Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2024
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2024)
Énoncé
Essai
Selon vous, une bonne éducation consiste-t-elle à acquérir des « connaissances infinies » ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
A - Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV. Parcours: la bonne éducation.
Texte d'Alexandre Lacroix, « Renoncer à tout savoir », Philosophie magazine, n°172, septembre 2023.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 179 mots et au plus 219 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Nous autres humains naissons dans un monde façonné par les générations
qui nous ont précédés. Nous ne sommes pas armés pour y agir avant d'avoir
assimilé une énorme quantité de connaissances, tant théoriques que pratiques.
Comment fonctionne une poignée de porte ? À quoi sert une fourchette ou un
5 interrupteur ? L'instinct seul ne saurait nous éclairer. Là où ça se corse, c'est que la
complexité du monde humain va croissant. Plus tard nous arrivons dans l'Histoire,
plus lourde sera la tâche de l'éducation. De nos jours, un cycle d'études complet
amène couramment jusqu'à vingt-cinq ans; certains passent un tiers de leur
existence à se préparer à vivre !
10 Au XVI e siècle, Michel de Montaigne possédait une bibliothèque
exceptionnelle de 1 000 ouvrages, et c'était un érudit 1. À partir de 1747, Denis
Diderot a été avec Jean Le Rond d'Alembert l'architecte de l' Encyclopédie –
une superproduction éditoriale. Il jouait le rôle d'un rédacteur en chef, commandait et
corrigeait les articles, et s'entoura d'environ 150 contributeurs. C'était une équipe
15 suffisante pour compiler l'essentiel des connaissances et savoir-faire des Lumières,
en 72 000 entrées. À titre de comparaison, la bibliothèque personnelle de l'écrivain
argentin Alberto Manguel, lettré de notre temps, compte 40 000 ouvrages, et il y a, à
l'heure où j'écris, 100 000 contributeurs à Wikipédia participant à l'élaboration de
60 millions d'articles. Ces ordres de grandeur montrent que l'apprentissage au
20 XXI e siècle est devenu une tâche illimitée ! […]
Loin de ralentir, cette dynamique est en passe de 2 franchir un seuil: en plus
des savoirs élaborés par les humains, il faut compter désormais avec les
informations et les documents collectés ou générés par les machines. Depuis le
début du XXI e siècle, nous sommes entrés dans l'ère du « big data », des données
25 massives. Chaque seconde, 29 000 gigaoctets d'informations sont publiés dans le
monde. Il y a longtemps déjà que l'information disponible dans bien des domaines,
de la finance aux expériences scientifiques, n'est pas traitable par des cerveaux
humains, mais seulement par des algorithmes. Plus encore, les progrès récents des
intelligences artificielles génératives, type ChatGPT, laissent entrevoir un avenir
30 proche dans lequel l'information produite par des humains sera un îlot minuscule
dans l'océan des données.
Face à cette surabondance, une stratégie défensive consiste à tenter de
définir des « corpus », c'est-à-dire à circonscrire 3, pour chaque discipline, les
fondamentaux. En mathématiques, en histoire, en littérature, il y a des bases qui
35 devraient être fournies à tous. Dans cet esprit, le programme officiel de philosophie
en terminale avance une sélection de soixante-quinze auteurs. Mais l'on touche
aussitôt à la limite de la stratégie du corpus: non seulement il faut des années de
travail pour se familiariser vraiment avec ces auteurs, mais, en plus, les critères de
choix sont critiquables – il n'y a que cinq femmes et trois penseurs n'ayant pas vécu
40 en Méditerranée ni dans les pays occidentaux. […]
Ne serait-il pas possible, dans notre monde de connaissances infinies,
d'adopter des stratégies plus créatives ? Trois pistes méritent d'être invoquées.
Premièrement, ce que n'a pas une intelligence artificielle (IA), aussi performante soit-
elle, c'est… un corps. Midjourney ou Dall-e composent des images nouvelles en
45 combinant, de manière aléatoire, des documents visuels préexistants. Mais le
peintre, mettons Pablo Picasso ou Jackson Pollock, a la possibilité de se servir de sa
main. Il crée des images en entrant en contact direct avec la matière, par un geste
créateur. Ce qui vaut pour la peinture s'applique aux autres domaines: le propre des
compétences humaines est d'être incorporées 4 et, si l'éducation traditionnelle repose
50 sur le rapport aux textes, nous pourrions valoriser davantage l'aspect sensoriel et
l'expérience, en tant qu'ils nous distinguent des machines.
Deuxièmement, l'espérance de vie dans les pays développés est d'environ
80 ans: chacun de nous connaîtra plusieurs ruptures technologiques majeures.
L'une des questions que devraient se poser tous les éducateurs et formateurs est
55 donc: comment rendre les gens capables d'absorber la nouveauté ? Y a-t-il des
compétences ou encore des habiletés de pensée qui restent valables dans tous les
contextes ? Certains ont la nostalgie de l'école de Jules Ferry 5. Ma grand-mère, née
en 1910, n'avait que son certificat d'études, et une bonne orthographe. Cependant,
au début des années 2000, après le passage à l'euro, elle comptait encore en
60 anciens francs. Elle n'a jamais pu acquérir ne serait-ce que les rudiments d'une
langue étrangère, ni se servir d'un ordinateur. Sa formation était solide mais conçue
pour un monde stable. Dans un siècle d'accélération, il faut se méfier d'une
éducation qui vouerait les individus à une obsolescence 6 précoce, en les rendant
hermétiques 7 à la nouveauté.
65 Enfin, un enjeu mérite d'être soulevé: s'il est urgent de changer de modèle de
civilisation, l'éducation devrait-elle être envisagée comme un outil de ce
changement ?
797 mots
1 Un érudit: un homme savant qui a des connaissances approfondies dans un ou des domaines.
2 Être en passe de: être sur le point de.
3 Circonscrire: définir avec précision les fondamentaux.
4 Incorporées: vécues physiquement.
5 L'école de Jules Ferry: Jules Ferry a rendu l'enseignement primaire obligatoire et gratuit au XIX e siècle.
6 Obsolescence: inadaptation.
7 Hermétiques: incapables de comprendre la nouveauté.
Essai terminé. Consultez la solution proposée pour comparer votre argumentation.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Selon vous, une bonne éducation consiste-t-elle à acquérir des « connaissances infinies » ?
Réponse : Réponse rédigée libre sous forme d'essai argumenté.
La réponse de la question restante et l’explication pas à pas sont réservées aux membres Premium. Premium
Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.
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