Exercice 2.C - Essai · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2023
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2023)
Énoncé
C - Œuvre: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») – Parcours: Écrire et combattre pour l'égalité.
Sandrine Dauphin, Femmes-hommes: penser l'égalité, 2013.
Pour agir contre les discriminations et l'inégalité des sexes, le mode d'intervention
qui a été privilégié jusqu'aux années 2000 par les pouvoirs publics est l'action dite
« positive » 1. La justification de ce type de mesures repose sur la distinction entre « égalité
formelle » et « égalité réelle »: si l'égalité des droits peut être considérée comme acquise,
5 elle ne constitue pas pour autant une égalité effective. Ces mesures spécifiques visent à
tenir compte des inégalités de situation des hommes et des femmes et s'inscrivent dans
une logique de rattrapage des secondes par rapport aux premiers. Elles ont ainsi une
dimension réparatrice ou restauratrice puisqu'il s'agit de prendre la mesure des différences
de situation entre les hommes et les femmes afin de « combler » l'écart en favorisant ces
10 dernières.
En France, la loi sur l'égalité professionnelle a ouvert la voie aux actions positives
pour les femmes dans le système juridique français en incitant les entreprises à adopter des
mesures temporaires de rattrapage au seul bénéfice des femmes. Dans le champ politique,
la parité politique, oblige à constituer des listes constituées de 50 % de femmes et invite à
15 présenter le même nombre de candidatures des deux sexes aux élections législatives, sous
peine de sanctions financières.
Le principe des actions positives a cependant fait l'objet de critiques de la part de
féministes anglo-saxonnes. Certaines chercheuses considèrent, en effet, que les actions
positives entretiennent un modèle masculin qui demeure la référence puisqu'il s'agit de
20 rattraper la situation par rapport aux hommes; dans ce système de référence, lutter contre
les discriminations signifie donc évaluer les femmes à l'aune 2 d'une norme masculine. En
France, les actions positives sont critiquées pour leur caractère insuffisamment contraignant
et leur faible mise en œuvre. Pour reprendre l'exemple de l'égalité professionnelle, il a été
dénoncé l'insuffisance des mesures prises par les entreprises, ce qui n'a pas permis des
25 changements de comportements et n'a pas mis fin aux discriminations. En ce qui concerne
la parité politique, là aussi, les résultats sont mitigés, malgré l'augmentation sensible du
nombre de femmes dans les assemblées élues. Les actions positives agissent-elles
uniquement sur les inégalités existantes ou peuvent-elles produire de l'égalité en changeant
les comportements ? Elles n'ont sans doute d'autres vertus que palliatives 3 puisqu'elles
30 n'agissent pas sur l'origine des inégalités et leur caractère systémique. C'est pourquoi on
peut sans doute les considérer comme des mesures principalement symboliques.
Une autre manière de lutter contre les discriminations liées au sexe a été promue dans
les années 1990 par les instances internationales. Il s'agit de prendre en compte la question
du genre dans l'ensemble des politiques publiques: « L'approche intégrée consiste en la
35 (ré)organisation, l'amélioration, l'évolution et l'évaluation des processus de prise de
décision, aux fins d'incorporer la perspective de l'égalité entre les femmes et les hommes
dans tous les domaines et à tous les niveaux, par les acteurs généralement impliqués dans
la mise en place des politiques. » En France, depuis l'année 2000, elle figure régulièrement
dans le préambule des plans d'action annuels des ministres en charge des droits des
40 femmes.
La logique est différente de celle de l'action positive, qui a une simple visée correctrice.
Il s'agit plutôt de prévenir les éléments discriminants éventuels des politiques. On vise donc
à agir en amont plutôt qu'en aval du constat d'inégalités entre les femmes et les hommes.
En outre, cette méthode a pour objectif d'être pérenne 4 et systématisée, contrairement à
45 l'action positive.
La promotion de l'approche intégrée a conduit à quelques changements culturels.
Par exemple en France, elle encourage une plus grande diffusion de données sur les
différences de situation entre les femmes et les hommes. Chiffrer contribue à rendre visibles
les inégalités et à montrer, le cas échéant, leur ampleur afin de déplacer le discours de
50 « l'idéologie » ou du militantisme à la description des faits, c'est-à-dire que cela participe
finalement d'une démarche d'expertise 5. Un deuxième apport a été celui de la sensibilisation
des différents acteurs: à cet égard, l'existence de formations à l'égalité des sexes constitue
assurément une nouveauté, alors que, dans le passé, toutes les mesures prises en faveur
des femmes étaient le plus souvent imposées sans être expliquées. Elles permettent de
55 sensibiliser un certain nombre d'institutions pour monter des partenariats autour de telle ou
telle problématique.
(798 mots)
1 action « positive »: action qui favorise les victimes de discrimination
2 à l'aune de: en fonction de
3 palliatif, palliative: qui n'a qu'un effet passager
4 pérenne: durable
5 d'évaluation scientifique
Essai
Faire évoluer les lois est-il le seul moyen de combattre pour l'égalité ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Nombre de mots:
Consultez le plan proposé ci-dessous et comparez-le avec votre essai (thèse, structure argumentative, exemples tirés des textes et de votre culture personnelle).

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Faire évoluer les lois est-il le seul moyen de combattre pour l'égalité ?
Réponse : Introduction : Olympe de Gouges, en rédigeant sa *Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne*, réclame une égalité juridique entre les sexes ; pourtant son texte, comme celui de Sandrine Dauphin, montre que la loi seule ne suffit pas à transformer les rapports sociaux. On peut alors se demander si faire évoluer les lois est le seul moyen de combattre pour l'égalité. I. La loi, un levier nécessaire et symbolique de l'égalité - Olympe de Gouges revendique une égalité de droit (préambule, articles calqués sur la DDHC de 1789, postambule appelant les femmes à agir) : la loi fonde et légitime l'égalité. - Dauphin montre que les lois sur l'égalité professionnelle et la parité politique ont permis des avancées concrètes (incitation des entreprises, listes paritaires). - D'autres textes du parcours (par exemple des textes de moralistes ou de philosophes des Lumières plaidant pour l'instruction des femmes) montrent que la revendication d'un cadre légal est une constante du combat pour l'égalité. II. Mais la loi seule ne suffit pas et connaît des limites - Dauphin souligne que les actions positives, y compris légales, restent insuffisamment contraignantes, entretiennent un modèle masculin de référence et ne changent pas réellement les comportements (mesures "principalement symboliques"). - Olympe de Gouges elle-même, malgré l'existence de droits proclamés, est condamnée et exécutée : la loi proclamée ne garantit pas son application ni le changement des mentalités. - L'égalité réelle suppose d'agir aussi sur l'éducation, les représentations culturelles, les pratiques quotidiennes (partage des tâches, accès à la parole publique). III. D'autres moyens complètent et parfois précèdent la loi - L'écriture et la prise de parole publique (le geste même d'Olympe de Gouges, qui "combat" par les mots avant que la loi ne suive) : la littérature d'idées est elle-même un moyen d'action. - L'approche intégrée du genre décrite par Dauphin agit en amont des lois, sur la sensibilisation et la production de connaissances (données chiffrées, formations), pour préparer et accompagner le changement. - L'action individuelle et collective (mobilisations, associations, exemplarité) contribue à faire évoluer les mentalités, condition souvent nécessaire à l'adoption puis à l'application effective des lois. Conclusion : La loi est un moyen indispensable mais non suffisant pour combattre les inégalités entre les sexes ; elle doit s'accompagner d'une transformation des mentalités, à laquelle contribuent l'écriture, l'éducation et l'action collective, comme le montrent aussi bien Olympe de Gouges que Sandrine Dauphin.
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