Exercice II - Sujet B.2 - Essai · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2021

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2021)

Énoncé

2.- Ernest Renan, L'avenir de la Science, 1860.

La science n'a fait jusqu'ici que détruire; appliquée à la nature, elle en a détruit le

charme te le mystère, en montrant des forces mathématiques là où l'imagination populaire

voyait vie, expression morale et liberté. Appliquée à l'histoire de l'esprit humain, elle a détruit

ces poétiques superstitions des individus privilégiés où se complaisait si fort l'admiration de

5 la demi-science. Appliquée aux choses morales, elle a détruit ces consolantes croyances

que rien ne remplace dans le cœur qui s'y est reposé. Quel est celui qui, après s'être livré

franchement à la science, n'a pas maudit le jour où il naquit à la pensée, et n'a pas eu à

regretter quelque chère illusion ? Pour moi, je l'avoue, j'ai eu beaucoup à regretter; oui, à

certains jours, j'aurais souhaité encore dormir avec les simples, je me serais irrité contre la

10 critique et le rationalisme si l'on s'irritait contre la fatalité.

[...]

On pourrait se demander si les sciences modernes, en déchirant le voile qui nous

dérobait les forces et les agents des phénomènes physiques, en nous montrant partout une

régularité assujettie à des lois mathématiques, et par conséquent sans mystère, ont avancé

15 la contemplation de l'univers, et servi l'esthétique, en même temps qu'elles ont servi la

connaissance de la vérité. Sans doute les impatientes investigations de l'observateur, les

chiffres qu'accumulent l'astronome, les longues énumérations du naturaliste ne sont guère

propres à réveiller le sentiment du beau: le beau n'est pas dans l'analyse; mais le beau

réel, celui qui ne repose pas sur les fictions de la fantaisie humaine, est caché dans les

20 résultats de l'analyse. Disséquer le corps humain, c'est détruire sa beauté; et pourtant, par

cette dissection, la science arrive à y reconnaître une beauté d'un ordre bien supérieur et

que la vue superficielle n'aurait pas soupçonnée. Sans doute ce monde enchanté, où a vécu

l'humanité avant d'arriver à la vie réfléchie, ce monde conçu comme moral, passionné, plein

de vie et de sentiment, avait un charme inexprimable, et il se peut que devant cette aventure

25 sévère et inflexible que nous a créée le rationalisme, quelques-uns se prennent à regretter

le miracle et à reprocher à l'expérience de l'avoir banni de l'univers. Mais ce ne peut être

que par une vue incomplète des résultats de la science. Car le monde véritable que la

science nous réserve est de beaucoup supérieur au monde fantastique créé par

l'imagination. On eût mis l'esprit humain au défi de concevoir les plus étonnantes merveilles,

30 on l'eût affranchi des limites que la réalisation impose toujours à l'idéal, qu'il n'eût pas osé

concevoir la millième partie des splendeurs que l'observation a démontrées. Nous avons

beau enfler nos conceptions, nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des

choses. N'est-ce pas un fait étrange que toutes les idées que la science primitive s'était

formées sur le monde nous paraissent étroites, mesquines, ridicules, auprès de ce qui s'est

35 trouvé véritable ? La terre semblable à un disque, à une colonne, à un cône, le soleil gros

comme le Péloponnèse ou conçu comme un simple météore s'allumant tous les jours, les

étoiles roulant à quelques lieues sur une voûte solide, des sphères concentriques, un

univers fermé, étouffant, des murailles, un cintre étroit contre lequel va se briser l'instinct de

l'infini, voilà les plus brillantes hypothèses auxquelles était arrivé l'esprit humain. Au-delà, il

40 est vrai, était le monde des anges avec ses éternelles splendeurs; mais là encore, quelles

étroites limites, quelles conceptions finies ! Le temple de notre Dieu n'est-il pas agrandi

depuis que la science a découvert l'infinité des mondes ? Et pourtant, on était libre alors de

créer des merveilles; on taillait en pleine étoffe, si j'ose le dire; l'observation ne venait pas

gêner la fantaisie; mais c'était à la méthode expérimentale, que plusieurs se plaisent à

45 représenter comme étroite et sans idéal, qu'il était réservé de nous révéler, non pas cet infini

métaphysique dont l'idée est la base même de la raison de l'homme, mais cet infini réel,

que jamais il n'atteint dans les plus hardies excursions de sa fantaisie. Disons donc sans

crainte que, si le merveilleux de la fiction a pu jusqu'ici sembler nécessaire à la poésie, le

merveilleux de la nature, quand il sera dévoilé dans toute sa splendeur, constituera une

50 poésie mille fois plus sublime, une poésie qui sera la réalité même, qui sera à la fois science

et philosophie.

(754 mots)

Essai

Le « merveilleux de la fiction » n'apporte-t-il selon vous que des erreurs à la connaissance que nous avons du monde et de nous-mêmes ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de La Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Compare ta réponse avec la piste de correction ci-dessous.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Le « merveilleux de la fiction » n'apporte-t-il selon vous que des erreurs à la connaissance que nous avons du monde et de nous-mêmes ?

Réponse : Plan possible en trois parties. I. Le merveilleux de la fiction peut effectivement égarer. - Renan rappelle qu'il a nourri des « poétiques superstitions » et des représentations fausses de l'univers : terre en disque, soleil « gros comme le Péloponnèse », voûte solide. La science a dû les détruire. - Fontenelle, dans l'Histoire des oracles, montre comment le goût du merveilleux fabrique l'erreur et la crédulité. - La Fontaine lui-même dénonce les illusions de l'imagination : « La Laitière et le Pot au lait » (VII, 9) et « L'Horoscope » (VIII, 16), qui raille ceux qui croient lire l'avenir. II. Pourtant, la fiction merveilleuse est un détour efficace vers la vérité sur l'homme et la société. - Les animaux parlants permettent de dénoncer l'injustice des puissants (« Les Animaux malades de la peste », VII, 1) et la flatterie des courtisans (« Les Obsèques de la Lionne », VIII, 14). - « Le Pouvoir des fables » (VIII, 4) montre que l'apologue capte l'attention là où le discours direct échoue. - Les philosophes des Lumières utilisent le même détour : Montesquieu avec les Lettres persanes, Voltaire avec Micromégas ou Candide, ou encore More avec L'Utopie. Le regard étranger ou fabuleux décentre le lecteur et lui fait voir ce que l'habitude lui cache. III. Fiction et connaissance ne s'opposent pas nécessairement : elles peuvent se compléter. - Renan prédit que le « merveilleux de la nature », révélé par la science, remplacera le « merveilleux de la fiction » et constituera une poésie « qui sera la réalité même ». On peut nuancer sa position : la fiction ne prétend pas toujours décrire le monde physique, mais elle éclaire le monde moral. - Elle sait d'ailleurs s'allier au savoir : « Un animal dans la lune » (VII, 17) réfléchit aux illusions des sens corrigées par la raison, et Fontenelle vulgarise la science par le dialogue dans les Entretiens sur la pluralité des mondes. - Le merveilleux n'apporte donc d'erreurs que lorsqu'il est pris à la lettre. Reçu comme fiction consciente, il devient un instrument de connaissance de soi et du monde.

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