Exercice 2.C - Essai · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2024
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2024)
Énoncé
C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule »). Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Texte d'Éliane Viennot, « La fin de la Renaissance (1475-1615) », Femmes et littérature, Une histoire culturelle, 2020.
Le XVI e siècle s'ouvre ainsi sur un déséquilibre manifeste, déjà vieux de deux ou trois siècles mais qui ne fait que se creuser, entre les femmes et les hommes. Tandis que les garçons accèdent de plus en plus nombreux à des enseignements de plus en plus poussés et de mieux en mieux considérés – eux sont « entrés dans la modernité » –, les filles sont sommées de demeurer « au Moyen Âge », parce qu'il n'est pas question qu'elles leur fassent de l'ombre. [...]
On sait encore peu de choses sur l'éducation des filles avant le temps de l'instruction obligatoire. Plusieurs études ont pourtant vu le jour depuis l' Histoire de l'éducation des femmes en France de Paul Rousselot (1884), et surtout depuis une quarantaine d'années. Les enquêtes sont cependant rendues difficiles par le peu d'archives permettant de reconstituer les enseignements dispensés, par l'absence des sources sur l'évaluation du niveau des élèves scolarisés, par la nécessité pour leurs responsables de mentir sur leurs objectifs (produire de bonnes épouses et de bonnes chrétiennes, surtout pas des savantes !), afin de plaire aux parents, de ne pas déclencher les foudres des opposants à l'instruction des filles, ou les reproches de leurs hiérarchies...
Pendant la guerre de Cent ans 1, les monastères 2 féminins qui abritaient des savantes et formaient des jeunes des deux sexes sont entrés dans une phase de régression; nombreux sont ceux qui ont fermé leurs portes, et ceux qui ont survécu ont souvent vu leurs activités éducatives péricliter 3. Les écoles professionnelles, qui avaient pu être fréquentées par des femmes au Moyen Âge, en sont devenues des déserts, tant en raison de l'impossibilité pour elles de capitaliser 4 leur savoir en termes de carrières, qu'à cause des méthodes violentes par lesquelles les clercs 5 défendent leur monopole sur le système scolaire et ses bienfaits. Aucun autre type d'établissement n'a pris le relais. Les filles appartenant au monde de l'artisanat et de la boutique fréquentent parfois les écoles municipales, qui reçoivent les enfants des deux sexes dans des classes mixtes ou non; on n'y enseigne que des savoirs sommaires, et les élèves les quittent vers douze ans. Les autres, si elles sont instruites, le sont à la maison, soit par l'un ou l'autre de leurs parents, soit par des précepteurs. Lorsqu'il ne s'agit pas de princesses, sur lesquelles des archives ou des témoignages ont pu être retrouvés, on ne sait rien de ces détails, car aucune de celles qui ont laissé des traces dans la littérature n'en parle dans ses œuvres. Et on en sait bien peu pour les plus grandes elles-mêmes.
On peut néanmoins déduire d'autres sources, et surtout du fonctionnement de la société, que l'éducation des filles était loin d'être négligée. Toutes les familles qui ont « du bien » se doivent d'apprendre à leurs enfants à le conserver, voire à l'accroître. Cela implique de savoir lire des contrats, des quittances, des mémoires, rédiger des billets, des lettres, mobiliser des connaissances pour vivre selon son « état », tenir son rang, élever ses enfants, servir les autorités dont on dépend. Tout le monde sait que « tout peut arriver », que la fortune est changeante, que le veuvage peut survenir très vite, qu'il faudra porter la génération suivante à l'âge adulte et l'« établir » au mieux, que les relations peuvent se tendre entre parents...
Des milliers de missives 6 conservées dans les bibliothèques et les centres d'archives témoignent de la familiarité des femmes avec l'écrit, voire avec les bases de la rhétorique 7, sans parler de l'art de la diplomatie ni de celui de la dissimulation. L'étendue et la maîtrise de ces savoirs ont été récemment mises en lumière par Eugénie Pascal, qui a étudié sous cet angle une cinquantaine de femmes de l'aristocratie princière, à partir d'environ 1500 lettres rédigées entre les années 1560 et les années 1620. Or presque aucune d'elles n'a laissé une « œuvre ». Une autre étude, réalisée par Nicole Dufournaud dans différents milieux de la France de l'Ouest (de la noblesse terrienne au grand négoce, en passant par les « petits métiers » urbains) a montré les connaissances, les capacités et les savoirs de ces femmes. Mais là encore, aucune n'a songé à écrire autre chose que ce qui était utile à ses activités.
La multiplication de ces explorations prouverait certainement que, loin d'être laissée à l'abandon, l'instruction des filles est un souci permanent des familles. Mais aussi que leur instruction ne vise jamais à former des « lettrées ». Elle ne leur donne que très exceptionnellement accès au « savoir savant », à la culture ancienne, à ces litterae humaniores (ces « lettres qui rendent plus humain ») que dispensent les facultés des arts, et que vantent les anciens écoliers lorsque, devenus des intellectuels patentés 8, ils jouissent pleinement des fruits que leur savoir leur a permis d'acquérir.
805 mots
Notes
1 Guerre de Cent ans: conflit entre la France et l'Angleterre (1336-1453).
2 Un monastère: établissement où vivent des religieux appartenant à un ordre.
3 Péricliter: aller vers son déclin, se dégrader.
4 Capitaliser leur savoir: transformer tout leur savoir en un atout pour faire carrière.
5 Un clerc: personne qui est entrée dans l'état ecclésiastique, membre du clergé.
6 Missives: lettres.
7 Rhétorique: art de bien parler.
8 Patentés: reconnus.
Essai
Pour combattre les inégalités, faut-il nécessairement en être victime ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Pour combattre les inégalités, faut-il nécessairement en être victime ?
Réponse : ### Proposition de plan dialectique et pistes de réflexion #### Introduction - Accroche : Dans sa *Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne* (1791), Olympe de Gouges lance : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits. » Elle appelle les victimes de l'inégalité à se saisir elles-mêmes de leur combat. - Problématique : La lutte contre les inégalités relève-t-elle seulement de l'expérience vécue de l'injustice ? Ou peut-elle aussi être portée par des personnes qui, sans la subir, la jugent contraire à la raison et à la justice ? - Annonce du plan : Subir l'inégalité donne une force d'engagement et une légitimité particulières (I). Le combat est pourtant aussi mené par des alliés qui ne sont pas directement opprimés (II). Il ne réussit pleinement qu'en devenant une cause universelle, partagée par tous (III). --- #### I. L'expérience de l'injustice : un moteur d'indignation et de légitimité 1. La souffrance vécue déclenche la révolte. - Olympe de Gouges, exclue en tant que femme des droits proclamés en 1789, dénonce en connaissance de cause plusieurs injustices : - le mariage, « tombeau de la confiance et de l'amour » ; - la situation des femmes abandonnées et de leurs enfants ; - l'exclusion de la vie politique (article X : « la femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune »). 2. La parole des victimes est plus juste et plus authentique. - Louise Labé, dans son *Épître dédicatoire à Clémence de Bourges* (1555), exhorte les femmes à « élever un peu leurs esprits par-dessus leurs quenouilles ». Elle s'appuie sur sa propre condition. - Viennot montre que les femmes du XVIe siècle, tenues à l'écart du « savoir savant » et des carrières, sont les mieux placées pour faire sentir cette exclusion. Encore faut-il qu'elles aient accès à la parole. --- #### II. Des combats menés aussi par des non-victimes, au nom de la raison et de l'humanité 1. Des alliés éclairés défendent l'égalité. - Poullain de la Barre (*De l'égalité des deux sexes*, 1673) et Condorcet (*Sur l'admission des femmes au droit de cité*, 1790) défendent l'égalité des sexes par la seule raison. - Montesquieu (« De l'esclavage des nègres », *De l'esprit des lois*) et Voltaire (le nègre de Surinam dans *Candide*) dénoncent une servitude qu'ils ne subissent pas. - Montaigne (« Des cannibales ») critique l'ethnocentrisme et la violence des conquérants européens. 2. Les victimes sont souvent privées des moyens de lutter. - Viennot rappelle que les filles n'ont qu'un accès très exceptionnel à la culture savante. Les clercs défendent leur monopole sur le système scolaire. Les femmes n'écrivent alors que « ce qui était utile à leurs activités ». - Ceux qui ont l'instruction et une tribune peuvent donc porter la voix de ceux qui en sont privés. --- #### III. Dépasser l'opposition : une cause universelle qui concerne tous les citoyens 1. Olympe de Gouges s'adresse aussi aux hommes. - Elle interpelle l'homme (« Homme, es-tu capable d'être juste ? ») et la reine. Elle propose un « contrat social de l'homme et de la femme ». - L'égalité devient ainsi l'affaire de toute la nation, et non d'un seul groupe. 2. Combattre les inégalités relève du devoir de tout citoyen. - Les principes universels de 1789 obligent chacun. Voltaire, dans l'affaire Calas, défend une victime de l'intolérance religieuse sans être protestant. - Victimes et alliés se complètent : les premières apportent le témoignage, les seconds l'appui et la diffusion. --- #### Conclusion Il n'est pas nécessaire d'être victime pour combattre les inégalités, même si l'expérience vécue donne au combat une force et une légitimité singulières. L'histoire des luttes, de Louise Labé à Olympe de Gouges en passant par Condorcet, montre que l'égalité progresse quand victimes et alliés s'unissent au nom de la raison et de la justice universelle.
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