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Sujet du Bac ST2S Français 2021 · Métropole remplacement
Sujet du Bac ST2S de Français 2021, Métropole remplacement : 1 exercice corrigé. Thèmes : Commentaire de texte et Contraction de texte. Gratuit.
Thèmes du sujet : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
Exercice 1 - Commentaire de texte
1- Commentaire de texte
Texte de Jean Racine, Andromaque, acte III scène 8, 1667.
Lors de la guerre de Troie, le chef des Troyens, Hector, fut tué par Achille, père du roi grec Pyrrhus. La veuve d'Hector, Andromaque, est devenue la prisonnière de Pyrrhus qui l'aime et exerce sur elle un chantage afin qu'elle accepte de l'épouser. S'adressant à sa confidente Céphise, qui l'avait incitée à accepter ce mariage, Andromaque se souvient du massacre des Troyens et du rôle qu'y a joué Pyrrhus.
Andromaque
Dois-je les oublier, s'il ne s'en souvient plus ?
Dois-je oublier Hector privé de funérailles,
Et traîné sans honneur autour de nos murailles 1 ?
Dois-je oublier son père 2 à mes pieds renversé,
5 Ensanglantant l'autel qu'il tenait embrassé ?
Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants,
10 Sur tous mes frères morts se faisant un passage,
Et de sang tout couvert échauffant le carnage.
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,
Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.
Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue:
15 Voilà comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vue,
Voilà par quels exploits il sut se couronner,
Enfin voilà l'époux que tu me veux donner.
Non, je ne serai point complice de ses crimes;
Qu'il nous prenne, s'il veut, pour dernières victimes.
1 Après avoir tué Hector, Achille avait traîné son corps derrière son char autour des remparts de Troie.
2 Achille, père de Pyrrhus.
Vous ferez le commentaire du texte en vous aidant des pistes suivantes:
1- Comment Racine parvient-il à rendre présente pour les spectateurs la scène de guerre décrite par Andromaque ?
2- Quelles émotions le discours d'Andromaque suscite-t-il chez le spectateur ?
Exercice 2-A - Contraction de texte
A – Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31. Parcours: Notre monde vient d'en trouver un autre.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 194 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 175 et au plus 213 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
A – Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31. Parcours: Notre monde vient d’en trouver un autre.
Texte de Simone Clapier-Valladon et de Pierre Mannoni, « Psychosociologie des relations interculturelles », Histoire des mœurs (1991).
L’altérité […] s’impose comme une évidence dans les contacts culturels et celui qui est confronté pour la première fois à l’autre réagit très souvent par l’étonnement.
Disons d’emblée qu’étonnement et curiosité sont réciproques et s’appliquent tout d’abord aux aspects extérieurs de l’autre. Les ethnologues et voyageurs ont partout et toujours noté l’extraordinaire interrogation qu’ils provoquaient chez les peuples qu’ils visitaient. Comment l’autre est-il habillé ? Que fait-il ? De quoi est-il capable ? A-t-il la même vie et la même nature ? On raconte, par exemple, que chez les Esquimaux de Thulé, qui accueillent les étrangers dans les igloos, l’important est de savoir comment l’étranger dort et si les terreurs nocturnes suscitées par les esprits hantent le sommeil du visiteur.
On sait combien à la Renaissance les relations 1 des grands voyages apportent des informations totalement nouvelles sur des sociétés jusqu’alors non identifiées. Comme le note Jean Poirier, en citant les récits de Jean Fonteneau, Villegagnon, Jean de Léry, les chroniqueurs portugais et espagnols Sahagún, Las Casas: « Les idées reçues ont été ébranlées et un certain nombre de conceptions traditionnelles ont dû être révisées. » L’ouverture de l’Occident sur l’homme exotique, qui se poursuit jusqu’au XIX ème siècle, débouche avec des heurs et des malheurs, sur un nouvel humanisme comparatiste 2 accueillant la variabilité des sociétés. Mais, pour que le contact culturel prenne cette dimension humaniste, il faut que l’autre soit reconnu comme homme, d’une semblable humanité dans ses différences mêmes.
Il est difficile aux Occidentaux du XX ème siècle de se représenter la grande curiosité de l’autre, l’appétit de connaissance, la passion d’échanger nouvelles, idées et objets qui accompagnent de tout temps les nomades le long des grandes routes caravanières 3. Certes, ce n’est pas le seul souci de contacts culturels qui ouvrit la route du sel, celle de la soie ou celle des épices, mais sans l’appel de l’aventure et de l’inconnu, auraient-elles été tracées ? Que de connaissances et d’échanges humains ont-elles engendrés ! […]
La route terrestre de la soie constitue jusqu’au XI ème siècle la plus importante voie de communication commerciale, diplomatique et culturelle. Cette incessante circulation de caravanes au sein du continent asiatique, que les conquêtes d’Alexandre ont ouvert à l’Occident, permet une diffusion et une interpénétration des idées et des croyances. Les grandes religions de l’humanité naissent et se développent dans l’axe de cette route où résonnent les paroles de Zoroastre, Bouddha, Jésus, Mahomet. Jusqu’au VII ème siècle, dans le sillage des caravanes cohabitent des croyances différentes. […]
Finalement, la masse extraordinaire des documents exprimant la curiosité que l’homme a toujours eue pour son semblable n’a d’égale que la diversité de ses origines: chroniques des voyageurs arabes, documents byzantins, mémoires des érudits persans, indiens, relations des moines bouddhistes, voyageurs d’Occident. Les risques des lointaines expéditions ne sont rien à côté de l’intérêt qu’on y trouve, centré autour de l’autre en tant qu’objet exotique. Quant à l’interrelation qui s’ensuit, elle provoque diverses réactions: la prise de conscience de la différence étonne certes, peut inquiéter parfois, mais souvent aussi détermine le rire, qui revêt des nuances multiples: franche hilarité déclenchée par ce qui paraît ridicule, étonnement amusé, moquerie qui permet de prendre ses distances, d’affirmer sa supériorité ou d’exclure. Mais ce sont les rires et sourires moqueurs qui dominent les contacts avec l’étranger. […]
Ainsi donc, les situations de mise en présence, de face-à-face, déterminent dès l’abord assez volontiers le rire mais aussi la curiosité. Chacun se rappelle la célèbre exclamation du Parisien de Montesquieu: « Comment peut-on être Persan ? » Pour naïve qu’elle soit – et bien que l’on puisse trouver qu’en l’occurrence c’est la question elle-même qui pose problème –, cette formule met l’accent sur un certain ébahissement devant celui qui se distingue du modèle connu, ne serait-ce que par le costume. On se souvient que, dans les Lettres persanes, après avoir été regardé comme s’il était un « envoyé du ciel », Rica se plaint à Ibben de son tailleur qui, lui ayant confectionné un habit à l’européenne, lui « avait fait perdre en un instant l’attention et l’estime publique ». L’idée du philosophe est sans doute de dénoncer la fatuité 4 d’une certaine société et de critiquer son ethnocentrisme culturel. Mais son message va au-delà en soulignant que l’homme est sensible à tout signe de différence ou, pour mieux dire, à tout écart de la norme.
774 mots
1 Relations: récits.
2 Humanisme comparatiste: humanisme ouvert à la comparaison des différences entre les cultures.
3 Grandes routes caravanières: réseau de routes empruntées par les convois de marchands.
4 Fatuité: arrogance, prétention.
Exercice 2-A - Essai
A – Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31. Parcours: Notre monde vient d’en trouver un autre.
Texte de Simone Clapier-Valladon et de Pierre Mannoni, « Psychosociologie des relations interculturelles », Histoire des mœurs (1991).
L’altérité […] s’impose comme une évidence dans les contacts culturels et celui qui est confronté pour la première fois à l’autre réagit très souvent par l’étonnement.
Disons d’emblée qu’étonnement et curiosité sont réciproques et s’appliquent tout d’abord aux aspects extérieurs de l’autre. Les ethnologues et voyageurs ont partout et toujours noté l’extraordinaire interrogation qu’ils provoquaient chez les peuples qu’ils visitaient. Comment l’autre est-il habillé ? Que fait-il ? De quoi est-il capable ? A-t-il la même vie et la même nature ? On raconte, par exemple, que chez les Esquimaux de Thulé, qui accueillent les étrangers dans les igloos, l’important est de savoir comment l’étranger dort et si les terreurs nocturnes suscitées par les esprits hantent le sommeil du visiteur.
On sait combien à la Renaissance les relations 1 des grands voyages apportent des informations totalement nouvelles sur des sociétés jusqu’alors non identifiées. Comme le note Jean Poirier, en citant les récits de Jean Fonteneau, Villegagnon, Jean de Léry, les chroniqueurs portugais et espagnols Sahagún, Las Casas: « Les idées reçues ont été ébranlées et un certain nombre de conceptions traditionnelles ont dû être révisées. » L’ouverture de l’Occident sur l’homme exotique, qui se poursuit jusqu’au XIX ème siècle, débouche avec des heurs et des malheurs, sur un nouvel humanisme comparatiste 2 accueillant la variabilité des sociétés. Mais, pour que le contact culturel prenne cette dimension humaniste, il faut que l’autre soit reconnu comme homme, d’une semblable humanité dans ses différences mêmes.
Il est difficile aux Occidentaux du XX ème siècle de se représenter la grande curiosité de l’autre, l’appétit de connaissance, la passion d’échanger nouvelles, idées et objets qui accompagnent de tout temps les nomades le long des grandes routes caravanières 3. Certes, ce n’est pas le seul souci de contacts culturels qui ouvrit la route du sel, celle de la soie ou celle des épices, mais sans l’appel de l’aventure et de l’inconnu, auraient-elles été tracées ? Que de connaissances et d’échanges humains ont-elles engendrés ! […]
La route terrestre de la soie constitue jusqu’au XI ème siècle la plus importante voie de communication commerciale, diplomatique et culturelle. Cette incessante circulation de caravanes au sein du continent asiatique, que les conquêtes d’Alexandre ont ouvert à l’Occident, permet une diffusion et une interpénétration des idées et des croyances. Les grandes religions de l’humanité naissent et se développent dans l’axe de cette route où résonnent les paroles de Zoroastre, Bouddha, Jésus, Mahomet. Jusqu’au VII ème siècle, dans le sillage des caravanes cohabitent des croyances différentes. […]
Finalement, la masse extraordinaire des documents exprimant la curiosité que l’homme a toujours eue pour son semblable n’a d’égale que la diversité de ses origines: chroniques des voyageurs arabes, documents byzantins, mémoires des érudits persans, indiens, relations des moines bouddhistes, voyageurs d’Occident. Les risques des lointaines expéditions ne sont rien à côté de l’intérêt qu’on y trouve, centré autour de l’autre en tant qu’objet exotique. Quant à l’interrelation qui s’ensuit, elle provoque diverses réactions: la prise de conscience de la différence étonne certes, peut inquiéter parfois, mais souvent aussi détermine le rire, qui revêt des nuances multiples: franche hilarité déclenchée par ce qui paraît ridicule, étonnement amusé, moquerie qui permet de prendre ses distances, d’affirmer sa supériorité ou d’exclure. Mais ce sont les rires et sourires moqueurs qui dominent les contacts avec l’étranger. […]
Ainsi donc, les situations de mise en présence, de face-à-face, déterminent dès l’abord assez volontiers le rire mais aussi la curiosité. Chacun se rappelle la célèbre exclamation du Parisien de Montesquieu: « Comment peut-on être Persan ? » Pour naïve qu’elle soit – et bien que l’on puisse trouver qu’en l’occurrence c’est la question elle-même qui pose problème –, cette formule met l’accent sur un certain ébahissement devant celui qui se distingue du modèle connu, ne serait-ce que par le costume. On se souvient que, dans les Lettres persanes, après avoir été regardé comme s’il était un « envoyé du ciel », Rica se plaint à Ibben de son tailleur qui, lui ayant confectionné un habit à l’européenne, lui « avait fait perdre en un instant l’attention et l’estime publique ». L’idée du philosophe est sans doute de dénoncer la fatuité 4 d’une certaine société et de critiquer son ethnocentrisme culturel. Mais son message va au-delà en soulignant que l’homme est sensible à tout signe de différence ou, pour mieux dire, à tout écart de la norme.
774 mots
1 Relations: récits.
2 Humanisme comparatiste: humanisme ouvert à la comparaison des différences entre les cultures.
3 Grandes routes caravanières: réseau de routes empruntées par les convois de marchands.
4 Fatuité: arrogance, prétention.
Essai
Selon vous, les différences culturelles suscitent-elles aujourd'hui encore curiosité et étonnement ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur « Des Cannibales » de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2-B - Contraction de texte
B — Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.
Texte de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduit de l'anglais par Théo Carlier, 1976.
B – Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII ème siècle.
Texte de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduit de l'anglais par Théo Carlier, 1976.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 202 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 182 mots et au plus 222 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Pour découvrir le sens profond de la vie, il faut être capable de dépasser les limites étroites d'une existence égocentrique et croire que l'on peut apporter quelque chose à sa propre vie, sinon immédiatement, du moins dans l'avenir. Ce sentiment est indispensable à l'individu s'il veut être satisfait de lui-même et de ce qu'il fait. Pour ne pas être à la merci des hasards de la vie, il doit développer ses ressources intérieures afin que les sentiments, l'imagination et l'intellect s'appuient et s'enrichissent 5 mutuellement. Nos sentiments positifs nous donnent la force de développer notre rationalité; seule notre confiance en l'avenir peut nous soutenir contre les adversités 1 que nous ne pouvons éviter de rencontrer.
10 Lorsque je m'occupais d'enfants gravement perturbés, en tant qu'éducateur et thérapeute, l'essentiel de mon travail consistait à donner un sens à leur existence. Ce travail m'a fait apparaître comme une évidence que si leurs éducateurs avaient su donner un sens à leur existence, ces enfants n'auraient pas eu besoin de soins spéciaux. J'ai été amené à rechercher les expériences qui, dans la vie de l'enfant, étaient les plus 15 propres à l'aider à découvrir ses raisons de vivre et, en général, à donner le maximum de sens à sa vie. En ce qui concerne ces expériences, rien n'est plus important que l'influence des parents et de tous ceux qui éduquent l'enfant; vient ensuite notre héritage culturel, s'il est transmis convenablement à l'enfant. Quand il est jeune, c'est 20 dans les livres qu'il peut le plus aisément trouver ces informations.
À partir de là, je me suis trouvé très insatisfait de la plus grande partie de la littérature destinée à former l'esprit et la personnalité de l'enfant; elle est incapable, en effet, de stimuler et d'alimenter les ressources intérieures qui lui sont indispensables pour affronter ses difficiles problèmes. Les abécédaires et autres livres 25 pour débutants sont étudiés pour enseigner la technique de la lecture, et ne servent à rien d'autre. La masse énorme des autres livres et publications qui forment ce qu'on appelle la « littérature enfantine » vise à amuser l'enfant ou à l'informer, ou les deux à la fois. Mais la substance de ces écrits est si pauvre qu'elle n'a guère de signification
profonde pour lui. L'acquisition des techniques – y compris celle de la lecture – perd 30 de la valeur si ce que l'enfant a appris à lire n'ajoute rien d'important à sa vie. […]
L'enfant ne peut pas croire que ses lectures puissent enrichir plus tard sa vie si les histoires qu'on lui lit ou qu'il lit tout seul sont dénuées de sens. Le principal reproche que l'on puisse faire à ces livres, c'est qu'ils trompent l'enfant sur ce que la littérature 35 peut lui apporter: la connaissance du sens plus profond de la vie et ce qui est significatif pour lui au niveau de développement qu'il a atteint.
Pour qu'une histoire accroche vraiment l'attention de l'enfant, il faut qu'elle le divertisse et qu'elle éveille sa curiosité. Mais, pour enrichir sa vie, il faut en outre qu'elle stimule son imagination; qu'elle l'aide à développer son intelligence et à voir clair dans 40 ses émotions; qu'elle soit accordée à ses angoisses et à ses aspirations; qu'elle lui fasse prendre conscience de ses difficultés, tout en lui suggérant des solutions aux problèmes qui le troublent. Bref, elle doit, en un seul et même temps, se mettre en accord avec tous les aspects de sa personnalité sans amoindrir, au contraire en la
reconnaissant pleinement, la gravité de la situation de l'enfant et en lui donnant par la même occasion confiance en lui et en son avenir. […]
45 L'enfant, parce que la vie lui semble souvent déroutante, a le plus grand besoin qu'on lui donne une chance de se comprendre mieux au sein du monde complexe qu'il doit affronter. Il faut donc l'aider à mettre un peu de cohérence dans le tumulte de ses sentiments. Il a besoin d'idées qui lui permettent de mettre de l'ordre dans sa maison intérieure et, sur cette base, dans sa vie également. Il a besoin – et il est inutile 50 d'insister sur ce point à l'époque actuelle de notre histoire – d'une éducation qui, subtilement, uniquement par sous-entendus, lui fasse voir les avantages d'un comportement conforme à la morale, non par l'intermédiaire de préceptes éthiques 2 abstraits, mais par le spectacle des aspects tangibles 3 du bien et du mal qui prennent alors pour lui toute leur signification.
808 mots
1 Adversités: obstacles, oppositions.
2 Préceptes éthiques: principes moraux, règles morales à observer.
3 Tangibles: concrets, palpables.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 202 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 182 mots et au plus 222 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Exercice 2-B - Essai
B – Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII ème siècle.
Texte de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduit de l'anglais par Théo Carlier, 1976.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 202 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 182 mots et au plus 222 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Pour découvrir le sens profond de la vie, il faut être capable de dépasser les limites étroites d'une existence égocentrique et croire que l'on peut apporter quelque chose à sa propre vie, sinon immédiatement, du moins dans l'avenir. Ce sentiment est indispensable à l'individu s'il veut être satisfait de lui-même et de ce qu'il fait. Pour ne pas être à la merci des hasards de la vie, il doit développer ses ressources intérieures afin que les sentiments, l'imagination et l'intellect s'appuient et s'enrichissent 5 mutuellement. Nos sentiments positifs nous donnent la force de développer notre rationalité; seule notre confiance en l'avenir peut nous soutenir contre les adversités 1 que nous ne pouvons éviter de rencontrer.
10 Lorsque je m'occupais d'enfants gravement perturbés, en tant qu'éducateur et thérapeute, l'essentiel de mon travail consistait à donner un sens à leur existence. Ce travail m'a fait apparaître comme une évidence que si leurs éducateurs avaient su donner un sens à leur existence, ces enfants n'auraient pas eu besoin de soins spéciaux. J'ai été amené à rechercher les expériences qui, dans la vie de l'enfant, étaient les plus 15 propres à l'aider à découvrir ses raisons de vivre et, en général, à donner le maximum de sens à sa vie. En ce qui concerne ces expériences, rien n'est plus important que l'influence des parents et de tous ceux qui éduquent l'enfant; vient ensuite notre héritage culturel, s'il est transmis convenablement à l'enfant. Quand il est jeune, c'est 20 dans les livres qu'il peut le plus aisément trouver ces informations.
À partir de là, je me suis trouvé très insatisfait de la plus grande partie de la littérature destinée à former l'esprit et la personnalité de l'enfant; elle est incapable, en effet, de stimuler et d'alimenter les ressources intérieures qui lui sont indispensables pour affronter ses difficiles problèmes. Les abécédaires et autres livres 25 pour débutants sont étudiés pour enseigner la technique de la lecture, et ne servent à rien d'autre. La masse énorme des autres livres et publications qui forment ce qu'on appelle la « littérature enfantine » vise à amuser l'enfant ou à l'informer, ou les deux à la fois. Mais la substance de ces écrits est si pauvre qu'elle n'a guère de signification
profonde pour lui. L'acquisition des techniques – y compris celle de la lecture – perd 30 de la valeur si ce que l'enfant a appris à lire n'ajoute rien d'important à sa vie. […]
L'enfant ne peut pas croire que ses lectures puissent enrichir plus tard sa vie si les histoires qu'on lui lit ou qu'il lit tout seul sont dénuées de sens. Le principal reproche que l'on puisse faire à ces livres, c'est qu'ils trompent l'enfant sur ce que la littérature 35 peut lui apporter: la connaissance du sens plus profond de la vie et ce qui est significatif pour lui au niveau de développement qu'il a atteint.
Pour qu'une histoire accroche vraiment l'attention de l'enfant, il faut qu'elle le divertisse et qu'elle éveille sa curiosité. Mais, pour enrichir sa vie, il faut en outre qu'elle stimule son imagination; qu'elle l'aide à développer son intelligence et à voir clair dans 40 ses émotions; qu'elle soit accordée à ses angoisses et à ses aspirations; qu'elle lui fasse prendre conscience de ses difficultés, tout en lui suggérant des solutions aux problèmes qui le troublent. Bref, elle doit, en un seul et même temps, se mettre en accord avec tous les aspects de sa personnalité sans amoindrir, au contraire en la
reconnaissant pleinement, la gravité de la situation de l'enfant et en lui donnant par la même occasion confiance en lui et en son avenir. […]
45 L'enfant, parce que la vie lui semble souvent déroutante, a le plus grand besoin qu'on lui donne une chance de se comprendre mieux au sein du monde complexe qu'il doit affronter. Il faut donc l'aider à mettre un peu de cohérence dans le tumulte de ses sentiments. Il a besoin d'idées qui lui permettent de mettre de l'ordre dans sa maison intérieure et, sur cette base, dans sa vie également. Il a besoin – et il est inutile 50 d'insister sur ce point à l'époque actuelle de notre histoire – d'une éducation qui, subtilement, uniquement par sous-entendus, lui fasse voir les avantages d'un comportement conforme à la morale, non par l'intermédiaire de préceptes éthiques 2 abstraits, mais par le spectacle des aspects tangibles 3 du bien et du mal qui prennent alors pour lui toute leur signification.
808 mots
1 Adversités: obstacles, oppositions.
2 Préceptes éthiques: principes moraux, règles morales à observer.
3 Tangibles: concrets, palpables.
Essai
Les œuvres de fiction ont-elles uniquement pour but de distraire ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Fables de La Fontaine, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2-C - Contraction de texte
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 195 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 176 mots et au plus 214 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
C – Voltaire, L’Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
D’après Axel Kahn, L’homme, ce roseau pensant… – Essai sur les racines de la nature humaine, 2007.
Dans tous les types de comique, on trouve, à des degrés divers, une surprise sans émotion provoquée par un événement ou une idée qui non seulement ne correspondent pas à ce qu’on pouvait attendre, mais de plus apparaissent être hors normes, inconvenants ou absurdes.
La notion de règles, d’attitudes « convenables » renvoie nécessairement à leur établissement par une société humaine: il n’en existe pas en matière de nature sauvage ou de comportement animal, alors qu’elles s’exercent plus ou moins sur toutes les actions humaines, les conduites et les artefacts 1. C’est la raison pour laquelle une bâtisse biscornue, hors norme, fera sourire, un chaos rocheux non, à moins qu’il n’évoque l’œuvre d’un architecte fou. De même, le pingouin est comique en référence au croque-mort emprunté 2 et nous rions parfois des mimiques évocatrices de nos animaux de compagnie.
Tout événement inattendu est susceptible de surprendre mais n’est pas toujours drôle. Pour qu’il le soit, il faut de surcroît qu’il tranche avec une norme acceptée, qu’il diffère de façon singulière de l’idée qu’on s’en faisait. La première impression face à une absurdité, une incongruité, voire une énormité, peut être dominée par une stupéfaction passagère qui laisse place, selon les circonstances, à la peur, l’irritation, la révolte, le courroux, l’enthousiasme, l’émerveillement… ou l’hilarité 3, à l’exclusion alors, nous l’avons vu, de tout autre sentiment et de toute émotion: l’amant passionné, l’admirateur inconditionnel, le rebelle ou le terroriste ne rient pas.
L’analyse selon laquelle le rire peut être déclenché par tout écart entre le fil de l’histoire ou du réel, d’une part, ce qui est prévu et jugé convenable, d’autre part, explique pourquoi il est en effet « le propre de l’homme », seul animal à avoir développé à ce point la capacité de juger de l’action de ses semblables à l’aune 4 de ce qu’il en attend et de l’idée qu’il s’en fait.
L’inadéquation entre la pensée, l’aspect ou la conduite d’une personne et ce que son entourage considère être probable, rationnel, adéquat et correct, lorsqu’elle ne conduit pas à une franche hostilité, peut entraîner des moqueries culminant en dérision. En tant qu’elles excluent autrui, ou au moins certaines de ses manifestations, du cercle de la raison et des standards admis, les railleries possèdent bien sûr une potentialité agressive comparable à celle du mépris. De la réflexion ironique incitant quelqu’un à prendre conscience de certains de ses travers et rigidités au ridicule jeté sur son action ou sur son personnage, il existe toute une gamme de mises en cause des personnes par le moyen du rire.
Le potentiel séditieux 5 du rire vis-à-vis de toute autorité et de tout pouvoir découle des caractéristiques que je viens d’évoquer, sa capacité à dissiper les émotions paralysantes, à dessiller 6 les yeux du public sur les ridicules et les absurdités des grands de ce monde, à contester leur sérieux et leur valeur. La déférence, la peur, l’attachement passionnel, voire l’adoration, ne résistent pas à l’éclat de rire, faisant de la dérision une arme contestatrice efficace et crainte. On dit d’un humour qu’il est décapant, ravageur, qu’il ne respecte rien. Toute l’intrigue du Nom de la rose d’Umberto Eco est fondée sur les efforts déployés par un religieux mystique pour éviter que les moines ne prennent connaissance d’un ouvrage d’Aristote sur le rire, et ne soient incités par là à se détourner de la magnificence divine qui implique le sérieux et la dévotion.
Caricatures, pamphlets et chansonniers, histoires drôles ridiculisant les gouvernants ont toujours constitué un moyen puissant et redouté entre les mains des opposants à tout régime. Les plus agressifs d’entre eux ont bien souvent fait payer les impertinents de leur vie.
Même d’un niveau plus léger, le rire libère ou préserve de la sujétion 7. Être capable de se moquer de la pédanterie de l’académicien, des tics du capitaine, des discours pontifiants et des clichés de l’homme politique, de la posture martiale du patron, du style pompeux du sous-préfet, du pathos dégoulinant des propos de l’expert en bien-pensance ou des déclarations enflammées du galant permet de se trouver fortifié dans l’affirmation de soi. Il est en effet toujours valorisant de railler quelqu’un, c’est-à-dire de se positionner, au moins quant à l’objet des moqueries, au-dessus de lui.
Quelle arme redoutable entre les mains des faibles pour se libérer de la pesante influence des puissants !
779 mots
1 Artefacts: produits du travail humain et non pas de la nature.
2 Emprunté: qui manque de naturel, gêné.
3 Hilarité: éclat de rire.
4 À l’aune de: d’après.
5 Le potentiel séditieux du rire: les possibilités qu’a le rire d’inciter à la révolte.
6 Dessiller les yeux: ouvrir les yeux.
7 Sujétion: état de dépendance par rapport à un pouvoir.
Exercice 2-C - Essai
Essai
C – Voltaire, L’Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
D’après Axel Kahn, L’homme, ce roseau pensant… – Essai sur les racines de la nature humaine, 2007.
Dans tous les types de comique, on trouve, à des degrés divers, une surprise sans émotion provoquée par un événement ou une idée qui non seulement ne correspondent pas à ce qu’on pouvait attendre, mais de plus apparaissent être hors normes, inconvenants ou absurdes.
La notion de règles, d’attitudes « convenables » renvoie nécessairement à leur établissement par une société humaine: il n’en existe pas en matière de nature sauvage ou de comportement animal, alors qu’elles s’exercent plus ou moins sur toutes les actions humaines, les conduites et les artefacts 1. C’est la raison pour laquelle une bâtisse biscornue, hors norme, fera sourire, un chaos rocheux non, à moins qu’il n’évoque l’œuvre d’un architecte fou. De même, le pingouin est comique en référence au croque-mort emprunté 2 et nous rions parfois des mimiques évocatrices de nos animaux de compagnie.
Tout événement inattendu est susceptible de surprendre mais n’est pas toujours drôle. Pour qu’il le soit, il faut de surcroît qu’il tranche avec une norme acceptée, qu’il diffère de façon singulière de l’idée qu’on s’en faisait. La première impression face à une absurdité, une incongruité, voire une énormité, peut être dominée par une stupéfaction passagère qui laisse place, selon les circonstances, à la peur, l’irritation, la révolte, le courroux, l’enthousiasme, l’émerveillement… ou l’hilarité 3, à l’exclusion alors, nous l’avons vu, de tout autre sentiment et de toute émotion: l’amant passionné, l’admirateur inconditionnel, le rebelle ou le terroriste ne rient pas.
L’analyse selon laquelle le rire peut être déclenché par tout écart entre le fil de l’histoire ou du réel, d’une part, ce qui est prévu et jugé convenable, d’autre part, explique pourquoi il est en effet « le propre de l’homme », seul animal à avoir développé à ce point la capacité de juger de l’action de ses semblables à l’aune 4 de ce qu’il en attend et de l’idée qu’il s’en fait.
L’inadéquation entre la pensée, l’aspect ou la conduite d’une personne et ce que son entourage considère être probable, rationnel, adéquat et correct, lorsqu’elle ne conduit pas à une franche hostilité, peut entraîner des moqueries culminant en dérision. En tant qu’elles excluent autrui, ou au moins certaines de ses manifestations, du cercle de la raison et des standards admis, les railleries possèdent bien sûr une potentialité agressive comparable à celle du mépris. De la réflexion ironique incitant quelqu’un à prendre conscience de certains de ses travers et rigidités au ridicule jeté sur son action ou sur son personnage, il existe toute une gamme de mises en cause des personnes par le moyen du rire.
Le potentiel séditieux 5 du rire vis-à-vis de toute autorité et de tout pouvoir découle des caractéristiques que je viens d’évoquer, sa capacité à dissiper les émotions paralysantes, à dessiller 6 les yeux du public sur les ridicules et les absurdités des grands de ce monde, à contester leur sérieux et leur valeur. La déférence, la peur, l’attachement passionnel, voire l’adoration, ne résistent pas à l’éclat de rire, faisant de la dérision une arme contestatrice efficace et crainte. On dit d’un humour qu’il est décapant, ravageur, qu’il ne respecte rien. Toute l’intrigue du Nom de la rose d’Umberto Eco est fondée sur les efforts déployés par un religieux mystique pour éviter que les moines ne prennent connaissance d’un ouvrage d’Aristote sur le rire, et ne soient incités par là à se détourner de la magnificence divine qui implique le sérieux et la dévotion.
Caricatures, pamphlets et chansonniers, histoires drôles ridiculisant les gouvernants ont toujours constitué un moyen puissant et redouté entre les mains des opposants à tout régime. Les plus agressifs d’entre eux ont bien souvent fait payer les impertinents de leur vie.
Même d’un niveau plus léger, le rire libère ou préserve de la sujétion 7. Être capable de se moquer de la pédanterie de l’académicien, des tics du capitaine, des discours pontifiants et des clichés de l’homme politique, de la posture martiale du patron, du style pompeux du sous-préfet, du pathos dégoulinant des propos de l’expert en bien-pensance ou des déclarations enflammées du galant permet de se trouver fortifié dans l’affirmation de soi. Il est en effet toujours valorisant de railler quelqu’un, c’est-à-dire de se positionner, au moins quant à l’objet des moqueries, au-dessus de lui.
Quelle arme redoutable entre les mains des faibles pour se libérer de la pesante influence des puissants !
779 mots
1 Artefacts: produits du travail humain et non pas de la nature.
2 Emprunté: qui manque de naturel, gêné.
3 Hilarité: éclat de rire.
4 À l’aune de: d’après.
5 Le potentiel séditieux du rire: les possibilités qu’a le rire d’inciter à la révolte.
6 Dessiller les yeux: ouvrir les yeux.
7 Sujétion: état de dépendance par rapport à un pouvoir.
Dans L'Ingénu, Voltaire a recours à plusieurs formes de comique.
Pensez-vous que le rire soit un moyen efficace pour lutter contre les injustices ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 3 - Commentaire de texte
3- Commentaire de texte (20 points)
André Velter, L'Amour extrême et autres poèmes pour Chantal Mauduit, 2007.
Le poème est adressé à la femme aimée, Chantal Mauduit, alpiniste morte lors de l'ascension du mont Dhaulagiri au Népal.
Élégie 1
Très haut amour à présent que tu meures
Je n'ai que des mots et des larmes.
Si rares chez moi les larmes,
si simples les mots que tu aimais.
5 Très haut amour à présent que tu meures
La neige a tué mon plus bel horizon,
la neige a bloqué les issues et les rêves,
la neige de la grande nuit a ruiné notre ciel.
Très haut amour à présent que tu meures
10 Cœur en cendre, et corps et bagage,
jusqu'au souffle que je posais en offrande
sur tes lèvres à l'approche du sommet.
Très haut amour à présent que tu meures
J'en veux à la vie pour qui j'écrivais,
15 j'en veux à cette joie qui portait ma parole,
j'en veux à mes poèmes qui ne t'ont pas sauvée.
Très haut amour à présent que tu meures,
à présent qu'il n'est plus que mon chant
pour s'en aller bâtir nos demeures,
20 je m'abîme avec toi et je pleure
en chantant.
1 Élégie: étymologiquement, élégie vient du grec elegeia qui signifie « chant de mort »; il désigne tout poème qui exprime une plainte douloureuse.
Vous ferez le commentaire du texte en vous aidant des pistes suivantes:
1- Vous montrerez comment le poème construit un hommage à la femme disparue.
2- Vous étudierez comment le langage poétique fait de ce texte un chant d'amour.
Exercice 4-A - Contraction de texte
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 191 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 172 et au plus 210 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
A – Texte de Simone Clapier-Valladon et de Pierre Mannoni, « Psychosociologie des relations interculturelles », Histoire des mœurs (1991).
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 191 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 172 et au plus 210 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Il n'y a pas d'isolement total des groupes humains et cela dure vraisemblablement depuis l'Antiquité. C'est ce que témoigne, par exemple, la géographie élaborée au II ème siècle par le Grec Ptolémée; ses cartes reproduites jusqu'au XVI ème siècle illustrent bien l'histoire des contacts et des découvertes.
5 La première conséquence sensible des relations entre groupes humains est l'emprunt d'items 1 culturels. C'est d'ailleurs la présence d'éléments hétérogènes 2 qui, dans une société, trahit les liaisons qu'elle a entretenues avec d'autres peuples. Nous retrouvons ces traces tangibles 3 à toutes les époques et dans le monde entier. Dans l'Antiquité, les contacts culturels ont entraîné des emprunts alimentaires, l'introduction 10 de plantes nouvelles, l'imitation des techniques et des habitudes vestimentaires. Il est difficile, actuellement, de connaître les modalités de ces relations humaines et on risque même de les dénaturer en les plaçant dans une perspective moderne. Mais leur influence sur la vie quotidienne doit être reconnue comme la faculté d'accueil des sociétés anciennes. L'Afrique de l'Antiquité, entre autres, pauvre en nourriture, a reçu 15 de l'Asie de très nombreux apports: l'hibiscus, le coton, le henné, l'indigotier, des légumes comme le gombo, le taro, la courge, l'igname, des arbres comme le bananier, le manguier, le cocotier, des animaux comme le poulet, la chèvre, le zébu. L'Europe a emprunté à l'Amérique des plantes dont la culture est devenue traditionnelle, comme le maïs, la pomme de terre, la tomate, le haricot. [...] 20 Les contacts culturels sont aussi des contacts langagiers et le vocabulaire des groupes en présence s'enrichit mutuellement, ce dont témoigne l'étude étymologique des langues. Cependant les choses sont plus complexes et l'adoption d'un mot dévoile souvent l'emprunt d'un objet ou d'une technologie. [...]
25 Le changement culturel qui résulte des phénomènes de contact entraîne souvent une plus grande complexité sociale et un progrès. Le développement des civilisations dans les régions méditerranéennes, par exemple, est certainement lié aux échanges et à la circulation des hommes dans cette région. L'université de Bologne atteint de la sorte son plus haut degré de prospérité quand les étudiants étrangers affluent vers 30 elle. Ailleurs le bouddhisme naît et se développe en Inde, terre de rencontre de nombreuses cultures et religions. Le Mexique, le Pérou, comme les pays méditerranéens, terres de passage, connaissent avant le XIX ème siècle un développement nettement supérieur aux contrées isolées: ainsi la situation insulaire de l'Australie lui est pendant longtemps défavorable.
35 Même si les maladies voyagent aussi, il ne faut pas perdre de vue que la diffusion des espèces végétales et animales, des hommes et des machines est un puissant facteur de prospérité.
Lorsque l'on enregistre l'importance de ces apports mutuels de toutes sortes, on s'interroge sur le climat relationnel qui permet leur adoption et leur heureux 40 épanouissement. Tout n'est cependant pas si facile et les résistances se mêlent aux engouements, les conflits aux curiosités enthousiastes. Soulignons néanmoins que, même dans les situations d'affrontement et de conquête, l'essentiel ne se joue pas sur le mode moyen de la guerre et qu'il existe, en ce domaine aussi, des bénéfices secondaires non négligeables.
45 Les conquérants eux-mêmes ne sont pas sans apprendre des peuples qu'en apparence ils dominent. Les Romains de Jules César envahissant la Gaule trouvent des greniers pleins de blé, des vins de qualité, des pâturages abondants et des techniques agricoles étonnamment avancées qui impressionnent vivement les Latins. 50 Rome, de son côté, introduit en Gaule la civilisation urbaine, mais l'héritage gaulois prédomine en matière de traitement des sols et des végétaux pour aboutir à la naissance d'une civilisation mixte gallo-romaine. Les Gaulois conservent même certains traits originels en matière d'habitation, tandis que leurs pratiques agricoles s'imposent dans la plaine du Tibre 4. [...]
55 Ces expériences transculturelles enrichissantes pour la personne et pour le groupe ont toujours existé. Rappelons les fonctions souvent positives de l'étranger qui a un double rôle de révélateur et d'innovateur. L'autochtone 5 peut, en effet, trouver la situation sociale tellement habituelle et normale que l'idée d'introduire des méthodes nouvelles ne lui vient pas à l'esprit. C'est pourquoi la démocratie athénienne favorise 60 les métèques 6 dont la condition inférieure au départ à celle de citoyen ne cesse de s'améliorer à partir du V ème siècle. Les philosophes métèques ou sophistes 7 ont d'ailleurs eu une grande influence: en bouleversant les croyances les mieux établies, ils ouvrent la voie au développement de la pensée dans la Grèce antique.
765 mots
1 Items: éléments.
2 Hétérogènes: composés d'éléments de natures différentes.
3 Tangibles: concrètes.
4 Tibre: fleuve qui traverse Rome.
5 Autochtone: personne originaire du pays qu'elle habite.
6 Métèques: terme grec pour désigner un étranger à la cité; le terme n'a ici aucune connotation péjorative.
7 Sophistes: ici, spécialistes du langage.
Exercice 4-A - Essai
A – Texte de Simone Clapier-Valladon et de Pierre Mannoni, « Psychosociologie des relations interculturelles », Histoire des mœurs (1991).
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 191 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 172 et au plus 210 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Il n'y a pas d'isolement total des groupes humains et cela dure vraisemblablement depuis l'Antiquité. C'est ce que témoigne, par exemple, la géographie élaborée au II ème siècle par le Grec Ptolémée; ses cartes reproduites jusqu'au XVI ème siècle illustrent bien l'histoire des contacts et des découvertes.
5 La première conséquence sensible des relations entre groupes humains est l'emprunt d'items 1 culturels. C'est d'ailleurs la présence d'éléments hétérogènes 2 qui, dans une société, trahit les liaisons qu'elle a entretenues avec d'autres peuples. Nous retrouvons ces traces tangibles 3 à toutes les époques et dans le monde entier. Dans l'Antiquité, les contacts culturels ont entraîné des emprunts alimentaires, l'introduction 10 de plantes nouvelles, l'imitation des techniques et des habitudes vestimentaires. Il est difficile, actuellement, de connaître les modalités de ces relations humaines et on risque même de les dénaturer en les plaçant dans une perspective moderne. Mais leur influence sur la vie quotidienne doit être reconnue comme la faculté d'accueil des sociétés anciennes. L'Afrique de l'Antiquité, entre autres, pauvre en nourriture, a reçu 15 de l'Asie de très nombreux apports: l'hibiscus, le coton, le henné, l'indigotier, des légumes comme le gombo, le taro, la courge, l'igname, des arbres comme le bananier, le manguier, le cocotier, des animaux comme le poulet, la chèvre, le zébu. L'Europe a emprunté à l'Amérique des plantes dont la culture est devenue traditionnelle, comme le maïs, la pomme de terre, la tomate, le haricot. [...] 20 Les contacts culturels sont aussi des contacts langagiers et le vocabulaire des groupes en présence s'enrichit mutuellement, ce dont témoigne l'étude étymologique des langues. Cependant les choses sont plus complexes et l'adoption d'un mot dévoile souvent l'emprunt d'un objet ou d'une technologie. [...]
25 Le changement culturel qui résulte des phénomènes de contact entraîne souvent une plus grande complexité sociale et un progrès. Le développement des civilisations dans les régions méditerranéennes, par exemple, est certainement lié aux échanges et à la circulation des hommes dans cette région. L'université de Bologne atteint de la sorte son plus haut degré de prospérité quand les étudiants étrangers affluent vers 30 elle. Ailleurs le bouddhisme naît et se développe en Inde, terre de rencontre de nombreuses cultures et religions. Le Mexique, le Pérou, comme les pays méditerranéens, terres de passage, connaissent avant le XIX ème siècle un développement nettement supérieur aux contrées isolées: ainsi la situation insulaire de l'Australie lui est pendant longtemps défavorable.
35 Même si les maladies voyagent aussi, il ne faut pas perdre de vue que la diffusion des espèces végétales et animales, des hommes et des machines est un puissant facteur de prospérité.
Lorsque l'on enregistre l'importance de ces apports mutuels de toutes sortes, on s'interroge sur le climat relationnel qui permet leur adoption et leur heureux 40 épanouissement. Tout n'est cependant pas si facile et les résistances se mêlent aux engouements, les conflits aux curiosités enthousiastes. Soulignons néanmoins que, même dans les situations d'affrontement et de conquête, l'essentiel ne se joue pas sur le mode moyen de la guerre et qu'il existe, en ce domaine aussi, des bénéfices secondaires non négligeables.
45 Les conquérants eux-mêmes ne sont pas sans apprendre des peuples qu'en apparence ils dominent. Les Romains de Jules César envahissant la Gaule trouvent des greniers pleins de blé, des vins de qualité, des pâturages abondants et des techniques agricoles étonnamment avancées qui impressionnent vivement les Latins. 50 Rome, de son côté, introduit en Gaule la civilisation urbaine, mais l'héritage gaulois prédomine en matière de traitement des sols et des végétaux pour aboutir à la naissance d'une civilisation mixte gallo-romaine. Les Gaulois conservent même certains traits originels en matière d'habitation, tandis que leurs pratiques agricoles s'imposent dans la plaine du Tibre 4. [...]
55 Ces expériences transculturelles enrichissantes pour la personne et pour le groupe ont toujours existé. Rappelons les fonctions souvent positives de l'étranger qui a un double rôle de révélateur et d'innovateur. L'autochtone 5 peut, en effet, trouver la situation sociale tellement habituelle et normale que l'idée d'introduire des méthodes nouvelles ne lui vient pas à l'esprit. C'est pourquoi la démocratie athénienne favorise 60 les métèques 6 dont la condition inférieure au départ à celle de citoyen ne cesse de s'améliorer à partir du V ème siècle. Les philosophes métèques ou sophistes 7 ont d'ailleurs eu une grande influence: en bouleversant les croyances les mieux établies, ils ouvrent la voie au développement de la pensée dans la Grèce antique.
765 mots
1 Items: éléments.
2 Hétérogènes: composés d'éléments de natures différentes.
3 Tangibles: concrètes.
4 Tibre: fleuve qui traverse Rome.
5 Autochtone: personne originaire du pays qu'elle habite.
6 Métèques: terme grec pour désigner un étranger à la cité; le terme n'a ici aucune connotation péjorative.
7 Sophistes: ici, spécialistes du langage.
Essai
À quelles conditions la rencontre avec d'autres cultures devient-elle source d'échanges véritables ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur « Des Cannibales » de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 4-B - Contraction de texte
B – Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.
Contraction de texte
Texte d'après Régine Atzenhoffer, « “Je me sers d'animaux pour instruire les hommes”: le personnage-animal dans la littérature d'enfance et de jeunesse contemporaine », Scripta Romanica, 21 octobre 2017.
Contes, fables, légendes, mythes, poésies, albums et romans font la part belle aux animaux fabuleux, sauvages, domestiques et aux créatures mythologiques et légendaires. Au XX ème siècle, le dessin animé et les films d'animation avec Mickey Mouse, Babar, Dagobert, Rantanplan, Titi et Gros Minet, Tom et Jerry ont pris le relais des recueils illustrés. La littérature enfantine, souvent portée à l'écran, et la bande dessinée animalière représentent le zoo le plus vaste qui soit. Ces animaux anthropomorphisés 1 ont, en général, toujours un compagnon humain pour qui ils représentent une sorte d'« école de la vie » comme c'est encore le cas du petit cochon Babe. Et que deviendraient Astérix sans Idéfix, Boule sans Bill et Tintin sans Milou ?
La présence de l'animal dans la littérature pour la jeunesse s'impose comme une évidence: il y a des animaux partout et certains comme Babar, Petit Ours Brun, Lassie, ont atteint l'universalité. Associées à la vie quotidienne des humains, leurs représentations vont du chien, chat ou cheval réel – ami, voire confident –, à ceux mi-réels, mi-jouets – peluches parlantes – en passant par l'éléphant au costume vert, le zèbre vélocipède ou l'ours debout sur deux pattes, tous anthropomorphisés. Ils accèdent au statut de héros romanesques et il n'est pas rare que des thèmes « difficiles » comme la maladie, la vieillesse et la mort soient abordés par leur truchement 2. De nombreux récits ont pour thème une belle amitié entre un enfant et un animal choisi ou trouvé. D'autres encore racontent une histoire du point de vue de l'animal, lui donnant littéralement une voix. Et la dimension allégorique – ou didactique – est très souvent présente dans ces fabula 3 véhiculant bon nombre de messages éducatifs (amitié, altruisme, respect des autres et de l'environnement, etc.).
L'animal textuel est, en fait, un succédané 4 d'animal: c'est un être à la fois familier et radicalement autre, apprivoisable et insaisissable, nous « [donnant] à penser cette altérité absolue du voisin ou du prochain » (Derrida), d'où le foisonnement d'animaux présents en littérature d'enfance et de jeunesse, après l'avoir été dans nos mythes, légendes, poèmes, romans et autres productions culturelles, du Roman de Renart à L'Histoire de Pi, pour se limiter à l'époque moderne et à la sphère occidentale.
Mais cet animal a pour raison d'être essentielle sa relation avec le héros humain, qui le place en position de compagnon ou d'adjuvant 5 selon la terminologie consacrée. Le héros établit avec l'animal un compagnonnage harmonieux: celui-ci est considéré à la fois comme un ami qui fait partie de la famille, un confident qui peut tout voir et tout entendre, un complice qui ne trahit pas et auquel on peut accorder une confiance aveugle. Il ne parle pas, donc ne juge pas, et ne renvoie pas aux difficultés personnelles et familiales. Auteurs et illustrateurs se servent du monde animal pour enseigner aux petits humains comment bien grandir, en leur faisant un peu peur, en les faisant rêver, en les mettant en garde, en les amusant. Les jeunes lecteurs perçoivent, chez le héros-animal et dans ses comportements, des états intérieurs qu'ils interprètent comme des émotions ou des affects comparables à ce qu'ils sont susceptibles de ressentir eux-mêmes. Car, nous dit Edgar Morin, philosophe et auteur de Enseigner à vivre, la littérature est une école de vie. C'est là où nous apprenons à nous connaître nous-mêmes, à reconnaître nos passions, à découvrir le monde, à comprendre les autres. La littérature d'enfance et de jeunesse s'adresse à un public très spécifique et doit donc nécessairement tenir compte des compétences interprétatives et cognitives de celui-ci, lesquelles ne sont évidemment pas celles des adultes. Au-delà du simplisme apparent de certaines histoires à nos yeux d'adultes, ces ouvrages peuvent être structurants pour l'imaginaire et la compréhension du monde. Les ouvrages pour la jeunesse permettent des allers-retours entre le monde fictif qu'ils introduisent et le réel qui entoure l'enfant au quotidien. L'univers fictionnel laisse place à des situations dans lesquelles il peut se reconnaître, soit parce qu'il les vit réellement (maladie, jour de classe, etc.), soit parce qu'il s'imagine que cela pourrait lui arriver. Cette identification opérée par l'enfant avec l'intrigue du livre est amplifiée par la présence des personnages-animaux avec lesquels il peut se trouver des caractères communs. Ces « bêtes de papier » ont des préoccupations, des traits de caractère ou des traits physiques semblables à ceux du jeune lecteur qui, avec un peu d'imagination, n'a aucune difficulté à s'identifier à elles. Cette identification lui permet de réaliser des « expériences de pensée que nous menons dans le grand laboratoire de l'imagination » selon Paul Ricœur.
799 mots
1 Anthropomorphisés: humanisés.
2 Truchement: intermédiaire.
3 Fabula: mot latin signifiant récits de fiction.
4 Succédané: substitut, équivalent.
5 Adjuvant: allié, soutien du héros.
Vous résumerez ce texte en 200 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 180 mots et au plus 220 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Exercice 4-B - Essai
B — Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX
Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle
Texte d'après Régine Atzenhoffer, « “Je me sers d'animaux pour instruire les hommes”: le personnage-animal dans la littérature d'enfance et de jeunesse contemporaine », Scripta Romanica, 21 octobre 2017.
Contes, fables, légendes, mythes, poésies, albums et romans font la part belle aux animaux fabuleux, sauvages, domestiques et aux créatures mythologiques et légendaires. Au XX ème siècle, le dessin animé et les films d'animation avec Mickey Mouse, Babar, Dagobert, Rantanplan, Titi et Gros Minet, Tom et Jerry ont pris le relais des recueils illustrés. La littérature enfantine, souvent portée à l'écran, et la bande dessinée animalière représentent le zoo le plus vaste qui soit. Ces animaux anthropomorphisés 1 ont, en général, toujours un compagnon humain pour qui ils représentent une sorte d'« école de la vie » comme c'est encore le cas du petit cochon Babe. Et que deviendraient Astérix sans Idéfix, Boule sans Bill et Tintin sans Milou ?
La présence de l'animal dans la littérature pour la jeunesse s'impose comme une évidence: il y a des animaux partout et certains comme Babar, Petit Ours Brun, Lassie, ont atteint l'universalité. Associées à la vie quotidienne des humains, leurs représentations vont du chien, chat ou cheval réel – ami, voire confident –, à ceux mi-réels, mi-jouets – peluches parlantes – en passant par l'éléphant au costume vert, le zèbre vélocipède ou l'ours debout sur deux pattes, tous anthropomorphisés. Ils accèdent au statut de héros romanesques et il n'est pas rare que des thèmes « difficiles » comme la maladie, la vieillesse et la mort soient abordés par leur truchement 2. De nombreux récits ont pour thème une belle amitié entre un enfant et un animal choisi ou trouvé. D'autres encore racontent une histoire du point de vue de l'animal, lui donnant littéralement une voix. Et la dimension allégorique – ou didactique – est très souvent présente dans ces fabula 3 véhiculant bon nombre de messages éducatifs (amitié, altruisme, respect des autres et de l'environnement, etc.).
L'animal textuel est, en fait, un succédané 4 d'animal: c'est un être à la fois familier et radicalement autre, apprivoisable et insaisissable, nous « [donnant] à penser cette altérité absolue du voisin ou du prochain » (Derrida), d'où le foisonnement d'animaux présents en littérature d'enfance et de jeunesse, après l'avoir été dans nos mythes, légendes, poèmes, romans et autres productions culturelles, du Roman de Renart à L'Histoire de Pi, pour se limiter à l'époque moderne et à la sphère occidentale.
Mais cet animal a pour raison d'être essentielle sa relation avec le héros humain, qui le place en position de compagnon ou d'adjuvant 5 selon la terminologie consacrée. Le héros établit avec l'animal un compagnonnage harmonieux: celui-ci est considéré à la fois comme un ami qui fait partie de la famille, un confident qui peut tout voir et tout entendre, un complice qui ne trahit pas et auquel on peut accorder une confiance aveugle. Il ne parle pas, donc ne juge pas, et ne renvoie pas aux difficultés personnelles et familiales. Auteurs et illustrateurs se servent du monde animal pour enseigner aux petits humains comment bien grandir, en leur faisant un peu peur, en les faisant rêver, en les mettant en garde, en les amusant. Les jeunes lecteurs perçoivent, chez le héros-animal et dans ses comportements, des états intérieurs qu'ils interprètent comme des émotions ou des affects comparables à ce qu'ils sont susceptibles de ressentir eux-mêmes. Car, nous dit Edgar Morin, philosophe et auteur de Enseigner à vivre, la littérature est une école de vie. C'est là où nous apprenons à nous connaître nous-mêmes, à reconnaître nos passions, à découvrir le monde, à comprendre les autres. La littérature d'enfance et de jeunesse s'adresse à un public très spécifique et doit donc nécessairement tenir compte des compétences interprétatives et cognitives de celui-ci, lesquelles ne sont évidemment pas celles des adultes. Au-delà du simplisme apparent de certaines histoires à nos yeux d'adultes, ces ouvrages peuvent être structurants pour l'imaginaire et la compréhension du monde. Les ouvrages pour la jeunesse permettent des allers-retours entre le monde fictif qu'ils introduisent et le réel qui entoure l'enfant au quotidien. L'univers fictionnel laisse place à des situations dans lesquelles il peut se reconnaître, soit parce qu'il les vit réellement (maladie, jour de classe, etc.), soit parce qu'il s'imagine que cela pourrait lui arriver. Cette identification opérée par l'enfant avec l'intrigue du livre est amplifiée par la présence des personnages-animaux avec lesquels il peut se trouver des caractères communs. Ces « bêtes de papier » ont des préoccupations, des traits de caractère ou des traits physiques semblables à ceux du jeune lecteur qui, avec un peu d'imagination, n'a aucune difficulté à s'identifier à elles. Cette identification lui permet de réaliser des « expériences de pensée que nous menons dans le grand laboratoire de l'imagination » selon Paul Ricœur.
799 mots
1 Anthropomorphisés: humanisés.
2 Truchement: intermédiaire.
3 Fabula: mot latin signifiant récits de fiction.
4 Succédané: substitut, équivalent.
5 Adjuvant: allié, soutien du héros.
Essai
L'imagination permet-elle de connaître l'homme et le monde ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Fables de La Fontaine, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 4-C - Contraction de texte
C — Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Texte de Christophe Martin, L'Esprit des Lumières (2017)
C – Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Texte de Christophe Martin, L'Esprit des Lumières (2017).
L'exigence fondamentale des Lumières est aussi le premier trait qui les définit: ne
jamais consentir à la reprise docile de la pensée d'autrui. Si la lumière est ce qui
permet de faire disparaître les ténèbres, de reconnaître clairement et distinctement
des objets que l'on ne sait pas distinguer lorsqu'ils sont dans la nuit, alors l'enjeu
5 majeur pour les Lumières sera de faire reculer l'obscurantisme, les dogmes et les
préjugés, ce qui suppose tout à la fois l'autonomie de la pensée et le développement
de l'esprit critique. Dès la fin du XVII ème siècle, dans le contexte d'une contrainte
étatique 1 de plus en plus rigoureuse, on l'a vu, qui entend plier aux règles de
l'orthodoxie et de l'académisme 2 toutes les productions de l'esprit (art et littérature), se
10 dessinent, en marge du pouvoir, ou dans des refuges étrangers, des perspectives
nouvelles, et s'instaure ce qu'on a pu appeler « le règne de la critique » (pour
reprendre la formule de Reinhart Koselleck). Cet esprit d'examen implique de
réinterroger les évidences et les postulats non vérifiés, de secouer les habitudes, les
manières de faire et de penser, de dissiper les familiarités admises 3, et surtout de
15 rejeter tout dogmatisme et tout préjugé, sources d'erreurs transmises de générations
en générations. C'est tout un ensemble de préjugés ancestraux et de croyances
métaphysiques et théologiques qui se trouve contesté par le déploiement de la raison
critique, principe tout négatif comme le souligne Pierre Bayle: « La raison humaine
[…] est un principe de destruction et non pas d'édification, elle n'est propre qu'à former
20 des doutes ».
La raison était déjà depuis Descartes une faculté essentielle dans l'appréhension 4
du monde. Mais une nouvelle fonction lui est assignée à la fin du XVII ème siècle: le
libre examen de toutes choses. Au siècle des Lumières, les « philosophes » n'ont de
cesse d'imposer ce principe en s'opposant à toute opinion préconçue, non fondée sur
25 un jugement éclairé par la raison. La lutte contre les préjugés est, de fait, indissociable
de toutes définitions des Lumières. Dans l' Encyclopédie, le chevalier de Jaucourt
définit le préjugé comme « un faux jugement que l'âme porte de la nature des choses,
après un exercise insuffisant des facultés intellectuelles; ce fruit malheureux de
l'ignorance prévient 5 l'esprit, l'aveugle et le captive ». Honni par les Lumières, le
30 préjugé est la cible des attaques de Voltaire qui lui consacre un article de son
Dictionnaire philosophique (1764). Durey de Jaucourt publie en 1752 une « Ode contre
les préjugés », Dumarsais rédige un virulent Essai sur les préjugés, ou de l'influence
des opinions sur les mœurs et sur le bonheur des hommes. Ouvrage contenant
l'apologie de la philosophie, publié après sa mort en 1770, et le baron d'Holbach fait
35 paraître en 1768 un violent réquisitoire contre le christianisme intitulé Lettres à Eugénie
ou préservatif contre les préjugés. Il n'est pas jusqu'aux comédies du temps qui ne
fassent directement écho à cette lutte dès leurs titres: Le Préjugé à la mode de Nivelle
de la Chaussée (1735), Le Préjugé vaincu de Marivaux (1746), ou Nanine ou le préjugé
40 vaincu de Voltaire (1749) célèbrent le triomphe de la raison et du sentiment naturel
contre les préjugés et les conventions sociales. […]
En rejetant les dogmes et les idées qu'il faudrait accepter sans examen, les
penseurs des Lumières sont clairement, en effet, les héritiers de Descartes et du doute
radical érigé en méthode philosophique 6 (selon le Dictionnaire de Furetière,
45 « la méthode de Descartes recommande surtout de se guérir des préjugés »). Le
cartésianisme, en philosophie comme en sciences, reposait sur le rejet de la tradition
et sur la volonté de tout examiner à la lumière de la seule évidence rationnelle. Mais
ses successeurs ne tardent pas à élargir considérablement le champ d'application de
ces principes rationalistes: peu à peu, ce sont toutes les dimensions de l'univers
50 naturel, social et religieux qui doivent être passées au crible de la raison critique. C'est
ainsi que les principes de la monarchie absolue, les règles de la morale, les
connaissances historiques et scientifiques, les dogmes de la foi catholique font l'objet
d'un examen critique de la part d'une raison qui cherche partout à distinguer le vrai du
55 faux.
749 mots
1 Contrainte étatique: poids sur la société d'un Etat puissant.
2 Règles de l'orthodoxie et de l'académisme: règles dictées par ce que l'on considère comme conforme aux usages et à la tradition.
3 Dissiper les familiarités admises: faire disparaître ce que l'habitude fait prendre pour des vérités.
4 Appréhension du monde: fait de saisir le monde par l'esprit.
5 Prévient l'esprit: empêche l'esprit de réfléchir.
6 Doute radical érigé en méthode: remise en cause totale sur laquelle René Descartes a fondé toute sa philosophie au XVII ème siècle.
Contraction de texte: Vous résumerez ce texte en 187 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 168 mots et au plus 206 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Exercice 4-C - Essai
C – Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Texte de Christophe Martin, L'Esprit des Lumières (2017).
L'exigence fondamentale des Lumières est aussi le premier trait qui les définit: ne
jamais consentir à la reprise docile de la pensée d'autrui. Si la lumière est ce qui
permet de faire disparaître les ténèbres, de reconnaître clairement et distinctement
des objets que l'on ne sait pas distinguer lorsqu'ils sont dans la nuit, alors l'enjeu
5 majeur pour les Lumières sera de faire reculer l'obscurantisme, les dogmes et les
préjugés, ce qui suppose tout à la fois l'autonomie de la pensée et le développement
de l'esprit critique. Dès la fin du XVII ème siècle, dans le contexte d'une contrainte
étatique 1 de plus en plus rigoureuse, on l'a vu, qui entend plier aux règles de
l'orthodoxie et de l'académisme 2 toutes les productions de l'esprit (art et littérature), se
10 dessinent, en marge du pouvoir, ou dans des refuges étrangers, des perspectives
nouvelles, et s'instaure ce qu'on a pu appeler « le règne de la critique » (pour
reprendre la formule de Reinhart Koselleck). Cet esprit d'examen implique de
réinterroger les évidences et les postulats non vérifiés, de secouer les habitudes, les
manières de faire et de penser, de dissiper les familiarités admises 3, et surtout de
15 rejeter tout dogmatisme et tout préjugé, sources d'erreurs transmises de générations
en générations. C'est tout un ensemble de préjugés ancestraux et de croyances
métaphysiques et théologiques qui se trouve contesté par le déploiement de la raison
critique, principe tout négatif comme le souligne Pierre Bayle: « La raison humaine
[…] est un principe de destruction et non pas d'édification, elle n'est propre qu'à former
20 des doutes ».
La raison était déjà depuis Descartes une faculté essentielle dans l'appréhension 4
du monde. Mais une nouvelle fonction lui est assignée à la fin du XVII ème siècle: le
libre examen de toutes choses. Au siècle des Lumières, les « philosophes » n'ont de
cesse d'imposer ce principe en s'opposant à toute opinion préconçue, non fondée sur
25 un jugement éclairé par la raison. La lutte contre les préjugés est, de fait, indissociable
de toutes définitions des Lumières. Dans l' Encyclopédie, le chevalier de Jaucourt
définit le préjugé comme « un faux jugement que l'âme porte de la nature des choses,
après un exercise insuffisant des facultés intellectuelles; ce fruit malheureux de
l'ignorance prévient 5 l'esprit, l'aveugle et le captive ». Honni par les Lumières, le
30 préjugé est la cible des attaques de Voltaire qui lui consacre un article de son
Dictionnaire philosophique (1764). Durey de Jaucourt publie en 1752 une « Ode contre
les préjugés », Dumarsais rédige un virulent Essai sur les préjugés, ou de l'influence
des opinions sur les mœurs et sur le bonheur des hommes. Ouvrage contenant
l'apologie de la philosophie, publié après sa mort en 1770, et le baron d'Holbach fait
35 paraître en 1768 un violent réquisitoire contre le christianisme intitulé Lettres à Eugénie
ou préservatif contre les préjugés. Il n'est pas jusqu'aux comédies du temps qui ne
fassent directement écho à cette lutte dès leurs titres: Le Préjugé à la mode de Nivelle
de la Chaussée (1735), Le Préjugé vaincu de Marivaux (1746), ou Nanine ou le préjugé
40 vaincu de Voltaire (1749) célèbrent le triomphe de la raison et du sentiment naturel
contre les préjugés et les conventions sociales. […]
En rejetant les dogmes et les idées qu'il faudrait accepter sans examen, les
penseurs des Lumières sont clairement, en effet, les héritiers de Descartes et du doute
radical érigé en méthode philosophique 6 (selon le Dictionnaire de Furetière,
45 « la méthode de Descartes recommande surtout de se guérir des préjugés »). Le
cartésianisme, en philosophie comme en sciences, reposait sur le rejet de la tradition
et sur la volonté de tout examiner à la lumière de la seule évidence rationnelle. Mais
ses successeurs ne tardent pas à élargir considérablement le champ d'application de
ces principes rationalistes: peu à peu, ce sont toutes les dimensions de l'univers
50 naturel, social et religieux qui doivent être passées au crible de la raison critique. C'est
ainsi que les principes de la monarchie absolue, les règles de la morale, les
connaissances historiques et scientifiques, les dogmes de la foi catholique font l'objet
d'un examen critique de la part d'une raison qui cherche partout à distinguer le vrai du
55 faux.
749 mots
1 Contrainte étatique: poids sur la société d'un Etat puissant.
2 Règles de l'orthodoxie et de l'académisme: règles dictées par ce que l'on considère comme conforme aux usages et à la tradition.
3 Dissiper les familiarités admises: faire disparaître ce que l'habitude fait prendre pour des vérités.
4 Appréhension du monde: fait de saisir le monde par l'esprit.
5 Prévient l'esprit: empêche l'esprit de réfléchir.
6 Doute radical érigé en méthode: remise en cause totale sur laquelle René Descartes a fondé toute sa philosophie au XVII ème siècle.
Essai
« Ne jamais consentir à la reprise docile de la pensée d'autrui »: cette exigence des Lumières vous semble-t-elle avoir aujourd'hui vaincu les préjugés ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction, et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI ème au XVIII ème siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
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