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Sujet du Bac ST2S Français 2021 · Métropole 2

Sujet du Bac ST2S de Français 2021, Métropole 2 : 1 exercice corrigé. Thèmes : Contraction de texte. Avec correction automatique.

Thèmes du sujet : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle

Exercice 1 - Commentaire de texte

1- Commentaire de texte (20 points)

Victor HUGO, Le Roi s'amuse, acte II, scène 4, 1832.

Dame Bérarde est une domestique censée surveiller Blanche, jeune fille dont le père cherche à préserver la virginité. Dans cette scène qui se déroule dans un jardin, Blanche évoque un jeune cavalier aperçu le dimanche à la messe. Elle ignore qu'il s'agit du roi, François I er qui l'écoute, dissimulé derrière un arbre.

Scène IV.

BLANCHE, DAME BÉRARDE, LE ROI

Pendant la première partie de la scène, le roi reste caché derrière l'arbre.

BLANCHE

Pauvre père ! si bon ! j'aurais dû l'avertir

Que le dimanche, à l'heure où nous pouvons sortir,

Un jeune homme nous suit. — Tu sais, ce beau jeune homme ?

DAME BÉRARDE

Pourquoi donc lui conter cela, madame ? En somme,

Votre père est un peu sauvage et singulier.

Vous haïssez donc bien ce jeune cavalier ?

BLANCHE

Moi le haïr ! oh ! non ! — Hélas ! bien au contraire,

Depuis que je l'ai vu, rien ne peut m'en distraire,

Du jour où son regard à mon regard parla,

Le reste n'est plus rien, je le vois toujours là,

Je suis à lui ! vois-tu, je m'en fais une idée… —

Il me semble plus grand que tous d'une coudée !

Comme il est brave et doux ! comme il est noble et fier,

Bérarde ! et qu'à cheval il doit avoir bel air !

DAME BÉRARDE

15 C'est vrai qu'il est charmant !

Elle passe près du roi, qui lui donne une poignée de pièces d'or, qu'elle empoche.

BLANCHE

Un tel homme doit être…

DAME BÉRARDE, tendant la main au roi, qui lui donne toujours de l'argent.

Accompli.

BLANCHE

Dans ses yeux on voit son cœur paraître,

Un grand cœur !

DAME BÉRARDE

Certe 1 ! un cœur immense !

À chaque mot que dit dame Bérarde, elle tend la main au roi, qui la lui remplit de pièces d'or.

BLANCHE

Valeureux.

DAME BÉRARDE, continuant son manège.

Formidable !

BLANCHE

Et pourtant… bon !

DAME BÉRARDE, tendant la main.

Tendre !

BLANCHE

Généreux.

DAME BÉRARDE, tendant la main.

Magnifique !

BLANCHE, avec un profond soupir.

Il me plaît !

DAME BÉRARDE, tendant toujours la main à chaque mot qu'elle dit.

Sa taille est sans pareille !

20 Ses yeux ! — son front ! — son nez ! —

LE ROI, à part.

Ô Dieu ! voilà la vieille

Qui m'admire en détail ! je suis dévalisé !

BLANCHE

Je t'aime d'en parler aussi bien.

DAME BÉRARDE

Je le sai 2.

LE ROI, à part.

De l'huile sur le feu !

DAME BÉRARDE

Bon, tendre, un cœur immense,

Valeureux, généreux…

LE ROI, vidant ses poches.

Diable ! elle recommence !

DAME BÉRARDE, continuant.

25 C'est un très grand seigneur, il a l'air élégant,

Et quelque chose en or de brodé sur son gant.

Elle tend la main. Le roi lui fait signe qu'il n'a plus rien.

BLANCHE

Non. Je ne voudrais pas qu'il fût seigneur ni prince.

Mais un pauvre écolier qui vient de sa province,

Cela doit mieux aimer !

DAME BÉRARDE

C'est possible, après tout,

30 Si vous le préférez ainsi.

DAME BÉRARDE, à part.

Drôle de goût !

Cerveau de jeune fille où tout se contrarie !

Essayant encore de tendre la main au Roi.

Ce beau jeune homme-là vous aime à la furie…

Le Roi ne donne pas. À part.

Je crois notre homme à sec. — Plus un sou, plus un mot.

1 Certe: au lieu de certes; liberté orthographique autorisée dans l'écriture en vers.

2 Je le sai: au lieu de je le sais; liberté orthographique autorisée dans l'écriture en vers.

Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte en vous aidant des pistes suivantes:

1- L'aveu amoureux d'une jeune fille naïve.

2- Les échanges entre Dame Bérarde et le personnage caché: une scène de comédie ?

Exercice 2 - Sujet A : Contraction de texte

A – Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31. Parcours: Notre monde vient d'en trouver un autre.

Texte de Rodolphe Christin, Manuel de l'anti-tourisme, 2008.

A – Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31. Parcours: Notre monde vient d'en trouver un autre.

Texte de Rodolphe Christin, Manuel de l'anti-tourisme, 2008.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 179 et au plus 219 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

5 Si les premiers voyageurs étaient souvent des explorateurs, ils furent, parfois à leur insu, les éclaireurs des mouvements qui les suivraient. Tous ne se doutaient pas que les sentiers marginaux qu'ils empruntaient, parfois porteurs d'innovation culturelle et de nouveaux horizons pour la vie comme pour la pensée, deviendraient plusieurs dizaines d'années plus tard des lieux communs, c'est-à-dire des « autoroutes » touristiques inscrites dans des schémas de développement plus ou moins réfléchis. […]

10 Malgré l'inventivité des voyagistes et les stratégies de différenciation élaborées par les spécialistes du marketing territorial, bien peu d'itinéraires et de destinations à potentiel marchand parviennent à échapper longtemps à une triple standardisation: standardisation des espaces d'accueil, aménagés, marqués, valorisés, sécurisés selon des principes interchangeables tels que la signalétique, l'affichage publicitaire, les formes d'urbanisation et, plus généralement, d'aménagement des territoires, par exemple. Standardisation des mentalités et des pratiques des sociétés d'accueil […] 15 au nom de la qualité, de la compétence et de la sécurité, exigence qui introduit un rapport au travail proche de celui que connaissent les professionnels occidentaux. Le processus de spécialisation touristique tend évidemment à entraîner un changement structurel des sociétés d'accueil, lorsque la polyvalence et l'autonomie des pratiques traditionnelles cèdent la place à une division du travail accentuée (plus ou moins 20 saisonnière) chez les acteurs socio-économiques dont les métiers deviennent exclusivement dédiés au tourisme, avec les dépendances que ces changements entraînent. Standardisation des pratiques touristiques elles-mêmes, réclamant les équipements adéquats pour une diversité croissante de pratiques, exigeant une diversité de lieux dédiés à leur accueil qui puissent convenir à toutes les bourses et 25 proposer divers degrés de confort et de services, pour des touristes souhaitant échanger avec les professionnels formés, informés, évidemment souriants et compétents. Des professionnels obéissant aux règles du commerce et à la demande de leur clientèle.

Bien sûr, pour échapper à cela, nous nous prenons à rêver. À rêver d'une 30 nature vierge, à des contrées « préservées », « authentiques », où nous pourrions oublier ce que nous sommes et d'où nous venons. Où nous pourrions explorer des natures et des humanités sauvées des artifices de la « civilisation ». Et nous y allons, individuellement nombreux, de plus en plus. Montagnes, déserts, Grand Nord et Grand 35 Sud, Nouvelle-Guinée, Kalahari, Amazonie… Nous pouvons aller partout. Y aller suffisamment nombreux pour que la pression collective sur ces espaces naturels et culturels jusqu'là préservés ne nuise à leur intégrité, n'en transforme les sociétés, 40 n'en chasse les animaux, n'en pollue les sites les plus remarquables et fréquentés. […]

La plupart du temps, ce phantasme de virginité naturelle 1 nous fait oublier que la nature des uns est la culture des autres. En nous répandant nombreux dans ces 45 natures nous heurtons, parfois à l'insu de tous, les cultures qui en dépendent pour vivre. Cette ruée, même tranquille au rythme du marcheur, ne va pas sans incidences allant à l'encontre de la « sauvagerie » rêvée des lieux. Les équipements fleurissent au risque de faner les paysages, les routes quadrillent des sites qui doivent être 50 accessibles au plus grand nombre, les passages sur les sentiers dérangent la faune et écrasent la flore, les décharges comblent les ravins. [...]

Contrairement à ce qu'affirme le dicton, la nature n'a pas horreur du vide; c'est l'homme de l'hypermodernité qui ne le supporte pas, dans le même temps qu'il ne se supporte plus lui-même. Plus il va loin s'oublier, plus il sème partout ses signes, et 55 moins il parvient à sortir de ses propres traces. Alors les publicitaires et la communication lui soufflent le culte de la nouveauté, des « premières », des sites encore inviolés à pénétrer, là où vivent les « derniers » peuples soi-disant authentiques, fiers, farouches… Plus ils iront nombreux, plus le tapage grandira, plus 60 le bocal se refermera. Jusqu'où ce stratagème fonctionnera-t-il ? [...]

Ainsi, tous les parcours deviennent progressivement fléchés, et même le voyageur indépendant, soucieux de le rester et pour cela refusant toute organisation, ne leur échappe plus que très difficilement. Cela malgré ses tentatives acharnées, parfois 65 désabusées et pathétiques, de sortir des réseaux balisés, des parcours obligés, des prestations de services en tout genre, des organisations envahissantes, des espaces aménagés par et pour cette idéologie pratique du développement, travaillant avec une redoutable efficacité à l'occidentalisation du monde – c'est-à-dire brisant avec plus ou 70 moins de douceur des identités locales et des arts de vivre ensemble, au nom de l'efficacité, du progrès et de la lutte contre la « pauvreté ».

Un tel diagnostic conduit à concevoir le tourisme comme une voie de diffusion de l'identité occidentale, avec le développement et le culte de la croissance économique comme justifications idéologiques, la conversion des sociétés à l'économie de marché comme modalité pratique.

798 mots

1 Phantasme de virginité naturelle: rêve d'une nature intacte.

Essai

Selon vous, les voyages sont-ils l'occasion de rencontrer d'autres cultures ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur « Des Cannibales » de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIème au XVIIIème siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 179 et au plus 219 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Exercice 2 - Sujet A : Essai

A – Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31. Parcours: Notre monde vient d'en trouver un autre.

Texte de Rodolphe Christin, Manuel de l'anti-tourisme, 2008.

A – Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31. Parcours: Notre monde vient d'en trouver un autre.

Texte de Rodolphe Christin, Manuel de l'anti-tourisme, 2008.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 179 et au plus 219 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

5 Si les premiers voyageurs étaient souvent des explorateurs, ils furent, parfois à leur insu, les éclaireurs des mouvements qui les suivraient. Tous ne se doutaient pas que les sentiers marginaux qu'ils empruntaient, parfois porteurs d'innovation culturelle et de nouveaux horizons pour la vie comme pour la pensée, deviendraient plusieurs dizaines d'années plus tard des lieux communs, c'est-à-dire des « autoroutes » touristiques inscrites dans des schémas de développement plus ou moins réfléchis. […]

10 Malgré l'inventivité des voyagistes et les stratégies de différenciation élaborées par les spécialistes du marketing territorial, bien peu d'itinéraires et de destinations à potentiel marchand parviennent à échapper longtemps à une triple standardisation: standardisation des espaces d'accueil, aménagés, marqués, valorisés, sécurisés selon des principes interchangeables tels que la signalétique, l'affichage publicitaire, les formes d'urbanisation et, plus généralement, d'aménagement des territoires, par exemple. Standardisation des mentalités et des pratiques des sociétés d'accueil […] 15 au nom de la qualité, de la compétence et de la sécurité, exigence qui introduit un rapport au travail proche de celui que connaissent les professionnels occidentaux. Le processus de spécialisation touristique tend évidemment à entraîner un changement structurel des sociétés d'accueil, lorsque la polyvalence et l'autonomie des pratiques traditionnelles cèdent la place à une division du travail accentuée (plus ou moins 20 saisonnière) chez les acteurs socio-économiques dont les métiers deviennent exclusivement dédiés au tourisme, avec les dépendances que ces changements entraînent. Standardisation des pratiques touristiques elles-mêmes, réclamant les équipements adéquats pour une diversité croissante de pratiques, exigeant une diversité de lieux dédiés à leur accueil qui puissent convenir à toutes les bourses et 25 proposer divers degrés de confort et de services, pour des touristes souhaitant échanger avec les professionnels formés, informés, évidemment souriants et compétents. Des professionnels obéissant aux règles du commerce et à la demande de leur clientèle.

Bien sûr, pour échapper à cela, nous nous prenons à rêver. À rêver d'une 30 nature vierge, à des contrées « préservées », « authentiques », où nous pourrions oublier ce que nous sommes et d'où nous venons. Où nous pourrions explorer des natures et des humanités sauvées des artifices de la « civilisation ». Et nous y allons, individuellement nombreux, de plus en plus. Montagnes, déserts, Grand Nord et Grand 35 Sud, Nouvelle-Guinée, Kalahari, Amazonie… Nous pouvons aller partout. Y aller suffisamment nombreux pour que la pression collective sur ces espaces naturels et culturels jusqu'là préservés ne nuise à leur intégrité, n'en transforme les sociétés, 40 n'en chasse les animaux, n'en pollue les sites les plus remarquables et fréquentés. […]

La plupart du temps, ce phantasme de virginité naturelle 1 nous fait oublier que la nature des uns est la culture des autres. En nous répandant nombreux dans ces 45 natures nous heurtons, parfois à l'insu de tous, les cultures qui en dépendent pour vivre. Cette ruée, même tranquille au rythme du marcheur, ne va pas sans incidences allant à l'encontre de la « sauvagerie » rêvée des lieux. Les équipements fleurissent au risque de faner les paysages, les routes quadrillent des sites qui doivent être 50 accessibles au plus grand nombre, les passages sur les sentiers dérangent la faune et écrasent la flore, les décharges comblent les ravins. [...]

Contrairement à ce qu'affirme le dicton, la nature n'a pas horreur du vide; c'est l'homme de l'hypermodernité qui ne le supporte pas, dans le même temps qu'il ne se supporte plus lui-même. Plus il va loin s'oublier, plus il sème partout ses signes, et 55 moins il parvient à sortir de ses propres traces. Alors les publicitaires et la communication lui soufflent le culte de la nouveauté, des « premières », des sites encore inviolés à pénétrer, là où vivent les « derniers » peuples soi-disant authentiques, fiers, farouches… Plus ils iront nombreux, plus le tapage grandira, plus 60 le bocal se refermera. Jusqu'où ce stratagème fonctionnera-t-il ? [...]

Ainsi, tous les parcours deviennent progressivement fléchés, et même le voyageur indépendant, soucieux de le rester et pour cela refusant toute organisation, ne leur échappe plus que très difficilement. Cela malgré ses tentatives acharnées, parfois 65 désabusées et pathétiques, de sortir des réseaux balisés, des parcours obligés, des prestations de services en tout genre, des organisations envahissantes, des espaces aménagés par et pour cette idéologie pratique du développement, travaillant avec une redoutable efficacité à l'occidentalisation du monde – c'est-à-dire brisant avec plus ou 70 moins de douceur des identités locales et des arts de vivre ensemble, au nom de l'efficacité, du progrès et de la lutte contre la « pauvreté ».

Un tel diagnostic conduit à concevoir le tourisme comme une voie de diffusion de l'identité occidentale, avec le développement et le culte de la croissance économique comme justifications idéologiques, la conversion des sociétés à l'économie de marché comme modalité pratique.

798 mots

1 Phantasme de virginité naturelle: rêve d'une nature intacte.

Essai

Selon vous, les voyages sont-ils l'occasion de rencontrer d'autres cultures ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur « Des Cannibales » de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIème au XVIIIème siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Essai

Selon vous, les voyages sont-ils l'occasion de rencontrer d'autres cultures ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur « Des Cannibales » de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2 - Sujet B : Contraction de texte

B- Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.

Contraction de texte

B- Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.

Texte d'après Janick Auberger: « Entre l'écrit et l'image, l'animal de fiction, un homme travesti ? », Contre-Jour, n° 13, automne 2007.

L'animal fictif, le héros des fables, des contes et des recueils d'illustrations peut

prendre divers aspects: par le zoomorphisme, un homme peut avoir des traits

animaux, il peut être possédé par l'animal, réagir comme l'animal; et par

l'anthropomorphisme, un animal peut être humanisé, parler comme l'homme. Ce

5 dernier cas de figure est connu depuis l'Antiquité et ne choque pas. Le zoomorphisme,

lui, est beaucoup plus troublant. L'homme occidental accepte mal d'avoir de l'animal

en lui, tant la religion que la philosophie ont largement concouru à lui interdire cette

« déchéance ». Voyons l'un et l'autre, l'homme animalisé puis l'animal humanisé.

Quand l'homme est complètement animalisé, il a pu être, dans la tradition, le résultat

10 d'une métamorphose, le plus souvent punitive: Les Métamorphoses d'Ovide, ou celles

de la mythologie grecque, voient souvent un être humain animalisé par une divinité

jalouse (le chasseur Actéon transformé en cerf par Artémis, ou Arachné devenue

araignée…). Évidemment, les auteurs jouent avec la métaphore: ce ne sont pas de

vrais animaux, l'histoire naturelle et la réalité de l'animal n'y gagnent rien, mais les

15 tendances de l'individu s'y voient travesties efficacement, permettant à l'homme de

mieux se connaître…

Dans les contes pour enfants, la transformation est généralement achevée quand

l'histoire commence, c'est le héros qui, depuis le début, est animalisé. Mais la

métamorphose n'est heureusement pas définitive: le héros reprendra généralement

20 sa morphologie humaine lorsqu'il aura triomphé de son apparence et aura gagné

l'amour de son ou sa partenaire, comme La Belle et la Bête de Mme Leprince de

Beaumont (1756). Mais ce passage de l'homme à l'animal n'est pas le plus facile à

représenter. Il est plus difficile à accepter en tout cas que l'inverse, l'animal

anthropomorphisé. Presque toujours, la métamorphose de l'homme devenu animal est

25 une régression, une chute. Il est rare que le monde animal soit idéalisé. Les poètes se

reconnaissent parfois en lui (Baudelaire dans « L'Albatros » ou dans « Le Chat »).

Mais ce jugement est peu fréquent et il est ambigu: la femme-chatte de Baudelaire

est dangereuse et volontiers fourbe, et l'Albatros est un prince incompris et déchu, un

perdant. Plus sûrement, quand l'homme suit ses seules passions, il s'animalise.

30 L'anthropomorphisme est plus inoffensif que le zoomorphisme. Les animaux

pensent, parlent comme des êtres humains, et tout leur comportement est un

comportement humain. En fait, il semble bien que l'animal parle de l'homme et non de

lui-même; il n'est plus qu'un prête-nom, un prétexte à connaître l'humain. Les fables

et les contes ont usé et abusé de ces animaux-prétextes, cachant sous la fiction une

35 morale bien lisible. L'essentiel pour l'écrivain ou le fabuliste est de renvoyer au monde

familier pour éclairer une pensée abstraite. Il est vrai que ces fictions se sont

adressées d'abord aux adultes et continueront longtemps à le faire: les fabliaux du

Moyen Âge en sont un bon exemple, le Roman de Renart également. Goupil, Ysengrin,

Brun et les autres sont de merveilleux personnages dont les aventures peuvent faire

40 rire un enfant, mais ils servent aussi à critiquer les mœurs et la société des hommes.

Les Fables de La Fontaine, inspirées d'Ésope et de Phèdre, avant d'être récupérées

dans des éditions pour la jeunesse, étaient aussi une façon de critiquer le siècle de

Louis XIV. Dans ces cas-là, il est clair que les animaux ne sont que prétextes, ils

agissent comme des humains, mais avec plus de liberté d'action encore, puisque leur

45 animalité leur permet de dépasser certaines limites que l'humain ne saurait franchir.

Le procédé qui consiste à passer par l'animal pour viser l'homme est un procédé de

style qui apporte décalage et distanciation, légèreté et humour à une analyse qui,

autrement, serait peut-être plus austère: une fable de La Fontaine paraît plus légère

qu'un caractère de La Bruyère, et l'animal y est pour beaucoup, même si la morale est

50 la même.

L'écrivain, le conteur, le dessinateur, le cinéaste ont la liberté absolue de faire de

l'animal absolument ce qu'ils veulent, à des fins ludiques, démonstratives ou

esthétiques. L'animal est matériau pur de leur création, et au moins ils ne se cachent

pas pour en jouer. Pour notre plus grand plaisir… Mais force est de constater que cela

55 ne semble pas avoir changé le regard posé sur les rapports entre les hommes et les

animaux.

768 mots

Vous résumerez ce texte en 192 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 173 mots et au plus 211 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Exercice 2 - Sujet B : Essai

B- Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.

Essai

B- Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.

Texte d'après Janick Auberger: « Entre l'écrit et l'image, l'animal de fiction, un homme travesti ? », Contre-Jour, n° 13, automne 2007.

L'animal fictif, le héros des fables, des contes et des recueils d'illustrations peut

prendre divers aspects: par le zoomorphisme, un homme peut avoir des traits

animaux, il peut être possédé par l'animal, réagir comme l'animal; et par

l'anthropomorphisme, un animal peut être humanisé, parler comme l'homme. Ce

5 dernier cas de figure est connu depuis l'Antiquité et ne choque pas. Le zoomorphisme,

lui, est beaucoup plus troublant. L'homme occidental accepte mal d'avoir de l'animal

en lui, tant la religion que la philosophie ont largement concouru à lui interdire cette

« déchéance ». Voyons l'un et l'autre, l'homme animalisé puis l'animal humanisé.

Quand l'homme est complètement animalisé, il a pu être, dans la tradition, le résultat

10 d'une métamorphose, le plus souvent punitive: Les Métamorphoses d'Ovide, ou celles

de la mythologie grecque, voient souvent un être humain animalisé par une divinité

jalouse (le chasseur Actéon transformé en cerf par Artémis, ou Arachné devenue

araignée…). Évidemment, les auteurs jouent avec la métaphore: ce ne sont pas de

vrais animaux, l'histoire naturelle et la réalité de l'animal n'y gagnent rien, mais les

15 tendances de l'individu s'y voient travesties efficacement, permettant à l'homme de

mieux se connaître…

Dans les contes pour enfants, la transformation est généralement achevée quand

l'histoire commence, c'est le héros qui, depuis le début, est animalisé. Mais la

métamorphose n'est heureusement pas définitive: le héros reprendra généralement

20 sa morphologie humaine lorsqu'il aura triomphé de son apparence et aura gagné

l'amour de son ou sa partenaire, comme La Belle et la Bête de Mme Leprince de

Beaumont (1756). Mais ce passage de l'homme à l'animal n'est pas le plus facile à

représenter. Il est plus difficile à accepter en tout cas que l'inverse, l'animal

anthropomorphisé. Presque toujours, la métamorphose de l'homme devenu animal est

25 une régression, une chute. Il est rare que le monde animal soit idéalisé. Les poètes se

reconnaissent parfois en lui (Baudelaire dans « L'Albatros » ou dans « Le Chat »).

Mais ce jugement est peu fréquent et il est ambigu: la femme-chatte de Baudelaire

est dangereuse et volontiers fourbe, et l'Albatros est un prince incompris et déchu, un

perdant. Plus sûrement, quand l'homme suit ses seules passions, il s'animalise.

30 L'anthropomorphisme est plus inoffensif que le zoomorphisme. Les animaux

pensent, parlent comme des êtres humains, et tout leur comportement est un

comportement humain. En fait, il semble bien que l'animal parle de l'homme et non de

lui-même; il n'est plus qu'un prête-nom, un prétexte à connaître l'humain. Les fables

et les contes ont usé et abusé de ces animaux-prétextes, cachant sous la fiction une

35 morale bien lisible. L'essentiel pour l'écrivain ou le fabuliste est de renvoyer au monde

familier pour éclairer une pensée abstraite. Il est vrai que ces fictions se sont

adressées d'abord aux adultes et continueront longtemps à le faire: les fabliaux du

Moyen Âge en sont un bon exemple, le Roman de Renart également. Goupil, Ysengrin,

Brun et les autres sont de merveilleux personnages dont les aventures peuvent faire

40 rire un enfant, mais ils servent aussi à critiquer les mœurs et la société des hommes.

Les Fables de La Fontaine, inspirées d'Ésope et de Phèdre, avant d'être récupérées

dans des éditions pour la jeunesse, étaient aussi une façon de critiquer le siècle de

Louis XIV. Dans ces cas-là, il est clair que les animaux ne sont que prétextes, ils

agissent comme des humains, mais avec plus de liberté d'action encore, puisque leur

45 animalité leur permet de dépasser certaines limites que l'humain ne saurait franchir.

Le procédé qui consiste à passer par l'animal pour viser l'homme est un procédé de

style qui apporte décalage et distanciation, légèreté et humour à une analyse qui,

autrement, serait peut-être plus austère: une fable de La Fontaine paraît plus légère

qu'un caractère de La Bruyère, et l'animal y est pour beaucoup, même si la morale est

50 la même.

L'écrivain, le conteur, le dessinateur, le cinéaste ont la liberté absolue de faire de

l'animal absolument ce qu'ils veulent, à des fins ludiques, démonstratives ou

esthétiques. L'animal est matériau pur de leur création, et au moins ils ne se cachent

pas pour en jouer. Pour notre plus grand plaisir… Mais force est de constater que cela

55 ne semble pas avoir changé le regard posé sur les rapports entre les hommes et les

animaux.

768 mots

Parler de l'animal, est-ce forcément parler de l'Homme ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Fables de La Fontaine, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2 - Sujet C : Contraction de texte

C – Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.

Contraction de texte

C – Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.

Texte d'après Antoine Lilti, « L'héritage des Lumières », Les Grands dossiers des Sciences humaines, n° 56, septembre-octobre-novembre 2019.

1 Les Lumières: le mot ne laisse personne indifférent. Il évoque des souvenirs scolaires, Candide et l' Encyclopédie, mais il est aussi investi d'une forte charge affective et politique. Les Lumières se présentent à nous comme une tradition qu'il faudrait défendre et approfondir, ou, à l'inverse, critiquer et combattre. Réunir les 5 philosophes du 18 ème siècle, leurs textes et leurs idées, sous la catégorie de « Lumières », c'est réclamer un héritage. Les philosophes des Lumières seraient nos pères fondateurs: les théoriciens de la démocratie libérale, de la tolérance religieuse, du progrès scientifique. Déjà, sous la Révolution française, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau furent placés côte à côte au Panthéon. Leurs désaccords ne pesaient plus 10 rien face au besoin ressenti par les révolutionnaires de se construire une légitimité rétrospective 1. Les Lumières ne désignent donc pas un simple moment dans l'histoire de la pensée européenne. Elles évoquent toujours un héritage, un ensemble de valeurs qui nous ont été transmises et dont nous devons éprouver la validité dans un monde qui ressemble de moins en moins à celui de Diderot et d'Alembert. Aujourd'hui 15 encore, devant les crises de la modernité, le retour du religieux, les inquiétudes écologiques, les périls de la mondialisation et le regain des nationalismes, l'héritage des Lumières est périodiquement invoqué, comme un viatique ou un talisman 2. Mais quelle est, précisément, sa nature ? Ici, les avis divergent.

Trop souvent, les Lumières sont décrites comme un bloc homogène. Elles 20 désignent alors le culte de la raison et du progrès, le rejet des croyances religieuses, l'attachement aux libertés et aux droits humains. En France, en particulier, les Lumières semblent faire office d'idéologie officielle d'un républicanisme laïc, où l'émancipation 3 par le savoir irait de pair avec un universalisme abstrait indifférent, voire hostile, aux différences culturelles.

25 Devant un tel tableau, les adversaires des Lumières ont beau jeu d'en souligner la part obscure, ou du moins les aveuglements. Depuis deux siècles, la raison a montré ses limites: elle peut être mise au service de l'exploitation aussi sûrement que de l'émancipation. Le libéralisme économique et le commerce n'ont pas toujours apporté la paix et la prospérité, mais ont aussi alimenté la violence et l'impérialisme. Les 30 avancées scientifiques ont permis une industrialisation massive, dont nous payons aujourd'hui les conséquences écologiques.

Penser correctement l'héritage des Lumières implique de sortir de ce « chantage aux Lumières » (Michel Foucault) qui oblige à prendre position pour ou contre une image caricaturale sur laquelle chacun projette ses fantasmes.

35 Il faut, pour cela, prendre au sérieux les tensions et les désaccords qui opposaient les philosophes. Presque chaque élément de la définition traditionnelle des Lumières peut être contesté. Des Lumières anti-religieuses ? On rappellera que l'anticléricalisme de Voltaire s'accorde bien avec le déisme et rejette farouchement l'athéisme de 40 Diderot ou du baron d'Holbach. De nombreux courants des Lumières ont cherché activement à concilier la raison et la foi. De même, sur le plan politique, si quelques rares auteurs sont ouvertement favorables à la démocratie et à la souveraineté du peuple, ils sont très minoritaires: les Lumières sont plutôt modérées, comptant sur les 44 autorités monarchiques et les institutions d'Ancien Régime pour faire reculer les 45 préjugés et la superstition. De même le culte du « progrès » est une idée du 19 ème siècle, pas du 18 ème siècle. Les philosophes des Lumières espéraient des progrès ponctuels, sans espérer qu'ils soient nécessairement liés en un mouvement unifié; leur optimisme modéré n'était pas exempt d'inquiétude, voire d'une mélancolie qui culmina, à la fin du siècle, dans l'esthétique des ruines.

50 On pourrait multiplier les exemples. L'essentiel est de comprendre que les Lumières ne désignent pas un ensemble cohérent de propositions théoriques dont on pourrait aisément se réclamer. Il faut plutôt y voir l'ensemble des débats qui ont accompagné l'effort des écrivains européens pour penser la transformation, sous leurs yeux, des sociétés traditionnelles.

55 Contrairement à la caricature qui en a été faite par leurs adversaires, mais aussi, reconnaissons-le, par certains de leurs héritiers, les écrivains des Lumières n'étaient pas des prophètes dogmatiques 4 de la raison, du matérialisme et du progrès. Ils ont cherché à articuler une démarche militante, celle du combat inlassable contre le fanatisme et l'injustice, et une visée ironique, travaillée par le doute et l'incertitude. 60 C'est pourquoi leurs genres préférés ne sont pas le traité, mais le dialogue et le conte: des formes qui permettent l'expression du doute, la prise de distance, l'autocritique. Les Lumières ne nous fournissent pas des réponses: elles ont formulé les questions auxquelles nous cherchons aujourd'hui encore à répondre.

795 mots

1 Se construire une légitimité rétrospective: se justifier en se réclamant de penseurs et de philosophes reconnus tels que Voltaire et Rousseau.

2 Viatique ou talisman: au sens figuré, aide, secours, soutien.

3 Émancipation: libération.

4 Dogmatiques: certains de détenir la vérité.

Vous résumerez ce texte en 199 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 179 mots et au plus 219 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Exercice 2 - Sujet C : Essai

Sujet C: Essai

C – Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.

Texte d'après Antoine Lilti, « L'héritage des Lumières », Les Grands dossiers des Sciences humaines, n° 56, septembre-octobre-novembre 2019.

1 Les Lumières: le mot ne laisse personne indifférent. Il évoque des souvenirs scolaires, Candide et l' Encyclopédie, mais il est aussi investi d'une forte charge affective et politique. Les Lumières se présentent à nous comme une tradition qu'il faudrait défendre et approfondir, ou, à l'inverse, critiquer et combattre. Réunir les 5 philosophes du 18 ème siècle, leurs textes et leurs idées, sous la catégorie de « Lumières », c'est réclamer un héritage. Les philosophes des Lumières seraient nos pères fondateurs: les théoriciens de la démocratie libérale, de la tolérance religieuse, du progrès scientifique. Déjà, sous la Révolution française, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau furent placés côte à côte au Panthéon. Leurs désaccords ne pesaient plus 10 rien face au besoin ressenti par les révolutionnaires de se construire une légitimité rétrospective 1. Les Lumières ne désignent donc pas un simple moment dans l'histoire de la pensée européenne. Elles évoquent toujours un héritage, un ensemble de valeurs qui nous ont été transmises et dont nous devons éprouver la validité dans un monde qui ressemble de moins en moins à celui de Diderot et d'Alembert. Aujourd'hui 15 encore, devant les crises de la modernité, le retour du religieux, les inquiétudes écologiques, les périls de la mondialisation et le regain des nationalismes, l'héritage des Lumières est périodiquement invoqué, comme un viatique ou un talisman 2. Mais quelle est, précisément, sa nature ? Ici, les avis divergent.

Trop souvent, les Lumières sont décrites comme un bloc homogène. Elles 20 désignent alors le culte de la raison et du progrès, le rejet des croyances religieuses, l'attachement aux libertés et aux droits humains. En France, en particulier, les Lumières semblent faire office d'idéologie officielle d'un républicanisme laïc, où l'émancipation 3 par le savoir irait de pair avec un universalisme abstrait indifférent, voire hostile, aux différences culturelles.

25 Devant un tel tableau, les adversaires des Lumières ont beau jeu d'en souligner la part obscure, ou du moins les aveuglements. Depuis deux siècles, la raison a montré ses limites: elle peut être mise au service de l'exploitation aussi sûrement que de l'émancipation. Le libéralisme économique et le commerce n'ont pas toujours apporté la paix et la prospérité, mais ont aussi alimenté la violence et l'impérialisme. Les 30 avancées scientifiques ont permis une industrialisation massive, dont nous payons aujourd'hui les conséquences écologiques.

Penser correctement l'héritage des Lumières implique de sortir de ce « chantage aux Lumières » (Michel Foucault) qui oblige à prendre position pour ou contre une image caricaturale sur laquelle chacun projette ses fantasmes.

35 Il faut, pour cela, prendre au sérieux les tensions et les désaccords qui opposaient les philosophes. Presque chaque élément de la définition traditionnelle des Lumières peut être contesté. Des Lumières anti-religieuses ? On rappellera que l'anticléricalisme de Voltaire s'accorde bien avec le déisme et rejette farouchement l'athéisme de 40 Diderot ou du baron d'Holbach. De nombreux courants des Lumières ont cherché activement à concilier la raison et la foi. De même, sur le plan politique, si quelques rares auteurs sont ouvertement favorables à la démocratie et à la souveraineté du peuple, ils sont très minoritaires: les Lumières sont plutôt modérées, comptant sur les 44 autorités monarchiques et les institutions d'Ancien Régime pour faire reculer les 45 préjugés et la superstition. De même le culte du « progrès » est une idée du 19 ème siècle, pas du 18 ème siècle. Les philosophes des Lumières espéraient des progrès ponctuels, sans espérer qu'ils soient nécessairement liés en un mouvement unifié; leur optimisme modéré n'était pas exempt d'inquiétude, voire d'une mélancolie qui culmina, à la fin du siècle, dans l'esthétique des ruines.

50 On pourrait multiplier les exemples. L'essentiel est de comprendre que les Lumières ne désignent pas un ensemble cohérent de propositions théoriques dont on pourrait aisément se réclamer. Il faut plutôt y voir l'ensemble des débats qui ont accompagné l'effort des écrivains européens pour penser la transformation, sous leurs yeux, des sociétés traditionnelles.

55 Contrairement à la caricature qui en a été faite par leurs adversaires, mais aussi, reconnaissons-le, par certains de leurs héritiers, les écrivains des Lumières n'étaient pas des prophètes dogmatiques 4 de la raison, du matérialisme et du progrès. Ils ont cherché à articuler une démarche militante, celle du combat inlassable contre le fanatisme et l'injustice, et une visée ironique, travaillée par le doute et l'incertitude. 60 C'est pourquoi leurs genres préférés ne sont pas le traité, mais le dialogue et le conte: des formes qui permettent l'expression du doute, la prise de distance, l'autocritique. Les Lumières ne nous fournissent pas des réponses: elles ont formulé les questions auxquelles nous cherchons aujourd'hui encore à répondre.

795 mots

1 Se construire une légitimité rétrospective: se justifier en se réclamant de penseurs et de philosophes reconnus tels que Voltaire et Rousseau.

2 Viatique ou talisman: au sens figuré, aide, secours, soutien.

3 Émancipation: libération.

4 Dogmatiques: certains de détenir la vérité.

Se pose-t-on aujourd'hui les mêmes questions que celles qui préoccupaient les écrivains des Lumières ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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