Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2026

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

Sujet B – Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686 – Parcours: Le goût de la science

Texte d'après Étienne Klein, Le goût du vrai, 2020

Sujet B – Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686 – Parcours: Le goût de la science.

Texte d'après Étienne Klein, Le goût du vrai, 2020.

Certains philosophes passent sous silence la joie profonde, la joie singulière qui surgit dans l'esprit du scientifique lorsqu'enfin il comprend ce qu'il cherchait à comprendre. Je me souviens comme si c'était hier de mes premières joies intellectuelles, au collège puis au lycée: une démonstration mathématique qui devient lumineuse; un raisonnement abstrait, philosophique et scientifique, qui fait mouche 1 et éclaire ce à quoi il s'applique; la réalisation d'une modeste expérience de physique, un circuit électrique élémentaire par exemple, avec quelques fils, une résistance, une capacité, un voltmètre, dont les résultats des mesures coïncident exactement avec ceux prévus par les calculs... Chaque fois, c'était une révélation doublée d'une jubilation 2. Comprendre, découvrir la clé d'un raisonnement ou d'une découverte, vérifier une loi physique élémentaire: voilà qui vous déplace, vous écarte de vos façons habituelles d'être au monde. Mine de rien, vous devenez d'un coup quelqu'un d'autre. Après un détour plus ou moins long, le réel, soudain, vous répond, vous fait signe.

Il est donc tout à fait possible de garder vivante l'émotion de la quête, y compris à propos de découvertes très anciennes: comme me le dit un jour un physicien, fort des observations astronomiques qu'il réalise chaque été avec ses petits-enfants, voir les satellites de Jupiter ou les anneaux de Saturne grâce à un petit télescope est autrement plus excitant que d'en apprendre l'existence dans un manuel, même illustré de beaux clichés. Car c'est alors un écho de l'émerveillement de Galilée 3 que l'on sent pénétrer en soi, comme par intraveineuse.

Reste néanmoins une question qui est la grande question. Comment élargir la rationalité pour qu'elle devienne généreuse, poétique, excitante, contagieuse ? Ces défis sont précisément ceux que nous, scientifiques, n'avons pas su relever: la science désormais semble triste, lointaine, complexe, étrangère. Un tel éloignement ouvre des boulevards au populisme scientifique 4, qui lui-même nous détourne de la science.

Problème: la science n'est pas facile à partager. De multiples causes, certainement toutes fondées, sont régulièrement avancées pour expliquer cette situation. Transmettre ce qui est complexe relève quasiment de l'héroïsme. Comment refonder dans un tel contexte, les conditions d'une meilleure diffusion des idées de la science ? L'affaire est rendue délicate par le fait que circulent dans les mêmes canaux de communication des éléments appartenant à des registres très différents: connaissances, croyances, informations, opinions, commentaires, fake news... Immanquablement, leurs statuts respectifs se contaminent: comment distinguer une connaissance de la croyance d'une communauté particulière ? Une information d'une fake news ? Dans les esprits se crée une confusion d'autant plus grande que le statut actuel des sciences est devenu ambivalent 5.

D'une part, en effet, la science nous semble constituer le fondement officiel de notre société, censé remplacer l'ancien socle religieux: nous sommes gouvernés, sinon par la science elle-même, du moins au nom de quelque chose qui a à voir avec elle. C'est ainsi que, dans toutes les sphères de notre vie, nous nous trouvons désormais soumis à une multitude d'évaluations, lesquelles ne sont pas prononcées par des idéologues illuminés ou des prédicateurs religieux: présentées comme de simples jugements d'« experts », elles sont censées être effectuées au nom de savoirs et de compétences de type scientifique et donc, à ce titre, impartiaux et objectifs. Un exemple ? Sur nos paquets de cigarettes il est écrit non pas « Fumer déplaît à Dieu » ou « Fumer compromet le salut de votre âme » mais « Fumer tue ». Preuve qu'un discours scientifique portant sur la santé du corps a fini par détrôner un discours théologique 6 qui, lui, aurait porté sur le salut de l'âme.

D'autre part – second versant de cette ambivalence – la science dans sa réalité pratique est aujourd'hui questionnée comme jamais, contestée, mise en cause voire marginalisée. Elle est objet de méconnaissance effective au sein de la société: qui sait en quoi consiste la radioactivité, ce qu'est au juste un OGM, où se trouvent les quarks, ce qui différencie un rétrovirus d'un virus ordinaire ? Dans le même temps, elle subit toutes sortes d'attaques, d'ordre philosophique, économique ou politique. La plus importante d'entre elles peut se résumer par un bel oxymore: « relativisme absolu ». Selon cette doctrine, si les sciences ont pris le pouvoir, ce n'est pas en raison d'un lien privilégié avec le vrai, mais grâce à leur maniement d'arguments d'autorité ou parce qu'elles seraient l'expression d'un parti-pris culturel. Les discours scientifiques ne seraient au bout du compte ni plus vrais ni plus faux que n'importe quels autres. En somme, « tout serait relatif ».

794 mots

1 Faire mouche: atteindre son but.

2 Jubilation: grande joie.

3 Galilée: physicien et astronome du 17 e siècle.

4 Populisme scientifique: ici simplification parfois mensongère du savoir.

5 Ambivalent: ambigu, confus.

6 Théologique: religieux.

Essai (10 points)

Le goût de la science est-il lié à l'amour de la vérité ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Le goût de la science est-il lié à l'amour de la vérité ?

Réponse : Une composition argumentée et structurée en trois axes : Introduction : - Accroche : La science se définit traditionnellement comme une démarche rationnelle de dévoilement du réel. - Définition des termes : Le « goût de la science » renvoie à l'intérêt, à la curiosité et à l'attrait pour le savoir ; « l'amour de la vérité » désigne la quête désintéressée d'une certitude objective exempte d'illusion. - Problématique : Le plaisir que nous prenons à la science découle-t-il uniquement de cette recherche d'exactitude, ou puise-t-il également sa force dans l'imagination, la sensibilité et le plaisir de penser ? - Annonce du plan. I. La science procède fondamentalement d'un désir d'exactitude et de vérité : 1. Dissiper l'erreur et les superstitions : Rabelais prône la soif de savoir, Montaigne pourfend les préjugés, et les Lumières (Voltaire, Diderot) utilisent la rationalité comme arme de libération intellectuelle. 2. Le plaisir jubilatoire de la démonstration : comme le rappelle Étienne Klein, le scientifique éprouve une vive joie lorsque le calcul s'accorde au réel et qu'une loi est vérifiée ; c'est le triomphe de la rationalité sur l'opinion. 3. La responsabilité éthique face au relativisme : défendre la vérité scientifique constitue un impératif démocratique face aux dérives des fake news et du « relativisme absolu ». II. Cependant, le goût de la science s'enracine aussi dans l'émerveillement, l'imagination et l'esthétique : 1. Le plaisir de la fable et du spectacle : Fontenelle dans les *Entretiens sur la pluralité des mondes* met en scène un dialogue galant sous les étoiles ; il compare l'univers au spectacle de l'Opéra et use d'analogies poétiques pour séduire la marquise. 2. La curiosité et l'évasion intellectuelle : explorer l'infini des mondes ou le minuscule répond à un appétit d'aventure et de décentrement (« vous devenez d'un coup quelqu'un d'autre », écrit Klein). 3. L'audace des hypothèses : la science n'est pas qu'un catalogue aride de faits, elle exige une créativité féconde (Galilée, Descartes). III. L'émotion scientifique : une alliance nécessaire entre plaisir esthétique et rigueur intellectuelle : 1. La vulgarisation humaniste : instruire en plaisant (*placere et docere*), condition essentielle pour réconcilier les citoyens avec une rationalité généreuse et poétique. 2. La conscience de la relativité des connaissances : aimer la vérité en science, c'est aussi accepter le doute méthodique et la remise en question permanente, à l'opposé des dogmes figés. Conclusion : Le goût de la science ne saurait être réduit à une recherche froide de la vérité pure : il est indissociable du plaisir esthétique et de l'émotion de la quête, qui rendent la vérité aimable et partageable.

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