Exercice 2 - Sujet B : Essai · Bac STMG Français Asie session normale 2026
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)
Énoncé
Sujet B — Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science
Texte d'Yves Quéré, La Science institutrice, 2002
Sujet B – Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science
Texte d'Yves Quéré, La Science institutrice, 2002
La science est une aventure. Même si cet énoncé va de soi chez celui qui connaît tant soit peu l’évolution de nos idées sur la nature, et a fortiori chez celui qui pratique la science, il risque de rester lettre morte 1, ou de passer pour une plaisanterie, chez l’élève qui ne voit en elle que l’amoncellement d’objets (théorèmes, lois…) inertes et indigestes évoqué plus haut. Il importe de lui montrer que la science est au contraire une matière fluide, évolutive, sensible à l’air du temps et au génie propre des hommes; qu’elle se construit le plus souvent dans l’enthousiasme et les conflits, bref dans la passion; qu’elle modifie sans cesse notre vision du monde; qu’elle nous parle des objets de la nature et de l’utilisation que nous pouvons en faire; qu’elle est porteuse de valeurs morales fortes; qu’elle nous apprend la primauté 2 de l’argumentation face à la brutalité, de l’honnêteté face à la tricherie, de la rigueur face au n’importe quoi, d’une certaine vérité face au « tout peut se dire »; qu’elle établit entre l’homme et l’univers un somptueux dialogue, tissé par la médiation mystérieuse des mathématiques, à la fois « langage de la nature » et pure émanation 3 du cerveau humain; qu’elle nous dévoile, à travers la simplicité formelle et la symétrie des lois, la beauté profonde du monde; qu’elle tire notre esprit vers un « savoir plus »; et qu’elle est donc une pièce centrale de la culture humaine.
Cette vision dynamique d’une science toujours vivante, d’une science bien plus aimable que rébarbative 4, c’est par de fréquentes allusions à son déroulement, à ses percées mais aussi à ses stagnations voire à ses errements, à son enracinement dans les civilisations, à son lien avec le public, à ses prolongements dans les techniques, aux interpellations 5 dont elle est l’objet, bref à toute son histoire, qu’on pourra la faire partager.
La science se fait aujourd’hui et ici. Certes, nul ne peut plus ignorer cette assertion et les Jolibois 6 d’aujourd’hui sont mieux connus du grand public. Débats dans la presse, budgets que l’on vote, laboratoires que l’on construit ou que l’on ferme, applications de la science que l’on bénit ou qui terrifient, maladies que l’on guérit et maladies que l’on provoque… tout confirme à chacun une présence massive de la science dans notre vie. Et pourtant, que de contresens ! Combien, à la fin d’études pourtant scientifiques, ignorent l’essence même de la science et son expression première qui est l’esprit de recherche !
Comment définir ici l’esprit de recherche ? Regardons pour cela ce jeune ingénieur aborder sa vie professionnelle.
Ou bien il y pénètre d’un pas conquérant, son savoir et son diplôme le cuirassant de certitudes. Le monde doit plier devant lui, plier à sa vision et non sa vision plier à la réalité. Il est celui qui sait, il domine les objets et les êtres, sur qui il s’apprête à exercer son empire. Le savoir n’est pour lui qu’un marchepied: notre homme a l’esprit de pouvoir.
Ou bien il y entre avec une assurance tout autre: celle que son savoir a surtout vertu apéritive, c’est-à-dire qu’il a mission d’ouvrir l’esprit et non de l’emplir et de le bloquer. Que tout est possible mais que rien n’est acquis. Que tout est devant lui, à découvrir ou à créer. Que les phénomènes de la nature, mais aussi les idées, mais aussi les êtres, demandent à être compris. Que maîtriser ceux-là ne veut pas dire dominer ceux-ci. Qu’il faut les aborder avec candeur et imagination, avec rigueur et honnêteté, en récusant l’usage de l’ a priori et celui de l’ à-peu-près. Qu’il exerce son activité dans une entreprise, dans un laboratoire ou dans l’administration, notre ingénieur a fait sienne la démarche de la science: il a l’esprit de recherche.
Ici encore, comment mieux préparer nos étudiants à cette perspective, comme mieux affiner leur curiosité, mieux les ouvrir au monde, mieux leur apprendre les vertus du questionnement, mieux encourager chez eux la quête du sens et le goût de la découverte qu’en associant, dans l’enseignement, construction de la science et histoire de la pensée ?
(731 mots)
1 Rester lettre morte: ne pas être pris en compte, ne produire aucun effet.
2 Primauté: supériorité.
3 Émanation: production, création.
4 Rébarbative: repoussante, ennuyeuse.
5 Interpellation: demandes d’explications, mises en cause.
6 Pierre Jolibois (1884-1854): chimiste français.
Essai [10 points]
En quoi la science peut-elle être une aventure ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les Entretiens sur la pluralité des mondes de Bernard Le Bouyer de Fontenelle, sur le texte de l’exercice de la contraction (texte d’Yves Quéré) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Essai : En quoi la science peut-elle être une aventure ?
Réponse : Une réponse rédigée et organisée comportera les éléments suivants : 1. Introduction : Définition de la science non comme somme statique de dogmes, mais comme exploration audacieuse. Problématique : en quoi l'entreprise scientifique participe-t-elle d'une véritable épopée humaine, intellectuelle et philosophique ? Annonce du plan. 2. Axe 1 : Une aventure de l'esprit et de la découverte de l'inconnu - Chez Fontenelle (*Entretiens sur la pluralité des mondes*), la vulgarisation de l'héliocentrisme cartésien et copernicien est mise en scène comme une promenade nocturne romanesque où l'esprit s'élance à la conquête de mondes infinis. - La curiosité intellectuelle (« le goût de la science ») repousse les frontières de l'ignorance, transformant le savant en explorateur cosmique. 3. Axe 2 : Une aventure humaine faite d'incertitudes, de combats et de controverses - Yves Quéré souligne que la science se forge « dans l'enthousiasme et les conflits », avec ses percées mais aussi « ses stagnations voire ses errements ». - L'esprit de recherche s'oppose à l'arrogance d'un savoir figé : c'est une remise en cause permanente (ex. Galilée, les Encyclopédistes des Lumières contestant les préjugés et les dogmes établis). 4. Axe 3 : Une aventure morale, esthétique et humaniste - La science transforme le rapport de l'homme au monde : elle éduque à la rigueur, à l'argumentation rationnelle face à l'autorité arbitraire. - Elle révèle une harmonie profonde de l'univers (dimension esthétique chez Fontenelle comme chez Quéré) et ouvre l'esprit vers un questionnement éthique ininterrompu. 5. Conclusion : Synthèse montrant que la science est avant tout un élan de curiosité et une quête inachevée du sens.
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