Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Asie session normale 2023

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2023)

Énoncé

Sujet A — Essai

2. Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)

Objet d'étude: La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

Le candidat traite, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des trois sujets suivants:

A – Œuvre: Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV. Parcours: la bonne éducation.

Texte: Eirick Prairat, Propos sur l'enseignement, 2019.

5 Nous enseignons toujours à quelqu'un – à Paul, à une classe –, nous enseignons aussi quelque chose. Scheffler relève que le verbe enseigner accepte trois constructions syntaxiques qui renvoient à trois sens distincts: « to teach that », « to teach to » et « to teach how ». En français, nous trouverions également trois occurrences mais sensiblement différentes: « enseigner (à Paul) que... », « enseigner (à Paul) à... » et « enseigner (à Paul)... ». La première occurrence « enseigner que... » signifie faire savoir, porter à la connaissance. On enseigne à Paul que Paris est la capitale de la France, que la Grèce est le berceau de la philosophie occidentale ou 10 encore que Picasso est le père du cubisme. À strictement parler, on n'enseigne pas, on se contente simplement de faire connaître des données factuelles. D'un mot, on informe. C'est une manière classique de procéder pour affiner un concept 1 que de le distinguer de concepts voisins qui, au-delà d'un air de famille, demeurent finalement des concepts distincts. N'est-ce pas le travail de définition (de finis, la limite en latin) 15 de mettre au jour des frontières, des séparations et finalement des nuances significatives ? L'occurrence « enseigner à... » nous renvoie à l'acquisition de savoir-faire, à l'apprentissage d'une pratique. On enseigne à Paul à chanter, à lire ou à jardiner. Précisons qu'il n'y a pas de savoir-faire sans savoir-être, et ce n'est que dans une appréhension analytique 2 que l'on peut isoler ce qui, dans l'effectuation 3 même, 20 est toujours intimement mêlé: savoir-faire et savoir-être. Enfin, l'occurrence « enseigner... » nous renvoie, comme l'a suggéré Olivier Reboul, à l'idée d'étude. On enseigne la biologie ou la littérature, bref on enseigne des univers symboliques, des corpus de savoirs reliés et organisés. […]

25 Si enseigner, insignare en latin, signifie originellement montrer, indiquer, alors enseigner c'est indiquer « les routes qui mènent aux formes supérieures du monde ». Gilles Gagné a raison, il n'est pas utile d'enseigner la publicité, la télévision, les préjugés, le pouvoir de l'argent, la manière d'utiliser un téléphone cellulaire ou de naviguer sur un site, le salaire des vedettes, la pluie et le beau temps ou l'art de crier 30 « Yeah ! » car toutes ces choses s'apprennent d'elles-mêmes, sans effort. En revanche, il convient d'enseigner ce qui est en arrière-plan de ce donné – l'économie, la sociologie, la philosophie, l'anthropologie 4 –, bref ce qui permet non de connaître 35 mais de comprendre et par là même de se déprendre 5 du flot coloré et insignifiant de ces faits qui nous enveloppent et nous enserrent 6. Le fait d'être tenu au courant « ne peut aucunement équivaloir à une promesse de liberté » (Chalier) si ce fait ne s'accompagne pas d'un ancrage dans « un ailleurs » (philosophie, 40 sciences, économie, etc.) qui permet de mettre en perspective le donné factuel et de le juger de manière sereine. Enseigner, c'est « dépayser » comme le dit George Steiner, c'est initier aux formes les plus élaborées du monde, ouvrir à un monde commun qui permet l'authentique rencontre des subjectivités. À proprement parler, il n'y a pas d'allégeance 7 au maître, dans la relation d'enseignement, 45 car son propos n'est pas sa parole, mais une parole qui le traverse, qui vient de plus loin et s'origine toujours dans un au-delà du maître. « L'enseignement, écrit justement Emmanuel Levinas, est une façon pour la vérité de se produire telle qu'elle n'est pas mon œuvre, que je ne puisse pas la tenir de mon intériorité ». L'enseignant est le représentant d'un 50 « petit bout de monde », et c'est en son nom qu'il parle et qu'il est autorisé à parler. D'où une seconde définition: enseigner est une activité orientée vers les formes supérieures du monde qui, seules, permettent de donner sens au travail et à l'expérience des hommes.

55 L'enseignement n'est pas un art de la communication puisqu'il exige l'épaisseur du temps humain et historique. Le temps de l'introduction et de l'initiation, le temps long de la familiarisation avec ce qui ne se laisse pas d'emblée saisir car ce que l'on enseigne est précisément ce qui ne se donne pas de manière immédiate. Séquences, séances, programmation, progression: l'enseignement est « un art du temps » (Le Du) 8 et requiert un séjour, un lieu garanti par une institution qui a reçu de la société ou de ses instances légitimes 9 la mission de transmettre un héritage intellectuel et culturel.

(751 mots)

1 Affiner un concept: préciser une idée générale et abstraite.

2 Dans une appréhension analytique: avec une approche théorique.

3 Dans l'effectuation: en pratique.

4 Anthropologie: étude des comportements et des groupes humains.

5 Se déprendre: se défaire, s'écarter.

6 Enserrer: enfermer, encercler.

7 Allégeance: soumission, obéissance.

8 Chalier et Le Du sont deux philosophes qui se sont penchés sur les questions d'éducation.

9 Instances légitimes: organismes reconnus exerçant le pouvoir et l'autorité.

Contraction de texte: Vous ferez la contraction de ce texte en 188 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 169 mots et au plus 207 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Essai: Apprendre suppose-t-il de se détacher du temps présent ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur Gargantua (chapitres XI à XXIV) de Rabelais, sur le texte de l'exercice de contraction (texte d'Eirick Prairat) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Apprendre suppose-t-il de se détacher du temps présent ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur Gargantua (chapitres XI à XXIV) de Rabelais, sur le texte de l'exercice de contraction (texte d'Eirick Prairat) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Énoncé: Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Asie session normale 2023

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Apprendre suppose-t-il de se détacher du temps présent ?

Réponse : Plan possible en trois parties : I. Apprendre exige de sortir de l'immédiateté du présent : chez Prairat, ce qui s'enseigne « ne se donne pas de manière immédiate » et requiert la lenteur d'une familiarisation progressive (« l'enseignement est un art du temps ») ; chez Rabelais, l'éducation humaniste de Gargantua sous Ponocrates rompt avec la paresse et l'instantanéité scolastique en imposant un emploi du temps réglé, une progression méthodique (lecture, exercice physique, repas instructifs) qui construit le savoir dans la durée. Apprendre suppose donc un « dépaysement », une mise à distance du donné immédiat et du divertissement du présent (opposé au temps perdu de l'éducation sophiste). II. Ce détachement n'est pas un rejet du présent mais un moyen de mieux l'habiter : Prairat montre que l'ancrage dans « un ailleurs » (philosophie, histoire, sciences) permet de « mettre en perspective le donné factuel » et de le juger sereinement — apprendre à se détacher du présent immédiat sert donc, in fine, à mieux comprendre et agir dans le présent réel. Chez Rabelais, la culture encyclopédique de Gargantua vise une application concrète et sociale (le bon gouvernement, la sagesse dans l'action), pas une fuite hors du monde. III. Apprendre suppose alors une tension féconde entre passé, futur et présent : il s'agit de se déprendre du présent superficiel (l'actualité insignifiante, « le flot coloré » des faits) tout en s'enracinant dans une expérience vécue et actuelle, celle de la rencontre avec le maître et avec le monde commun évoquée par Prairat, ou celle du dialogue vivant entre Gargantua et ses précepteurs chez Rabelais. Conclusion : apprendre suppose bien une forme de détachement du temps présent immédiat, mais ce détachement est la condition d'un rapport plus riche, plus réfléchi et plus libre au présent lui-même.

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