Exercice 2 - Sujet C - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2026
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)
Énoncé
Sujet C – Françoise de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne, 1747 – Parcours: « Un nouvel univers s'est offert à mes yeux ».
Essai (10 points)
Sujet C – Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, 1747 – Parcours: « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».
Texte d’après Rémy Oudghiri, Microvoyage: le paradis à deux pas, 2025.
Il existe de nombreuses façons de microvoyager. En voici trois qui illustrent bien ses bienfaits. Dans chacune, le microvoyageur vit une expérience qui le réconcilie avec son territoire, tout en le faisant accéder à ce que Jean Giono appelait les « vraies richesses » de l’existence: il appréhende le monde proche comme un « nouveau monde ».
Un premier type de microvoyage consiste à changer notre regard sur la proximité et à envisager le banal comme un nouvel exotisme. L’écrivain autrichien Peter Handke, dans son livre Mon année dans la baie de Personne, récit de ses explorations des communes du département des Hauts-de-Seine, nous invite à adopter sur les territoires urbains souvent jugés peu touristiques un regard d’explorateur, en les considérant comme un « nouveau monde » à découvrir. Installé à Chaville depuis les années 1990, il n’a cessé d’explorer les alentours, s’aventurant en voyageur pédestre dans de nombreuses communes de la banlieue sud de Paris. En France, le mot « banlieue » a mauvaise presse, on l’associe à un imaginaire négatif, alors que la réalité est souvent tout autre. Quand on l’entend prononcer, viennent spontanément à l’esprit des adjectifs comme « morne », « impersonnel », « gris », ou des expressions comme « trou perdu » ou « sans âme ». De fait, beaucoup n’ont pas choisi d’y habiter et vivent parfois cette situation comme une punition.
Peter Handke propose de voir au contraire dans la banlieue un continent à explorer. Le type de microvoyage qu’il pratique révèle justement une de ses particularités. Car c’est dans les lieux les moins touristiques, les moins marqués par l’Histoire que l’on peut découvrir des choses inédites (paysages, édifices, fragments de forêts…), des choses jamais vues ni racontées par d’autres et, ce faisant, inventer son propre voyage. En effet, contrairement à Paris, tout proche, où le poids de l’histoire se fait sentir à chaque pas, la banlieue est moins encombrée de symboles. Ce n’est pas qu’elle n’a pas d’histoire, mais la présence de celle-ci y est plus discrète. Le microvoyageur s’y déplace avec moins de repères, et la probabilité de s’y perdre est bien plus élevée que dans la capitale.
Peter Handke révèle justement qu’il a « quitté l’Histoire ». Il est dans le présent. Dans ces microvoyages d’une journée, l’écrivain accède à un univers inconnu, un petit monde de retraités, anonymes, oubliés du monde, occupés à leurs rituels immuables 1. Il partage leur vie au café, dans les bars, les bistrots. Il aime être au contact de tous ces gens modestes, originaires de toutes sortes de pays. Il s’introduit partout où il le peut, s’imprégnant de toute cette vie dans les rues, les centres commerciaux, les bois, les parcs… Il est surpris par la richesse qu’il débusque sur son chemin. Des buissons aux bâtiments, tout le fascine: un groupe d’arbres comme un assemblage de toits.
Le microvoyage de Peter Handke est un apprentissage de la liberté, le contraire du voyage touristique standardisé. Dans la banlieue, note-t-il, on oublie ce qu’on nous a appris, on vit « libéré de l’école », sans filtre, sans préjugé, sans culture. C’est ainsi que l’on s’ouvre à la « profusion du monde ». Tout ce qui, là dans les centres-villes, a de l’importance – le savoir, les codes, l’éducation – s’avère ici être un fardeau 2 qui nous empêche de voir. Ce que la banlieue lui révèle, c’est une nouvelle « manière de voir ».
Ce type de microvoyage peut se pratiquer dans n’importe quel lieu supposé a priori banal.
Sillonner sans fin son territoire permet d’en dévoiler la réalité sensible: un deuxième type de microvoyage consiste à parcourir sans relâche le même territoire pour en découvrir peu à peu les richesses. Au principe de cette démarche, il y a cette conviction que la réalité est souvent « insaisissable » et que la beauté d’un lieu ne se livre pas si facilement. À rebours d’une certaine consommation touristique envisagée comme une suite de destinations toujours différentes, il s’agit au contraire de « voyager » aux alentours de là où l’on habite pour en révéler la splendeur cachée.
Un troisième type de microvoyage consiste à se transformer en touriste sur son propre territoire. C’est qu’il y a une expérience plus intéressante qu’être étranger en territoire inconnu, c’est d’être étranger dans sa propre ville. Devenir un touriste chez soi, voilà un autre charme du microvoyage.
1 Immuable: qui ne change pas.
2 Fardeau: poids.
738 mots
Selon vous, pour découvrir de nouveaux univers, suffit-il de changer le regard que l'on porte sur le monde ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Lettres d'une Péruvienne de Françoise de Graffigny, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Selon vous, pour découvrir de nouveaux univers, suffit-il de changer le regard que l'on porte sur le monde ?
Réponse : Proposition de plan détaillé et d'éléments d'argumentation pour l'essai : Introduction : - Accroche : Marcel Proust écrivait que « le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux ». - Définition des termes : « Découvrir de nouveaux univers » peut s'entendre au sens géographique, mais aussi intellectuel, esthétique ou philosophique. « Changer le regard » implique de se défaire des habitudes, des préjugés et des filtres culturels. - Problématique : La métamorphose de notre regard intérieur suffit-elle à révéler l'inédit, ou l'expérience du déplacement effectif et la confrontation à l'inconnu demeurent-elles indispensables ? - Annonce du plan : 1. Changer de regard constitue une condition première et féconde pour transfigurer le monde familier. 2. Néanmoins, l'épreuve du déplacement géographique et la confrontation réelle à l'altérité restent indispensables pour bousculer en profondeur nos certitudes. 3. En définitive, c'est l'exercice critique de la pensée et de la création qui transforme chaque regard en une véritable création d'univers. Partie 1 : Changer de regard suffit à réenchanter le quotidien et à faire naître un monde nouveau - *Argument 1 : L'éveil de l'attention au banal et à la proximité.* Le microvoyage décrit par Rémy Oudghiri prouve qu'en s'affranchissant des codes touristiques et des préjugés urbains, la proximité devient un continent inexploré. C'est la démarche de Peter Handke dans la banlieue parisienne. - *Argument 2 : Le décentrement du regard ingénu.* Dans les *Lettres d'une Péruvienne* de Françoise de Graffigny, Zilia découvre la France avec des yeux vierges de tout conditionnement occidental. Elle perçoit les vanités, les contradictions et l'hypocrisie de la société française avec lucidité. De même, les *Lettres persanes* de Montesquieu montrent que l'œil étranger transforme une société familière en un univers étrange et ridicule. Partie 2 : Cependant, l'expérience réelle du voyage et le choc de l'altérité sont souvent irremplaçables - *Argument 1 : La nécessité de sortir de son cadre géographique et culturel.* Pour changer véritablement de regard, il faut souvent subir un choc initial provoqué par l'exil ou l'éloignement physique. Zilia ne change pas spontanément de regard : c'est son enlèvement brutal de Cuzco et sa traversée des mers qui l'obligent à reformuler toute son existence. - *Argument 2 : La découverte de réalités objectives inaccessibles à l'immobilité.* Dans le *Supplément au Voyage de Bougainville* de Diderot ou dans le chapitre « Des Cannibales » des *Essais* de Montaigne, la rencontre avec des sociétés lointaines apporte de nouvelles perspectives politiques et morales. Le seul effort mental ne saurait inventer la diversité concrète du globe. Partie 3 : La découverte d'univers ne réside ni dans l'œil seul ni dans l'espace, mais dans l'élaboration intellectuelle et sensible - *Argument 1 : Voyager ne suffit pas sans esprit critique.* Le déplacement sans remise en question reste stérile : le touriste standardisé critiqué par Oudghiri, ou le colon qui ne voit chez l'autre que des « barbares » (Montaigne), ne découvre rien. Il faut un travail de la raison, le relativisme et le doute, pour que l'altérité devienne un univers nouveau. - *Argument 2 : L'écriture et l'apprentissage comme construction d'un monde.* Zilia apprend la langue française, lit et écrit. À la fin du roman, elle refuse le mariage et choisit une vie indépendante, consacrée au « plaisir d'être ». Ce nouvel univers est le fruit d'une maturation intellectuelle et non d'un simple coup d'œil. De même, la fiction et l'art (Voltaire et ses contes philosophiques, Handke qui écrit son année) donnent forme et sens à ce que le regard perçoit. Conclusion : - Bilan : Changer de regard est une condition nécessaire, mais rarement suffisante pour découvrir de nouveaux univers. Le choc du réel et de l'altérité provoque souvent ce changement. Ce sont ensuite la réflexion critique et la création qui le rendent fécond et durable. - Ouverture : On peut évoquer *Voyage autour de ma chambre* de Xavier de Maistre, qui pousse le paradoxe du voyage immobile jusqu'à la fantaisie.
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