Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2025)

Énoncé

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte d'après Christilla Pellé-Douël, « Sommes-nous tous naturellement bons ? », Psychologies magazine, 21/02/2024.

5 « L'être humain a des potentialités pour la bonté comme pour la cruauté. À côté de tendances potentiellement agressives (que je ne cherche nullement à nier) sont présentes, et de manière plus importante encore, des tendances à l'empathie 1, à l'altruisme 2, à la coopération. » Une telle affirmation a aujourd'hui de quoi surprendre ! C'est pourtant la thèse que défend Jacques Lecomte, docteur en psychologie, dans La Bonté humaine.

Jacques Lecomte n'est pas le seul à faire émerger l'idée appuyée sur des études psychologiques et comportementales – comme celle menée en 2005 par Douglas Fry ( The Human Potential for Peace), de la présence fondamentale de l'altruisme et de l'empathie chez les humains. Tout le courant de la psychologie positive et d'auteurs tels que le médecin 10 et psychothérapeute Thierry Janssen vont dans ce sens. Il serait réconfortant d'opter pour cette hypothèse. Mais est-ce possible ?

« L'opposition binaire entre le bien et le mal est excessive. L'être humain possède des potentialités 3 pour les deux. Mais la potentialité à la bonté et à l'empathie est plus importante que l'inverse. Des études ont révélé que les bébés qui commencent juste à 15 marcher, dès l'âge d'un an, peuvent aider spontanément des adultes en difficulté pour ouvrir un meuble. La neurobiologie montre qu'il existe des zones cérébrales de la satisfaction et de la récompense qui sont activées lorsque l'on se montre généreux.

Inversement, les zones du dégoût et de l'aversion le sont lorsque nous sommes face 20 à une injustice. Les neurones miroirs nous font ressentir la douleur chez l'autre. Sur ce substrat 4 viennent se greffer l'éducation, le milieu, la culture. Dans les relations humaines, la violence n'est qu'une attitude de défaut.

Si l'on examine la guerre, la thèse selon laquelle elle est spontanée pour les hommes est battue en brèche 5. Il y a une véritable répugnance à tuer chez l'humain, et, s'il le fait, 25 cela entraîne la plupart du temps de la culpabilité. D'où l'utilisation du conditionnement, de l'entraînement, de la drogue, de l'alcool, de la soumission à l'autorité pour obtenir la violence.

Ce qui existe, c'est le goût de l'action et la recherche de sensations, tendances souvent associées à la violence. On peut l'observer au travers des jeux vidéo: si l'on 30 propose à de jeunes "accros" des jeux aussi actifs et pleins de sensations, mais non violents, leur satisfaction est équivalente, voire supérieure.

Oui, le goût de la violence pure existe, mais elle ne concerne qu'un ou deux pour cent de la population, chez les sociopathes 6. L'homme n'est pas un loup pour l'homme. »

Non, l'homme ne naît pas loup pour l'homme: après s'être penché sur toutes les 35 études menées sur le sujet, Jacques Lecomte en a désormais la conviction. Le docteur en psychologie expose ici ces travaux, les argumente et les confronte à des histoires de vie, pour un résultat impressionnant qui en fait une nouvelle bible de la psychologie positive.

« Cette question hante la philosophie et la littérature depuis leurs origines, mais elle 40 est posée différemment depuis quelques années. L'homme est autant un produit de ses cultures que de la nature. Une discipline nouvelle, l'épigénétique, étudie d'ailleurs la façon dont l'environnement favorise ou inhibe la manifestation de nos gènes.

Malheureusement, l'enfant qui n'a pas été accompagné précocement dans ses 45 émotions peine à reconnaître ce qu'il ressent, à identifier les émotions d'autrui et à les partager. Et, lorsqu'il se sent incompris, il pense que son interlocuteur a des intentions malveillantes à son égard. La suite est connue: il peut devenir hostile, manipulateur, violent… Tout l'éventail de la cruauté dont il est capable se déploie. Alors, l'homme est-il "naturellement" bon ?

50 Rousseau explique que la bonté humaine existe, car les êtres humains n'ont aucun désir spontané de souffrir et de faire souffrir, sans quoi l'humanité aurait disparu depuis longtemps. Les hommes sont dotés d'empathie, qualité qui, pour Levinas, est "la bonté, cette capacité à se mettre dans la peau de l'autre". Cependant, pour Rousseau le mal existe car l'homme a perdu cette capacité; il a remplacé la bonté par le goût du pouvoir et de la richesse. »

682 mots

1 Empathie: faculté de se mettre à la place d'autrui et de percevoir ce qu'il ressent.

2 Altruisme: tendance à s'occuper des autres plutôt que de soi.

3 Potentialités: capacités.

4 Substrat: base.

5 Battue en brèche: contestée.

6 Sociopathe: personne souffrant d'un trouble de la personnalité souvent caractérisé par une tendance générale à l'indifférence.

Essai

Peindre les hommes peut-il changer le regard sur la nature humaine ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le chapitre « De l'Homme » des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Essai : « Peindre les hommes peut-il changer le regard sur la nature humaine ? »

Réponse : Proposition de plan détaillé et d'éléments d'argumentation : Introduction : - *Accroche :* Depuis l'Antiquité, les moralistes et écrivains s'efforcent de représenter leurs semblables par le portrait, la satire ou l'analyse philosophique. - *Définition des termes :* « Peindre les hommes » renvoie à l'art du portrait moral, psychologique et social (caractères, maximes, contes). « Changer le regard sur la nature humaine » interroge la capacité de la littérature à modifier nos jugements, à dissiper les préjugés et à révéler l'essence contradictoire de l'homme. - *Problématique :* La représentation littéraire des comportements humains se borne-t-elle à constater nos imperfections, ou permet-elle de réévaluer en profondeur notre conception de la nature humaine ? I. Peindre les hommes désillusionne : le portrait dévoile les faux-semblants et la faillibilité humaine - *La satire des vanités :* Chez La Bruyère, dans le livre XI « De l'Homme », peindre des types humains permet de démasquer l'égoïsme, l'inconstance et la déraison humaine. Gnathon incarne ainsi l'égoïsme absolu, et Ménalque le distrait illustre l'absurdité des comportements. Ailleurs dans Les Caractères, les portraits de Giton et de Phédon (livre VI « Des biens de fortune ») révèlent l'injustice sociale. - *Le constat d'une misère morale partagée :* Les moralistes montrent que l'homme est inconstant et gouverné par l'amour-propre, ce qui rompt avec un idéalisme naïf. C'est le cas de Montaigne au XVIe siècle avec les Essais, puis de La Rochefoucauld au XVIIe siècle avec les Maximes. II. Peindre les hommes réhabilite la part de bonté et distingue l'inné de l'acquis - *La distinction entre nature et société :* À l'instar de Rousseau dans le Discours sur l'origine de l'inégalité, peindre les dérives de l'homme social permet de faire ressortir, en creux, sa bonté originelle et son penchant naturel à la pitié. - *La psychologie contemporaine et la relecture de l'empathie :* Le texte de Christilla Pellé-Douël souligne que la cruauté découle souvent de carences d'accompagnement émotionnel ou d'influences sociales, et non d'une noirceur intrinsèque. III. Peindre les hommes transforme l'observateur en éveillant son empathie et son sens moral - *Une fonction réflexive :* Se voir peint permet au lecteur de rire de ses propres travers et de développer un regard lucide mais bienveillant sur autrui. C'est le rire philosophique de Voltaire, ou celui de Montesquieu dans les Lettres persanes. - *L'éthique du regard :* Comme le formule Levinas, la rencontre avec le visage de l'autre commande le respect et la responsabilité. La littérature d'idées est ainsi une école du regard qui humanise le lecteur.

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