Exercice 2 - Sujet C - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2025)

Énoncé

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Parcours: écrire et combattre pour l'égalité

Essai

La littérature et les arts renforcent-ils les stéréotypes et les préjugés ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Sujet C — Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte d'après Oriane Amalric, Le genre dans la littérature jeunesse, Synthèse de l'intervention dans le cadre d'une conférence organisée par la BPI (Bibliothèque publique d'information) et le réseau des médiathèques de Brest en juin 2021.

Divers travaux, notamment ceux de Carole Brugeilles, Isabelle Cromer et Sylvie Cromer, révèlent qu'on observe dans la littérature jeunesse une majorité de personnages masculins: 65 % en moyenne (35 % de filles), et non 50-50 comme dans la société. Si on observe les héroïnes et les héros, la même tendance se dessine: 62 % de héros pour 38 %

5 d'héroïnes.

En 2020, Oriane Amalric a mené avec des élèves de CM1-CM2 une étude visant à observer les activités des personnages dans un corpus de 18 livres de leur classe. Il en ressort que les personnages qui font des activités calmes sont en majorité (67 %) des filles. Les activités physiques sont du côté des garçons à 60 %. Les activités intellectuelles sont

10 pour les deux tiers attribuées aux garçons (67 %). Il y a également beaucoup plus de garçons que de filles du côté des activités artistiques (75 %). Dans ce même corpus, 100 % des activités domestiques sont attribuées aux filles.

Deux tendances se dessinent dans la caractérisation des personnages: les filles sont douces, jolies, rêveuses; les garçons forts, courageux, en colère. On retrouve les

15 figures typiques de la princesse et du chevalier, même s'il n'y a pas que des princesses et des chevaliers dans la littérature jeunesse, loin de là. Mais ce sont des motifs 1 qui reviennent souvent: on a un petit garçon qui part à l'aventure, qui a une quête; et une petite fille ou un personnage féminin qui est dans la rêverie, la beauté, la douceur…

Si l'on tente, dans un livre de littérature jeunesse, de distinguer ce qui permet de

20 voir si l'on est face à une fille ou à un garçon, on se rend compte que, pour les personnages masculins, il n'y a pas d'indice à proprement parler. En revanche, pour les personnages féminins, c'est l'ajout d'un accessoire qui permet de le savoir: un accessoire (bijou, robe) ou un trait esthétique — typiquement, l'ajout de cils plus longs. Le personnage masculin

25 servirait en quelque sorte de base neutre pour ensuite faire un personnage féminin.

On peut dès lors s'interroger sur l'influence de toutes ces représentations sur les représentations que les enfants se font du monde, de la société, mais aussi d'elles-mêmes et d'eux-mêmes en tant que filles et en tant que garçons.

Les tendances observées ont plusieurs conséquences. S'agissant des inégalités

30 quantitatives, on constate que la norme de référence à laquelle on propose aux enfants de s'identifier est un petit garçon. Par ailleurs, le nombre moins important de personnages féminins implique qu'il y a moins de modèles d'identification du même sexe pour les filles, réduisant ainsi l'éventail des possibles. Enfin, cela dessine deux sortes de littérature: l'une qui serait pour tout le monde, l'autre pour les filles spécifiquement. Les filles s'habituent à

35 s'identifier à des personnages masculins, mais l'inverse n'est pas vrai.

S'agissant des représentations stéréotypées, on observe que ce qui est valorisé quand on est une fille est la beauté, l'obéissance. Les filles sont plus souvent encouragées à plaire, à rêver, à rester à l'intérieur. L'aventure, la hardiesse 2, l'intelligence sont valorisées chez les garçons, qui sont encouragés à sortir, entreprendre, partir à l'aventure.

40 Conséquence globale: tandis que les valeurs masculines sont valorisées pour les filles et pour les garçons, les valeurs féminines ne sont pas valorisées pour les garçons. Par cette différenciation, une hiérarchisation se met en place entre les sexes et entre les genres.

Bien sûr, ce ne sont pas les livres de littérature jeunesse qui, directement, produisent ces inégalités. En revanche, on peut y voir un lien, parce que tout cela est pris

45 dans un ensemble: la socialisation genrée. Ces représentations nous sont transmises inconsciemment, et nous les retransmettons inconsciemment.

Face à ce constat, on peut évoquer quelques pistes pour sortir de ce schéma. Il peut d'abord être intéressant de faire un travail de décompte et d'analyse de la littérature jeunesse que l'on a à disposition: quel constat quant au nombre de personnages féminins

50 et masculins, et à leurs activités ? On peut également accompagner la lecture d'un discours qui interroge les représentations stéréotypées, ou animer des temps avec des outils ressources. Il est également possible de communiquer entre enseignants, avec le public et les parents, par l'affichage par exemple. Enfin, enrichir son fonds de livres dans un souci d'une perspective égalitaire.

714 mots

1. Motifs: caractéristiques.

2. Hardiesse: courage.

Énoncé: Exercice 2 - Sujet C - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2025

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

La littérature et les arts renforcent-ils les stéréotypes et les préjugés ?

Réponse : Une réponse construite et nuancée s'articulant autour des axes suivants : Introduction - Accroche : la littérature et les arts sont à la fois le reflet d'une époque et des créateurs d'imaginaires collectifs. - Définition des termes : stéréotypes (représentations figées et simplificatrices), préjugés (jugements préconçus sans fondement rationnel). - Problématique : Dans quelle mesure les œuvres artistiques et littéraires contribuent-elles à ancrer des idées reçues, ou constituent-elles au contraire de puissants leviers d'émancipation et de contestation ? - Annonce du plan. I. Les arts et la littérature peuvent relayer, conforter et perpétuer les stéréotypes 1. *Un reflet passif des idéologies dominantes et patriarcales :* comme le souligne Oriane Amalric, la littérature de jeunesse a longtemps reproduit des schémas genrés rigides (la passivité féminine face à l'héroïsme masculin), naturalisant ainsi les inégalités. 2. *La caricature et l'exotisme réducteur :* tradition comique ou orientaliste qui fige certains peuples ou classes sociales dans des travers ridicules (les figures féminines superficielles ou bavardes chez certains auteurs classiques). II. Les arts et les lettres comme instruments majeurs de déconstruction des préjugés 1. *Le combat polémique pour l'égalité des droits :* Olympe de Gouges, dans sa *Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne* (1791), subvertit le texte de 1789 pour révéler l'exclusion arbitraire des femmes et réclamer l'accès à la tribune et à l'échafaud. 2. *L'ironie et le regard critique des Lumières :* Voltaire (*Candide*, dénonciation de l'esclavage et de l'intolérance religieuse) ou Montesquieu (*Lettres persanes*, inversion des regards pour déstabiliser l'ethnocentrisme européen) usent de la fiction philosophique pour faire voler en éclats les certitudes établies. III. La littérature comme espace d'émancipation et d'élargissement de la conscience 1. *Donner une voix aux invisibilisés :* la littérature permet d'incarner des destins singuliers qui brisent les catégories abstraites des préjugés (roman réaliste, poésie engagée). 2. *L'éveil d'une réception critique chez le lecteur :* l'art n'agit pas mécaniquement ; il offre au lecteur les outils de son propre jugement, transformant la contemplation esthétique en prise de conscience politique et éthique. Conclusion - Bilan : Si la littérature peut involontairement refléter les préjugés de son temps, son essence même réside dans sa capacité critique à déranger, interroger et émanciper. - Ouverture : le rôle citoyen des écrivains et artistes contemporains dans la redéfinition des identités plurielles.

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