l’apparence humaine et de son père ours la force, la puissance et l’entendement des choses de la nature. Jean de l’Ours, les Ukuku 1, sont l’« ombre » positive de la nature sauvage, et les gardiens qui partagent avec elle les secrets dont l’homme sans qualité voudrait jouir.
Travestissement vestimentaire, transformation des attitudes humaines achèvent de mettre en œuvre la confusion qui s’opère quand les hommes cherchent à se rapprocher des valeurs incarnées par l’animal. Le lion représente le guerrier par excellence, simultanément destructeur et noble combattant. Sa chasse fut de tout le temps le privilège des rois, et le port de sa dépouille celui des héros. Présent en effigie dans les demeures royales, il est vivant auprès des guerriers africains, qui entretiennent, d’homme à fauve, une étroite connivence, transcendant en chacun leurs limites. […]
Superstitions, craintes et attirances mobilisent nos regards sur quelques-uns des animaux, dits porteurs, de ces bestiaires sinon fabuleux, du moins fantastiques. L’ours, le loup, le lion, l’aigle, le serpent tels que nous les utilisons sont issus des domaines de l’imaginaire. La représentation, qu’elle soit graphique ou gestuelle, est un moyen d’exprimer les conceptions qui la guident et qui tantôt révèlent, tantôt dérobent faits d’observation et travail de re-création. Ainsi, la disparition de l’emprise écologique de l’ours, du loup, de l’aigle, du lion n’a pas diminué le poids qu’ils exercent sur nos préoccupations. Les enfants puisent encore parmi eux les thèmes de leurs rêveries d’espèces dangereuses, capables d’incarner leurs peurs. Leurs dessins, leurs jeux mettent en images les traits dont ils parent, de façon constante, ces animaux. Le loup est ainsi poilu, griffu, dentu, affamé et hurlant, ravisseur et dévoreur d’enfants; le lion, rugissant, est roi, sa crinière est sa couronne; l’aigle est le maître du ciel et l’ours le compagnon dont la douceur fait oublier la puissance.
Variable avec les modèles et les cultures, la représentation des animaux a le privilège d’octroyer à chacun un statut, de lui offrir un espace de références spécifiques, articulé sur le mystère ou l’utilité, l’explication ou la fonction. Mais les terra incognita ne figurent plus sur les cartes, peuplées d’être mi-fabuleux, mi-réels, tandis que la mécanisation a chassé des villes et des campagnes les concentrations d’animaux indispensables. Aujourd’hui, le cheval, la panthère, l’aigle sont des moyens publicitaires performants pour vanter et pour vendre. L’animal est un outil vivant juste encore assez irrigué des sens qu’il a longtemps véhiculés pour être parlant. L’illustration est désormais esthétique, fidèle dans les moindres détails ou ignorante des principales données de forme, de couleur et d’attitude. Naturellement inférieur à l’homme et réduit à des instincts ou humanisé et restreint à l’homme dont il se vêt, l’animal n’est plus à décoder en phrases et en symboles, mais en chiffres; ceux des dépenses d’entretien de nos animaux de compagnie, nouvelle faune dépendante et adulée d’un univers urbanisé, en mal de nature.
(795 mots)
1 Ukuku: personnage mythique andin, moitié ours-moitié homme.
Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 179 et au plus 219 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Consultez la solution proposée ci-dessous et comparez-la avec votre travail.
Exercice II - B.1 - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
II - B.1 - Essai
Raymond Pujol et Geneviève Carbone, « L’homme et l’animal », Histoires des mœurs, I, volume 2, 1991.
Les animaux sont source d’inspiration. Ils offrent une étonnante gamme de références réelles ou imaginaires, dans lesquelles puisent l’art animalier, la littérature, le rituel, sans en exploiter toute la richesse ni en révéler toutes les facettes. Les productions artistiques, publicitaires et enfantines mettent en forme ces significations car, tout en représentant les animaux dans des attitudes naturelles et spécifiques, elles suggèrent, par le décor, le slogan, l’accessoire, la réalité de l’image mentale réinventant l’animal. La perception réfléchie de ceux qui sont présents dans l’écosystème ou dans l’imaginaire est retranscrite dans les gestes, les paroles et l’emploi des animaux au quotidien comme en période festive. L’animal joue, dans l’espace humain, le rôle que l’homme lui a écrit, et qu’il redit au long de ses littératures orales. Représenté sur les cimiers des danseurs Bambara ou mis en représentation dans les fantaisies carnavalesques, l’animal parle pour l’homme, parle de l’homme qui se regarde dans ces miroirs. […]
Les animaux, idéalement porteurs des valeurs dont l’homme désire habiller son personnage social, sont singulièrement puissants, par leurs forces, par leurs qualités, par leurs pouvoirs d’évocation. […]
Sous la forme des fantaisies carnavalesques du travestissement, l’homme introduit toujours au cœur des gestes les mêmes animaux puissamment évocateurs. L’ours dressé est l’autre de l’homme; à ce titre, il évolue dans un espace sexualisé, que sa présence oriente vers le masculin. Les scènes de carnaval, comme les histoires des bergers andins, évoquent l’enlèvement d’une jeune fille par l’ours, afin qu’elle devienne sa compagne. Ce couple conçoit parfois un enfant, qui héritera de sa mère l’apparence humaine et de son père ours la force, la puissance et l’entendement des choses de la nature. Jean de l’Ours, les Ukuku 1, sont l’« ombre » positive de la nature sauvage, et les gardiens qui partagent avec elle les secrets dont l’homme sans qualité voudrait jouir.
Travestissement vestimentaire, transformation des attitudes humaines achèvent de mettre en œuvre la confusion qui s’opère quand les hommes cherchent à se rapprocher des valeurs incarnées par l’animal. Le lion représente le guerrier par excellence, simultanément destructeur et noble combattant. Sa chasse fut de tout le temps le privilège des rois, et le port de sa dépouille celui des héros. Présent en effigie dans les demeures royales, il est vivant auprès des guerriers africains, qui entretiennent, d’homme à fauve, une étroite connivence, transcendant en chacun leurs limites. […]
Superstitions, craintes et attirances mobilisent nos regards sur quelques-uns des animaux, dits porteurs, de ces bestiaires sinon fabuleux, du moins fantastiques. L’ours, le loup, le lion, l’aigle, le serpent tels que nous les utilisons sont issus des domaines de l’imaginaire. La représentation, qu’elle soit graphique ou gestuelle, est un moyen d’exprimer les conceptions qui la guident et qui tantôt révèlent, tantôt dérobent faits d’observation et travail de re-création. Ainsi, la disparition de l’emprise écologique de l’ours, du loup, de l’aigle, du lion n’a pas diminué le poids qu’ils exercent sur nos préoccupations. Les enfants puisent encore parmi eux les thèmes de leurs rêveries d’espèces dangereuses, capables d’incarner leurs peurs. Leurs dessins, leurs jeux mettent en images les traits dont ils parent, de façon constante, ces animaux. Le loup est ainsi poilu, griffu, dentu, affamé et hurlant, ravisseur et dévoreur d’enfants; le lion, rugissant, est roi, sa crinière est sa couronne; l’aigle est le maître du ciel et l’ours le compagnon dont la douceur fait oublier la puissance.
Variable avec les modèles et les cultures, la représentation des animaux a le privilège d’octroyer à chacun un statut, de lui offrir un espace de références spécifiques, articulé sur le mystère ou l’utilité, l’explication ou la fonction. Mais les terra incognita ne figurent plus sur les cartes, peuplées d’être mi-fabuleux, mi-réels, tandis que la mécanisation a chassé des villes et des campagnes les concentrations d’animaux indispensables. Aujourd’hui, le cheval, la panthère, l’aigle sont des moyens publicitaires performants pour vanter et pour vendre. L’animal est un outil vivant juste encore assez irrigué des sens qu’il a longtemps véhiculés pour être parlant. L’illustration est désormais esthétique, fidèle dans les moindres détails ou ignorante des principales données de forme, de couleur et d’attitude. Naturellement inférieur à l’homme et réduit à des instincts ou humanisé et restreint à l’homme dont il se vêt, l’animal n’est plus à décoder en phrases et en symboles, mais en chiffres; ceux des dépenses d’entretien de nos animaux de compagnie, nouvelle faune dépendante et adulée d’un univers urbanisé, en mal de nature.
(795 mots)
1 Ukuku: personnage mythique andin, moitié ours-moitié homme.
Dans quelle mesure les animaux nourrissent-ils encore aujourd'hui notre imaginaire et nous aident-il à nous comprendre nous-mêmes ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de la Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Consultez la piste de réflexion proposée ci-dessous et comparez-la avec votre essai.
Exercice II - B.2 - Contraction · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
II - B.2 - Contraction de texte
2.- Henri Poincaré, L'invention mathématique, 1908.
Pourquoi donc ma mémoire ne me fait-elle pas défaut dans un raisonnement
mathématique difficile, où la plupart des joueurs d'échecs se perdraient ? C'est évidemment
parce qu'elle est guidée par la marche générale du raisonnement. Une démonstration
mathématique n'est pas une simple juxtaposition de syllogismes 1: ce sont des syllogismes
5 placés dans un certain ordre, et l'ordre dans lequel ces éléments sont placés est beaucoup
plus important que ne le sont ces éléments eux-mêmes. Si j'ai le sentiment, l'intuition, pour
ainsi dire, de cet ordre, de façon à apercevoir d'un coup d'œil l'ensemble du raisonnement,
je ne dois plus craindre d'oublier l'un des éléments; chacun d'eux viendra se placer de lui-
même dans le cadre qui lui est préparé, et sans que j'aie à faire aucun effort de mémoire.
10 Il me semble alors, en répétant un raisonnement appris, que j'aurais pu l'inventer; ou
plutôt, même si cela est une illusion, si je ne suis pas assez fort pour créer par moi-même,
je le réinvente moi-même, à mesure que je le répète.
On conçoit que ce sentiment, cette intuition de l'ordre mathématique, qui nous fait
deviner des harmonies et des relations cachées, ne puisse appartenir à tout le monde. Les
15 uns ne posséderont ni ce sentiment délicat et difficile à définir, ni une force de mémoire et
d'attention au-dessus de l'ordinaire, et alors ils seront absolument incapables de
comprendre les mathématiques un peu élevées; c'est le plus grand nombre. D'autres
n'auront ce sentiment qu'à un faible degré, mais ils seront doués d'une mémoire peu
commune et d'une grande capacité d'attention. Ils apprendront par cœur les détails les uns
20 après les autres; ils pourront comprendre les mathématiques et quelquefois les appliquer,
mais ils seront hors d'état de créer. Les autres, enfin, posséderont à un plus ou moins haut
degré l'intuition spéciale dont je viens de parler, et alors non seulement ils pourront
comprendre les mathématiques, quand même leur mémoire n'aurait rien d'extraordinaire,
mais ils pourront devenir créateurs et chercher à inventer avec plus ou moins de succès,
25 suivant que cette intuition est chez eux plus ou moins développée.
Qu'est-ce, en effet, que l'invention mathématique ? Elle ne consiste pas à faire de
nouvelles combinaisons avec des êtres mathématiques déjà connus. Cela, n'importe qui
pourrait le faire; mais les combinaisons que l'on pourrait faire ainsi seraient en nombre fini,
et le plus grand nombre est absolument dépourvu d'intérêt. Inventer, cela consiste
30 précisément à ne pas construire les combinaisons inutiles et à construire celles qui sont
utiles et qui ne sont qu'une infime minorité. Inventer, c'est discerner, c'est choisir.
Comment doit se faire ce choix, je l'ai expliqué ailleurs; les faits mathématiques dignes
d'être étudiés, ce sont ceux qui, par leur analogie avec d'autres faits, sont susceptibles de
nous conduire à la connaissance d'une loi mathématique, de la même façon que les faits
35 expérimentaux nous conduisent à la connaissance d'une loi physique. Ce sont ceux qui
nous révèlent des parentés insoupçonnées entre d'autres faits, connus depuis longtemps,
mais qu'on croyait à tort étrangers les uns aux autres.
Parmi les combinaisons que l'on choisira, les plus fécondes seront souvent celles qui
sont formées d'éléments empruntés à des domaines très éloignés. Je ne veux pas dire qu'il
40 suffise pour inventer de rapprocher des objets aussi disparates que possible; la plupart des
combinaisons qu'on formerait ainsi seraient entièrement stériles; mais quelques-unes
d'entre elles, bien rares, sont les plus fécondes de toutes.
Inventer, je l'ai dit, c'est choisir; mais le mot n'est peut-être pas tout à fait juste. Il fait
penser à un acheteur à qui l'on présente un grand nombre d'échantillons, qui les examine
45 l'un après l'autre de façon à faire son choix. Ici les échantillons seraient tellement nombreux
qu'une vie entière ne suffirait pas pour les examiner. Ce n'est pas ainsi que les choses se
passent. Les combinaisons stériles ne se présenteront même pas à l'esprit de l'inventeur.
Dans le champ de sa conscience n'apparaîtront jamais que les combinaisons réellement
utiles, et quelques autres qu'il rejettera, mais qui participent un peu des caractères des
50 combinaisons utiles. Tout se passe comme si l'inventeur était un examinateur du deuxième
degré, qui n'aurait plus à interroger que les candidats déclarés admissibles après une
première épreuve.
(704 mots)
1 Syllogismes: le syllogisme est une forme de raisonnement logique.
Vous résumerez ce texte en 176 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 158 et au plus 194 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Compare ta réponse avec la solution proposée.
Exercice II - B.2 - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
Essai
2.- Henri Poincaré, L'invention mathématique, 1908.
Pourquoi donc ma mémoire ne me fait-elle pas défaut dans un raisonnement
mathématique difficile, où la plupart des joueurs d'échecs se perdraient ? C'est évidemment
parce qu'elle est guidée par la marche générale du raisonnement. Une démonstration
mathématique n'est pas une simple juxtaposition de syllogismes 1: ce sont des syllogismes
5 placés dans un certain ordre, et l'ordre dans lequel ces éléments sont placés est beaucoup
plus important que ne le sont ces éléments eux-mêmes. Si j'ai le sentiment, l'intuition, pour
ainsi dire, de cet ordre, de façon à apercevoir d'un coup d'œil l'ensemble du raisonnement,
je ne dois plus craindre d'oublier l'un des éléments; chacun d'eux viendra se placer de lui-
même dans le cadre qui lui est préparé, et sans que j'aie à faire aucun effort de mémoire.
10 Il me semble alors, en répétant un raisonnement appris, que j'aurais pu l'inventer; ou
plutôt, même si cela est une illusion, si je ne suis pas assez fort pour créer par moi-même,
je le réinvente moi-même, à mesure que je le répète.
On conçoit que ce sentiment, cette intuition de l'ordre mathématique, qui nous fait
deviner des harmonies et des relations cachées, ne puisse appartenir à tout le monde. Les
15 uns ne posséderont ni ce sentiment délicat et difficile à définir, ni une force de mémoire et
d'attention au-dessus de l'ordinaire, et alors ils seront absolument incapables de
comprendre les mathématiques un peu élevées; c'est le plus grand nombre. D'autres
n'auront ce sentiment qu'à un faible degré, mais ils seront doués d'une mémoire peu
commune et d'une grande capacité d'attention. Ils apprendront par cœur les détails les uns
20 après les autres; ils pourront comprendre les mathématiques et quelquefois les appliquer,
mais ils seront hors d'état de créer. Les autres, enfin, posséderont à un plus ou moins haut
degré l'intuition spéciale dont je viens de parler, et alors non seulement ils pourront
comprendre les mathématiques, quand même leur mémoire n'aurait rien d'extraordinaire,
mais ils pourront devenir créateurs et chercher à inventer avec plus ou moins de succès,
25 suivant que cette intuition est chez eux plus ou moins développée.
Qu'est-ce, en effet, que l'invention mathématique ? Elle ne consiste pas à faire de
nouvelles combinaisons avec des êtres mathématiques déjà connus. Cela, n'importe qui
pourrait le faire; mais les combinaisons que l'on pourrait faire ainsi seraient en nombre fini,
et le plus grand nombre est absolument dépourvu d'intérêt. Inventer, cela consiste
30 précisément à ne pas construire les combinaisons inutiles et à construire celles qui sont
utiles et qui ne sont qu'une infime minorité. Inventer, c'est discerner, c'est choisir.
Comment doit se faire ce choix, je l'ai expliqué ailleurs; les faits mathématiques dignes
d'être étudiés, ce sont ceux qui, par leur analogie avec d'autres faits, sont susceptibles de
nous conduire à la connaissance d'une loi mathématique, de la même façon que les faits
35 expérimentaux nous conduisent à la connaissance d'une loi physique. Ce sont ceux qui
nous révèlent des parentés insoupçonnées entre d'autres faits, connus depuis longtemps,
mais qu'on croyait à tort étrangers les uns aux autres.
Parmi les combinaisons que l'on choisira, les plus fécondes seront souvent celles qui
sont formées d'éléments empruntés à des domaines très éloignés. Je ne veux pas dire qu'il
40 suffise pour inventer de rapprocher des objets aussi disparates que possible; la plupart des
combinaisons qu'on formerait ainsi seraient entièrement stériles; mais quelques-unes
d'entre elles, bien rares, sont les plus fécondes de toutes.
Inventer, je l'ai dit, c'est choisir; mais le mot n'est peut-être pas tout à fait juste. Il fait
penser à un acheteur à qui l'on présente un grand nombre d'échantillons, qui les examine
45 l'un après l'autre de façon à faire son choix. Ici les échantillons seraient tellement nombreux
qu'une vie entière ne suffirait pas pour les examiner. Ce n'est pas ainsi que les choses se
passent. Les combinaisons stériles ne se présenteront même pas à l'esprit de l'inventeur.
Dans le champ de sa conscience n'apparaîtront jamais que les combinaisons réellement
utiles, et quelques autres qu'il rejettera, mais qui participent un peu des caractères des
50 combinaisons utiles. Tout se passe comme si l'inventeur était un examinateur du deuxième
degré, qui n'aurait plus à interroger que les candidats déclarés admissibles après une
première épreuve.
(704 mots)
1 Syllogismes: le syllogisme est une forme de raisonnement logique.
« Inventer, c'est discerner, c'est choisir. » (l.31) Cette remarque de Henri Poincaré s'applique-t-elle selon vous aux œuvres d'imagination dans quelque domaine que ce soit ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de la Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Compare ta réponse avec la solution proposée.
Exercice II - C.1 - Contraction · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
C - Œuvre: Voltaire, L'Ingénu - Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
1.- Robert Darnton, Apologie du livre, 2009.
Au lieu d'une vision à long terme des mutations technologiques, sur laquelle se fonde
l'idée commune que nous sommes entrés dans une ère nouvelle, dans l'âge de l'information,
j'aimerais soutenir que chaque ère a été, à sa façon, un âge de l'information et que celle-ci
a toujours été instable.
5 Commençons par Internet et remontons le temps. Plus d'un million de blogs ont vu
le jour au cours des dernières années. Ils ont donné matière à une foule d'anecdotes sur la
diffusion d'informations erronées, dont certaines ressemblent à des mythes urbains.
Cependant, je crois l'histoire qui suit véridique, bien que je ne puisse jurer de son
authenticité, l'ayant moi-même trouvée sur Internet. Un journal satirique, The Onion, a publié
10 un canular selon lequel un architecte avait conçu un nouveau type d'immeuble à
Washington, D.C., avec un dôme mobile. Les jours ensoleillés, on appuie sur un bouton et
le dôme se rétracte, l'immeuble ressemblant alors à un stade de football; les jours de pluie,
le bâtiment ressemble au Congrès. L'histoire a circulé d'un site informatique à un autre avant
d'arriver en Chine où elle a paru dans le Beijing Evening News. Puis elle a été reprise par
15 le Los Angeles Times, le San Francisco Chronicle, Reuters, CNN, Wired.com 1 et
d'innombrables blogs comme exemple de la vision que les Chinois se font des États-Unis:
ils croient que les Américains vivent dans des maisons décapotables tout comme ils se
déplacent dans des voitures décapotables.
D'autres anecdotes suggèrent la même conclusion: les blogs créent les nouvelles et
20 celles-ci peuvent prendre la forme d'une réalité textuelle qui surpasse la réalité que nous
avons sous les yeux. Aujourd'hui beaucoup de journalistes consacrent plus de temps à
suivre les blogs qu'à vérifier les sources traditionnelles comme les porte-parole des pouvoirs
publics. En cet âge de l'information les nouvelles se sont libérées de leurs ancrages
conventionnels, créant ainsi des possibilités de désinformation jusqu'à l'échelle mondiale.
25 Faut-il alors penser que notre époque donne un accès sans précédent à l'information, mais
que celle-ci est de moins en moins fiable ?
Je crois que les nouvelles ont toujours été un artefact 2 et qu'elles n'ont jamais
correspondu exactement à ce qui s'est réellement passé. Nous prenons aujourd'hui la une
des journaux pour un miroir fidèle des événements de la veille, mais elle a été composée la
30 veille au soir – littéralement par des « monteurs » qui ont mis en page la une selon des
conventions arbitraires: article principal dans la partie supérieure, article de seconde
importance sous le pli, nouvelles mineures sous forme de chapeaux au rez-de-chaussée, le
tout mis en relief par des types particuliers de titres ou « titraille ». La typographie oriente le
lecteur et modèle le sens de l'information. Les nouvelles elles-mêmes prennent la forme de
35 récits rédigés par des professionnels suivant des conventions acquises au cours de leur
formation – mode d'exposition en « pyramide inversée », chapeau de tête, code pour les
sources « bien informées » et « secondes », et ainsi de suite. La nouvelle n'est pas ce qui
s'est passé mais un récit de ce qui s'est passé.
Bien sûr, beaucoup de reporters font de leur mieux pour être précis, mais ils doivent
40 se conformer aux conventions du métier, et il existe toujours un décalage entre le choix de
leurs mots et la nature de l'événement tel qu'il a été vécu ou perçu par d'autres personnes.
Interrogez pour cela quiconque s'est trouvé impliqué dans un événement rapporté par la
presse. On vous dira que l'on ne se reconnaît pas ou que l'on ne reconnaît pas l'événement
dans le récit publié par le journal. Les lecteurs ayant une certaine instruction en Union
45 soviétique avaient appris à se méfier de tout ce qui paraissait dans la Pravda et même à
prendre l'absence d'informations pour le signe que quelque chose se passait. Le 31 août
1980, quand Lech Walesa signa avec le gouvernement polonais un accord créant le
syndicat indépendant Solidarnos’c’, le peuple polonais refusa tout d'abord d'y croire, non
parce que la nouvelle ne leur était pas parvenue, mais parce qu'elle avait été diffusée sur la
50 télévision d'État.
[...] Je me méfie à présent des journaux et je suis souvent étonné que des historiens
les considèrent comme des sources de première main pour savoir ce qui s'est réellement
passé. Je crois que les journaux doivent être lus pour s'informer sur la façon dont les
contemporains ont interprété les événements plutôt que comme une connaissance fiable de
55 ces mêmes événements.
(787 mots)
1 Beijing Evening News, Los Angeles Times, San Francisco Chronicle, Reuters, CNN, Wired.com: liste de journaux et médias.
2 Artefact: production humaine.
Vous résumerez ce texte en 197 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 177 et au plus 217 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Exercice II - C.1 - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
C - Œuvre: Voltaire, L'Ingénu - Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
1.- Robert Darnton, Apologie du livre, 2009.
Au lieu d'une vision à long terme des mutations technologiques, sur laquelle se fonde
l'idée commune que nous sommes entrés dans une ère nouvelle, dans l'âge de l'information,
j'aimerais soutenir que chaque ère a été, à sa façon, un âge de l'information et que celle-ci
a toujours été instable.
5 Commençons par Internet et remontons le temps. Plus d'un million de blogs ont vu
le jour au cours des dernières années. Ils ont donné matière à une foule d'anecdotes sur la
diffusion d'informations erronées, dont certaines ressemblent à des mythes urbains.
Cependant, je crois l'histoire qui suit véridique, bien que je ne puisse jurer de son
authenticité, l'ayant moi-même trouvée sur Internet. Un journal satirique, The Onion, a publié
10 un canular selon lequel un architecte avait conçu un nouveau type d'immeuble à
Washington, D.C., avec un dôme mobile. Les jours ensoleillés, on appuie sur un bouton et
le dôme se rétracte, l'immeuble ressemblant alors à un stade de football; les jours de pluie,
le bâtiment ressemble au Congrès. L'histoire a circulé d'un site informatique à un autre avant
d'arriver en Chine où elle a paru dans le Beijing Evening News. Puis elle a été reprise par
15 le Los Angeles Times, le San Francisco Chronicle, Reuters, CNN, Wired.com 1 et
d'innombrables blogs comme exemple de la vision que les Chinois se font des États-Unis:
ils croient que les Américains vivent dans des maisons décapotables tout comme ils se
déplacent dans des voitures décapotables.
D'autres anecdotes suggèrent la même conclusion: les blogs créent les nouvelles et
20 celles-ci peuvent prendre la forme d'une réalité textuelle qui surpasse la réalité que nous
avons sous les yeux. Aujourd'hui beaucoup de journalistes consacrent plus de temps à
suivre les blogs qu'à vérifier les sources traditionnelles comme les porte-parole des pouvoirs
publics. En cet âge de l'information les nouvelles se sont libérées de leurs ancrages
conventionnels, créant ainsi des possibilités de désinformation jusqu'à l'échelle mondiale.
25 Faut-il alors penser que notre époque donne un accès sans précédent à l'information, mais
que celle-ci est de moins en moins fiable ?
Je crois que les nouvelles ont toujours été un artefact 2 et qu'elles n'ont jamais
correspondu exactement à ce qui s'est réellement passé. Nous prenons aujourd'hui la une
des journaux pour un miroir fidèle des événements de la veille, mais elle a été composée la
30 veille au soir – littéralement par des « monteurs » qui ont mis en page la une selon des
conventions arbitraires: article principal dans la partie supérieure, article de seconde
importance sous le pli, nouvelles mineures sous forme de chapeaux au rez-de-chaussée, le
tout mis en relief par des types particuliers de titres ou « titraille ». La typographie oriente le
lecteur et modèle le sens de l'information. Les nouvelles elles-mêmes prennent la forme de
35 récits rédigés par des professionnels suivant des conventions acquises au cours de leur
formation – mode d'exposition en « pyramide inversée », chapeau de tête, code pour les
sources « bien informées » et « secondes », et ainsi de suite. La nouvelle n'est pas ce qui
s'est passé mais un récit de ce qui s'est passé.
Bien sûr, beaucoup de reporters font de leur mieux pour être précis, mais ils doivent
40 se conformer aux conventions du métier, et il existe toujours un décalage entre le choix de
leurs mots et la nature de l'événement tel qu'il a été vécu ou perçu par d'autres personnes.
Interrogez pour cela quiconque s'est trouvé impliqué dans un événement rapporté par la
presse. On vous dira que l'on ne se reconnaît pas ou que l'on ne reconnaît pas l'événement
dans le récit publié par le journal. Les lecteurs ayant une certaine instruction en Union
45 soviétique avaient appris à se méfier de tout ce qui paraissait dans la Pravda et même à
prendre l'absence d'informations pour le signe que quelque chose se passait. Le 31 août
1980, quand Lech Walesa signa avec le gouvernement polonais un accord créant le
syndicat indépendant Solidarnos’c’, le peuple polonais refusa tout d'abord d'y croire, non
parce que la nouvelle ne leur était pas parvenue, mais parce qu'elle avait été diffusée sur la
50 télévision d'État.
[...] Je me méfie à présent des journaux et je suis souvent étonné que des historiens
les considèrent comme des sources de première main pour savoir ce qui s'est réellement
passé. Je crois que les journaux doivent être lus pour s'informer sur la façon dont les
contemporains ont interprété les événements plutôt que comme une connaissance fiable de
55 ces mêmes événements.
(787 mots)
1 Beijing Evening News, Los Angeles Times, San Francisco Chronicle, Reuters, CNN, Wired.com: liste de journaux et médias.
2 Artefact: production humaine.
Essai
Les Lumières nous invitent à développer notre sens critique. En quoi ce conseil garde-t-il tout son intérêt dans cet « âge de l'information » où nous vivons ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice II - C.2 - Contraction · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
2.- Steven Pinker, Le Triomphe des Lumières, pourquoi il faut défendre la raison, la science et l'humanisme, 2018.
La raison, avant toute chose. Elle n'est pas négociable. En vous lançant dans un questionnement sur les raisons que nous avons de vivre (ou sur tout autre sujet), dès lors que vous présentez vos réponses, quelles qu'elles soient, comme raisonnables, justifiées ou vraies et que vous estimez que les autres devraient y adhérer aussi, vous décidez de vous en remettre à la raison, et acceptez de confronter vos convictions à des normes objectives. 5 S'il est une chose que les penseurs des Lumières avaient en commun, c'était leur attachement à l'idée qu'il fallait vigoureusement appliquer des critères rationnels pour comprendre le monde, et non retomber dans les générateurs d'illusions que sont la foi, le dogme, la Révélation, l'autorité, le charisme, le mysticisme, la divination, les visions, les convictions viscérales 1 ou l'étude herméneutique 2 des textes sacrés.
10 De nos jours, beaucoup d'auteurs confondent l'attachement à la raison affirmé par les Lumières avec l'idée, hautement improbable, que les êtres humains seraient des agents parfaitement rationnels. Rien ne s'éloigne davantage de la réalité historique. Des penseurs tels que Kant, Baruch Spinoza, Thomas Hobbes, David Hume et Adam Smith 15 possédaient un sens aigu de la psychologie et n'avaient que trop conscience de nos passions irrationnelles et de nos faiblesses. Ils ont insisté sur le fait que ce n'était qu'en débusquant les facteurs de déraison les plus communs que nous pouvions espérer les surmonter. Le recours délibéré à la raison était nécessaire précisément parce que nos 20 habitudes de pensée les plus courantes ne sont pas particulièrement raisonnables.
[…] La nécessité d'une « science de l'homme » était un thème fédérateur pour des penseurs des Lumières par ailleurs en désaccord sur un grand nombre d'autres sujets, notamment Montesquieu, Hume, Smith, Kant, Nicolas de Condorcet, Denis Diderot, Jean-Baptiste d'Alembert, Jean-Jacques Rousseau et Giambattista Vico. Leur conviction qu'il 25 existait quelque chose comme une nature humaine universelle, et qu'il était possible de l'étudier scientifiquement, fit d'eux des pratiquants précoces de sciences qui ne devaient être nommées que quelques siècles plus tard. Ils étaient des neuroscientifiques cognitifs 3 avant l'heure, qui essayaient d'expliquer la pensée, les émotions et les psychopathologies 30 en termes de mécanismes physiques au sein du cerveau. Ils étaient des psychologues évolutionnistes, qui cherchaient à caractériser la vie à l'état de nature et à identifier les instincts animaux qui « imprègnent notre cœur ». C'étaient des psychologues sociaux, qui étudiaient dans leurs écrits les sentiments moraux qui nous rassemblent, les passions 35 égoïstes qui nous divisent, les raisonnements à courte vue qui ruinent nos plans les plus ambitieux. Et c'étaient aussi des anthropologues culturels, qui passaient au peigne fin les récits des voyageurs et des explorateurs afin de récolter des données tant sur les caractéristiques humaines universelles que sur la diversité des mœurs et des coutumes à 40 travers le monde.
L'idée d'une nature humaine universelle nous amène à […] l'humanisme. Les penseurs de l'Âge de la raison et des lumières étaient convaincus de l'impérieuse nécessité d'établir un fondement laïque à la morale, hantés qu'ils étaient par la mémoire historique de plusieurs siècles de massacres: les croisades, l'Inquisition, les chasses aux 45 sorcières, les guerres européennes de religion. Ils jetèrent ces bases à travers ce que nous appelons aujourd'hui l'humanisme, qui privilégie le bien-être des individus, hommes, femmes ou enfants, par rapport à la gloire de la tribu, de la race, de la nation ou de la religion. Ce sont les individus, et non les groupes, qui sont doués de sensibilité, c'est-à-dire qui ressentent plaisir et peine, contentement et angoisse. Que cela se traduise par l'objectif de procurer le plus grand bonheur au plus grand nombre ou par l'impératif catégorique de traiter les autres hommes comme des fins et non simplement comme des 50 moyens, c'était bien, selon ces penseurs, la capacité universelle qu'a toute personne de souffrir et de s'épanouir qui devait interpeller notre conscience morale.
Heureusement, la nature humaine nous prépare à répondre à cet appel. En effet, nous sommes dotés d'une faculté de sympathie, que ces penseurs appelaient aussi bienveillance, pitié ou compassion. Et comme nous disposons de cette capacité de 55 sympathiser avec autrui, rien ne s'oppose à ce que notre cercle de sympathie s'étende au-delà de la famille et de la tribu pour embrasser l'humanité tout entière, particulièrement dans la mesure où la raison nous incite à prendre conscience qu'aucun mérite exceptionnel et singulier ne saurait se rattacher à nous-même ou à l'un des groupes auxquels nous appartenons. Nous sommes aiguillonnés vers le cosmopolitisme, autrement dit l'acceptation de notre statut de citoyen du monde.
(794 mots)
1 Viscéral: profond.
2 Herméneutique: qui concerne l'interprétation des textes philosophiques ou religieux.
3 Cognitif: qui concerne l'acquisition des connaissances.
Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 179 et au plus 219 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Mots écrits:
Réponse enregistrée. Consultez la solution proposée pour comparer votre contraction.
Exercice II - C.2 - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
2.- Steven Pinker, Le Triomphe des Lumières, pourquoi il faut défendre la raison, la science et l'humanisme, 2018.
La raison, avant toute chose. Elle n'est pas négociable. En vous lançant dans un questionnement sur les raisons que nous avons de vivre (ou sur tout autre sujet), dès lors que vous présentez vos réponses, quelles qu'elles soient, comme raisonnables, justifiées ou vraies et que vous estimez que les autres devraient y adhérer aussi, vous décidez de vous en remettre à la raison, et acceptez de confronter vos convictions à des normes objectives. 5 S'il est une chose que les penseurs des Lumières avaient en commun, c'était leur attachement à l'idée qu'il fallait vigoureusement appliquer des critères rationnels pour comprendre le monde, et non retomber dans les générateurs d'illusions que sont la foi, le dogme, la Révélation, l'autorité, le charisme, le mysticisme, la divination, les visions, les convictions viscérales 1 ou l'étude herméneutique 2 des textes sacrés.
10 De nos jours, beaucoup d'auteurs confondent l'attachement à la raison affirmé par les Lumières avec l'idée, hautement improbable, que les êtres humains seraient des agents parfaitement rationnels. Rien ne s'éloigne davantage de la réalité historique. Des penseurs tels que Kant, Baruch Spinoza, Thomas Hobbes, David Hume et Adam Smith 15 possédaient un sens aigu de la psychologie et n'avaient que trop conscience de nos passions irrationnelles et de nos faiblesses. Ils ont insisté sur le fait que ce n'était qu'en débusquant les facteurs de déraison les plus communs que nous pouvions espérer les surmonter. Le recours délibéré à la raison était nécessaire précisément parce que nos 20 habitudes de pensée les plus courantes ne sont pas particulièrement raisonnables.
[…] La nécessité d'une « science de l'homme » était un thème fédérateur pour des penseurs des Lumières par ailleurs en désaccord sur un grand nombre d'autres sujets, notamment Montesquieu, Hume, Smith, Kant, Nicolas de Condorcet, Denis Diderot, Jean-Baptiste d'Alembert, Jean-Jacques Rousseau et Giambattista Vico. Leur conviction qu'il 25 existait quelque chose comme une nature humaine universelle, et qu'il était possible de l'étudier scientifiquement, fit d'eux des pratiquants précoces de sciences qui ne devaient être nommées que quelques siècles plus tard. Ils étaient des neuroscientifiques cognitifs 3 avant l'heure, qui essayaient d'expliquer la pensée, les émotions et les psychopathologies 30 en termes de mécanismes physiques au sein du cerveau. Ils étaient des psychologues évolutionnistes, qui cherchaient à caractériser la vie à l'état de nature et à identifier les instincts animaux qui « imprègnent notre cœur ». C'étaient des psychologues sociaux, qui étudiaient dans leurs écrits les sentiments moraux qui nous rassemblent, les passions 35 égoïstes qui nous divisent, les raisonnements à courte vue qui ruinent nos plans les plus ambitieux. Et c'étaient aussi des anthropologues culturels, qui passaient au peigne fin les récits des voyageurs et des explorateurs afin de récolter des données tant sur les caractéristiques humaines universelles que sur la diversité des mœurs et des coutumes à 40 travers le monde.
L'idée d'une nature humaine universelle nous amène à […] l'humanisme. Les penseurs de l'Âge de la raison et des lumières étaient convaincus de l'impérieuse nécessité d'établir un fondement laïque à la morale, hantés qu'ils étaient par la mémoire historique de plusieurs siècles de massacres: les croisades, l'Inquisition, les chasses aux 45 sorcières, les guerres européennes de religion. Ils jetèrent ces bases à travers ce que nous appelons aujourd'hui l'humanisme, qui privilégie le bien-être des individus, hommes, femmes ou enfants, par rapport à la gloire de la tribu, de la race, de la nation ou de la religion. Ce sont les individus, et non les groupes, qui sont doués de sensibilité, c'est-à-dire qui ressentent plaisir et peine, contentement et angoisse. Que cela se traduise par l'objectif de procurer le plus grand bonheur au plus grand nombre ou par l'impératif catégorique de traiter les autres hommes comme des fins et non simplement comme des 50 moyens, c'était bien, selon ces penseurs, la capacité universelle qu'a toute personne de souffrir et de s'épanouir qui devait interpeller notre conscience morale.
Heureusement, la nature humaine nous prépare à répondre à cet appel. En effet, nous sommes dotés d'une faculté de sympathie, que ces penseurs appelaient aussi bienveillance, pitié ou compassion. Et comme nous disposons de cette capacité de 55 sympathiser avec autrui, rien ne s'oppose à ce que notre cercle de sympathie s'étende au-delà de la famille et de la tribu pour embrasser l'humanité tout entière, particulièrement dans la mesure où la raison nous incite à prendre conscience qu'aucun mérite exceptionnel et singulier ne saurait se rattacher à nous-même ou à l'un des groupes auxquels nous appartenons. Nous sommes aiguillonnés vers le cosmopolitisme, autrement dit l'acceptation de notre statut de citoyen du monde.
(794 mots)
1 Viscéral: profond.
2 Herméneutique: qui concerne l'interprétation des textes philosophiques ou religieux.
3 Cognitif: qui concerne l'acquisition des connaissances.
Doit-on toujours exiger des êtres humains qu'ils usent de « la raison, avant toute chose » ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Réponse enregistrée. Consultez la proposition de plan pour évaluer votre essai.
Tu peux aussi réviser par thème
Entraîne-toi sur un thème avec les exercices des sujets de toutes les années.
- Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · 36 exercices · 75 % de chances de tomber
- Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · 36 exercices · 75 % de chances de tomber
- Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · 6 exercices · 60 % de chances de tomber
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- Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · 3 exercices · 40 % de chances de tomber