Exercice II - B.1 - Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2021

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2021)

Énoncé

II - B.1 - Essai

Raymond Pujol et Geneviève Carbone, « L’homme et l’animal », Histoires des mœurs, I, volume 2, 1991.

Les animaux sont source d’inspiration. Ils offrent une étonnante gamme de références réelles ou imaginaires, dans lesquelles puisent l’art animalier, la littérature, le rituel, sans en exploiter toute la richesse ni en révéler toutes les facettes. Les productions artistiques, publicitaires et enfantines mettent en forme ces significations car, tout en représentant les animaux dans des attitudes naturelles et spécifiques, elles suggèrent, par le décor, le slogan, l’accessoire, la réalité de l’image mentale réinventant l’animal. La perception réfléchie de ceux qui sont présents dans l’écosystème ou dans l’imaginaire est retranscrite dans les gestes, les paroles et l’emploi des animaux au quotidien comme en période festive. L’animal joue, dans l’espace humain, le rôle que l’homme lui a écrit, et qu’il redit au long de ses littératures orales. Représenté sur les cimiers des danseurs Bambara ou mis en représentation dans les fantaisies carnavalesques, l’animal parle pour l’homme, parle de l’homme qui se regarde dans ces miroirs. […]

Les animaux, idéalement porteurs des valeurs dont l’homme désire habiller son personnage social, sont singulièrement puissants, par leurs forces, par leurs qualités, par leurs pouvoirs d’évocation. […]

Sous la forme des fantaisies carnavalesques du travestissement, l’homme introduit toujours au cœur des gestes les mêmes animaux puissamment évocateurs. L’ours dressé est l’autre de l’homme; à ce titre, il évolue dans un espace sexualisé, que sa présence oriente vers le masculin. Les scènes de carnaval, comme les histoires des bergers andins, évoquent l’enlèvement d’une jeune fille par l’ours, afin qu’elle devienne sa compagne. Ce couple conçoit parfois un enfant, qui héritera de sa mère l’apparence humaine et de son père ours la force, la puissance et l’entendement des choses de la nature. Jean de l’Ours, les Ukuku 1, sont l’« ombre » positive de la nature sauvage, et les gardiens qui partagent avec elle les secrets dont l’homme sans qualité voudrait jouir.

Travestissement vestimentaire, transformation des attitudes humaines achèvent de mettre en œuvre la confusion qui s’opère quand les hommes cherchent à se rapprocher des valeurs incarnées par l’animal. Le lion représente le guerrier par excellence, simultanément destructeur et noble combattant. Sa chasse fut de tout le temps le privilège des rois, et le port de sa dépouille celui des héros. Présent en effigie dans les demeures royales, il est vivant auprès des guerriers africains, qui entretiennent, d’homme à fauve, une étroite connivence, transcendant en chacun leurs limites. […]

Superstitions, craintes et attirances mobilisent nos regards sur quelques-uns des animaux, dits porteurs, de ces bestiaires sinon fabuleux, du moins fantastiques. L’ours, le loup, le lion, l’aigle, le serpent tels que nous les utilisons sont issus des domaines de l’imaginaire. La représentation, qu’elle soit graphique ou gestuelle, est un moyen d’exprimer les conceptions qui la guident et qui tantôt révèlent, tantôt dérobent faits d’observation et travail de re-création. Ainsi, la disparition de l’emprise écologique de l’ours, du loup, de l’aigle, du lion n’a pas diminué le poids qu’ils exercent sur nos préoccupations. Les enfants puisent encore parmi eux les thèmes de leurs rêveries d’espèces dangereuses, capables d’incarner leurs peurs. Leurs dessins, leurs jeux mettent en images les traits dont ils parent, de façon constante, ces animaux. Le loup est ainsi poilu, griffu, dentu, affamé et hurlant, ravisseur et dévoreur d’enfants; le lion, rugissant, est roi, sa crinière est sa couronne; l’aigle est le maître du ciel et l’ours le compagnon dont la douceur fait oublier la puissance.

Variable avec les modèles et les cultures, la représentation des animaux a le privilège d’octroyer à chacun un statut, de lui offrir un espace de références spécifiques, articulé sur le mystère ou l’utilité, l’explication ou la fonction. Mais les terra incognita ne figurent plus sur les cartes, peuplées d’être mi-fabuleux, mi-réels, tandis que la mécanisation a chassé des villes et des campagnes les concentrations d’animaux indispensables. Aujourd’hui, le cheval, la panthère, l’aigle sont des moyens publicitaires performants pour vanter et pour vendre. L’animal est un outil vivant juste encore assez irrigué des sens qu’il a longtemps véhiculés pour être parlant. L’illustration est désormais esthétique, fidèle dans les moindres détails ou ignorante des principales données de forme, de couleur et d’attitude. Naturellement inférieur à l’homme et réduit à des instincts ou humanisé et restreint à l’homme dont il se vêt, l’animal n’est plus à décoder en phrases et en symboles, mais en chiffres; ceux des dépenses d’entretien de nos animaux de compagnie, nouvelle faune dépendante et adulée d’un univers urbanisé, en mal de nature.

(795 mots)

1 Ukuku: personnage mythique andin, moitié ours-moitié homme.

Dans quelle mesure les animaux nourrissent-ils encore aujourd'hui notre imaginaire et nous aident-il à nous comprendre nous-mêmes ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de la Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Consultez la piste de réflexion proposée ci-dessous et comparez-la avec votre essai.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Dans quelle mesure les animaux nourrissent-ils encore aujourd'hui notre imaginaire et nous aident-il à nous comprendre nous-mêmes ?

Réponse : Un essai réussi pourrait s'organiser ainsi : I. L'animal comme miroir de l'homme et de ses travers. De l'Antiquité (Ésope) à La Fontaine, la fable utilise l'animal pour dire des vérités sur l'homme sous couvert de fiction plaisante. Dans les livres VII à IX, « Les Animaux malades de la peste » (VII, 1) dénonce une justice partiale : « Selon que vous serez puissant ou misérable… ». « La Cour du Lion » (VII, 6) et « Les Obsèques de la Lionne » (VIII, 14) font la satire des courtisans flatteurs, et « Le Rat qui s'est retiré du monde » (VII, 3) celle de l'égoïsme des religieux. Comme le montre le texte de Pujol et Carbone, l'animal « parle pour l'homme, parle de l'homme qui se regarde dans ces miroirs ». Il permet de dire l'homme sans le nommer, ce qui autorise la critique. II. Un imaginaire qui structure nos peurs, nos désirs et notre pensée. Le texte de la contraction montre que l'animal cristallise nos craintes (le loup dévorateur) et nos désirs de dépassement (la force du lion, la royauté de l'aigle). Les enfants eux-mêmes puisent dans ces figures pour se construire. La Fontaine donne à ses animaux des caractères qui aident à nommer des traits humains : la ruse du chat Raminagrobis dans « Le Chat, la Belette et le petit Lapin » (VII, 15), la tendresse et l'inquiétude amoureuse dans « Les Deux Pigeons » (IX, 2). L'animal est aussi un objet de réflexion philosophique sur ce qu'est l'homme. Montaigne, dans l'« Apologie de Raymond Sebond », rabaisse la présomption humaine en prêtant aux bêtes intelligence et langage. Descartes, dans le Discours de la méthode (V), en fait au contraire des machines. La Fontaine, dans le « Discours à Madame de La Sablière » (fin du livre IX), conteste cette thèse de l'animal-machine. Penser l'animal, c'est donc définir l'humain. III. Mais un rapport à l'animal aujourd'hui fragilisé, puis renouvelé. Le texte de la contraction souligne que l'urbanisation et la disparition de l'animal réel de notre quotidien appauvrissent sa charge symbolique. L'animal publicitaire ou domestique n'est plus « à décoder en phrases et en symboles, mais en chiffres ». On peut cependant nuancer ce constat. La littérature contemporaine, la pensée écologique et les nouvelles fables (dessins animés, littérature jeunesse) réinvestissent l'animal pour penser notre rapport au vivant et nos responsabilités. Cet imaginaire, loin de disparaître, se renouvelle. Conclusion : l'animal reste un instrument privilégié de connaissance de soi et de critique sociale. La forme de cet imaginaire évolue toutefois avec notre rapport concret au monde animal.

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