Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Polynésie session normale 2023

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2023)

Énoncé

Sujet A – Essai

A - Œuvre: Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.

Gilles Brougère, Jeu et éducation, 1995.

Avant que le jeu ne soit considéré comme lieu possible d’éducation, il existe trois

façons principales d’établir des relations entre le jeu et l’éducation. En premier lieu il s’agit

de la récréation: le jeu est le délassement indispensable à l’effort en général, l’effort plutôt

physique, puis l’effort intellectuel et enfin tout spécialement l’effort scolaire. Le jeu contribue

5 indirectement à l’éducation en permettant à l’élève délassé d’être plus efficace dans ses

exercices et son attention. En second lieu l’intérêt que manifeste l’enfant pour le jeu doit

pouvoir être utilisé pour la bonne cause. Il est possible de donner l’aspect de jeu à des

exercices scolaires, c’est le jeu comme ruse pédagogique. Enfin le jeu permet au

pédagogue d’explorer la personnalité enfantine et éventuellement d’adapter à celle-ci

10 l’enseignement et l’orientation de l’élève. On peut également considérer que le jeu peut être

le lieu d’une éducation physique moins parce qu’il s’agit d’un jeu que parce que les enfants

n’y ménagent pas leurs efforts physiques, d’où la reprise de certains jeux dans diverses

traditions d’éducation physique. Ce qui intéresse l’éducateur dans ces jeux ce n’est pas qu’il

s’agisse de jeu, mais du support naturel d’une activité physique dont on considère l’intérêt

15 pour une éducation complète qui n’omet pas le corps.

Le premier lien entre éducation et jeu est celui du délassement. C’est la première

inscription du jeu dans l’espace éducatif à travers la récréation, et cette relation subsiste

aujourd’hui. Le jeu est le moment du temps scolaire qui n’est pas consacré à l’éducation,

20 mais à la détente nécessaire avant la reprise du travail. Une telle idée est présente, entre

autres textes, chez Sénèque 1: " Il faut octroyer 2 à l’esprit des moments de relâchement, car

il renaît plus puissant et plus vif après une période de repos ". Le divertissement est

essentiel à une bonne gestion des capacités de l’esprit: " Il n’est pas bon d’avoir toujours

l’esprit également tendu, il faut savoir le divertir ". La nature elle-même impose le jeu à

25 l’homme, mais il faut en limiter l’importance, et aucun abus ne doit conduire à oublier que le

jeu est au service de l’esprit et de son activité et non l’inverse; le jeu ne peut avoir sa fin en

lui-même, il ne peut avoir de valeur propre, il vaut en fonction de sa soumission au travail,

aux études: " Si le jeu et le divertissement ne lui offraient point un plaisir naturel, l’homme

n’y aspirerait pas avec tant de force. À en abuser toutefois, l’esprit perdrait son ressort et sa

30 vigueur ".

D’autres auteurs vont accorder une place au jeu au sein même de l’étude. La

conception de ce dernier est intéressante à étudier du fait de sa clarté. Il s’agit bien de faire

une place au jeu pour l’éducation des plus jeunes enfants qui apprennent à lire et à écrire,

mais selon des modalités tout à fait précises. Le jeu est un moyen, un support pour séduire

35 l’enfant; il faut éviter de décourager l’enfant par des études inadaptées à son âge. L’enfant

n’est pas capable de projeter dans l’avenir l’intérêt que les études, l’apprentissage de la

lecture et l’écriture, de plus d’une langue étrangère, représentent pour lui. Il faut donc lui

donner l’impression qu’il joue. Il faut ruser avec l’enfant pour le faire travailler sans qu’il s’en

40 rende vraiment compte. Le travail doit ressembler pour l’enfant, de façon subjective, au jeu,

mais ce n’est pas un jeu, cela n’en a que l’apparence. Dans cette vision du jeu, on n’en

utilise que la motivation, l’intérêt pour l’enfant. Il n’est pas question de faire confiance au jeu

en tant que tel. Le jeu n’a pas une valeur éducative, mais l’étude doit prendre l’aspect du

jeu pour intéresser l’enfant.

(707 mots)

1 Sénèque, De la tranquillité de l’âme. Sénèque est un philosophe romain ayant vécu au I er siècle après Jésus-Christ.

2 octroyer: donner

Peut-on envisager une bonne éducation sans contrainte ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les chapitres XI à XXIV de Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Essai terminé. Comparez votre travail avec la proposition de correction.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Peut-on envisager une bonne éducation sans contrainte ?

Réponse : Plan possible en trois parties. I. Toute éducation suppose une part de contrainte. Éduquer, c'est transmettre un savoir, des règles et une discipline que l'enfant n'a pas choisis. Chez Rabelais, avant sa réforme, Gargantua subit des précepteurs sophistes un enseignement scolastique fondé sur la répétition mécanique et la mémorisation stérile. Cette contrainte est inefficace : elle est rigide dans la méthode mais laisse l'élève à sa paresse et à ses excès. Brougère rappelle que le jeu lui-même, dans la tradition scolaire, n'est toléré que comme délassement au service du travail. Il reste donc subordonné à une contrainte plus large : celle de l'effort scolaire. II. Mais la contrainte brute échoue, et le plaisir ou le jeu permettent d'éduquer sans qu'elle soit ressentie comme telle. Ponocrates, en réformant l'éducation de Gargantua (chapitres XXIII et XXIV), ne supprime pas la discipline : il impose un emploi du temps très strict où aucune heure n'est perdue. Il rend cependant cette exigence acceptable par la variété des activités (lectures, exercices physiques, jeux de cartes servant à apprendre l'arithmétique, conversations savantes à table, observation de la nature). L'enfant apprend avec plaisir, et la contrainte cesse d'être vécue comme une coercition. Brougère montre de même que le jeu peut servir de 'ruse pédagogique' : l'enfant travaille sans s'en rendre compte, parce que l'étude prend l'apparence du jeu. III. La bonne éducation est donc celle qui déguise la contrainte nécessaire en plaisir ou en jeu, sans jamais la faire disparaître tout à fait. L'abbaye de Thélème (fin de l'œuvre), avec sa devise « Fais ce que voudras », illustre cette utopie d'une liberté éduquée. Elle ne fonctionne que parce que ses habitants, « bien nés » et bien instruits, ont déjà intériorisé une discipline. De même pour Brougère, le jeu n'a 'pas de valeur éducative' en lui-même : c'est l'adulte qui, en coulisses, continue d'organiser et de contraindre discrètement l'apprentissage. On peut donc envisager une éducation sans contrainte apparente, mais non sans contrainte du tout : la meilleure éducation est celle où la contrainte se fait oublier.

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