Exercice 2 - Sujet A : Essai · Bac STMG Français Asie session normale 2026

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

Sujet A – Œuvre: Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire. Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté

Texte d'Edwige Chirouter, « Philosopher dès l'enfance, une école de liberté », Sciences humaines, octobre 2023

Les très jeunes enfants font l'expérience de la philosophie très tôt à travers « l'étonnement devant le monde ». Pour le philosophe grec Aristote, ce qui distingue les humains des autres animaux est justement cette capacité à s'étonner (l'âge des « pourquoi ? », « comment ? »). Il n'y a pas d'âge pour se poser des questions philosophiques et commencer ce chemin intellectuel, existentiel, qui donne du sens au monde. Comme le soulignait Montaigne: « On a grand tort de peindre la philosophie inaccessible aux enfants, et d'un visage renfrogné, sourcilleux et terrible. Qui me l'a masquée de ce faux visage, pâle et hideux ? Il n'est rien de plus gai, de plus gaillard, de plus enjoué, pour un peu je dirais de plus folâtre 1. »

Cinq cents ans après cette invitation à « folâtrer », la philosophie avec les enfants – à l'école et dans la cité – se développe sous diverses formes, partout dans le monde. Bouleversant les représentations traditionnelles de l'enseignement de la philosophie, ces pratiques répondent à des enjeux pluriels mais complémentaires:

- un premier enjeu éthique de reconnaissance: ces pratiques reviennent à reconnaître derrière l'élève (même le plus jeune, le plus en difficulté ou en situation de handicap) un sujet digne d'écoute, de parole et de pensée;

- un second enjeu d'émancipation, d'ordre politique: fondés sur les principes de la discussion démocratique et de l'intelligence collective, ces échanges sont aussi l'occasion de s'exercer à la délibération, à l'écoute des désaccords et à la pensée critique et complexe.

Historiquement, les premières expérimentations débutent dans les années 1970 à l'université Montclair aux États-Unis, avec les travaux des philosophes Matthew Lipman (1923-2010) et d'Ann Margaret Sharp (1942-2010). Tous deux sont des disciples de John Dewey (1859-1952), un des fondateurs du pragmatisme – une philosophie qui se veut émancipatrice, ancrée dans le réel, l'expérience, et fondée sur le modèle de l'enquête, du problème et de la démarche scientifique. L'enjeu est aussi politique: J. Dewey récuse 2 la vision techniciste de la démocratie comme seul mécanisme formel 3. Il la considère plutôt comme un mode de vie, c'est-à-dire comme un ensemble dynamique d'habiletés et d'habitudes à se conduire, à se parler et à délibérer les uns avec les autres. Nous avons trop tendance à concentrer la vie démocratique sur une action qui n'a lieu que tous les cinq ans – le vote – au lieu de mettre en avant ce qui a besoin d'être travaillé tous les jours, dans nos interactions sociales quotidiennes. D'où l'idée chez M. Lipman et A.M. Sharp de créer dans les classes avec de très jeunes enfants des « communautés de recherche philosophique », qui mettent en acte leur conception de la démocratie.

Ce qui se joue, se pratique, s'expérimente dans les ateliers de philosophie contribue à développer chez les enfants des habitus 4 qui sont au cœur du fonctionnement démocratique. Dans ces ateliers, les enfants, assis ensemble en cercle – sous la forme d'une agora 5 et dans un face-à-face des visages –, vont formuler des questions, réfléchir et discuter des différentes idées exprimées. À partir d'une question (« qu'est-ce qu'une loi juste ? », ou « peut-on être méchant et heureux ? »), les enfants sont invités à formuler des hypothèses, à déduire des présupposés et des conséquences, à justifier leurs opinions, à évaluer collectivement la validité rationnelle et éthique des différentes propositions. Ils y développent patiemment – grâce à un étayage 6 rigoureux de l'enseignant ou de l'enseignante – une pensée qui se veut à la fois critique, vigilante et créative.

Les médiations culturelles sont indispensables dans ces ateliers. Les récits (comme la littérature de jeunesse, les mythes, le cinéma) permettent d'instaurer une distance affective pour penser sereinement. Comme le disait Paul Ricœur, l'imaginaire est un immense « laboratoire » où peuvent s'expérimenter toutes les dimensions de la condition humaine. Et ces expériences que nous menons dans « ce grand laboratoire de l'imaginaire » – devenir invisible en tenant avec Platon l'anneau de Gygès, être amoureux avec Cyrano, ou face à un dilemme en compagnie de Neo dans Matrix – nous aident à clarifier notre rapport au monde: ce que nous entendons par « vertu », « amour » ou « vérité ». Ces moments philosophiques sont donc aussi des occasions d'expérimenter la fonction essentielle de l'art et des fictions, non pour nous divertir et oublier le réel, mais au contraire pour nous faire réfléchir et mieux le comprendre.

(734 mots)

1 Folâtre: amusant, divertissant.

2 Récuse: refuse.

3 Une vision qui ne propose de définir la démocratie que par l'organisation et le fonctionnement des institutions.

4 Habitus: manière d'être.

5 Agora: place publique des villes de la Grèce antique, où s'exerçait la démocratie.

6 Étayage: soutien.

Essai (10 points)

Quel rôle l'éducation joue-t-elle dans l'apprentissage de la liberté ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte d'Edwige Chirouter) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Essai : Quel rôle l'éducation joue-t-elle dans l'apprentissage de la liberté ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte d'Edwige Chirouter) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de rédaction : Introduction - Accroche : Si la liberté est souvent conçue comme un droit fondamental inaliénable, elle ne saurait être un simple donné naturel : elle constitue une conquête intellectuelle et morale qui exige d'être apprise et entretenue. - Définition & tension : L'éducation désigne l'ensemble des moyens mis en œuvre pour instruire et former un individu. Elle est pourtant ambivalente : elle peut être le levier suprême de l'émancipation par l'esprit critique, ou au contraire l'instrument de conditionnement le plus pernicieux. - Problématique : Dans quelle mesure l'éducation permet-elle véritablement d'apprendre la liberté sans devenir l'instrument d'une soumission intériorisée ? - Annonce du plan : Nous verrons d'abord que l'éducation peut paradoxalement fabriquer la servitude par l'accoutumance. Puis nous montrerons qu'une éducation humaniste et critique est indispensable pour éveiller et entretenir le désir de liberté. Enfin, nous verrons que cet apprentissage repose sur une pratique collective et démocratique de la pensée. I. L'éducation comme risque d'aliénation : la fabrique de l'asservissement 1. *Le poids de la coutume selon La Boétie* : Dans le *Discours de la servitude volontaire*, La Boétie affirme que « la première raison de la servitude volontaire, c'est la coutume ». Les hommes nés sous le joug, « nourris et élevés dans le servage », ignorent la liberté d'origine. Une éducation qui se réduit à l'accoutumance étouffe la nature humaine et habitue les esprits à la tyrannie. 2. *L'instrumentalisation politique de l'ignorance* : Le tyran entretient ce qui endort le jugement : jeux, spectacles, farces, récompenses, et même l'interdiction des livres, comme chez le Grand Turc. Une éducation dogmatique ou autoritaire substitue ainsi la docilité à l'autonomie. II. L'instruction et la culture : armes indispensables pour reconquérir la liberté 1. *Le réveil par le savoir et les lettres* : La Boétie souligne que certains hommes, « ayant d'eux-mêmes la tête bien faite, l'ont encore polie par l'étude et le savoir ». Ceux-là gardent le souvenir de la liberté. La culture offre un point d'appui hors du présent asservi. 2. *De l'humanisme aux Lumières : l'éducation comme émancipation* : Rabelais, avec l'abbaye de Thélème (« Fais ce que voudras »), fonde la liberté sur une éducation vertueuse et encyclopédique. Montaigne préfère « une tête bien faite plutôt que bien pleine » et invite à tout passer « par l'étamine ». Kant résume l'idéal des Lumières : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement ». L'éducation devient la sortie de la minorité. III. Apprendre la liberté en acte : la pratique du débat et de la communauté critique 1. *La liberté comme habitus démocratique (Chirouter, Dewey)* : Pour Edwige Chirouter, la liberté ne s'apprend pas par la seule théorie. Elle s'apprend par l'expérience des ateliers de philosophie : la discussion en cercle, comme une agora, exerce à la délibération, à l'écoute des désaccords et à la pensée critique. Dès l'enfance, la démocratie devient ainsi un « mode de vie », selon Dewey, et non un simple mécanisme formel comme le vote. 2. *Le rôle des fictions et la vigilance continue* : Les récits, les mythes et le cinéma forment un « laboratoire de l'imaginaire » (Ricœur). Ils permettent de penser à distance l'anneau de Gygès ou le dilemme de Neo dans *Matrix*. Les philosophes des Lumières usent de même de l'apologue (Voltaire, Montesquieu dans les *Lettres persanes*) pour former le jugement du lecteur. Cette éducation ne s'achève jamais : la liberté doit être « entretenue », car l'habitude de servir menace toujours de revenir. Conclusion L'éducation est au cœur de l'apprentissage de la liberté, mais de façon ambivalente. Réduite à la coutume, elle fabrique la servitude que dénonce La Boétie. Fondée sur le savoir, l'esprit critique et la pratique du dialogue, elle devient au contraire l'école même de la liberté. Apprendre la liberté, c'est donc apprendre à penser par soi-même avec les autres, tout au long de sa vie. Ouverture : on peut se demander si, à l'ère des réseaux sociaux et des algorithmes, l'école peut encore jouer ce rôle face à de nouvelles formes de « servitude volontaire ».

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