Exercice II - Sujet B.1 - Essai · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2021

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2021)

Énoncé

Essai

B - Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours: Imagination et pensée au XVIIe siècle.

1.- Frédérique Aït-Touati, Contes de la lune, Essai sur la fiction et la science modernes, 2011.

1 En 1610, l'astronome Kepler offre à son protecteur et ami Wackenfels, en guise d'étrenne 1, la description d'un flocon de neige: L'Étrenne ou la neige sexangulaire. Parti à la recherche d'un présent à travers les bourrasques de la Prague hivernale, Kepler ne trouve rien. Mais ce rien est tout: un flocon de neige lui révèle la structure de l'univers. Sa 5 structure hexagonale est l'une des figures élémentaires de la matière – une « figure cosmopoétique », dit Kepler, c'est-à-dire, littéralement, « fabricatrice du monde ». En cherchant à reconnaître de telles figures géométriques dans la nature, on accède au mystère du monde et de sa construction. Ces figures, Kepler les découvre partout: dans la forme hexagonale du flocon de neige, dans les cinq figures fondamentales que président 10 à la cosmologie képlérienne et expliquent les distances entre les planètes, dans les alvéoles d'une ruche d'abeilles.

Objet infime mais crucial par sa fonction architectonique, éphémère mais permanent par sa structure géométrique, le flocon est présenté à Wackenfels sous la forme d'un éloge paradoxal, genre littéraire à la mode maniériste du temps. Sans doute, il s'agit d'un 15 divertissement, d'un jeu. Mais ce jeu, et ce rien, dissimulent la question essentielle de la construction de l'univers. L'Étrenne est donc à la fois, et indissolublement, un don, l'évocation d'une forme géométrique parfaite, une réflexion sur la structure du monde et une forme littéraire. Jeu démiurgique, réflexion géométrique et poétique sur la création et la Création, association paradoxale du rien et du tout, passage de l'infiniment grand à 20 l'infiniment petit. [...]

Que la science ait pu être si poétique et littéraire, voilà qui peut sembler difficile à admettre. La science n'est-elle pas le lieu de la froide raison, de la sobre vérité et de la preuve irréfutable ? N'exclut-elle pas par définition le jeu, l'esthétique, la littérature, la fiction, et autres inventions de l'imagination humaine ? Le flocon de Kepler vient troubler 25 cette trop simple définition. Si l'on connaît Kepler, c'est comme l'un des acteurs essentiels de la nouvelle astronomie au début du XVIIe siècle; c'est lui qui a énoncé les trois lois astronomiques qui ont permis à Newton de démontrer l'attraction universelle dans les Principia de 1687. Mais Kepler s'est aussi intéressé au secret du monde et à l'harmonie des sphères; il est l'auteur de poèmes astronomiques et de fictions lunaires. C'est cette 30 part oubliée ou méconnue de la science que l'on tente de retrouver ici, en s'intéressant justement aux origines de ce qu'on appelle la « science moderne »: le XVIIe siècle. Siècle de mathématisation du monde, mais en même temps des temps de la magie mathématique, des arts de voler, des voyages lunaires et de l'exploration des merveilles de la nature. [...]

Entre le tournant copernicien négocié par Kepler et Galilée et la rupture opérée par 35 Newton, l'astronomie reste donc une science conjecturale. Le débat cosmologique fait rage et s'appuie bien souvent sur des outils que nous ne considérons plus comme scientifiques: des récits, des images, des fictions. Ce sont de tels textes, fondamentaux mais oubliés, qui nous intéressent ici. [...]

Dans ces textes, à la fois sérieux et ludiques, scientifiques et imaginaires, se joue 40 moins une « révolution astronomique » qu'une lente acceptation de l'idée d'une Terre excentrée dans un cosmos infini. Pour saisir ces nouveaux objets de la connaissance, la vision directe ne suffit pas, l'iconographie est limitée. La bataille doit d'abord être gagnée sur le front des images. Au cosmos ancien il faut substituer un cosmos élargi, transformé, l'ordre des planètes bouleversé. Parce que l'astronomie pose des problèmes spécifiques 45 d'accessibilité, de visibilité et de crédibilité, elle rejoint des questionnements littéraires. L'inaccessibilité de l'objet considéré suppose en effet des techniques d'écriture pour décrire l'invisible et dire l'inconnu des nouveaux mondes cosmologiques. Dans ce 50 contexte, la fiction joue un rôle central car elle permet de substituer une nouvelle image mentale du cosmos à l'ancienne. Seule la fiction peut permettre de dépasser les limitations du réel observable pour trouver un point de vue nouveau d'où décrire le monde. Tel est le paradoxe: au XVIIe siècle, les textes les plus efficaces dans la transformation des représentations du cosmos sont des fictions.

(727 mots)

1 Étrenne: présent donné à l'occasion des fêtes.

Dans quelle mesure l'imagination est-elle, selon vous, un appui précieux pour la pensée scientifique et technique ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de la Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Essai terminé. Consultez la proposition de corrigé pour comparer votre argumentation.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Dans quelle mesure l'imagination est-elle, selon vous, un appui précieux pour la pensée scientifique et technique ?

Réponse : Plan possible en trois parties. I. L'imagination comme moteur de la découverte scientifique et technique Comme le montre Aït-Touati à propos de Kepler, l'imagination et la fiction permettent de concevoir ce que l'observation directe ne peut atteindre (l'infiniment grand, l'infiniment petit, un cosmos décentré). Les fables de La Fontaine procèdent de même : en imaginant des situations et des personnages animaliers, elles permettent de penser le monde, la société et la nature humaine autrement que par le discours rationnel direct. L'imagination technique fonctionne pareillement : Léonard de Vinci ou les utopies scientifiques du XVIIe-XVIIIe siècle anticipent des inventions bien avant leur réalisation. II. Les limites de l'imagination face à l'exigence de vérité La science exige preuve, vérification, rigueur : l'imagination seule ne suffit pas à établir une vérité scientifique, elle peut aussi égarer (superstitions, fictions trompeuses). Il faut donc distinguer l'imagination heuristique, qui ouvre des pistes, de la démonstration qui les valide. III. Une complémentarité féconde En réalité, comme le suggère le texte de la contraction, l'imagination et la raison scientifique ne s'opposent pas mais se complètent : la fiction ouvre des hypothèses que la démarche scientifique vérifie ensuite. La littérature d'idées (Fontenelle, Voltaire...) illustre cette alliance entre imagination et pensée rigoureuse au service de la connaissance.

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