Exercice 2 - Sujet C - Essai · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2025)

Énoncé

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte d'après Sigolène Couchot-Schiex, Eva Nada, Clothilde Palozzo-Crettol et Béatrice Bertho, « Sport: l'épreuve féministe », dans Nouvelles questions féministes, Féminisme aux risques du sport, 2024.

Au moment où nous écrivons cet éditorial, les préparatifs de l'accueil des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) 2024 vont bon train en France. Du 26 juillet au 11 août, la capitale française palpitera au rythme de ces compétitions sportives: « Vibrez au rythme des jeux », scande la mairie de Paris. Dans la même ville, en 1900, les femmes ont été autorisées à concourir pour la première fois, conquérant un droit et un privilège dont les hommes, qui détiennent les clés des Jeux, des sports et du mouvement sportif, les avaient évincées. En 2024, la parité est reconnue et mise en avant comme une avancée du féminisme.

Difficile de ne pas être partagés, en tant que féministes, face au résultat hautement symbolique de plus d'un siècle de luttes des femmes pour pouvoir participer, à parts égales avec les hommes, au sport de loisir comme de haut niveau, amateur comme professionnel. Il existe une tension fondamentale, dans une perspective féministe, entre la recherche de l'égalité dans la participation, et la nécessité de déconstruire les mécanismes et les fondements sur lesquels reposerait cette supposée égalité. Quels risques le féminisme court-il face aux sports ? Risque-t-il de perdre son potentiel subversif 1 et émancipateur au profit d'une normalisation, d'une institutionnalisation dans et par le sport ? En effet, énoncer l'égalité entre les femmes et les hommes ne suffit pas à déjouer les pièges de l'ordre du genre.

Le mouvement sportif, en tant qu'ensemble des organismes qui contribuent à la structuration des activités sportives, s'est progressivement organisé à la fin du 19 e siècle. Aujourd'hui, le sport, comme institution, est devenu un fait social total dans les espaces médiatiques et par les fonctions qu'il occupe, offrant certains bénéfices fondamentaux tels que la santé, l'estime de soi, la capacité à coopérer en équipe ou, tout simplement, le plaisir. Le sport est d'abord une activité physique, mais il comprend de multiples manifestations plus ou moins organisées, et il se décline sous diverses modalités, dans des pratiques différenciées, allant de l'occasionnel à l'intensif. Si « sport » au singulier s'entend comme l'ensemble des activités physiques, son pluriel spécifie les pratiques structurées et institutionnalisées, organisées en disciplines sportives. Quelles que soient les pratiques sportives, qu'elles soient amicales, occupationnelles, divertissantes ou professionnelles et de haut niveau, le sport implique une disciplinarisation 2 et un contrôle sur les corps et, la plupart du temps, il est l'expression de multiples rapports de domination, comme en témoignent les luttes des femmes et des personnes dominées pour se faire reconnaître comme sportives.

En tant qu'il est reconnu comme un milieu d'hommes, le sport a fait l'objet de nombreuses critiques et contestations féministes, y compris dans le milieu académique. D'autres systèmes d'oppression ont aussi été mis au jour.

D'emblée, on remarquera que l'ajout « féminin » accolé au nom du sport ou de la pratique participe de la reproduction réitérée de la pratique masculine comme étant celle du « neutre », et première. Les pratiques féminines sont « secondes », accessoires et systématiquement qualifiées comme telles.

Dans les mondes du sport, le genre continue de produire et de valoriser la différence et la hiérarchie sexuées. L'argument se fonde sur de supposées différences biologiques immuables et sur l'alignement sexe-genre-sexualité où le corps masculin blanc hétérosexuel fait figure de catégorie normative de référence. Dans ce contexte, les « autres », les personnes en situation de handicap ou définies comme telles, les femmes, les personnes racisées ou minorisées, n'ont le droit de concourir que sous conditions. Et lorsqu'elles concourent, leurs performances sont minimisées ou au contraire survalorisées, réduisant les personnes à leurs exploits physiques. Le biais profondément masculiniste 3 de la compétition sportive s'illustre dans l'obligation qui a été faite aux femmes, quand elles ont gagné le droit de participer, de prouver qu'elles étaient bien des « femmes » par des tests de féminité humiliants alors qu'on ne demande jamais aux hommes de prouver qu'ils le sont.

Les pratiques sportives placent d'emblée les femmes aux prises avec des injonctions paradoxales: être performantes sur les terrains, tout en performant une féminité normative. À l'occasion du premier marathon olympique féminin le 5 août 1984 à Los Angeles, remporté par Joan Benoit, des commentaires fusent, stigmatisant 4 les signes de détresse physique terrassant certaines coureuses. Le spectacle est jugé intolérable par le public, les médias et la fédération d'athlétisme pour lesquels les sportives doivent rester dignes, offrir des émotions qui subliment les corps féminins et séduire, à l'instar 5 de ce qui se donne à voir dans les disciplines artistiques et gymniques. Ces représentations stéréotypées de la féminité pèsent évidemment aussi sur le choix des pratiques récréatives et de loisir.

765 mots

1 Subversif: capable de produire un renversement de l'ordre établi.

2 Disciplinarisation: fait de soumettre à des règles strictes de comportement.

3 Masculiniste: misogyne et antiféministe.

4 Stigmatiser: blâmer publiquement.

5 À l'instar: à la manière de.

Essai

Est-on condamné à rester incompris par son époque lorsque l'on combat pour l'égalité ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Est-on condamné à rester incompris par son époque lorsque l'on combat pour l'égalité ?

Réponse : Proposition d'organisation et axes d'analyse pour l'essai : Introduction : - Accroche : Combattre pour l'égalité exige de bousculer un ordre social ou politique perçu comme « naturel » par la majorité de ses contemporains. - Problématique : Revendiquer l'égalité expose-t-il inévitablement les pionniers au rejet, à la dérision ou à la solitude intellectuelle ? Ou bien le combat pour la justice trouve-t-il déjà, dans son temps, des échos qui préparent sa reconnaissance ? - Annonce du plan : 1. Le combat pour l'égalité subvertit les normes établies et suscite d'abord la résistance, le déni ou la condamnation de son époque. 2. Néanmoins, l'incompréhension n'est jamais totale : les militants trouvent des relais et préparent une reconnaissance qui triomphe avec le temps. I. Une incompréhension fréquente face à un ordre établi qui refuse d'être contesté - La subversion des privilèges et des représentations : - Olympe de Gouges écrit la *Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne* (1791). En interpellant les hommes (« Homme, es-tu capable d'être juste ? »), elle dévoile l'incohérence d'une Révolution qui se dit universelle mais maintient les femmes sous tutelle. Jugée insolente et marginalisée, elle est guillotinée en 1793. - Dans le texte support, les autrices rappellent l'hostilité subie par les sportives. Lors du premier marathon olympique féminin (1984), le public a jugé « intolérable » le spectacle de leur détresse physique. Les tests de féminité humiliants ont la même logique. - Le discrédit et la censure : - Les contestataires sont souvent disqualifiés comme déviants. - Les philosophes des Lumières (Voltaire dans ses contes, Montesquieu dans les *Lettres persanes*) recourent à l'ironie et aux détours de la fiction pour échapper à la censure. II. Une incompréhension relative et une portée émancipatrice féconde - Des relais et des solidarités contemporaines : - Olympe de Gouges dédie sa *Déclaration* à la reine et s'adresse aux femmes qu'elle exhorte à se réveiller (« Femme, réveille-toi ! »). - Condorcet défend à la même époque l'admission des femmes au droit de cité (1790). - Les luttes sportives féministes sont aussi portées collectivement, y compris dans le milieu académique. - L'action sur le temps long : - L'histoire valide rétrospectivement les combats d'hier : droit de vote des femmes en France en 1944, parité aux JO de Paris 2024. L'incompréhension initiale apparaît comme une phase de gestation. - Le texte support rappelle cependant que l'égalité proclamée ne suffit pas à « déjouer les pièges de l'ordre du genre ». Le combat garde donc une part d'incompréhension, même lorsqu'il est reconnu. Conclusion : - Celui qui combat pour l'égalité est souvent incompris, voire persécuté par son époque, car il remet en cause des hiérarchies jugées naturelles. - Il n'est pourtant pas condamné à l'être : il trouve des alliés et des lecteurs, et la postérité lui donne raison, à l'image d'Olympe de Gouges, aujourd'hui reconnue comme une pionnière du féminisme. - Ouverture : les combats actuels pour l'égalité (sport, handicap, discriminations) seront-ils mieux compris, ou subissent-ils la même résistance ?

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