Exercice 2 - Sujet C : Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2026

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

Sujet C – Françoise de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne, 1747 - Parcours: « Un nouvel univers s'est offert à mes yeux »

Texte d'après David Le Breton, « Éloge des chemins », Les grands dossiers des sciences humaines n° 79, juin-juillet-août 2025.

La marche représente une rupture avec les exigences de rentabilité, d'efficacité, de

vitesse. On chemine à quatre ou cinq kilomètres/heure, en s'arrêtant à sa guise. Une

journée de marche n'est qu'une dizaine de minutes de voiture. Activité physique tout

entière dans la jouissance de l'instant, la sensorialité 1 heureuse du monde, la marche est

5 tissée d'humilité, de patience, de détours, de belles surprises. Elle reste dans les limites

des ressources corporelles propres à chacun, sans recherche de vaines prouesses 2, elle

s'ajuste aux aspérités 3, aux courbes ou aux difficultés du terrain. Aucun combat avec les

éléments pour imprimer son empreinte personnelle, mais une volonté apaisée de se perdre

dans le paysage sans jamais le considérer en adversaire.

10 Prendre le large pour quelques heures ou quelques semaines est salutaire quand

on a le sentiment de se cogner à un mur invisible et que l'esprit appelle à retrouver sa

respiration. On s'imprègne des lieux, on se fait parfois arbre dans la forêt ou eau vive avec

le torrent tant l'esprit se situe dans la respiration de l'instant. Les sentiers dispensent à

foison un univers de rencontres, de solidarités, de civilités. Rien cependant n'est contraint

15 pour ceux qui préfèrent le silence et la solitude.

En prenant la clé des champs, dans l'élémentaire d'un corps à corps heureux avec

la nature, de nouvelles dimensions de l'existence se révèlent. Mettre un pas devant l'autre

avec un temps à soi, c'est à nouveau lever les yeux sur son environnement, purifier son

regard des routines qui font que le plus souvent on ne voit plus grand-chose autour de soi.

20 Marcher est une méthode pour enchanter les heures, dispenser une provision de

trouvailles insolites, de souvenirs, d'images, d'odeurs, de sons glanés au fil du chemin.

Loin des commodités du chez-soi se retrouve le contact avec les éléments: le soleil, la

neige, le vent, la pluie, la nuit qui tombe, toute la beauté et les surprises d'un monde à

portée de pas. Des moments de grâce naissent ainsi liés à la progression au sein d'un

25 paysage vécu par corps, par tous ses sens.

Lors de ces moments, le marcheur se sent « en vacances » de soi. Sans se défaire

des liens sociaux, il le met à distance pour reprendre la main, calmer le jeu de sa vie

quotidienne ou professionnelle, et s'épanouir dans une activité plaisante où il n'a plus de

comptes à rendre à personne. Suspension des contraintes d'identité et d'attentes qui

30 les accompagnent, la marche détache provisoirement des responsabilités courantes.

En toute liberté sur les sentiers, le regard se promène sur l'environnement, il n'est

plus dans la fixité, mais dans la respiration du monde, son immensité, il rompt avec

l'hypnose de l'écran et des soucis. On lève enfin les yeux sur autre chose, les animaux,

les arbres, les pierres, la lumière des collines, la transparence des étangs, des rivières…

35 On entend à nouveau le silence, le vent dans les branches, le courant des ruisseaux qui

dévalent les pentes, la présence des oiseaux… On sent les odeurs innombrables qui

diffèrent selon les saisons au gré de la pluie, du soleil… On ne s'approprie un paysage

que par la marche, avec cette lenteur, cette attention à l'environnement, cette fringale de

découvertes d'autant plus aiguë que les pas mènent vers de nouveaux sentiers, d'autres

40 horizons qui ne cessent de se renouveler. Un marcheur n'a pas de montre, mais du temps.

Il laisse derrière soi la compétition, la vitesse, la tyrannie de la communication au

profit d'un monde de l'amitié, de la conversation, de la disponibilité. Il se mue en artiste

des occasions. Retour aux sources d'une commune humanité où l'autre n'est plus un

adversaire ou un inconnu, mais un homme ou une femme dont on se sent proche du fait

45 du partage à contre-courant de la même expérience. La présence du compagnon avec qui

on marche est entière avec une attention commune autour des impressions, des émotions

qui naissent de la contemplation du paysage. À l'encontre de la dévoration du smartphone,

la marche est devenue un haut lieu pour être pleinement ensemble et, en ce sens, se

révèle aussi un moment intense de transmission avec les enfants disponibles pendant des

50 heures à la parole de leurs proches.

Marcher, c'est reprendre corps dans son existence, avoir les pieds sur terre au sens

physique et moral du terme, se sentir à nouveau de plain-pied avec soi. Le sentier ouvre

aussi une voie intérieure de retour sur soi, sur son histoire. Éloigné un moment de chez

soi, ce chercheur d'hors est aussi un chercheur d'heures, en quête de l'or du temps.

1 Sensorialité: capacité à percevoir le monde à travers les sens.

2 Prouesses: actes de courage ou d'héroïsme.

3 Aspérités: parties saillantes d'une surface non plane.

788 mots

Essai (10 points)

Découvrir un nouvel univers, est-ce nécessairement découvrir l'inconnu ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Lettres d'une Péruvienne de Françoise de Graffigny, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Découvrir un nouvel univers, est-ce nécessairement découvrir l'inconnu ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les Lettres d'une Péruvienne de Françoise de Graffigny, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Réponse : ### Proposition de plan détaillé et éléments de rédaction #### Introduction - Accroche : Des Grandes Découvertes de la Renaissance aux voyages philosophiques des Lumières, découvrir un « nouveau monde » semble synonyme de rencontre avec l'inédit. - Définition des termes : Un « nouvel univers » est un monde neuf pour celui qui le découvre : espace, culture, mode de vie ou état intérieur. L'« inconnu », lui, est ce dont on n'avait aucune idée. L'adverbe « nécessairement » invite à nuancer cette équivalence. - Problématique : La découverte d'un monde nouveau plonge-t-elle forcément dans l'inconnu, ou peut-elle aussi faire redécouvrir autrement le familier, l'universel humain et soi-même ? - Annonce du plan : 1. Découvrir un nouvel univers, c'est d'abord affronter un inconnu déroutant. 2. Pourtant, ce nouvel univers est souvent du connu revu par un regard neuf : le familier devient étrange, et l'on y retrouve l'humain universel. 3. Enfin, le véritable nouvel univers est parfois intérieur : on y découvre moins l'inconnu que soi-même. --- #### I. Un nouvel univers confronte d'abord à l'inconnu - A. Le choc de l'étrangeté : - Dans les *Lettres d'une Péruvienne* (1747), Zilia, princesse inca, est arrachée au temple du Soleil par les Espagnols, puis emmenée en France sur le vaisseau de Déterville. - Elle ignore la langue, les objets et les usages qu'elle rencontre (le navire, le miroir, les coutumes). Elle ne les comprend d'abord qu'à travers ses propres repères : le culte du Soleil, ses quipos. - Le monde nouveau est alors vécu comme une énigme, et même comme une souffrance. - B. L'émerveillement devant l'inédit : - Chez David Le Breton, la marche ouvre « de nouvelles dimensions de l'existence » et offre « une provision de trouvailles insolites ». - Elle conduit vers « de nouveaux sentiers, d'autres horizons qui ne cessent de se renouveler ». - C. L'altérité des mondes lointains : - Dans « Des Cannibales », Montaigne décrit des mœurs amérindiennes radicalement étrangères aux Européens. - Dans *Candide*, l'Eldorado de Voltaire montre un monde aux lois inouïes. Transition : Cet inconnu n'est pourtant souvent qu'une première impression. --- #### II. Mais un nouvel univers est souvent le connu vu d'un regard neuf - A. Le familier rendu étrange : - Le Breton insiste : le marcheur ne découvre pas des terres inconnues. Il apprend à « lever à nouveau les yeux », à « purifier son regard des routines », et entend « à nouveau le silence ». - Le nouvel univers est un monde proche, simplement redécouvert. - B. Le regard étranger, outil critique : - Le Paris de Zilia n'a rien d'inconnu pour le lecteur français. C'est son regard naïf qui le rend étrange et en dévoile la frivolité, l'hypocrisie, l'importance de l'argent et la mauvaise éducation des femmes. - Montesquieu, dans les *Lettres persanes* (« Comment peut-on être Persan ? »), et Diderot, dans le *Supplément au Voyage de Bougainville* avec le personnage d'Orou, utilisent ce même procédé du regard éloigné. - C. La reconnaissance de l'universel : - Montaigne affirme que « chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage » : l'autre est un semblable. - Le Breton évoque un « retour aux sources d'une commune humanité » où l'autre n'est plus « un inconnu ». - Zilia, elle, trouve en Céline et en Déterville l'amitié et la générosité. Transition : Ce va-et-vient entre étrangeté et familiarité ramène finalement le voyageur à lui-même. --- #### III. Le nouvel univers est enfin intérieur : on y découvre surtout soi-même - A. Un retour sur soi : - Pour Le Breton, le sentier ouvre « une voie intérieure de retour sur soi, sur son histoire » et permet de « se sentir à nouveau de plain-pied avec soi ». - B. La conquête d'une identité nouvelle : - Zilia apprend le français et cultive son esprit. - Après la trahison d'Aza, elle refuse d'épouser Déterville et choisit une vie indépendante dans sa maison. Elle célèbre alors « le plaisir d'être ». - Le monde nouveau qu'elle découvre est celui de sa liberté de femme et de sa pensée. - C. La connaissance de soi, but véritable du voyage : - Chez Montaigne, l'étude de l'autre sert la peinture de soi : « Je suis moi-même la matière de mon livre ». --- #### Conclusion - Bilan : Découvrir un nouvel univers commence souvent par la rencontre de l'inconnu, mais ne s'y réduit pas. C'est surtout un déplacement du regard : il rend le familier étrange, révèle l'humanité commune et conduit à se découvrir soi-même. - Ouverture : Proust l'a résumé : « Le seul véritable voyage […] ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux. »

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