Exercice 2.B - Essai · Bac STMG Français Polynésie 2021 (jour 2)

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Jour 2 (2021)

Énoncé

B - Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours: Imagination et pensée au XVIIe siècle.

B - Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours: Imagination et pensée au XVIIe siècle.

Philippe Meirieu, « Entrer dans le récit », Revue Sciences Humaines, n°274, octobre 2015.

1 Jean Piaget 1, en 1925, s'intéresse à la manière dont des enfants de 4 à 12 ans parviennent à construire un récit à partir d'un couple d'images: « Regarde bien ces deux images. C'est la même histoire. La première, c'est le commencement de l'histoire. L'autre, c'est la fin de l'histoire. Regarde bien et raconte-moi toute l'histoire. » 5 Les enfants soumis à ce test rencontrent de grandes difficultés à relier les deux images. Pourtant, les mêmes personnages y figurent de façon très explicite et les liens possibles entre les deux situations sont faciles à imaginer… Jusqu'à 8 ans, trois-quarts des enfants ne sont pas capables – bien qu'on leur dise que les deux images représentent une même histoire – d'identifier les personnages communs, au dessin pourtant très caractéristique. 10 C'est au-delà de 8 ans que les enfants repèrent progressivement la possibilité d'une relation, ce qui amène J. Piaget à conclure que « la difficulté à identifier les personnages correspondants d'une série d'images n'est que le cas particulier d'une difficulté très générale chez l'enfant et que l'on peut appeler la difficulté à faire interférer les groupements logiques ».

15 Certes, les enfants d'aujourd'hui ne sont plus ceux de 1925 et baignés très tôt dans un flux d'images animées qui, fort probablement, faciliterait leur réussite au test de J. Piaget. Certes, le protocole piagétien neutralise volontairement toute intervention pédagogique facilitatrice. Mais, pour autant, l'expérience de J. Piaget reste relativement d'actualité: elle a le mérite de montrer que le fait de « faire interférer », « mettre en 20 relation », « inventer pour relier » n'est pas une attitude spontanée, qu'elles sont difficiles à acquérir et doivent donc faire l'objet d'une formation !

Cette difficulté d'accès au récit élaboré est problématique et, si elle n'est ni prise en charge par une pédagogie spécifique à l'école ni compensée par des pratiques familiales régulières (lire et raconter des histoires, échanger des anecdotes, faire le récit de sa journée, 25 etc.), elle constitue un profond handicap pour le développement de la personne, l'accès à la pensée et même, tout simplement, la communication quotidienne professionnelle (qui est, le plus souvent, structurée comme un récit).

Car, comme nous l'a appris Paul Ricœur, le récit est une structure langagière qui fait sens: il transforme les faits (chaotiques et, par définition, infinis) en événements qui 30 s'enchaînent les uns aux autres; il permet ainsi, tout à la fois, d'isoler ce qu'on choisit de privilégier et de le mettre en relation en choisissant un point de vue particulier.

C'est pourquoi, du côté de l'énonciateur, le récit est un élément essentiel de la construction de l'identité, dans ses deux volets indissociables, l'unité et l'inventivité: Jérôme Bruner nous explique que « se raconter, c'est bâtir une histoire qui dirait qui nous sommes, 35 ce qui s'est passé et pourquoi nous faisons ce que nous faisons ». Mais c'est aussi un moyen – implicite ou explicite – d'explorer des possibles: quand je dis « j'ai fait cela », je dis, aussi, d'une certaine manière, « j'aurais pu faire autrement ». Et quand les choses se sont réellement passées, cette idée ne m'est pas venue à l'esprit, ce récit m'ouvre néanmoins des perspectives pour la prochaine fois, pour tout à l'heure ou pour demain. Le 40 récit – que je parle de moi ou d'un tiers – comporte, en effet, toujours deux aspects: ce que je dis, la manière dont j'enchaîne les événements dans une temporalité qui leur donne sens, et l'inévitable ellipse, ce que je tais volontairement ou involontairement, mes hésitations, mes retours en arrière, mes silences, même ténus, mes repentirs, même à peine visibles… Il y a donc, dans tout récit, quelque chose d'attendu, de « générique » (et qui identifie le récit 45 à une catégorie: le drame, l'histoire drôle, la romance, l'affrontement, etc.) et une part d'inattendu qui affleure toujours plus ou moins, une part d'ouverture qui est aussi une possibilité fantastique de faire « l'expérience narrative de la liberté ».

Du côté du récepteur du récit, il se passe aussi des choses essentielles: il apprend progressivement à découvrir que, selon l'expression de J. Bruner, « tout narrateur a un point 50 de vue et chacun a un droit inaliénable 2 à interroger celui-ci ». Quels que soient les efforts du locuteur pour « ancrer » son récit dans la réalité, il ne peut pas tout expliquer, tout justifier, encore moins barrer toutes les issues que le héros – qui parle ou dont on parle – n'a pas empruntées. Tout récit ouvre toujours au questionnement: il mobilise ainsi, tout à la fois, l'imaginaire et la démarche de vérification. Il interpelle celui qui l'écoute et ce n'est 55 pas parce que nous nous y laissons « embarquer » que nous renonçons à faire fonctionner notre propre intelligence narrative… Tout au contraire.

(816 mots)

1 Jean Piaget: spécialiste de psychologie de l'enfant.

2 Inaliénable: qui ne peut être ôté.

Essai

Pourquoi selon vous le récit donne-t-il au lecteur à la fois du plaisir et des clés pour comprendre le monde ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de la Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Énoncé: Exercice 2.B - Essai · Bac STMG Français Polynésie 2021 (jour 2)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Pourquoi selon vous le récit donne-t-il au lecteur à la fois du plaisir et des clés pour comprendre le monde ?

Réponse : Un essai réussi pourrait s'organiser ainsi : I. Le récit procure du plaisir au lecteur : plaisir de l'imaginaire et de l'évasion (chez La Fontaine, le charme des fables, la vivacité des dialogues d'animaux, la variété des tons), plaisir esthétique lié à la forme (vers, rythme, chute inattendue), plaisir de l'identification aux personnages et de la surprise narrative (« l'expérience narrative de la liberté » selon Meirieu). II. Le récit donne des clés pour comprendre le monde : il transforme le chaos des faits en événements reliés et porteurs de sens (Ricœur), il permet de construire son identité et d'explorer des possibles (Bruner), et chez La Fontaine la fable, par son détour animalier, délivre une morale sur les comportements humains, les rapports de pouvoir, la ruse, la vanité, etc. III. Plaisir et compréhension sont indissociables : c'est parce que le récit plaît qu'il capte l'attention et permet ainsi de faire passer un enseignement (la fable instruit en divertissant, selon la formule classique du XVIIe siècle) ; le lecteur, comme le souligne Meirieu, est aussi amené à interroger le récit, ce qui approfondit sa compréhension du monde tout en nourrissant son plaisir de lecture. La conclusion peut élargir vers d'autres formes de récit (roman, cinéma) qui remplissent la même double fonction.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

‹ Exercice 2.A - Essai · Polynésie 2021 (jour 2) · Exercice 2.C - Essai · Polynésie 2021 (jour 2) ›

Plus d’exercices d’Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle