Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Polynésie 2021 (jour 1)
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Jour 1 (2021)
Énoncé
B - Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours: Imagination et pensée au XVIIe siècle.
Guy Lazorthes, L'Imagination, source d'irréel et d'irrationnel, puissance créatrice, 1999.
1 L'homme, éternel questionneur, ne se contente pas de l'observation et de l'étude des phénomènes; il veut savoir de quelle réalité plus profonde ils sont révélateurs, savoir et comprendre ce qui est, et ce qu'il est. La supériorité de son cerveau par rapport à celui de l'animal vient de ce qu'il est source non seulement de pensée rationnelle mais aussi 5 d'imagination grâce auxquelles il formule des hypothèses, découvre des mécanismes et réalise des œuvres. Sa rationalité toute-puissante et son imagination féconde ne sont pourtant pas capables de lui fournir des réponses précises et assurées aux questions angoissantes du pourquoi et du comment de l'Univers, de la Vie et de l'Homme.
[…]
10 Il ne faut pas refuser a priori ce qu'on n'explique pas en l'état actuel des connaissances; on ne peut pourtant pas tout admettre sans esprit critique et surtout pas créer la confusion en mêlant des faits rationnels et démontrés, avec ceux qui, sortis de l'imagination, sont folles fantasmagories et délirantes élucubrations 1. L'irrationnel est incompatible avec la rigueur scientifique.
[…]
15 Notre raison doit limiter ses exigences à la connaissance des faits et aux données phénoménales du monde sensible, c'est-à-dire qui ont pour base les témoignages de nos sens. Notre vue est partielle et inachevée. Nous n'atteignons pas le fond des choses. Les théories actuelles sur l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie... sont des constructions de notre esprit; elles peuvent être effacées par d'autres. Des concepts nous 20 échappent; nous tombons dans l'illusion lorsque nous prétendons enfermer dans le rationnel les idées de l'immortalité de l'âme, de l'existence de Dieu, de l'infini, de l'éternel... ou les simples concepts d'esthétique et d'éthique 2 que ne régissent pas de lois. « Notre cerveau étroit est fait pour le monde de tous les jours à notre dimension ».
L'imagination est appelée à l'aide lorsque nous tentons de prophétiser l'avenir. Elle est 25 aléatoire. En 1938, un questionnaire sur ce que serait la société de 1958 fut présenté à un groupe de savants... Dans les réponses, il ne fut évoqué ni la télévision, ni le transistor, ni l'ordinateur, ni le laser, ni le nucléaire, ni l'avion à réaction, ni les découvertes médicales antibiotiques... Combien de savants prophètes se sont ainsi ridiculisés. Les capacités 30 d'imagination et de clairvoyance ne sont pas données à tous et les circonstances sont plus ou moins favorables. Léonard de Vinci, Jules Verne furent d'exceptionnels génies.
Dans l'infiniment grand et dans l'infiniment petit, nous rencontrerons toujours des frontières infranchissables et inimaginables à notre échelle. Notre savoir de plus en plus 35 lourd de connaissances n'est rien par rapport à tout ce que nous ignorons. Notre pouvoir accru dans les dernières décennies est des plus relatifs. Les victoires sur les maladies qui pour nous, êtres chétifs, méritent d'être magnifiées, ne sont que retard de la mort. La victoire sur l'attraction terrestre qui pour nous, êtres rampants, est bouleversante n'est que saut de puce à l'égard de l'infini du temps et de l'espace. Même si un jour l'Homme parcourt le 40 Cosmos sur des vaisseaux spatiaux, il ne sortira jamais de l'immensité du système solaire. Même s'il augmente considérablement le pouvoir de ses sens et de son cerveau grâce à des appareils amplificateurs, ses représentations mentales se heurteront toujours à l'incertain, à l'inaccessible, à l'inconnaissable. Tout ce à quoi nous attribuons de l'importance n'en a que pour nous et pour le moment échu... Une vie humaine même très longue est un 45 instant entre deux éternités; elle est éphémère par rapport à l'histoire de l'Homme, qui n'est elle-même qu'un point et un moment dans l'Univers infini.
Que cet inconnaissable n'entame pas notre curiosité, notre raison, notre passion, notre imagination. Devant le fantastique spectacle de l'Univers, devant le mystère de la Vie, nous sommes à la fois animés par le désir de savoir et de découvrir, et par des pensées lyriques 50 et métaphysiques 3, tout domaine où l'imagination est reine. Elle n'est pas seulement utile à l'écrivain, au peintre, à l'ingénieur, au chercheur, mais à tout homme. Elle permet de progresser, de trouver des solutions nouvelles. Mais elle doit toujours être soumise à la raison sinon elle peut égarer et conduire à la fantaisie, à l'utopie, à l'irrationnel.
(745 mots)
1 « Fantasmagories » et « élucubrations » désignent des productions déraisonnables, extravagantes.
2 Éthique: morale.
3 La métaphysique est la partie de la réflexion philosophique qui porte sur la connaissance de l'être, sur les causes de l'existence de l'univers, sur la divinité.
L'auteur du texte semble vouloir mettre en garde contre les productions de l'imagination, qui « permet de progresser », mais « doit toujours être soumise à la raison sinon elle peut égarer ». Partagez-vous cette méfiance ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de La Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Partagez-vous cette méfiance envers l'imagination, qui doit toujours être soumise à la raison sinon elle peut égarer ?
Réponse : Un essai réussi peut s'organiser ainsi : I. L'imagination est une puissance féconde et nécessaire au progrès humain (elle permet l'invention scientifique, artistique et littéraire ; chez La Fontaine, la fable elle-même est un produit de l'imagination qui vise à instruire en plaisant, par exemple dans des fables comme Les Animaux malades de la peste ou Le Rat et l'Huître, livres VII à IX). II. Cependant, livrée à elle-même, l'imagination peut égarer : elle peut nourrir des illusions, des préjugés ou des passions déraisonnables (les personnages des Fables victimes de leur vanité, de leur crédulité ou de leurs illusions, comme des animaux naïfs trompés par des flatteurs ou des mirages de pouvoir). III. C'est pourquoi l'imagination doit être guidée par la raison, qui lui donne sa portée critique et morale : chez La Fontaine, la moralité finale recadre l'imagination fabuleuse dans un but rationnel et didactique ; de même les philosophes des Lumières (Voltaire, Diderot, Montesquieu) associent imagination et esprit critique pour combattre les préjugés. Conclusion nuancée : la méfiance de l'auteur est justifiée si l'imagination échappe à tout contrôle, mais elle reste une force créatrice indispensable lorsqu'elle est mise au service de la raison et de la vérité.
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