Exercice I - B · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2021

Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2021)

Énoncé

Objet d'étude: la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

B.- Jules Supervielle, « Dieu crée la femme », La Fable du monde, 1938.

Pense aux plages, pense à la mer,

Au lisse du ciel, aux nuages,

À tout cela devenant chair

Et dans le meilleur de son âge,

5 Pense aux tendres bêtes des bois,

Pense à leur peur sur tes épaules,

Aux sources que tu ne peux voir

Et dont le murmure t'isole,

Pense à tes plus profonds soupirs,

10 Ils deviendront un seul désir,

À ce dont tu chéris l'image,

Tu l'aimeras bien davantage.

Ce qui était beaucoup trop loin

Pour le parfum ou le reproche,

15 Tu vas voir comme il se rapproche

Se faisant femme jusqu'au lien,

Ce dont rêvaient tes yeux, ta bouche,

Tu vas voir comme tu le touches.

Elle aura des mains comme toi

20 Et pourtant combien différentes,

Elle aura des yeux comme toi

Et pourtant rien ne leur ressemble.

Elle ne te sera jamais

Complètement familière,

25 Tu voudras la renouveler

De mille confuses manières.

Voilà, tu peux te retourner

C'est la femme que je te donne

Mais c'est à toi de la nommer,

30 Elle approche de ta personne.

Vous proposerez un commentaire du poème de Jules Supervielle. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:

La création poétique de l'être féminin.

L'éloge amoureux.

Énoncé: Exercice I - B · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2021

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous proposerez un commentaire du poème de Jules Supervielle. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à : - La création poétique de l'être féminin. - L'éloge amoureux.

Réponse : Proposition d'organisation pour le commentaire composé : Introduction : - Accroche : Le mythe de la Genèse a inspiré de nombreux poètes, mais Jules Supervielle, dans *La Fable du monde* (1938), lui donne une résonance intime et panthéiste. - Présentation du texte : « Dieu crée la femme » met en scène le Créateur qui s'adresse directement au premier homme au moment de la création d'Ève. - Problématique : Comment Supervielle réécrit-il le mythe de la création féminine en une fable poétique de l'avènement amoureux et du mystère de l'altérité ? - Annonce du plan : 1. Une réécriture poétique et panthéiste de la Genèse. 2. La femme comme incarnation du désir masculin et éloge de l'amour. 3. L'avènement d'une altérité fascinante et mystérieuse. I. Une réécriture poétique et panthéiste de la Genèse - Une parole divine familière : Dieu s'exprime à la première personne (« je te donne », v. 28). Il interpelle l'homme avec douceur, par l'anaphore de l'impératif « Pense » (v. 1, 5, 6, 9) et par le tutoiement. - La matière du monde incarnée : La femme n'est pas tirée d'une côte d'Adam. Elle procède du cosmos tout entier (« plages », « mer », « ciel », « nuages », « bêtes des bois », « sources »). Elle est le microcosme qui concentre la beauté et la douceur du monde : « À tout cela devenant chair » (v. 3). - La parole créatrice et performative : L'attente et la gradation temporelle (futurs « deviendront », « tu vas voir ») mènent à un dénouement théâtral : « Voilà, tu peux te retourner » (v. 27). Dieu confie alors à l'homme le pouvoir poétique et symbolique de nommer : « Mais c'est à toi de la nommer » (v. 29). II. La femme comme incarnation du désir et avènement de l'amour - La matérialisation du désir intérieur : La femme naît aussi de l'intériorité de l'homme (« tes plus profonds soupirs », « un seul désir », « Ce dont rêvaient tes yeux, ta bouche »). Le rêve et l'image chérie deviennent un corps tangible. - Le passage de l'inaccessible au contact charnel : On passe de l'éloignement (« beaucoup trop loin », v. 13) à la proximité sensuelle la plus immédiate (« Tu vas voir comme tu le touches », v. 18). La rime « reproche / rapproche » souligne ce mouvement. - Un éloge amoureux de la plénitude : La femme vient combler la solitude originelle de l'homme (« dont le murmure t'isole »). Elle promet un amour accru : « Tu l'aimeras bien davantage » (v. 12). III. L'altérité mystérieuse et féconde - La dialectique du même et de l'autre : Le parallélisme antithétique est remarquable : « Elle aura des mains comme toi / Et pourtant combien différentes », « des yeux comme toi / Et pourtant rien ne leur ressemble ». La femme est à la fois semblable et profondément distincte. - Le mystère perpétuel : Elle échappe à toute appropriation totale : « Elle ne te sera jamais / Complètement familière » (v. 23-24). Ce mystère inépuisable fonde et perpétue le désir : « Tu voudras la renouveler / De mille confuses manières » (v. 25-26). - Une rencontre ouverte : Le dernier vers, au présent (« Elle approche de ta personne »), laisse la rencontre en suspens. L'amour y apparaît comme un mouvement toujours en cours. Conclusion : - Bilan : Supervielle propose une vision humaniste et sensuelle de la Création. La femme y incarne la nature rendue accessible au toucher et au cœur, ainsi que la réalisation des rêves de l'homme. Elle demeure pourtant un être autre, dont le mystère nourrit sans fin l'amour. Le poème est à la fois un récit de création et un éloge amoureux. - Ouverture : On peut rapprocher ce texte de la poésie amoureuse d'Éluard (« La courbe de tes yeux »), où la femme aimée est elle aussi associée aux éléments du monde.

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