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Sujet du Bac STMG Français 2026 · Asie Session normale

Sujet du Bac STMG de Français 2026, Asie Session normale : 1 exercice corrigé. Thèmes : Contraction de texte. Avec correction automatique.

Thèmes du sujet : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle

Exercice 1 - Commentaire de texte · Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle

1- Commentaire de texte (20 points)

Objet d'étude: Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle

Texte: Pierre Du Ryer, Alcionée, acte II, scène 3, 1640

Sous la pression d'un soulèvement militaire, mené par le général Alcionée, le roi a promis à ce dernier la main de sa propre fille, Lydie. Une fois l'ordre revenu, Alcionée lui rappelle sa promesse.

LE ROI

Me demander ma fille ! Ah, c'est trop entreprendre,

Et trop peu l'estimer que d'oser y prétendre.

ALCIONÉE

Je sais bien que mon sort 1 n'eut jamais de clarté

Qui ne fût un rayon de votre Majesté;

5 Je sais bien que des Cieux la puissance fatale 2

Rend à votre grandeur ma fortune inégale;

Je sais bien que Lydie est assise en un rang,

Où n'arriva jamais personne de mon sang 3;

Mais depuis cet instant qu'une sainte promesse,

10 Permit à mon amour d'espérer la princesse,

Je crois sans m'éblouir regarder ce soleil,

Et par votre promesse être fait son pareil.

LE ROI

Songez-vous sans horreur à des jours si funèbres,

Que vos seuls attentats 4 couvrirent de ténèbres ?

15 Et pouvez-vous penser que je vous ai promis,

Sans penser aux forfaits que vous avez commis ?

Sans craindre en même temps l'effroyable justice,

Qui doit aux attentats 4 l'exemple du supplice ?

Ne vous souvient-il plus des désordres passés ?

20 Ne vous souvient-il plus de les avoir causés ?

Osez-vous demander le loyer d'un outrage 5 ?

Et pensez-vous qu'on doive où la contrainte engage ?

Par vos lâches desseins 6 accablé d'ennemis,

Et craignant pour mon peuple, il est vrai, j'ai promis,

25 Mais de cette promesse autrefois nécessaire,

N'attendez point d'effet qui ne vous soit contraire;

Pour le bien de l'État ayant su l'avancer,

Pour le bien de l'État je puis m'en dispenser.

Changez donc en respect des flammes insensées,

30 Que cette ambition sorte de vos pensées;

Enfin n'espérez plus, les trônes sont des cieux

Où ne doivent monter que des rois ou des dieux.

1 Sort: destin, vie.

2 La puissance fatale des cieux: le destin qui décide de la « fortune », du sort des uns ou des autres.

3 Mon sang: Alcionée n'est pas de sang royal.

4 Attentats: dans la langue classique, actes de violence contre l'autorité, ici jugés seule cause du désordre.

5 Le loyer d'un outrage: la récompense d'un crime.

6 Desseins: objectifs, projets.

Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte de Pierre du Ryer.

Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux pistes suivantes:

- une scène d'affrontement passionné;

- un débat argumenté sur les devoirs du roi.

Exercice 2 - Sujet A : Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)

Sujet A – Œuvre: Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire. Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté

Texte d'Edwige Chirouter, « Philosopher dès l'enfance, une école de liberté », Sciences humaines, octobre 2023

Les très jeunes enfants font l'expérience de la philosophie très tôt à travers « l'étonnement devant le monde ». Pour le philosophe grec Aristote, ce qui distingue les humains des autres animaux est justement cette capacité à s'étonner (l'âge des « pourquoi ? », « comment ? »). Il n'y a pas d'âge pour se poser des questions philosophiques et commencer ce chemin intellectuel, existentiel, qui donne du sens au monde. Comme le soulignait Montaigne: « On a grand tort de peindre la philosophie inaccessible aux enfants, et d'un visage renfrogné, sourcilleux et terrible. Qui me l'a masquée de ce faux visage, pâle et hideux ? Il n'est rien de plus gai, de plus gaillard, de plus enjoué, pour un peu je dirais de plus folâtre 1. »

Cinq cents ans après cette invitation à « folâtrer », la philosophie avec les enfants – à l'école et dans la cité – se développe sous diverses formes, partout dans le monde. Bouleversant les représentations traditionnelles de l'enseignement de la philosophie, ces pratiques répondent à des enjeux pluriels mais complémentaires:

- un premier enjeu éthique de reconnaissance: ces pratiques reviennent à reconnaître derrière l'élève (même le plus jeune, le plus en difficulté ou en situation de handicap) un sujet digne d'écoute, de parole et de pensée;

- un second enjeu d'émancipation, d'ordre politique: fondés sur les principes de la discussion démocratique et de l'intelligence collective, ces échanges sont aussi l'occasion de s'exercer à la délibération, à l'écoute des désaccords et à la pensée critique et complexe.

Historiquement, les premières expérimentations débutent dans les années 1970 à l'université Montclair aux États-Unis, avec les travaux des philosophes Matthew Lipman (1923-2010) et d'Ann Margaret Sharp (1942-2010). Tous deux sont des disciples de John Dewey (1859-1952), un des fondateurs du pragmatisme – une philosophie qui se veut émancipatrice, ancrée dans le réel, l'expérience, et fondée sur le modèle de l'enquête, du problème et de la démarche scientifique. L'enjeu est aussi politique: J. Dewey récuse 2 la vision techniciste de la démocratie comme seul mécanisme formel 3. Il la considère plutôt comme un mode de vie, c'est-à-dire comme un ensemble dynamique d'habiletés et d'habitudes à se conduire, à se parler et à délibérer les uns avec les autres. Nous avons trop tendance à concentrer la vie démocratique sur une action qui n'a lieu que tous les cinq ans – le vote – au lieu de mettre en avant ce qui a besoin d'être travaillé tous les jours, dans nos interactions sociales quotidiennes. D'où l'idée chez M. Lipman et A.M. Sharp de créer dans les classes avec de très jeunes enfants des « communautés de recherche philosophique », qui mettent en acte leur conception de la démocratie.

Ce qui se joue, se pratique, s'expérimente dans les ateliers de philosophie contribue à développer chez les enfants des habitus 4 qui sont au cœur du fonctionnement démocratique. Dans ces ateliers, les enfants, assis ensemble en cercle – sous la forme d'une agora 5 et dans un face-à-face des visages –, vont formuler des questions, réfléchir et discuter des différentes idées exprimées. À partir d'une question (« qu'est-ce qu'une loi juste ? », ou « peut-on être méchant et heureux ? »), les enfants sont invités à formuler des hypothèses, à déduire des présupposés et des conséquences, à justifier leurs opinions, à évaluer collectivement la validité rationnelle et éthique des différentes propositions. Ils y développent patiemment – grâce à un étayage 6 rigoureux de l'enseignant ou de l'enseignante – une pensée qui se veut à la fois critique, vigilante et créative.

Les médiations culturelles sont indispensables dans ces ateliers. Les récits (comme la littérature de jeunesse, les mythes, le cinéma) permettent d'instaurer une distance affective pour penser sereinement. Comme le disait Paul Ricœur, l'imaginaire est un immense « laboratoire » où peuvent s'expérimenter toutes les dimensions de la condition humaine. Et ces expériences que nous menons dans « ce grand laboratoire de l'imaginaire » – devenir invisible en tenant avec Platon l'anneau de Gygès, être amoureux avec Cyrano, ou face à un dilemme en compagnie de Neo dans Matrix – nous aident à clarifier notre rapport au monde: ce que nous entendons par « vertu », « amour » ou « vérité ». Ces moments philosophiques sont donc aussi des occasions d'expérimenter la fonction essentielle de l'art et des fictions, non pour nous divertir et oublier le réel, mais au contraire pour nous faire réfléchir et mieux le comprendre.

(734 mots)

1 Folâtre: amusant, divertissant.

2 Récuse: refuse.

3 Une vision qui ne propose de définir la démocratie que par l'organisation et le fonctionnement des institutions.

4 Habitus: manière d'être.

5 Agora: place publique des villes de la Grèce antique, où s'exerçait la démocratie.

6 Étayage: soutien.

Contraction de texte (10 points)

Vous ferez la contraction de ce texte en 184 mots. Une tolérance de plus ou moins 10 % est admise: les limites sont donc fixées à au moins 166 mots et au plus 202 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Exercice 2 - Sujet A : Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle

Sujet A – Œuvre: Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire. Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté

Texte d'Edwige Chirouter, « Philosopher dès l'enfance, une école de liberté », Sciences humaines, octobre 2023

Les très jeunes enfants font l'expérience de la philosophie très tôt à travers « l'étonnement devant le monde ». Pour le philosophe grec Aristote, ce qui distingue les humains des autres animaux est justement cette capacité à s'étonner (l'âge des « pourquoi ? », « comment ? »). Il n'y a pas d'âge pour se poser des questions philosophiques et commencer ce chemin intellectuel, existentiel, qui donne du sens au monde. Comme le soulignait Montaigne: « On a grand tort de peindre la philosophie inaccessible aux enfants, et d'un visage renfrogné, sourcilleux et terrible. Qui me l'a masquée de ce faux visage, pâle et hideux ? Il n'est rien de plus gai, de plus gaillard, de plus enjoué, pour un peu je dirais de plus folâtre 1. »

Cinq cents ans après cette invitation à « folâtrer », la philosophie avec les enfants – à l'école et dans la cité – se développe sous diverses formes, partout dans le monde. Bouleversant les représentations traditionnelles de l'enseignement de la philosophie, ces pratiques répondent à des enjeux pluriels mais complémentaires:

- un premier enjeu éthique de reconnaissance: ces pratiques reviennent à reconnaître derrière l'élève (même le plus jeune, le plus en difficulté ou en situation de handicap) un sujet digne d'écoute, de parole et de pensée;

- un second enjeu d'émancipation, d'ordre politique: fondés sur les principes de la discussion démocratique et de l'intelligence collective, ces échanges sont aussi l'occasion de s'exercer à la délibération, à l'écoute des désaccords et à la pensée critique et complexe.

Historiquement, les premières expérimentations débutent dans les années 1970 à l'université Montclair aux États-Unis, avec les travaux des philosophes Matthew Lipman (1923-2010) et d'Ann Margaret Sharp (1942-2010). Tous deux sont des disciples de John Dewey (1859-1952), un des fondateurs du pragmatisme – une philosophie qui se veut émancipatrice, ancrée dans le réel, l'expérience, et fondée sur le modèle de l'enquête, du problème et de la démarche scientifique. L'enjeu est aussi politique: J. Dewey récuse 2 la vision techniciste de la démocratie comme seul mécanisme formel 3. Il la considère plutôt comme un mode de vie, c'est-à-dire comme un ensemble dynamique d'habiletés et d'habitudes à se conduire, à se parler et à délibérer les uns avec les autres. Nous avons trop tendance à concentrer la vie démocratique sur une action qui n'a lieu que tous les cinq ans – le vote – au lieu de mettre en avant ce qui a besoin d'être travaillé tous les jours, dans nos interactions sociales quotidiennes. D'où l'idée chez M. Lipman et A.M. Sharp de créer dans les classes avec de très jeunes enfants des « communautés de recherche philosophique », qui mettent en acte leur conception de la démocratie.

Ce qui se joue, se pratique, s'expérimente dans les ateliers de philosophie contribue à développer chez les enfants des habitus 4 qui sont au cœur du fonctionnement démocratique. Dans ces ateliers, les enfants, assis ensemble en cercle – sous la forme d'une agora 5 et dans un face-à-face des visages –, vont formuler des questions, réfléchir et discuter des différentes idées exprimées. À partir d'une question (« qu'est-ce qu'une loi juste ? », ou « peut-on être méchant et heureux ? »), les enfants sont invités à formuler des hypothèses, à déduire des présupposés et des conséquences, à justifier leurs opinions, à évaluer collectivement la validité rationnelle et éthique des différentes propositions. Ils y développent patiemment – grâce à un étayage 6 rigoureux de l'enseignant ou de l'enseignante – une pensée qui se veut à la fois critique, vigilante et créative.

Les médiations culturelles sont indispensables dans ces ateliers. Les récits (comme la littérature de jeunesse, les mythes, le cinéma) permettent d'instaurer une distance affective pour penser sereinement. Comme le disait Paul Ricœur, l'imaginaire est un immense « laboratoire » où peuvent s'expérimenter toutes les dimensions de la condition humaine. Et ces expériences que nous menons dans « ce grand laboratoire de l'imaginaire » – devenir invisible en tenant avec Platon l'anneau de Gygès, être amoureux avec Cyrano, ou face à un dilemme en compagnie de Neo dans Matrix – nous aident à clarifier notre rapport au monde: ce que nous entendons par « vertu », « amour » ou « vérité ». Ces moments philosophiques sont donc aussi des occasions d'expérimenter la fonction essentielle de l'art et des fictions, non pour nous divertir et oublier le réel, mais au contraire pour nous faire réfléchir et mieux le comprendre.

(734 mots)

1 Folâtre: amusant, divertissant.

2 Récuse: refuse.

3 Une vision qui ne propose de définir la démocratie que par l'organisation et le fonctionnement des institutions.

4 Habitus: manière d'être.

5 Agora: place publique des villes de la Grèce antique, où s'exerçait la démocratie.

6 Étayage: soutien.

Essai (10 points)

Quel rôle l'éducation joue-t-elle dans l'apprentissage de la liberté ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte d'Edwige Chirouter) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2 - Sujet B : Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)

Sujet B — Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science

Texte d'Yves Quéré, La Science institutrice, 2002

Sujet B – Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science

Texte d'Yves Quéré, La Science institutrice, 2002

La science est une aventure. Même si cet énoncé va de soi chez celui qui connaît tant soit peu l’évolution de nos idées sur la nature, et a fortiori chez celui qui pratique la science, il risque de rester lettre morte 1, ou de passer pour une plaisanterie, chez l’élève qui ne voit en elle que l’amoncellement d’objets (théorèmes, lois…) inertes et indigestes évoqué plus haut. Il importe de lui montrer que la science est au contraire une matière fluide, évolutive, sensible à l’air du temps et au génie propre des hommes; qu’elle se construit le plus souvent dans l’enthousiasme et les conflits, bref dans la passion; qu’elle modifie sans cesse notre vision du monde; qu’elle nous parle des objets de la nature et de l’utilisation que nous pouvons en faire; qu’elle est porteuse de valeurs morales fortes; qu’elle nous apprend la primauté 2 de l’argumentation face à la brutalité, de l’honnêteté face à la tricherie, de la rigueur face au n’importe quoi, d’une certaine vérité face au « tout peut se dire »; qu’elle établit entre l’homme et l’univers un somptueux dialogue, tissé par la médiation mystérieuse des mathématiques, à la fois « langage de la nature » et pure émanation 3 du cerveau humain; qu’elle nous dévoile, à travers la simplicité formelle et la symétrie des lois, la beauté profonde du monde; qu’elle tire notre esprit vers un « savoir plus »; et qu’elle est donc une pièce centrale de la culture humaine.

Cette vision dynamique d’une science toujours vivante, d’une science bien plus aimable que rébarbative 4, c’est par de fréquentes allusions à son déroulement, à ses percées mais aussi à ses stagnations voire à ses errements, à son enracinement dans les civilisations, à son lien avec le public, à ses prolongements dans les techniques, aux interpellations 5 dont elle est l’objet, bref à toute son histoire, qu’on pourra la faire partager.

La science se fait aujourd’hui et ici. Certes, nul ne peut plus ignorer cette assertion et les Jolibois 6 d’aujourd’hui sont mieux connus du grand public. Débats dans la presse, budgets que l’on vote, laboratoires que l’on construit ou que l’on ferme, applications de la science que l’on bénit ou qui terrifient, maladies que l’on guérit et maladies que l’on provoque… tout confirme à chacun une présence massive de la science dans notre vie. Et pourtant, que de contresens ! Combien, à la fin d’études pourtant scientifiques, ignorent l’essence même de la science et son expression première qui est l’esprit de recherche !

Comment définir ici l’esprit de recherche ? Regardons pour cela ce jeune ingénieur aborder sa vie professionnelle.

Ou bien il y pénètre d’un pas conquérant, son savoir et son diplôme le cuirassant de certitudes. Le monde doit plier devant lui, plier à sa vision et non sa vision plier à la réalité. Il est celui qui sait, il domine les objets et les êtres, sur qui il s’apprête à exercer son empire. Le savoir n’est pour lui qu’un marchepied: notre homme a l’esprit de pouvoir.

Ou bien il y entre avec une assurance tout autre: celle que son savoir a surtout vertu apéritive, c’est-à-dire qu’il a mission d’ouvrir l’esprit et non de l’emplir et de le bloquer. Que tout est possible mais que rien n’est acquis. Que tout est devant lui, à découvrir ou à créer. Que les phénomènes de la nature, mais aussi les idées, mais aussi les êtres, demandent à être compris. Que maîtriser ceux-là ne veut pas dire dominer ceux-ci. Qu’il faut les aborder avec candeur et imagination, avec rigueur et honnêteté, en récusant l’usage de l’ a priori et celui de l’ à-peu-près. Qu’il exerce son activité dans une entreprise, dans un laboratoire ou dans l’administration, notre ingénieur a fait sienne la démarche de la science: il a l’esprit de recherche.

Ici encore, comment mieux préparer nos étudiants à cette perspective, comme mieux affiner leur curiosité, mieux les ouvrir au monde, mieux leur apprendre les vertus du questionnement, mieux encourager chez eux la quête du sens et le goût de la découverte qu’en associant, dans l’enseignement, construction de la science et histoire de la pensée ?

(731 mots)

1 Rester lettre morte: ne pas être pris en compte, ne produire aucun effet.

2 Primauté: supériorité.

3 Émanation: production, création.

4 Rébarbative: repoussante, ennuyeuse.

5 Interpellation: demandes d’explications, mises en cause.

6 Pierre Jolibois (1884-1854): chimiste français.

Contraction de texte [10 points]

Vous ferez la contraction de ce texte en 183 mots. Une tolérance de plus ou moins 10 % est admise: les limites sont donc fixées à au moins 165 mots et au plus 201 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Exercice 2 - Sujet B : Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle

Sujet B — Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science

Texte d'Yves Quéré, La Science institutrice, 2002

Sujet B – Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science

Texte d'Yves Quéré, La Science institutrice, 2002

La science est une aventure. Même si cet énoncé va de soi chez celui qui connaît tant soit peu l’évolution de nos idées sur la nature, et a fortiori chez celui qui pratique la science, il risque de rester lettre morte 1, ou de passer pour une plaisanterie, chez l’élève qui ne voit en elle que l’amoncellement d’objets (théorèmes, lois…) inertes et indigestes évoqué plus haut. Il importe de lui montrer que la science est au contraire une matière fluide, évolutive, sensible à l’air du temps et au génie propre des hommes; qu’elle se construit le plus souvent dans l’enthousiasme et les conflits, bref dans la passion; qu’elle modifie sans cesse notre vision du monde; qu’elle nous parle des objets de la nature et de l’utilisation que nous pouvons en faire; qu’elle est porteuse de valeurs morales fortes; qu’elle nous apprend la primauté 2 de l’argumentation face à la brutalité, de l’honnêteté face à la tricherie, de la rigueur face au n’importe quoi, d’une certaine vérité face au « tout peut se dire »; qu’elle établit entre l’homme et l’univers un somptueux dialogue, tissé par la médiation mystérieuse des mathématiques, à la fois « langage de la nature » et pure émanation 3 du cerveau humain; qu’elle nous dévoile, à travers la simplicité formelle et la symétrie des lois, la beauté profonde du monde; qu’elle tire notre esprit vers un « savoir plus »; et qu’elle est donc une pièce centrale de la culture humaine.

Cette vision dynamique d’une science toujours vivante, d’une science bien plus aimable que rébarbative 4, c’est par de fréquentes allusions à son déroulement, à ses percées mais aussi à ses stagnations voire à ses errements, à son enracinement dans les civilisations, à son lien avec le public, à ses prolongements dans les techniques, aux interpellations 5 dont elle est l’objet, bref à toute son histoire, qu’on pourra la faire partager.

La science se fait aujourd’hui et ici. Certes, nul ne peut plus ignorer cette assertion et les Jolibois 6 d’aujourd’hui sont mieux connus du grand public. Débats dans la presse, budgets que l’on vote, laboratoires que l’on construit ou que l’on ferme, applications de la science que l’on bénit ou qui terrifient, maladies que l’on guérit et maladies que l’on provoque… tout confirme à chacun une présence massive de la science dans notre vie. Et pourtant, que de contresens ! Combien, à la fin d’études pourtant scientifiques, ignorent l’essence même de la science et son expression première qui est l’esprit de recherche !

Comment définir ici l’esprit de recherche ? Regardons pour cela ce jeune ingénieur aborder sa vie professionnelle.

Ou bien il y pénètre d’un pas conquérant, son savoir et son diplôme le cuirassant de certitudes. Le monde doit plier devant lui, plier à sa vision et non sa vision plier à la réalité. Il est celui qui sait, il domine les objets et les êtres, sur qui il s’apprête à exercer son empire. Le savoir n’est pour lui qu’un marchepied: notre homme a l’esprit de pouvoir.

Ou bien il y entre avec une assurance tout autre: celle que son savoir a surtout vertu apéritive, c’est-à-dire qu’il a mission d’ouvrir l’esprit et non de l’emplir et de le bloquer. Que tout est possible mais que rien n’est acquis. Que tout est devant lui, à découvrir ou à créer. Que les phénomènes de la nature, mais aussi les idées, mais aussi les êtres, demandent à être compris. Que maîtriser ceux-là ne veut pas dire dominer ceux-ci. Qu’il faut les aborder avec candeur et imagination, avec rigueur et honnêteté, en récusant l’usage de l’ a priori et celui de l’ à-peu-près. Qu’il exerce son activité dans une entreprise, dans un laboratoire ou dans l’administration, notre ingénieur a fait sienne la démarche de la science: il a l’esprit de recherche.

Ici encore, comment mieux préparer nos étudiants à cette perspective, comme mieux affiner leur curiosité, mieux les ouvrir au monde, mieux leur apprendre les vertus du questionnement, mieux encourager chez eux la quête du sens et le goût de la découverte qu’en associant, dans l’enseignement, construction de la science et histoire de la pensée ?

(731 mots)

1 Rester lettre morte: ne pas être pris en compte, ne produire aucun effet.

2 Primauté: supériorité.

3 Émanation: production, création.

4 Rébarbative: repoussante, ennuyeuse.

5 Interpellation: demandes d’explications, mises en cause.

6 Pierre Jolibois (1884-1854): chimiste français.

Essai [10 points]

En quoi la science peut-elle être une aventure ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les Entretiens sur la pluralité des mondes de Bernard Le Bouyer de Fontenelle, sur le texte de l’exercice de la contraction (texte d’Yves Quéré) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2 - Sujet C : Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)

Sujet C – Contraction de texte

Vous ferez la contraction de ce texte en 189 mots. Une tolérance de plus ou moins 10 % est admise: les limites sont donc fixées à au moins 170 mots et au plus 208 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Sujet C

Œuvre: Fran7oise de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne (en incluant les éléments de la seconde édition augmentée de 1752 suivants: l'introduction historique aux Lettres Péruviennes et les Lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV).

Parcours: « un nouvel univers s'est offert à mes yeux »

Texte d'après Philippe Descola, Diversité des natures, diversité des cultures, 2010, p. 12-19

La science que je pratique, l'anthropologie 1, se méfie beaucoup du bon sens. Contrairement à ce que disait le philosophe Descartes, le bon sens n'est pas la chose du monde la mieux partagée. Les anthropologues seraient plutôt en accord avec un contemporain et mathématicien, Pascal, lorsqu'il disait: « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Autrement dit, les habitudes de vie et les manières de penser qui sont normales en France ne le sont pas en Espagne et inversement.

C'est le rôle de l'anthropologie que de faire l'inventaire de ces différences et de tenter d'expliquer leurs raisons. Pour en faire l'inventaire, il faut aller chez les gens et observer leurs coutumes, leurs façons de faire, de dire, il faut partager leur vie quotidienne pendant plusieurs années, apprendre ce qu'ils savent, comprendre ce qu'ils font, bref, il faut faire de l'ethnographie. Les anthropologues sont donc aussi des ethnographes ou des ethnologues 2 si vous voulez. C'est une bonne initiation au problème que l'anthropologie aborde, c'est-à-dire comprendre les différences culturelles, car quelle que soit la communauté dont vous choisissez de partager la vie pendant quelque temps, dans votre pays ou très loin de chez vous, les habitudes de cette communauté seront nécessairement différentes des vôtres, plus ou moins selon la distance que vous parcourez. De ce fait, en tentant de vous identifier à des gens qui ont un mode d'existence distinct du vôtre afin de mieux les comprendre de l'intérieur en partageant leurs joies et leurs peines, les raisons qu'ils donnent pour faire ce qu'ils font, vous serez nécessairement amenés, par contraste, à questionner l'évidence des habitudes de vie de votre propre communauté. Vous serez devenus un peu autre, et parfois presque étranger à ce que vous étiez auparavant, selon la durée de votre séjour. Vous remettrez en question certaines des évidences qui paraissent relever du bon sens de votre communauté d'origine.

C'est précisément comme cela que j'ai commencé à mettre en question ce qui me paraissait aller de soi dans la différence entre les humains et les non-humains, entre les étres qui relèvent selon nous de la nature et ceux qui relèvent de la culture. C'était il y a une trentaine d'années en haute Amazonie, à la frontière de l'Équateur et du Pérou. J'étais parti étudier des Indiens que le grand public connaît sous le nom de Jivaros et qui s'appellent eux-mêmes « Achuar ». À mesure que je comprenais de mieux en mieux ce qu'ils disaient, mon étonnement face à leur manière de penser ne cessait de croître. En particulier lorsqu'ils parlaient de leurs rêves.

Lorsque je demandais aux Achuar pourquoi le cerf, le singe capucin et les plants de cacahuète se présentaient sous une apparence humaine dans leurs rêves, ils me répondaient, surpris par la naïveté de ma question, que la plupart des plantes et des animaux sont des personnes, tout comme nous. Dans les rêves, nous pouvons les voir sans leur costume animal ou sans leur costume végétal, c'est-à-dire comme des humains. Les Achuar disent en effet que la grande majorité des étres de la nature possèdent une âme analogue à celle des humains, qui leur permet de penser, de raisonner, d'éprouver des sentiments, de communiquer comme les humains, et surtout qui les conduit à se voir eux-mêmes comme des humains malgré leur apparence animale ou végétale. Pour cette raison, les Achuar disent que les plantes ou les animaux, pour la plupart d'entre eux, sont des personnes: leur humanité est morale, elle repose sur l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes; ce n'est pas une humanité physique, qui reposerait sur l'apparence qu'ils présentent au regard d'autrui.

Tout à l'heure, j'ai employé à propos des plantes et des animaux l'expression « étres de la nature », mais cette expression est dépourvue de sens pour les Achuar. Des étres qui sont conçus et traités comme des personnes, qui ont des pensées, des sentiments, des désirs, des institutions, semblables à celles des humains ne sont plus des étres naturels. Les Achuar ignorent ces distinctions qui me semblaient évidentes entre les humains et les non-humains, entre ce qui relève de la nature et ce qui relève de la culture. Autrement dit, mon sens commun n'avait rien à voir avec le leur. Lorsque nous regardions des plantes ou des animaux, nous ne voyions pas la même chose.

(756 mots)

1 Anthropologie: science qui étudie l'ensemble des sociétés humaines.

2 Les ethnographes et les ethnologues étudient des populations précises.

Rédigez votre contraction du texte de Philippe Descola ci-dessus (189 mots, tolérance 170-208 mots). Placez un repère tous les 50 mots et indiquez le nombre total de mots à la fin.

Exercice 2 - Sujet C : Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle

Sujet C – Essai

Sujet C

Œuvre: Fran7oise de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne (en incluant les éléments de la seconde édition augmentée de 1752 suivants: l'introduction historique aux Lettres Péruviennes et les Lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV).

Parcours: « un nouvel univers s'est offert à mes yeux »

Texte d'après Philippe Descola, Diversité des natures, diversité des cultures, 2010, p. 12-19

La science que je pratique, l'anthropologie 1, se méfie beaucoup du bon sens. Contrairement à ce que disait le philosophe Descartes, le bon sens n'est pas la chose du monde la mieux partagée. Les anthropologues seraient plutôt en accord avec un contemporain et mathématicien, Pascal, lorsqu'il disait: « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Autrement dit, les habitudes de vie et les manières de penser qui sont normales en France ne le sont pas en Espagne et inversement.

C'est le rôle de l'anthropologie que de faire l'inventaire de ces différences et de tenter d'expliquer leurs raisons. Pour en faire l'inventaire, il faut aller chez les gens et observer leurs coutumes, leurs façons de faire, de dire, il faut partager leur vie quotidienne pendant plusieurs années, apprendre ce qu'ils savent, comprendre ce qu'ils font, bref, il faut faire de l'ethnographie. Les anthropologues sont donc aussi des ethnographes ou des ethnologues 2 si vous voulez. C'est une bonne initiation au problème que l'anthropologie aborde, c'est-à-dire comprendre les différences culturelles, car quelle que soit la communauté dont vous choisissez de partager la vie pendant quelque temps, dans votre pays ou très loin de chez vous, les habitudes de cette communauté seront nécessairement différentes des vôtres, plus ou moins selon la distance que vous parcourez. De ce fait, en tentant de vous identifier à des gens qui ont un mode d'existence distinct du vôtre afin de mieux les comprendre de l'intérieur en partageant leurs joies et leurs peines, les raisons qu'ils donnent pour faire ce qu'ils font, vous serez nécessairement amenés, par contraste, à questionner l'évidence des habitudes de vie de votre propre communauté. Vous serez devenus un peu autre, et parfois presque étranger à ce que vous étiez auparavant, selon la durée de votre séjour. Vous remettrez en question certaines des évidences qui paraissent relever du bon sens de votre communauté d'origine.

C'est précisément comme cela que j'ai commencé à mettre en question ce qui me paraissait aller de soi dans la différence entre les humains et les non-humains, entre les étres qui relèvent selon nous de la nature et ceux qui relèvent de la culture. C'était il y a une trentaine d'années en haute Amazonie, à la frontière de l'Équateur et du Pérou. J'étais parti étudier des Indiens que le grand public connaît sous le nom de Jivaros et qui s'appellent eux-mêmes « Achuar ». À mesure que je comprenais de mieux en mieux ce qu'ils disaient, mon étonnement face à leur manière de penser ne cessait de croître. En particulier lorsqu'ils parlaient de leurs rêves.

Lorsque je demandais aux Achuar pourquoi le cerf, le singe capucin et les plants de cacahuète se présentaient sous une apparence humaine dans leurs rêves, ils me répondaient, surpris par la naïveté de ma question, que la plupart des plantes et des animaux sont des personnes, tout comme nous. Dans les rêves, nous pouvons les voir sans leur costume animal ou sans leur costume végétal, c'est-à-dire comme des humains. Les Achuar disent en effet que la grande majorité des étres de la nature possèdent une âme analogue à celle des humains, qui leur permet de penser, de raisonner, d'éprouver des sentiments, de communiquer comme les humains, et surtout qui les conduit à se voir eux-mêmes comme des humains malgré leur apparence animale ou végétale. Pour cette raison, les Achuar disent que les plantes ou les animaux, pour la plupart d'entre eux, sont des personnes: leur humanité est morale, elle repose sur l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes; ce n'est pas une humanité physique, qui reposerait sur l'apparence qu'ils présentent au regard d'autrui.

Tout à l'heure, j'ai employé à propos des plantes et des animaux l'expression « étres de la nature », mais cette expression est dépourvue de sens pour les Achuar. Des étres qui sont conçus et traités comme des personnes, qui ont des pensées, des sentiments, des désirs, des institutions, semblables à celles des humains ne sont plus des étres naturels. Les Achuar ignorent ces distinctions qui me semblaient évidentes entre les humains et les non-humains, entre ce qui relève de la nature et ce qui relève de la culture. Autrement dit, mon sens commun n'avait rien à voir avec le leur. Lorsque nous regardions des plantes ou des animaux, nous ne voyions pas la même chose.

(756 mots)

1 Anthropologie: science qui étudie l'ensemble des sociétés humaines.

2 Les ethnographes et les ethnologues étudient des populations précises.

« Vous serez devenus un peu autre »: en quoi la découverte d’un « nouvel univers » peut-elle nous transformer ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les Lettres d’une Péruvienne de Françoise de Graffigny, sur le texte de l’exercice de la contraction (texte de Philippe Descola) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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