Exercice 2-B - Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2021
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2021)
Énoncé
B – Jean de La Fontaine, Fables, livres VII à IX. Parcours: Imagination et pensée au XVII ème siècle.
Texte de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduit de l'anglais par Théo Carlier, 1976.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 202 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 182 mots et au plus 222 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Pour découvrir le sens profond de la vie, il faut être capable de dépasser les limites étroites d'une existence égocentrique et croire que l'on peut apporter quelque chose à sa propre vie, sinon immédiatement, du moins dans l'avenir. Ce sentiment est indispensable à l'individu s'il veut être satisfait de lui-même et de ce qu'il fait. Pour ne pas être à la merci des hasards de la vie, il doit développer ses ressources intérieures afin que les sentiments, l'imagination et l'intellect s'appuient et s'enrichissent 5 mutuellement. Nos sentiments positifs nous donnent la force de développer notre rationalité; seule notre confiance en l'avenir peut nous soutenir contre les adversités 1 que nous ne pouvons éviter de rencontrer.
10 Lorsque je m'occupais d'enfants gravement perturbés, en tant qu'éducateur et thérapeute, l'essentiel de mon travail consistait à donner un sens à leur existence. Ce travail m'a fait apparaître comme une évidence que si leurs éducateurs avaient su donner un sens à leur existence, ces enfants n'auraient pas eu besoin de soins spéciaux. J'ai été amené à rechercher les expériences qui, dans la vie de l'enfant, étaient les plus 15 propres à l'aider à découvrir ses raisons de vivre et, en général, à donner le maximum de sens à sa vie. En ce qui concerne ces expériences, rien n'est plus important que l'influence des parents et de tous ceux qui éduquent l'enfant; vient ensuite notre héritage culturel, s'il est transmis convenablement à l'enfant. Quand il est jeune, c'est 20 dans les livres qu'il peut le plus aisément trouver ces informations.
À partir de là, je me suis trouvé très insatisfait de la plus grande partie de la littérature destinée à former l'esprit et la personnalité de l'enfant; elle est incapable, en effet, de stimuler et d'alimenter les ressources intérieures qui lui sont indispensables pour affronter ses difficiles problèmes. Les abécédaires et autres livres 25 pour débutants sont étudiés pour enseigner la technique de la lecture, et ne servent à rien d'autre. La masse énorme des autres livres et publications qui forment ce qu'on appelle la « littérature enfantine » vise à amuser l'enfant ou à l'informer, ou les deux à la fois. Mais la substance de ces écrits est si pauvre qu'elle n'a guère de signification
profonde pour lui. L'acquisition des techniques – y compris celle de la lecture – perd 30 de la valeur si ce que l'enfant a appris à lire n'ajoute rien d'important à sa vie. […]
L'enfant ne peut pas croire que ses lectures puissent enrichir plus tard sa vie si les histoires qu'on lui lit ou qu'il lit tout seul sont dénuées de sens. Le principal reproche que l'on puisse faire à ces livres, c'est qu'ils trompent l'enfant sur ce que la littérature 35 peut lui apporter: la connaissance du sens plus profond de la vie et ce qui est significatif pour lui au niveau de développement qu'il a atteint.
Pour qu'une histoire accroche vraiment l'attention de l'enfant, il faut qu'elle le divertisse et qu'elle éveille sa curiosité. Mais, pour enrichir sa vie, il faut en outre qu'elle stimule son imagination; qu'elle l'aide à développer son intelligence et à voir clair dans 40 ses émotions; qu'elle soit accordée à ses angoisses et à ses aspirations; qu'elle lui fasse prendre conscience de ses difficultés, tout en lui suggérant des solutions aux problèmes qui le troublent. Bref, elle doit, en un seul et même temps, se mettre en accord avec tous les aspects de sa personnalité sans amoindrir, au contraire en la
reconnaissant pleinement, la gravité de la situation de l'enfant et en lui donnant par la même occasion confiance en lui et en son avenir. […]
45 L'enfant, parce que la vie lui semble souvent déroutante, a le plus grand besoin qu'on lui donne une chance de se comprendre mieux au sein du monde complexe qu'il doit affronter. Il faut donc l'aider à mettre un peu de cohérence dans le tumulte de ses sentiments. Il a besoin d'idées qui lui permettent de mettre de l'ordre dans sa maison intérieure et, sur cette base, dans sa vie également. Il a besoin – et il est inutile 50 d'insister sur ce point à l'époque actuelle de notre histoire – d'une éducation qui, subtilement, uniquement par sous-entendus, lui fasse voir les avantages d'un comportement conforme à la morale, non par l'intermédiaire de préceptes éthiques 2 abstraits, mais par le spectacle des aspects tangibles 3 du bien et du mal qui prennent alors pour lui toute leur signification.
808 mots
1 Adversités: obstacles, oppositions.
2 Préceptes éthiques: principes moraux, règles morales à observer.
3 Tangibles: concrets, palpables.
Essai
Les œuvres de fiction ont-elles uniquement pour but de distraire ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Fables de La Fontaine, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Les œuvres de fiction ont-elles uniquement pour but de distraire ?
Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de réponse : Introduction : - Accroche : Depuis l'Antiquité, la fiction narrative séduit par le plaisir du récit et l'imaginaire qu'elle déploie. - Définition & tension : « Distraire » signifie divertir, faire oublier le quotidien, mais aussi détourner l'esprit. Réduire la fiction à un simple divertissement gratuit occulte sa portée éducative, argumentative et philosophique. - Problématique : Si la fiction charme le lecteur, n'est-elle qu'un délassement superficiel ou constitue-t-elle plutôt un moyen privilégié d'accéder à la réflexion morale, politique et existentielle ? - Annonce du plan : Nous verrons d'abord que la fiction a pour vocation évidente de plaire et de faire s'évader. Puis nous montrerons qu'elle sert traditionnellement de vecteur d'instruction et de contestation. Enfin, nous verrons qu'elle joue un rôle psychologique et formateur essentiel pour donner du sens à l'existence humaine. --- I. La fiction : une fonction première de divertissement et de séduction 1. Le plaisir du récit et l'évasion : La fiction crée des mondes possibles. Elle suscite l'émotion, le rire ou l'angoisse et captive le lecteur par ses péripéties (contes merveilleux, romans d'aventures). 2. L'impératif classique de « plaire » (*placere*) : Pour retenir l'attention, l'auteur doit d'abord amuser. Dans « Le Pouvoir des Fables » (VIII, 4), le peuple d'Athènes délaisse le discours grave de l'orateur mais l'écoute dès qu'il conte une fable : « Le monde est vieux, dit-on ; je le crois, cependant / Il le faut amuser encor comme un enfant ». Bettelheim le reconnaît aussi : une histoire doit d'abord divertir l'enfant et éveiller sa curiosité. 3. La beauté poétique : Les fables valent aussi comme objets d'art. Le rythme, la vivacité du récit et la variété des vers procurent une jouissance esthétique. --- II. Mais la fiction est indissociable de l'instruction morale et de la critique du monde 1. « Instruire » (*docere*) par l'apologue : Dans sa Préface, La Fontaine distingue le corps de la fable (le récit) et son âme (la moralité). La fiction est l'enveloppe attrayante qui fait accepter une vérité : « Une morale nue apporte de l'ennui / Le conte fait passer le précepte avec lui ». 2. La critique politique et sociale sous le masque de l'allégorie : Les animaux permettent de peindre la cour de Louis XIV en contournant la censure. « Les Obsèques de la Lionne » (VIII, 14) dénonce l'hypocrisie courtisane. « Les Animaux malades de la peste » (VII, 1) condamne une justice partiale : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». 3. L'efficacité de l'argumentation indirecte : Au XVIIIe siècle, Voltaire recourt au conte philosophique (*Candide*, *Zadig*) et Montesquieu au roman épistolaire (*Lettres persanes*). Tous deux combattent ainsi le fanatisme, l'intolérance et l'arbitraire. Le regard faussement naïf du personnage invite le lecteur à juger par lui-même. --- III. La fiction, une nécessité intérieure qui aide à construire et à penser sa vie 1. Une fonction psychologique et formatrice : Pour Bettelheim, une histoire véritable stimule l'imagination et aide l'enfant à voir clair dans ses émotions. Elle s'accorde à ses angoisses, lui suggère des solutions et lui donne confiance en lui et en son avenir. Une littérature qui ne fait qu'amuser ou informer « trompe l'enfant » sur ce que la littérature peut lui apporter. 2. Une morale incarnée plutôt qu'abstraite : La fiction rend « tangibles » le bien et le mal au lieu d'imposer des préceptes, ce qui rejoint la démarche de La Fontaine. « Le Rat qui s'est retiré du monde » (VII, 3) fait éprouver l'égoïsme. « Le Gland et la Citrouille » (IX, 4) invite à l'humilité de la pensée. 3. Imagination et pensée : Au XVIIe siècle, l'imagination n'est pas seulement une « maîtresse d'erreur », comme le pense Pascal. La Fontaine en montre l'ambivalence dans « Un animal dans la lune » (VII, 17) et « La Laitière et le Pot au lait » (VII, 9). La fiction devient ainsi un instrument de réflexion sur les illusions humaines elles-mêmes. --- Conclusion : La fiction distrait, et ce plaisir est essentiel : sans lui, aucune leçon ne serait entendue. Mais elle ne se réduit pas au divertissement. Fidèle à l'idéal classique « plaire et instruire », elle forme le jugement, critique la société et aide chacun à donner un sens à sa vie. Ouverture : on peut se demander si les fictions contemporaines (séries, jeux vidéo) conservent cette double vocation ou si elles privilégient le pur divertissement.
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