Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2025)

Énoncé

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme »

Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte d'après Valentine Pétry, « Écran, mon bel écran ! » dans « La tyrannie de la beauté », Le Un, n° 447, 17 mai 2023.

Connectez-vous sur Instagram et prenez le temps de naviguer sur des comptes d'influenceuses beauté. Vous y trouverez, par milliers, des clichés étroitement cadrés sur un œil maquillé, une bouche aux lèvres rouges parfaitement ourlées, ou une main aux ongles peints avec un soin infini. De nos jours, la beauté est devenue synonyme d'ultraprécision, et se maquiller un travail du microdétail assumé. L'apparition des écrans dans nos vies explique en grande partie ce phénomène. Ces rectangles numériques remplacent nos miroirs. On se regarde et on se donne à voir à travers eux. On apprend à connaître son visage au pixel 1 près et on publie en ligne ses microdétails pour obtenir des autres l'approbation et la reconnaissance de notre beauté, mais également des techniques employées pour la mettre en valeur. Car grâce aux réseaux sociaux, l'art du make up est sorti de l'ombre. On partage ses techniques, son savoir-faire, et les clichés en gros plan sont là pour les mettre en lumière.

L'industrie cosmétique qui, contrairement à celle de la mode, n'a jamais cherché à développer le discours du « consommez moins, mais mieux » a largement profité de cette levée de tabou autour du maquillage. Les tutoriels ont conduit à une explosion de la quantité de produits cosmétiques consommés. Mais pour profiter au maximum de cette évolution, l'industrie a aussi été contrainte de s'adapter. Le smartphone n'est pas seulement un outil d'observation de soi. La qualité des écrans évoluant un peu plus chaque année, il devient aussi source d'inspiration. Depuis peu, les maquilleuses professionnelles se voient demander un « effet iPhone 13 », que l'on pourrait décrire comme une peau sans défauts et particulièrement lumineuse, avec un « teint glowy », c'est-à-dire une légère brillance sur certaines parties du visage, comme les pommettes, le coin intérieur de l'œil et le bout du nez.

Même pendant la pandémie, qui aurait pu sonner le glas de l'industrie cosmétique, celle-ci a su garder le cap. Les femmes ont certes arrêté de se maquiller, mais elles n'ont pas passé moins de temps à se scruter. Celles qui ont eu la possibilité de télétravailler ont même dû supporter leur image à travers une webcam, souvent bas de gamme, plusieurs heures dans la journée. La peau est devenue un objet d'intérêt particulier. Nous avons cessé de la camoufler, mais nous avons eu le temps de la badigeonner de toutes sortes de soins.

Nous n'avons pas consommé moins, nous avons simplement changé notre manière de le faire. Les hommes, aussi, se sont parfois vus pour la première fois. Ils ont été nombreux à se tourner vers des gels teintés pour lutter contre l'image déprimante que la caméra leur renvoyait.

L'industrie cosmétique n'a pas été la seule à profiter des conséquences de la pandémie de Covid-19. Certains médecins esthétiques ont observé une augmentation des demandes. Celles-ci ont principalement porté sur le regard, zone où se voit la fatigue, signe de maladie particulièrement malvenu en ces temps troublés, mais également dernière zone du visage visible alors que nous étions tenus d'avoir un masque en public.

Qu'il s'agisse de maquillage, de filtre ou de chirurgie, il est de plus en plus accepté de ne plus vraiment se ressembler soi-même. L'idée que le visage que l'on a dans la vraie vie et celui que l'on présente au monde n'est pas le même est désormais admise, notamment par les jeunes générations qui n'hésitent plus à montrer ces deux facettes en ligne comme dans la vraie vie. Un nouveau réseau social baptisé BeReal oblige même, à une heure donnée, à s'exposer sans filtre dans sa vie quotidienne.

Les écrans vont-ils pour autant nous libérer de notre image ? C'est ce que pensent les plus optimistes. En apprenant à dissocier notre image numérique de notre image réelle, peut-être pourrons-nous d'un côté nous permettre de la modifier avec plus de liberté et d'excentricité 2, et de l'autre accepter davantage ce que la nature nous a donné. Pour une femme, ne pas se maquiller deviendra ainsi un choix aussi valable que celui de le faire. La version plus pessimiste consiste à penser que puisque les écrans vont nous renvoyer une version de plus en plus modifiée de nous-mêmes, nous serons de plus en plus tentés de devenir cette image.

702 mots

1. Pixel: unité de base des images numériques.

2. Excentricité: originalité.

Essai

Pour peindre les hommes, peut-on se limiter à leur apparence en société ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le chapitre « De l'Homme » des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Pour peindre les hommes, peut-on se limiter à leur apparence en société ?

Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de rédaction : Introduction : - Accroche : De la cour de Louis XIV aux écrans d'Instagram (Valentine Pétry), l'être humain se met en scène dans l'espace social par des postures, des fards et des artifices. - Définition et problématique : « Peindre les hommes », c'est en proposer une étude morale, psychologique et philosophique. L'apparence extérieure est la manifestation la plus accessible de l'individu. Suffit-elle à révéler ce qu'est véritablement l'homme, ou constitue-t-elle au contraire un écran trompeur ? - Annonce du plan : L'observation des comportements et des apparences constitue un point d'entrée incontournable pour le moraliste (I). S'y limiter conduirait pourtant à une vision superficielle, dupe des faux-semblants (II). Peindre pleinement l'homme exige donc de percer le masque social pour sonder l'intériorité et les contradictions de la nature humaine (III). I. L'apparence en société, un point de départ fécond et révélateur pour peindre l'homme 1. *Le corps socialisé comme miroir des travers :* La Bruyère s'appuie d'abord sur la description physique et gestuelle pour croquer ses contemporains. Ainsi, le portrait de Ménalque le distrait, dans « De l'Homme », fait voir un caractère à travers une suite de gestes et de maladresses. Le portrait satirique rend visibles les vices. 2. *L'apparence comme langage :* L'artifice n'est pas anodin : il témoigne de la vanité humaine et du besoin de reconnaissance. Valentine Pétry montre que le visage ultra-maquillé ou « filtré » des réseaux sociaux traduit la quête d'« approbation » et la dépendance au regard d'autrui. 3. *La comédie sociale :* Pour les moralistes du XVIIe siècle (La Rochefoucauld) comme pour Molière, le monde est un théâtre où chacun joue un rôle. Observer le costume et le jeu de l'acteur permet d'identifier des types : le courtisan, le dévot, le faux savant. II. Les limites de l'apparence : l'illusion et le masque 1. *L'hypocrisie et l'inconstance :* Se limiter à l'extérieur, c'est risquer d'être dupe. « De l'Homme » insiste sur l'inconstance humaine : « Les hommes n'ont point de caractères, ou s'ils en ont, c'est celui de n'en avoir aucun qui soit suivi. » La Rochefoucauld dénonce, lui, des vertus qui ne sont souvent que des vices déguisés. 2. *La tyrannie de l'artifice :* Valentine Pétry souligne la scission entre le visage de la « vraie vie » et l'image numérique, accrue par les filtres et la chirurgie. L'apparence devient une construction, en partie dictée par l'industrie, plutôt qu'une vérité individuelle. 3. *Le jugement fondé sur le paraître est arbitraire :* Montaigne, dans « De l'inégalité qui est entre nous », reproche d'estimer un homme « tout enveloppé et empaqueté », comme on jugerait un cheval à son harnais. Montesquieu, dans les *Lettres persanes* (lettre 30), montre que Rica, privé de son habit persan, cesse aussitôt d'intéresser les Parisiens. Le jugement social repose sur l'apparence et non sur la personne. III. Peindre l'homme en profondeur : de l'examen moral à la condition humaine 1. *Démasquer pour éclairer l'intériorité :* Le véritable rôle de la littérature d'idées est de faire tomber le masque. Sous le portrait, La Bruyère vise les passions qui gouvernent les hommes : amour-propre, vanité, égoïsme. L'apparence n'est qu'un symptôme qu'il faut interpréter. 2. *Atteindre l'universel :* Le moraliste dépasse l'individu pour dire une nature commune. La Bruyère écrit que les hommes « sont ainsi faits, c'est leur nature ». Montaigne se peint lui-même parce que « chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ». Pascal, avec le divertissement, révèle l'inquiétude que cache l'agitation sociale. 3. *Interroger le rapport entre être et paraître :* Rousseau, dans le *Discours sur l'origine de l'inégalité*, montre que la société a rendu nécessaire de « paraître autre que ce qu'on était ». Peindre l'homme suppose donc d'analyser comment le regard social façonne l'être. La crainte formulée par Pétry, « devenir cette image », le confirme. Conclusion : L'apparence en société est un matériau indispensable au peintre des hommes, car elle révèle leurs vanités et leurs codes. Mais s'y limiter reviendrait à confondre le masque et le visage. La Bruyère et les moralistes partent du paraître pour remonter à l'être et à la nature humaine universelle. Aujourd'hui, à l'heure des écrans et des filtres, ce regard critique est plus nécessaire que jamais.

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