Exercice 2.B - Essai · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2022

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2022)

Énoncé

Sujet 2 (B) — Essai

B - Œuvre: La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme », – Parcours: Peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Marielle Mayo, « Les non-humains et nous », Les Cahiers de Sciences et vie, n°197, mars-avril 2021.

Les représentations occidentales de l'homme se sont fondées sur l'idée de sa

singularité. Celle-ci est cependant remise en cause par les avancées scientifiques sur la

recherche animale ainsi que le développement de la robotique et de l'intelligence

artificielle. Quelles frontières nous séparent encore des animaux et des robots ?

5 Au XVII e siècle, l'entrée dans la modernité a consacré le triomphe de l'humain, sujet

pensant au sommet de la création. La ligne de démarcation censée nous distinguer du

reste du vivant semble toutefois aujourd'hui bien fragile. Non seulement ce qui différencie

l'homme de l'animal est discuté, mais les robots ou l'intelligence artificielle seraient sur le

point d'empiéter sur certaines de nos prérogatives, voire – dit-on – de nous surpasser. Ce

10 brouillage des frontières avec les « non-humains » interroge. Faut-il repenser, encore,

l'homme ? Longtemps, la vision occidentale a posé sa domination sur la nature, mais

selon l'anthropologue Philippe Descola, les modes de classification des « existants » ne

sont que des paradigmes 1. Si notre [...] culture distingue l'homme par sa conscience, sa

subjectivité ou ses intentions, d'autres prêtent à l'animal, au végétal ou à l'artefact 2 une

15 intériorité du même ordre. Des conceptions qui trouvent un écho dans des travaux

scientifiques récents. Il devient donc plus difficile de légitimer par la rationalité scientifique

le postulat de la singularité humaine.

Prenant acte que nous sommes le fruit de nos relations, des anthropologues et des

philosophes interrogent notre interdépendance avec d'autres êtres, vivants ou non, et se

20 demandent si de nouveaux objets comme les robots pourraient amener à redéfinir

l'humanité.

Réduire les objets à leur fonction utilitaire, c'est oublier qu'ils sont de toutes nos

activités, façonnent nos comportements et peuvent être perçus comme des extensions de

nous-mêmes [...], ou comme des « autres » à qui l'on prête émotions et intentions. Les

25 mécanismes cognitifs 3 en jeu restent débattus, mais des signaux rudimentaires suffisent.

« On peut susciter l'empathie même avec des figures géométriques », s'amuse Emmanuel

Grimaud. « L'anthropologie a mis le doigt sur des rapports subtils et variés noués avec

des minéraux, des plantes ou des objets, considérés comme des quasi-personnes ».

Fondamental pour entrer en contact avec son environnement, ce mécanisme

30 s'applique à l'objet rituel, à la poupée, à l'ordinateur qu'on invective... On fait alors

« comme si », mais pourrait-on être dupé par des artefacts anthropomorphes ? Cette

question traverse de nombreux mythes, du Golem de la tradition juive au monstre de

Frankenstein. Selon l'anthropologue Joffrey Becker, dont les recherches portent sur la

robotique et l'intelligence artificielle, les robots humanoïdes, comme les automates du

35 XVII e siècle, illustrent une conception mécaniste de la vie et nous tendent un miroir

déformant. Objets de fantasmes, ils sont toutefois encore loin d'égaler les alter ego

imaginés par la science-fiction. « La RoboCup, qui visait l'avènement de robots

footballeurs champions du monde en 2050, ne s'aventurent plus à prédire d'échéance »,

s'amuse le chercheur. Tenant plus du droïde de Star Wars que de l'humain, ces robots

40 montrent en effet une comique maladresse. [...]

« Un robot a une présence physique et peut percevoir son contexte, se déplacer ou

être touché, mais reste limité dans ses interactions avec son environnement », pointe

Catherine Pelachaud (Institut des systèmes intelligents et de robotique, Sorbonne

Université, CNRS), qui leur préfère des agents virtuels. Ici, l'intelligence artificielle est

45 déportée sur un ordinateur, une tablette ou un smartphone. La scientifique développe ainsi

un personnage virtuel, autonome et interactif, capable de simuler un comportement et des

expressions socio-émotionnelles. « Le but n'est pas de remplacer l'homme, mais de lui

venir en soutien dans des domaines comme la santé, le tutorat ou le service à la

personne », explique-t-elle. [...]

50 La réflexion sur les frontières et intersections de l'humanité avec d'autres entités,

vivantes ou artificielles, est en train de devenir citoyenne et politique. Elle ouvre sur des

débats sur la personnalité juridique des animaux, mais aussi des robots. De quelles

créatures souhaitons-nous nous entourer, et comment voulons-nous interagir avec elles ?

Bien plus complexes qu'il n'y paraît, ces questions nous invitent à reconsidérer les

55 frontières que nous avons dressées autour de notre précieuse singularité, et à modéliser

sous un angle nouveau les propres de l'homme.

1 Conceptions théoriques ayant cours à un moment donné.

2 Objet créé par l'homme.

3 Processus à l'œuvre dans le cerveau.

(768 mots)

Pensez-vous que les nouvelles technologies puissent transformer la nature humaine ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le Livre XI des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Comparez votre essai au plan et aux arguments proposés dans la solution.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Pensez-vous que les nouvelles technologies puissent transformer la nature humaine ?

Réponse : Plan possible en trois parties. I. Les nouvelles technologies bousculent la frontière entre l'homme et le non-humain : le texte de Marielle Mayo montre que robots et intelligences artificielles brouillent les critères traditionnels de la singularité humaine (conscience, subjectivité), et que certains objets (poupées, agents virtuels de Pelachaud) suscitent des réactions émotionnelles proches de celles qu'on réserve aux humains. II. Pourtant, ces technologies ne créent pas une nature humaine nouvelle : elles révèlent et amplifient des traits déjà présents, comme le montre La Bruyère dans *Les Caractères* (livre XI, « De l'Homme »), où les portraits déjà satiriques des hommes de son temps (vanité, artifice, imitation sociale) préfigurent la manière dont l'homme investit aujourd'hui ses créations technologiques de ses propres travers. III. Finalement, la transformation véritable n'est peut-être pas celle de la nature humaine elle-même, mais celle du regard que l'homme porte sur lui-même : en se comparant aux robots et aux animaux, il est amené, comme le suggère le texte de Mayo, à « repenser » et « redéfinir » les frontières de son humanité, sans pour autant que sa nature profonde change.

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