Exercice 2.C - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2023

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2023)

Énoncé

C – Œuvre: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») – Parcours: Écrire et combattre pour l'égalité.

Sylvie Pelletier, « Représentation de soi et conscience de genre dans les autobiographies féminines en France (1850-1914) », dans La Recherche féministe francophone, 2009.

Le XIX e siècle a signifié l'essor de l'alphabétisation pour les femmes et, plus précisément, le passage d'une scolarisation basée principalement sur la lecture à une instruction intégrant aussi l'écriture. Cet accès plus libre à l'éducation, la diffusion des pratiques de lecture, autant que l'apprentissage de « l'art de la rédaction » constituent les éléments de base d'une « révolution » de l'écrit qui caractérise la France, dans la seconde moitié du XIX e siècle. Hommes et femmes apprennent désormais à écrire et à exprimer leurs « sentiments » à travers de nouveaux modes d'expression, typiques de l'individualisme bourgeois et tout ce qui constitue le champ de la littérature personnelle, autobiographies, correspondance, journaux intimes, deviendra rapidement un lieu d'expression et d'introspection pour les femmes. Mais plus que les changements historiques dans l'éducation, c'est le rapport des femmes à l'écrit et surtout à l'écrit autobiographique qui nous intéresse ici, car il permet de dessiner les contours d'une conscience de genre 1 originale et d'abord définie à partir de la vision des femmes elles-mêmes.

Les femmes expliquent et justifient assez longuement leur désir d'écrire. L'analyse de ces « motifs d'écriture » nous renseigne sur leur sentiment de culpabilité face à la transgression de normes implicites et, par-là, sur leur vision sexuée du monde 2. Ce sentiment de culpabilité me semble donc relié au rejet de valeurs reçues et à l'émergence d'une conscience de genre. D'abord, comme on peut le remarquer chez les ouvriers français de la même époque, mais avec une acuité 3 plus grande encore dans les cas des femmes, l'acte d'écriture et celui de la publication sont perçus comme revêtant un aspect social important pour la mise en avant de sa propre existence, comme donc une infraction potentielle à un devoir de silence social ou, en tout cas, de retenue. C'est, en quelque sorte, par une modestie socialement obligée que les autobiographes en viennent à expliquer plus ou moins longuement que leur œuvre ne vise pas à s'attribuer ou à se faire reconnaître un caractère exceptionnel et, surtout, qu'elles n'ont pas de prétention littéraire.

Ce sentiment de la « culpabilité d'écrire » apparaît dans tous les textes sauf, peut-être, dans celui de Sarah Bernhardt et dans celui de Clémence Badère (1886-1887) qui revendiquent, toutes deux, le statut d'écrivaine, cette dernière ambitionnant même de vivre de sa plume. Si Bernhardt considère comme tout à fait normal, légitime et justifié son désir d'écrire et, en conséquence, en traite assez rapidement, Badère, d'un milieu plus populaire, écrit justement pour dénoncer l'injustice et le traitement dont elle est victime, dit-elle, du fait de son sexe.

Louise Ackermann, écrivaine et poète bien connue à l'époque, expose bien, dans son rapport paradoxal à l'écriture, ces contraintes pesant sur les femmes, à la fin du XIX e siècle. Passionnée de philosophie et de littérature anglaise et allemande, Ackermann ressent l'écriture comme une obligation, un moyen irrépressible de se libérer des idées qui l'habitent; elle déplore le fait qu'on ne lui accorde pas la « publicité » qu'elle mérite. « Le poète qu'on n'écoute pas finit par se taire. Je me taisais donc ou à peu près ». Pourtant comme les autres, elle précise qu'elle n'a aucune prétention littéraire, qu'elle écrit pour elle-même, qu'elle n'est surtout pas une femme « de lettres », fait difficile à croire si l'on tient compte de son désenchantement 4 vis-à-vis de la réception de ses œuvres.

Cela révèle la contradiction, qui conduit les femmes à discréditer l'écriture féminine mais à écrire quand même. Cela permet enfin de constater l'intériorisation de préjugés chez les femmes elles-mêmes.

Les réticences 5 à s'identifier comme auteure peuvent être lues comme l'affirmation implicite d'une identité féminine et, par-là, d'une conscience de genre marquée par l'idéologie bourgeoise du XIX e siècle, idéologie qui transparaît également dans la construction de l'identité individuelle mise en évidence par les autobiographes.

Les récits autobiographiques mettent en lumière, à la fois, une image critique du rôle attribué aux femmes et une valorisation des modèles traditionnels féminins, ainsi que de ceux proposés par la société bourgeoise en pleine expansion. Tradition et modernité marquent les représentations féminines de façon complexe. En effet, les auteures se conçoivent et décrivent leur vie en fonction du dévouement et de l'utilité, reprenant ainsi à leur compte les responsabilités traditionnellement associées aux femmes, mais également les valeurs bourgeoises qui tendent à faire d'elles des épouses et mères d'abord et avant tout.

(775 mots)

1 conscience de genre: la conscience d'être une femme ou bien un homme

2 face à la transgression des normes implicites et, par-là, sur leur vision sexuée du monde: référence au fait qu'il était mal vu pour une femme au XIX e siècle d'être écrivain, ce métier étant réservé aux hommes

3 acuité: précision, finesse

4 désenchantement: espoir déçu

5 réticence: hésitation, réserve, manque d'assurance pour faire quelque chose

Essai

Dans quelle mesure le droit à la parole est-il fondamental dans le combat contre les inégalités ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Réponse enregistrée. Comparez votre essai avec le plan proposé pour vérifier l'organisation et la pertinence des arguments.

Énoncé: Exercice 2.C - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2023

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Dans quelle mesure le droit à la parole est-il fondamental dans le combat contre les inégalités ?

Réponse : Plan possible en deux parties : I. Le droit à la parole est une condition nécessaire du combat contre les inégalités - Prendre la parole, c'est se faire reconnaître comme sujet de droit : dans la *Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne*, Olympe de Gouges réécrit la Déclaration de 1789 pour donner aux femmes une voix politique qu'on leur refuse (« La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune »). - Le texte de Sylvie Pelletier montre que l'accès à l'écriture autobiographique permet aux femmes du XIXe siècle de dire leur expérience, même sous couvert de modestie, et donc d'exister comme individus dans l'espace public ; Clémence Badère écrit même explicitement pour dénoncer l'injustice dont elle est victime du fait de son sexe. - Sans la possibilité de s'exprimer, de témoigner, de dénoncer, les inégalités restent invisibles et non contestées : la parole est ce qui rend visible l'injustice. II. Mais le droit à la parole ne suffit pas à lui seul à combattre les inégalités - Le texte de Pelletier révèle que même quand elles écrivent, la plupart des femmes intériorisent un sentiment de culpabilité et minimisent leur légitimité (Ackermann, qui nie être une femme « de lettres » ; seules Bernhardt et Badère font exception) : la parole existe mais reste entravée par des normes sociales intériorisées. - Il faut donc aussi des droits concrets (éducation, droits civils et politiques, comme le réclame le postambule de la Déclaration) et une transformation des mentalités pour que la parole se traduise en égalité réelle. - Des exemples issus de lectures personnelles (Beaumarchais, Montesquieu, Voltaire, ou des combats contemporains pour la liberté d'expression) peuvent montrer que la parole libérée est une étape, non une fin en soi, dans tout combat pour l'égalité. Conclusion : le droit à la parole est indispensable car il permet de révéler et de contester l'injustice, mais il doit s'accompagner de droits effectifs et d'une évolution des représentations pour que le combat contre les inégalités aboutisse réellement.

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