Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Asie session normale 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2025)

Énoncé

Sujet A – Essai

Texte: Monique Atlan, Roger-Pol Droit, Quand la parole détruit, 2023.

L'important est que la parole qui fonde nos échanges soit réexaminée. Que l'on prenne conscience de sa puissance, de ses fonctions. Que l'on retrouve, réinvente, réélabore, individuellement et collectivement, des modalités d'échanges capables de construire au lieu de laisser libre cours à la destruction.

Comment faire, alors ? Tout laisser dire ? Impossible et dangereux. Organiser une police des paroles ? Inconcevable et mortifère 1. Ni censure ni anarchie. Mais par quels chemins ? Comment concevoir les conditions – pratiques, techniques, juridiques, éthiques 2, sociales, politiques... – d'une parole à la fois libre et régulée 3 ? Canalisée, pour éviter la prolifération sans fin du négatif et de la haine, sans être verrouillée, pour demeurer spontanée et créatrice. Cette ligne de crête 4 est incertaine. C'est pourtant elle qu'il convient de tracer.

Pour le tenter, nous ne possédons que quelques intuitions et hypothèses. Nous ne savons pas si ces propositions changeront la situation décrite. Mais nous voulons tenter d'indiquer un point d'équilibre à la fois possible et souhaitable. Il permettrait, si l'on s'en approchait, de parler « mieux », non pas au sens de la correction grammaticale et de l'exactitude du vocabulaire, mais au sens des échanges humains.

[...] Dès l'école.

Un combat est en effet toujours à mener pour que l'école devienne, dès la maternelle, un lieu primordial d'apprentissage de la parole. Cette éducation fondatrice passe par une série d'acquisitions: nombre de mots suffisant, capacité à exprimer précisément ses sentiments et ses idées, lecture et écriture aisées, confiance en soi assez grande pour parler aux autres, même s'ils sont d'un autre avis – surtout s'ils sont d'un autre avis.

Ce combat pour la parole a été mis en lumière depuis longtemps déjà. Malgré tout, les mesures souhaitables, souvent expliquées, ne sont toujours pas appliquées. Or il ne s'agit pas d'une question étroitement scolaire. Le problème n'est ni l'orthographe ni « le niveau » des élèves. Le vrai problème est leur vie, leur liberté, leur humanité.

C'est ce qu'explique inlassablement, de livre en livre, le linguiste Alain Bentolila. Avec clarté, rigueur, pédagogie, il insiste sur l'urgence et l'importance de cette lutte. Parce que tout se joue à la maternelle: un enfant qui maîtrise seulement quelques centaines de mots à son entrée à l'école primaire ne rattrapera presque jamais son retard, rencontrera partout des difficultés pour comprendre et apprendre, et se sentira vite en échec.

Ce qu'il rate n'est pas son bulletin trimestriel, son carnet scolaire et sa moyenne. C'est sa présence au monde, aux autres, à lui-même. Parce que la fonction première de la parole n'est pas d'avoir des notes, mauvaises ou bonnes, mais de s'adresser, d'écouter, d'exister dans une réalité humaine donnée, et si possible de la modifier. Parler, c'est d'abord interagir.

« Car la langue n'est pas faite pour parler à un autre moi-même, celui qui pense comme moi, qui vit où j'ai vécu, qui croit en le même dieu que moi. La langue n'est pas faite pour parler à ceux que j'aime; elle est faite, j'ose le dire, pour parler à ceux que l'on n'aime pas, pour leur dire des choses qu'ils n'aimeront sans doute pas, mais qui nous permettront peut-être de nous reconnaître "hommes de paroles" », écrit Bentolila.

Pour que ces échanges existent, il faut des mots. Les enfants qui en possèdent entre cinq cents et mille cinq cents ne vivent pas sur la même planète que ceux qui en manient cinq ou six mille. Si l'on ne remédie pas à cette inégalité, précocement et massivement, elle se montre durable et cruelle. Le manque de mots – pour exprimer ce qu'on éprouve, penser, argumenter, tenter de convaincre – conduit à la violence.

Savoir parler suppose bien plus qu'un stock de vocabulaire: entrer en relation avec les autres, savoir les écouter, oser s'en faire entendre, accepter le risque de l'incompréhension, assumer le constat des désaccords. Quand tout cela manque, faute d'éducation à l'échange, la violence croît. L'injure remplace les mots qui font défaut. Les coups suivent, quand on n'a plus rien à dire mais encore beaucoup à exprimer, sans y parvenir. [...]

Pour ces différentes raisons, l'action pour restaurer à l'école le sens de la parole – sa diversité, ses pouvoirs, sa grandeur – s'avère indispensable.

(735 mots)

1 Mortifère: qui provoque ou entraîne la mort.

2 Ethiques: morales.

3 Régulée: organisée et modérée.

4 Ligne de crête: point d'équilibre entre deux pentes.

Est-il essentiel d'apprendre à échanger dans une bonne éducation ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur Gargantua (chapitres XI à XXIV) de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Monique Atlan et de Roger-Pol Droit) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Réponse enregistrée. Compare ton essai avec les pistes de correction proposées.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Est-il essentiel d'apprendre à échanger dans une bonne éducation ?

Réponse : Un essai réussi défend une thèse claire (oui, échanger est essentiel à une bonne éducation, avec d'éventuelles nuances) et l'organise en plusieurs parties argumentées. On peut par exemple montrer : 1) que l'échange est au cœur de l'apprentissage humaniste, comme le montre l'éducation de Gargantua par Ponocrates, fondée sur le dialogue, les questions et les commentaires partagés entre maître et élève, contre l'enseignement sophiste fondé sur la seule répétition mécanique ; 2) que, comme l'explique le texte de Atlan et Droit, le manque de mots et d'échanges empêche de comprendre, d'argumenter et conduit à la violence, ce qui rend l'apprentissage de la parole et de l'écoute indispensable dès l'école ; 3) que cet échange doit cependant être encadré (une parole « libre et régulée ») pour être constructif, et qu'il s'accompagne d'autres dimensions de l'éducation (le corps, la morale, la culture générale chez Rabelais). La conclusion peut élargir à d'autres œuvres du parcours « la bonne éducation » ou à la culture personnelle de l'élève (Montaigne, Rousseau...).

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