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Sujet du Bac STMG Français 2021 · Polynésie Jour 1
Sujet du Bac STMG de Français 2021, Polynésie Jour 1 : 1 exercice corrigé. Thèmes : Contraction de texte. Avec correction automatique.
Thèmes du sujet : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Exercice 1 - Commentaire de texte · Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
1- Commentaire de texte
Objet d'étude: le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Gustave Flaubert, Salammbô, extrait du chapitre 1, « Le Festin », 1862.
Le roman se déroule à Carthage, ville ennemie de Rome, dans l'Antiquité. Des mercenaires festoient dans les jardins de leur général, Hamilcar. Apparaît alors Salammbô, la fille de celui-ci.
Le palais s'éclaira d'un seul coup à sa plus haute terrasse, la porte du milieu s'ouvrit, et une femme, la fille d'Hamilcar elle-même, couverte de vêtements noirs, apparut sur le seuil. Elle descendit le premier escalier qui longeait obliquement le premier étage, puis le second, le troisième, et elle s'arrêta sur la dernière terrasse, au haut de l'escalier des galères¹. Immobile et la tête basse, elle regardait les soldats.
Derrière elle, de chaque côté, se tenaient deux longues théories² d'hommes pâles, vêtus de robes blanches à franges rouges qui tombaient droit sur leurs pieds. Ils n'avaient pas de barbe, pas de cheveux, pas de sourcils. Dans leurs mains étincelantes d'anneaux ils portaient d'énormes lyres³ et chantaient tous, d'une voix aiguë, un hymne à la divinité de Carthage. C'étaient les prêtres eunuques du temple de Tanit, que Salammbô appelait souvent dans sa maison.
Enfin elle descendit l'escalier des galères. Les prêtres la suivirent. Elle s'avança dans l'avenue des cyprès, et elle marchait lentement entre les tables des capitaines, qui se reculaient un peu en la regardant passer.
Sa chevelure, poudrée d'un sable violet, et réunie en forme de tour selon la mode des vierges chananéennes⁴, la faisait paraître plus grande. Des tresses de perles attachées à ses tempes descendaient jusqu'aux coins de sa bouche, rose comme une grenade entr'ouverte. Il y avait sur sa poitrine un assemblage de pierres lumineuses, imitant par leur bigarrure les écailles d'une murène. Ses bras, garnis de diamants, sortaient nus de sa tunique sans manches, étoilée de fleurs rouges sur un fond tout noir. Elle portait entre les chevilles une chaînette d'or pour régler sa marche, et son grand manteau de pourpre⁵ sombre, taillé dans une étoffe inconnue, traînait derrière elle, faisant à chacun de ses pas comme une large vague qui la suivait.
Les prêtres, de temps à autre, pinçaient sur leurs lyres des accords presque étouffés, et dans les intervalles de la musique, on entendait le petit bruit de la chaînette d'or avec le claquement régulier de ses sandales en papyrus.
Personne encore ne la connaissait. On savait seulement qu'elle vivait retirée dans des pratiques pieuses⁶. Des soldats l'avaient aperçue la nuit, sur le haut de son palais, à genoux devant les étoiles, entre les tourbillons des cassolettes⁷ allumées. C'était la lune qui l'avait rendue si pâle, et quelque chose des Dieux l'enveloppait comme une vapeur subtile. Ses prunelles semblaient regarder tout au loin au-delà des espaces terrestres. Elle marchait en inclinant la tête, et tenait à sa main droite une petite lyre d'ébène⁸.
¹ Escalier des galères: il s'agit du nom de l'escalier.
² Théories: ici, files, rangées.
³ Lyres: instruments de musique à cordes pincées de la forme d'une harpe.
⁴ Vierges chananéennes: du peuple de Chanaan. « Vierge » désigne ici une jeune fille avant son mariage.
⁵ Pourpre: couleur rouge sombre, obtenue à partir d'un coquillage. C'est une teinture précieuse et réservée aux rois dans l'Antiquité.
⁶ Pieuses: religieuses.
⁷ Cassolettes: vases en pierre suspendus à des chaînettes dans lesquels on brûle l'encens.
⁸ Ébène: bois précieux et exotique, noir.
Vous proposerez un commentaire de cet extrait de Salammbô de Gustave Flaubert.
Vous pourrez vous inspirer du parcours de lecture suivant:
L'immersion du lecteur dans un monde exotique,
Salammbô, personnage à la fois fascinant et inquiétant.
Exercice 2 - Sujet A - Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
2. Contraction de texte (10 points)
Objet d'étude: la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
2- Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)
Objet d'étude: la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Le candidat traite, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des trois sujets suivants:
A - Œuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31 - Parcours: Notre Monde vient d'en trouver un autre.
Jean-François Staszak, « Imaginer l'Ailleurs », Sciences Humaines, n°273, juillet-août, 2015.
5 L'imaginaire géographique, en particulier celui de l'ailleurs, résulte moins de l'expérience personnelle des lieux que des représentations collectives diffusées par de multiples vecteurs: livres, cartes, télévision, brochures touristiques, etc. Il est dans la nature de l'imaginaire géographique d'être stéréotypé. C'est parce que l'imaginaire de l'ailleurs est riche en stéréotypes (qui ne sont pas nécessairement faux ni négatifs) qu'il intéresse particulièrement la géographie culturelle. Récemment, celle-ci a pris un tournant critique la conduisant à examiner avec suspicion les représentations que l'Occident s'est fait du « Reste du Monde », dans une optique postcoloniale. Avant la Renaissance et les grandes 10 explorations occidentales, l'imaginaire géographique de l'ailleurs se fondait en Europe sur des récits de nature religieuse ou mythologique. C'était un imaginaire ambivalent. Dans beaucoup de cas, il était très négatif. Au-delà d'ici, ce n'était que des mers déchaînées, forêts impénétrables, monstres et peuples agressifs à peine humains. Mais cet imaginaire laissait la place à quelques rêves heureux: les îles fortunées, le Jardin des Hespérides, la fontaine 15 de Jouvence, le Royaume du Prêtre Jean, et, bien sûr, le Paradis 1. L'ailleurs était le lieu privilégié des utopies – dont la quête fut un motif assez fort pour braver les dangers de son exploration. À mesure que les grandes explorations initiées à la fin du XVe siècle remplirent les vides de la carte, la connaissance de l'ailleurs s'améliora et laissa de moins en moins de place aux peuples de géants et aux eldorados. Les données empiriques 2 et les 20 informations pratiques entrèrent en concurrence ou en contradiction avec les mythes. Pour la première fois se mit en place une connaissance de l'ailleurs qui prétendait procéder de l'observation objective de faits avérés: une science de l'ailleurs, alimentée par l'exploration. Avec la mise en place de la culture coloniale à la fin du XIXe siècle, l'imaginaire de l'ailleurs devient en Europe l'objet d'un véritable matraquage médiatique. Les représentations de 25 l'ailleurs se font omniprésentes, véhiculées par des récits de voyage, les romans d'aventure, les chansons coloniales, les affiches touristiques, les planisphères, les jardins zoologiques, les spectacles ethnographiques, les tableaux orientalistes, etc. Ce corpus très hétérogène présente une remarquable homogénéité dans son contenu et son fonctionnement. Cet imaginaire de l'ailleurs présente la nouveauté de le montrer sous un jour souvent très 30 attractif: s'ouvre le règne de l'exotisme. Qu'est-ce que l'exotisme ? L'exotisme suppose une distance à la fois spatiale et symbolique (le lointain est bizarre), mais aussi une inclination pour l'autre et l'ailleurs, qu'on trouve désormais plein de charmes. Le biais ethnocentrique 3, qui conduit les membres du groupe concerné (endogroupe) à considérer comme inférieurs les membres et les valeurs du groupe extérieur (exogroupe), semble contredit par 35 l'exotisme. En vérité, le goût de l'ailleurs qui se développe parallèlement à la colonisation, est marqué par une grande ambiguïté. C'est bien parce que l'Ailleurs a cessé d'être matériellement et symboliquement dangereux qu'on peut s'offrir le luxe de le trouver désirable. L'exotisme se fonde sur la domination symbolique et matérielle de l'Occident. Il
ne procède pas de la découverte – potentiellement menaçante – de l'Autre, mais de la reconnaissance rassurante de l'adéquation de celui-ci avec les stéréotypes qu'on en a. 40 L'exotisme conforte le sujet qui fait l'agréable expérience dans son identité, et aussi dans sa supériorité. L'exotisme n'est jamais le propre d'un objet, d'un être ou d'un lieu: il est celui d'un regard ou d'un discours. L'exotisation est le processus par lequel l'Ailleurs est institué en tant que tel et transformé en objet de désir. Il suppose d'abord une dichotomie 4 et une hiérarchie entre Nous et les Autres. Le discours sur les races et les continents, le 45 déterminisme environnemental et l'Orientalisme constituent les trois grands récits par lesquels l'Europe s'est convaincue que leur race, leur climat et leur civilisation les distinguaient du « reste du Monde » et leur conféraient sur lui certains droits. […]
Le qualificatif « exotique », évoquant par trop un pittoresque de bazar (!), est aujourd'hui passé de mode. Mais l'attrait de l'ailleurs n'a sans doute jamais été aussi fort 50 qu'aujourd'hui. En témoignent non seulement la croissance ininterrompue du tourisme international, mais aussi l'enthousiasme pour les peuples autochtones, les musiques du monde, les produits ethniques, les cuisines non-européennes, les arts premiers, les danses orientales, les motifs tribaux, etc. La mondialisation, loin d'avoir désenchanté le Monde, a accéléré son exotisation en le rendant plus disponible. On peut le déplorer, comme le faisait 55 déjà Victor Segalen au début du XXe siècle, y voyant la perte d'une authentique diversité. On peut aussi y voir la démocratisation d'une vraie curiosité pour l'Autre et l'Ailleurs. Ne vaut-il pas mieux prendre l'Autre en photo plutôt que de le prendre en grippe – ou en chasse ?
(817 mots)
1 Les îles fortunées …, le Paradis: il s'agit de lieux évoqués dans des mythes et dans des récits légendaires.
2 Empiriques: qui résultent de l'expérience.
3 Biais ethnocentrique: déformation de la pensée qui consiste à privilégier les valeurs de sa société.
4 Dichotomie: opposition.
Vous résumerez ce texte en 204 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 184 et au plus 225 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Essai
Le touriste, selon vous, est-il voué à ne jamais dépasser les stéréotypes de l'exotisme ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le chapitre « Des Cannibales » des Essais de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Vous résumerez ce texte en 204 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 184 et au plus 225 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Exercice 2 - Sujet A - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
2. Essai (10 points)
Objet d'étude: la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
2- Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)
Objet d'étude: la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Le candidat traite, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des trois sujets suivants:
A - Œuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31 - Parcours: Notre Monde vient d'en trouver un autre.
Jean-François Staszak, « Imaginer l'Ailleurs », Sciences Humaines, n°273, juillet-août, 2015.
5 L'imaginaire géographique, en particulier celui de l'ailleurs, résulte moins de l'expérience personnelle des lieux que des représentations collectives diffusées par de multiples vecteurs: livres, cartes, télévision, brochures touristiques, etc. Il est dans la nature de l'imaginaire géographique d'être stéréotypé. C'est parce que l'imaginaire de l'ailleurs est riche en stéréotypes (qui ne sont pas nécessairement faux ni négatifs) qu'il intéresse particulièrement la géographie culturelle. Récemment, celle-ci a pris un tournant critique la conduisant à examiner avec suspicion les représentations que l'Occident s'est fait du « Reste du Monde », dans une optique postcoloniale. Avant la Renaissance et les grandes 10 explorations occidentales, l'imaginaire géographique de l'ailleurs se fondait en Europe sur des récits de nature religieuse ou mythologique. C'était un imaginaire ambivalent. Dans beaucoup de cas, il était très négatif. Au-delà d'ici, ce n'était que des mers déchaînées, forêts impénétrables, monstres et peuples agressifs à peine humains. Mais cet imaginaire laissait la place à quelques rêves heureux: les îles fortunées, le Jardin des Hespérides, la fontaine 15 de Jouvence, le Royaume du Prêtre Jean, et, bien sûr, le Paradis 1. L'ailleurs était le lieu privilégié des utopies – dont la quête fut un motif assez fort pour braver les dangers de son exploration. À mesure que les grandes explorations initiées à la fin du XVe siècle remplirent les vides de la carte, la connaissance de l'ailleurs s'améliora et laissa de moins en moins de place aux peuples de géants et aux eldorados. Les données empiriques 2 et les 20 informations pratiques entrèrent en concurrence ou en contradiction avec les mythes. Pour la première fois se mit en place une connaissance de l'ailleurs qui prétendait procéder de l'observation objective de faits avérés: une science de l'ailleurs, alimentée par l'exploration. Avec la mise en place de la culture coloniale à la fin du XIXe siècle, l'imaginaire de l'ailleurs devient en Europe l'objet d'un véritable matraquage médiatique. Les représentations de 25 l'ailleurs se font omniprésentes, véhiculées par des récits de voyage, les romans d'aventure, les chansons coloniales, les affiches touristiques, les planisphères, les jardins zoologiques, les spectacles ethnographiques, les tableaux orientalistes, etc. Ce corpus très hétérogène présente une remarquable homogénéité dans son contenu et son fonctionnement. Cet imaginaire de l'ailleurs présente la nouveauté de le montrer sous un jour souvent très 30 attractif: s'ouvre le règne de l'exotisme. Qu'est-ce que l'exotisme ? L'exotisme suppose une distance à la fois spatiale et symbolique (le lointain est bizarre), mais aussi une inclination pour l'autre et l'ailleurs, qu'on trouve désormais plein de charmes. Le biais ethnocentrique 3, qui conduit les membres du groupe concerné (endogroupe) à considérer comme inférieurs les membres et les valeurs du groupe extérieur (exogroupe), semble contredit par 35 l'exotisme. En vérité, le goût de l'ailleurs qui se développe parallèlement à la colonisation, est marqué par une grande ambiguïté. C'est bien parce que l'Ailleurs a cessé d'être matériellement et symboliquement dangereux qu'on peut s'offrir le luxe de le trouver désirable. L'exotisme se fonde sur la domination symbolique et matérielle de l'Occident. Il
ne procède pas de la découverte – potentiellement menaçante – de l'Autre, mais de la reconnaissance rassurante de l'adéquation de celui-ci avec les stéréotypes qu'on en a. 40 L'exotisme conforte le sujet qui fait l'agréable expérience dans son identité, et aussi dans sa supériorité. L'exotisme n'est jamais le propre d'un objet, d'un être ou d'un lieu: il est celui d'un regard ou d'un discours. L'exotisation est le processus par lequel l'Ailleurs est institué en tant que tel et transformé en objet de désir. Il suppose d'abord une dichotomie 4 et une hiérarchie entre Nous et les Autres. Le discours sur les races et les continents, le 45 déterminisme environnemental et l'Orientalisme constituent les trois grands récits par lesquels l'Europe s'est convaincue que leur race, leur climat et leur civilisation les distinguaient du « reste du Monde » et leur conféraient sur lui certains droits. […]
Le qualificatif « exotique », évoquant par trop un pittoresque de bazar (!), est aujourd'hui passé de mode. Mais l'attrait de l'ailleurs n'a sans doute jamais été aussi fort 50 qu'aujourd'hui. En témoignent non seulement la croissance ininterrompue du tourisme international, mais aussi l'enthousiasme pour les peuples autochtones, les musiques du monde, les produits ethniques, les cuisines non-européennes, les arts premiers, les danses orientales, les motifs tribaux, etc. La mondialisation, loin d'avoir désenchanté le Monde, a accéléré son exotisation en le rendant plus disponible. On peut le déplorer, comme le faisait 55 déjà Victor Segalen au début du XXe siècle, y voyant la perte d'une authentique diversité. On peut aussi y voir la démocratisation d'une vraie curiosité pour l'Autre et l'Ailleurs. Ne vaut-il pas mieux prendre l'Autre en photo plutôt que de le prendre en grippe – ou en chasse ?
(817 mots)
1 Les îles fortunées …, le Paradis: il s'agit de lieux évoqués dans des mythes et dans des récits légendaires.
2 Empiriques: qui résultent de l'expérience.
3 Biais ethnocentrique: déformation de la pensée qui consiste à privilégier les valeurs de sa société.
4 Dichotomie: opposition.
Vous résumerez ce texte en 204 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 184 et au plus 225 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Essai
Le touriste, selon vous, est-il voué à ne jamais dépasser les stéréotypes de l'exotisme ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le chapitre « Des Cannibales » des Essais de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Le touriste, selon vous, est-il voué à ne jamais dépasser les stéréotypes de l'exotisme ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le chapitre « Des Cannibales » des Essais de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2 - Sujet B - Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
B - Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours: Imagination et pensée au XVIIe siècle.
Guy Lazorthes, L'Imagination, source d'irréel et d'irrationnel, puissance créatrice, 1999.
1 L'homme, éternel questionneur, ne se contente pas de l'observation et de l'étude des phénomènes; il veut savoir de quelle réalité plus profonde ils sont révélateurs, savoir et comprendre ce qui est, et ce qu'il est. La supériorité de son cerveau par rapport à celui de l'animal vient de ce qu'il est source non seulement de pensée rationnelle mais aussi 5 d'imagination grâce auxquelles il formule des hypothèses, découvre des mécanismes et réalise des œuvres. Sa rationalité toute-puissante et son imagination féconde ne sont pourtant pas capables de lui fournir des réponses précises et assurées aux questions angoissantes du pourquoi et du comment de l'Univers, de la Vie et de l'Homme.
[…]
10 Il ne faut pas refuser a priori ce qu'on n'explique pas en l'état actuel des connaissances; on ne peut pourtant pas tout admettre sans esprit critique et surtout pas créer la confusion en mêlant des faits rationnels et démontrés, avec ceux qui, sortis de l'imagination, sont folles fantasmagories et délirantes élucubrations 1. L'irrationnel est incompatible avec la rigueur scientifique.
[…]
15 Notre raison doit limiter ses exigences à la connaissance des faits et aux données phénoménales du monde sensible, c'est-à-dire qui ont pour base les témoignages de nos sens. Notre vue est partielle et inachevée. Nous n'atteignons pas le fond des choses. Les théories actuelles sur l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie... sont des constructions de notre esprit; elles peuvent être effacées par d'autres. Des concepts nous 20 échappent; nous tombons dans l'illusion lorsque nous prétendons enfermer dans le rationnel les idées de l'immortalité de l'âme, de l'existence de Dieu, de l'infini, de l'éternel... ou les simples concepts d'esthétique et d'éthique 2 que ne régissent pas de lois. « Notre cerveau étroit est fait pour le monde de tous les jours à notre dimension ».
L'imagination est appelée à l'aide lorsque nous tentons de prophétiser l'avenir. Elle est 25 aléatoire. En 1938, un questionnaire sur ce que serait la société de 1958 fut présenté à un groupe de savants... Dans les réponses, il ne fut évoqué ni la télévision, ni le transistor, ni l'ordinateur, ni le laser, ni le nucléaire, ni l'avion à réaction, ni les découvertes médicales antibiotiques... Combien de savants prophètes se sont ainsi ridiculisés. Les capacités 30 d'imagination et de clairvoyance ne sont pas données à tous et les circonstances sont plus ou moins favorables. Léonard de Vinci, Jules Verne furent d'exceptionnels génies.
Dans l'infiniment grand et dans l'infiniment petit, nous rencontrerons toujours des frontières infranchissables et inimaginables à notre échelle. Notre savoir de plus en plus 35 lourd de connaissances n'est rien par rapport à tout ce que nous ignorons. Notre pouvoir accru dans les dernières décennies est des plus relatifs. Les victoires sur les maladies qui pour nous, êtres chétifs, méritent d'être magnifiées, ne sont que retard de la mort. La victoire sur l'attraction terrestre qui pour nous, êtres rampants, est bouleversante n'est que saut de puce à l'égard de l'infini du temps et de l'espace. Même si un jour l'Homme parcourt le 40 Cosmos sur des vaisseaux spatiaux, il ne sortira jamais de l'immensité du système solaire. Même s'il augmente considérablement le pouvoir de ses sens et de son cerveau grâce à des appareils amplificateurs, ses représentations mentales se heurteront toujours à l'incertain, à l'inaccessible, à l'inconnaissable. Tout ce à quoi nous attribuons de l'importance n'en a que pour nous et pour le moment échu... Une vie humaine même très longue est un 45 instant entre deux éternités; elle est éphémère par rapport à l'histoire de l'Homme, qui n'est elle-même qu'un point et un moment dans l'Univers infini.
Que cet inconnaissable n'entame pas notre curiosité, notre raison, notre passion, notre imagination. Devant le fantastique spectacle de l'Univers, devant le mystère de la Vie, nous sommes à la fois animés par le désir de savoir et de découvrir, et par des pensées lyriques 50 et métaphysiques 3, tout domaine où l'imagination est reine. Elle n'est pas seulement utile à l'écrivain, au peintre, à l'ingénieur, au chercheur, mais à tout homme. Elle permet de progresser, de trouver des solutions nouvelles. Mais elle doit toujours être soumise à la raison sinon elle peut égarer et conduire à la fantaisie, à l'utopie, à l'irrationnel.
(745 mots)
1 « Fantasmagories » et « élucubrations » désignent des productions déraisonnables, extravagantes.
2 Éthique: morale.
3 La métaphysique est la partie de la réflexion philosophique qui porte sur la connaissance de l'être, sur les causes de l'existence de l'univers, sur la divinité.
Vous résumerez ce texte en 186 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 167 et au plus 205 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Exercice 2 - Sujet B - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
B - Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours: Imagination et pensée au XVIIe siècle.
Guy Lazorthes, L'Imagination, source d'irréel et d'irrationnel, puissance créatrice, 1999.
1 L'homme, éternel questionneur, ne se contente pas de l'observation et de l'étude des phénomènes; il veut savoir de quelle réalité plus profonde ils sont révélateurs, savoir et comprendre ce qui est, et ce qu'il est. La supériorité de son cerveau par rapport à celui de l'animal vient de ce qu'il est source non seulement de pensée rationnelle mais aussi 5 d'imagination grâce auxquelles il formule des hypothèses, découvre des mécanismes et réalise des œuvres. Sa rationalité toute-puissante et son imagination féconde ne sont pourtant pas capables de lui fournir des réponses précises et assurées aux questions angoissantes du pourquoi et du comment de l'Univers, de la Vie et de l'Homme.
[…]
10 Il ne faut pas refuser a priori ce qu'on n'explique pas en l'état actuel des connaissances; on ne peut pourtant pas tout admettre sans esprit critique et surtout pas créer la confusion en mêlant des faits rationnels et démontrés, avec ceux qui, sortis de l'imagination, sont folles fantasmagories et délirantes élucubrations 1. L'irrationnel est incompatible avec la rigueur scientifique.
[…]
15 Notre raison doit limiter ses exigences à la connaissance des faits et aux données phénoménales du monde sensible, c'est-à-dire qui ont pour base les témoignages de nos sens. Notre vue est partielle et inachevée. Nous n'atteignons pas le fond des choses. Les théories actuelles sur l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie... sont des constructions de notre esprit; elles peuvent être effacées par d'autres. Des concepts nous 20 échappent; nous tombons dans l'illusion lorsque nous prétendons enfermer dans le rationnel les idées de l'immortalité de l'âme, de l'existence de Dieu, de l'infini, de l'éternel... ou les simples concepts d'esthétique et d'éthique 2 que ne régissent pas de lois. « Notre cerveau étroit est fait pour le monde de tous les jours à notre dimension ».
L'imagination est appelée à l'aide lorsque nous tentons de prophétiser l'avenir. Elle est 25 aléatoire. En 1938, un questionnaire sur ce que serait la société de 1958 fut présenté à un groupe de savants... Dans les réponses, il ne fut évoqué ni la télévision, ni le transistor, ni l'ordinateur, ni le laser, ni le nucléaire, ni l'avion à réaction, ni les découvertes médicales antibiotiques... Combien de savants prophètes se sont ainsi ridiculisés. Les capacités 30 d'imagination et de clairvoyance ne sont pas données à tous et les circonstances sont plus ou moins favorables. Léonard de Vinci, Jules Verne furent d'exceptionnels génies.
Dans l'infiniment grand et dans l'infiniment petit, nous rencontrerons toujours des frontières infranchissables et inimaginables à notre échelle. Notre savoir de plus en plus 35 lourd de connaissances n'est rien par rapport à tout ce que nous ignorons. Notre pouvoir accru dans les dernières décennies est des plus relatifs. Les victoires sur les maladies qui pour nous, êtres chétifs, méritent d'être magnifiées, ne sont que retard de la mort. La victoire sur l'attraction terrestre qui pour nous, êtres rampants, est bouleversante n'est que saut de puce à l'égard de l'infini du temps et de l'espace. Même si un jour l'Homme parcourt le 40 Cosmos sur des vaisseaux spatiaux, il ne sortira jamais de l'immensité du système solaire. Même s'il augmente considérablement le pouvoir de ses sens et de son cerveau grâce à des appareils amplificateurs, ses représentations mentales se heurteront toujours à l'incertain, à l'inaccessible, à l'inconnaissable. Tout ce à quoi nous attribuons de l'importance n'en a que pour nous et pour le moment échu... Une vie humaine même très longue est un 45 instant entre deux éternités; elle est éphémère par rapport à l'histoire de l'Homme, qui n'est elle-même qu'un point et un moment dans l'Univers infini.
Que cet inconnaissable n'entame pas notre curiosité, notre raison, notre passion, notre imagination. Devant le fantastique spectacle de l'Univers, devant le mystère de la Vie, nous sommes à la fois animés par le désir de savoir et de découvrir, et par des pensées lyriques 50 et métaphysiques 3, tout domaine où l'imagination est reine. Elle n'est pas seulement utile à l'écrivain, au peintre, à l'ingénieur, au chercheur, mais à tout homme. Elle permet de progresser, de trouver des solutions nouvelles. Mais elle doit toujours être soumise à la raison sinon elle peut égarer et conduire à la fantaisie, à l'utopie, à l'irrationnel.
(745 mots)
1 « Fantasmagories » et « élucubrations » désignent des productions déraisonnables, extravagantes.
2 Éthique: morale.
3 La métaphysique est la partie de la réflexion philosophique qui porte sur la connaissance de l'être, sur les causes de l'existence de l'univers, sur la divinité.
L'auteur du texte semble vouloir mettre en garde contre les productions de l'imagination, qui « permet de progresser », mais « doit toujours être soumise à la raison sinon elle peut égarer ». Partagez-vous cette méfiance ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de La Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2 - Sujet C - Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 190 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 171 et au plus 209 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
C - Œuvre: Voltaire, L'Ingénu - Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Michel Eltchaninoff, « Notre dernière utopie », Philosophie magazine, n°122, Septembre 2018.
L’éducation est notre grande utopie. La seule, et certainement la dernière. L’avenir se
présente à nous sous les traits pas très engageants de robots envahissants dans des
paysages dévastés et dépeuplés d’animaux, le tout sous une chaleur écrasante. Nous ne
confions plus guère aux religions le souci d’améliorer le monde. Et sommes vaccinés des
5 grandioses projets politiques de changer la vie. Nous avons considérablement réduit nos
ambitions. Nous les avons, en quelque sorte, privatisées. Il reste cependant un domaine
dans lequel nous sommes prêts à investir tous nos espoirs, toutes nos idées – et une partie
de nos économies. C’est l’éducation de nos enfants, qui sont les derniers porteurs d’avenir
auxquels nous croyons encore. […]
10 Si l’on jette un œil aux statistiques, le projet éducatif semble porter ses fruits partout
dans le monde. Depuis trente ans, la proportion de personnes ayant fait des études
supérieures a été multipliée par deux. Or, dans le même temps, la Terre s’est largement
pacifiée. Les statistiques sur les conflits armés ou les meurtres montrent la baisse des actes
violents. En 1940, 20 personnes sur 100 000 mouraient de la guerre chaque année. Elles
15 sont aujourd’hui vingt fois moins nombreuses. En ce qui concerne les homicides, ils sont
passés de 100 par an pour 100 000 habitants dans l’Europe au XIV e siècle à un seul de nos
jours ! La France a vu son taux de meurtres annuels divisé par deux depuis vingt ans. Ces
données sont citées par le psychologue américain, chercheur en cognition 1 et en
psychologie du langage Steven Pinker. Selon lui, nous avons beau trouver notre monde
20 horrible et dangereux, les études prouvent que nous n’avons jamais été aussi pacifiques
qu’aujourd’hui: nous vivons plus longtemps, sommes moins victimes qu’auparavant de
maltraitances diverses, avons plus de chances de mourir dans notre lit qu’attaqué par autrui.
Dans ce cadre général, l’éducation ne joue pas seulement un rôle vague ou accidentel. Elle
est décisive. Steven Pinker montre par exemple dans son essai La Part d’ange en nous que
25 l’alphabétisation porte en elle une dimension éthique fondamentale. La lecture, en effet, est,
d’après Pinker, « une technologie de mise en perspective ». Lire un texte rédigé par autrui
nous extrait de notre expérience immédiate et de notre ego, et nous place littéralement dans
l’esprit d’autrui, dont « vous partagez temporairement les attitudes et réactions ». Adopter le
point de vue d’autrui porte ainsi à l’empathie et nous pousse à ne pas le faire souffrir.
30 Cette corrélation entre éducation et comportement moral semble réaliser le
programme du siècle des Lumières. Éduquer, c’est, selon les mots de Kant dans Qu’est-ce
que les Lumières ?, « faire sortir l’homme de la minorité dont il est lui-même responsable »,
c’est-à-dire montrer à chacun qu’il n’a pas besoin d’être dirigé par autrui pour comprendre
et transformer le monde. Loin d’être réservée à une élite dirigeante, l’éducation doit faire
35 accéder le peuple entier à l’esprit critique et à l’autonomie morale. Cette idée est en réalité
beaucoup plus ancienne. Elle tire sa source de l’éducation telle qu’elle a été théorisée en
Grèce antique – quoique dans une optique plus élitiste – à travers ce qu’on a appelé la
paideia. À travers l’apprentissage de la grammaire, des mathématiques, de la philosophie,
de l’histoire naturelle et de la gymnastique, la paideia consiste à élever l’individu vers une
40 culture qui le rende capable d’exercer sa fonction de citoyen et d’acquérir les vertus. Les
sophistes, si décriés parce que certains d’entre eux faisaient payer leur enseignement et
apprenaient à leurs élèves des techniques rhétoriques, ont inventé l’humanisme. Selon eux,
et notamment Protagoras, l’homme n’est rien tant qu’il n’a pas acquis une culture le rendant
capable de participer à la vie publique. Pour cela, une conception purement pratique de
45 l’éducation ne suffit pas. Dans l’Athènes de Périclès, la politique n’est pas conçue comme
un métier, mais comme la manière proprement humaine de participer au monde. Elle porte
en elle un idéal universel d’éthique 2, puisqu’elle consiste à décider ce qui est juste et ce qui
ne l’est pas. Repris à la Renaissance par des écrivains et des penseurs soucieux
d’émanciper les hommes des tutelles religieuses, l’idéal des humanités comporte une
50 puissante dimension morale.
(758 mots)
1 Cognition: processus d’acquisition de la connaissance.
2 Éthique: ensemble de conceptions morales.
Consigne: Rédigez votre contraction de texte (190 mots, +/- 10 %):
Exercice 2 - Sujet C - Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
Essai
En quoi l'éducation, en favorisant notamment l'exercice de la pensée, nous permet-elle d'améliorer la situation dans laquelle nous vivons ?
C - Œuvre: Voltaire, L'Ingénu - Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Michel Eltchaninoff, « Notre dernière utopie », Philosophie magazine, n°122, Septembre 2018.
L’éducation est notre grande utopie. La seule, et certainement la dernière. L’avenir se
présente à nous sous les traits pas très engageants de robots envahissants dans des
paysages dévastés et dépeuplés d’animaux, le tout sous une chaleur écrasante. Nous ne
confions plus guère aux religions le souci d’améliorer le monde. Et sommes vaccinés des
5 grandioses projets politiques de changer la vie. Nous avons considérablement réduit nos
ambitions. Nous les avons, en quelque sorte, privatisées. Il reste cependant un domaine
dans lequel nous sommes prêts à investir tous nos espoirs, toutes nos idées – et une partie
de nos économies. C’est l’éducation de nos enfants, qui sont les derniers porteurs d’avenir
auxquels nous croyons encore. […]
10 Si l’on jette un œil aux statistiques, le projet éducatif semble porter ses fruits partout
dans le monde. Depuis trente ans, la proportion de personnes ayant fait des études
supérieures a été multipliée par deux. Or, dans le même temps, la Terre s’est largement
pacifiée. Les statistiques sur les conflits armés ou les meurtres montrent la baisse des actes
violents. En 1940, 20 personnes sur 100 000 mouraient de la guerre chaque année. Elles
15 sont aujourd’hui vingt fois moins nombreuses. En ce qui concerne les homicides, ils sont
passés de 100 par an pour 100 000 habitants dans l’Europe au XIV e siècle à un seul de nos
jours ! La France a vu son taux de meurtres annuels divisé par deux depuis vingt ans. Ces
données sont citées par le psychologue américain, chercheur en cognition 1 et en
psychologie du langage Steven Pinker. Selon lui, nous avons beau trouver notre monde
20 horrible et dangereux, les études prouvent que nous n’avons jamais été aussi pacifiques
qu’aujourd’hui: nous vivons plus longtemps, sommes moins victimes qu’auparavant de
maltraitances diverses, avons plus de chances de mourir dans notre lit qu’attaqué par autrui.
Dans ce cadre général, l’éducation ne joue pas seulement un rôle vague ou accidentel. Elle
est décisive. Steven Pinker montre par exemple dans son essai La Part d’ange en nous que
25 l’alphabétisation porte en elle une dimension éthique fondamentale. La lecture, en effet, est,
d’après Pinker, « une technologie de mise en perspective ». Lire un texte rédigé par autrui
nous extrait de notre expérience immédiate et de notre ego, et nous place littéralement dans
l’esprit d’autrui, dont « vous partagez temporairement les attitudes et réactions ». Adopter le
point de vue d’autrui porte ainsi à l’empathie et nous pousse à ne pas le faire souffrir.
30 Cette corrélation entre éducation et comportement moral semble réaliser le
programme du siècle des Lumières. Éduquer, c’est, selon les mots de Kant dans Qu’est-ce
que les Lumières ?, « faire sortir l’homme de la minorité dont il est lui-même responsable »,
c’est-à-dire montrer à chacun qu’il n’a pas besoin d’être dirigé par autrui pour comprendre
et transformer le monde. Loin d’être réservée à une élite dirigeante, l’éducation doit faire
35 accéder le peuple entier à l’esprit critique et à l’autonomie morale. Cette idée est en réalité
beaucoup plus ancienne. Elle tire sa source de l’éducation telle qu’elle a été théorisée en
Grèce antique – quoique dans une optique plus élitiste – à travers ce qu’on a appelé la
paideia. À travers l’apprentissage de la grammaire, des mathématiques, de la philosophie,
de l’histoire naturelle et de la gymnastique, la paideia consiste à élever l’individu vers une
40 culture qui le rende capable d’exercer sa fonction de citoyen et d’acquérir les vertus. Les
sophistes, si décriés parce que certains d’entre eux faisaient payer leur enseignement et
apprenaient à leurs élèves des techniques rhétoriques, ont inventé l’humanisme. Selon eux,
et notamment Protagoras, l’homme n’est rien tant qu’il n’a pas acquis une culture le rendant
capable de participer à la vie publique. Pour cela, une conception purement pratique de
45 l’éducation ne suffit pas. Dans l’Athènes de Périclès, la politique n’est pas conçue comme
un métier, mais comme la manière proprement humaine de participer au monde. Elle porte
en elle un idéal universel d’éthique 2, puisqu’elle consiste à décider ce qui est juste et ce qui
ne l’est pas. Repris à la Renaissance par des écrivains et des penseurs soucieux
d’émanciper les hommes des tutelles religieuses, l’idéal des humanités comporte une
50 puissante dimension morale.
(758 mots)
1 Cognition: processus d’acquisition de la connaissance.
2 Éthique: ensemble de conceptions morales.
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e siècle au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
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Entraîne-toi sur un thème avec les exercices des sujets de toutes les années.
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