Exercice 2 - Sujet C : Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2025)

Énoncé

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Parcours: écrire et combattre pour l'égalité

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte d'après Titiou Lecoq, Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Paris, 2017.

1 Les femmes sont prises dans un terrible paradoxe. D'un côté, elles ont hérité de cette figure de l'Ange du foyer, du besoin d'être conciliantes, de se préoccuper des autres, de se contraindre elles-mêmes, de répondre aux demandes implicites qu'on a à leur encontre. De l'autre, ces « qualités » qu'on valorise chez les petites filles sont dévalorisées par le monde 5 du travail actuel. C'est ce qu'on appelle le paradoxe féminin et l'une des hypothèses pour expliquer une partie des inégalités homme/femme au travail. Les filles réussissent mieux à l'école, elles redoublent moins, décrochent moins, sont scolarisées plus longtemps et finissent plus diplômées: 31 % des filles obtiennent un diplôme allant de la licence au doctorat contre 24 % des garçons. Pourtant, elles accusent très vite du retard dans leur 10 carrière professionnelle. Alors qu'est-ce qui se met à dysfonctionner ensuite ? Les deux univers, école et boulot, ne recherchent pas les mêmes qualités. Le monde du travail n'aime pas les élèves trop scolaires. Il va donner une prime au culot, à l'audace, bref, des qualités traditionnellement davantage associées aux garçons – et qu'on cultive donc chez eux très 15 tôt.

Les femmes deviennent ainsi leurs pires ennemies. L'attitude de retrait qu'on leur enseigne, l'idée que leur place naturelle serait la maison et que leur but doit être de plaire, entraîne une multitude de conséquences sur leur vie professionnelle. Elles vont avoir tendance à postuler pour des emplois un cran en-dessous de leurs compétences, elles vont 20 avoir peur de prendre des responsabilités et elles vont rencontrer sans cesse ce fameux problème de prise de parole. Aucun milieu n'échappe à cette discrimination. Ainsi, à la Maison-Blanche, pendant le premier mandat de Barack Obama, les deux tiers des chefs de cabinet et des conseillers étaient des hommes. Dans ce contexte, il était très compliqué 25 pour les femmes de se faire entendre. Alors elles se sont organisées pour s'entraider et elles ont mis au point la stratégie de l'amplification. Lorsque l'une d'elles avait une idée à faire valoir, elle l'exposait, puis les autres la reprenaient et la répétaient jusqu'à ce qu'elle soit entendue.

S'affirmer par la parole, c'est aussi une question pécuniaire 1. C'est être capable de 30 demander un rendez-vous pour engager une discussion sur une augmentation, une promotion, un entretien d'embauche. Or les femmes ne savent pas faire. Il faut dire que c'est difficile de défendre son intérêt personnel quand on a appris très tôt à faire plaisir à l'autre. De l'autre côté, mettez-vous à la place d'un employeur. Pour un poste à 35 responsabilité, vous préférez choisir un candidat sûr de lui qui vous affirme qu'il y arrivera ou une candidate qui hésite et dont l'attitude dit qu'elle n'est elle-même pas certaine qu'elle sera à la hauteur ?

En règle générale, les femmes sous-estiment donc leurs compétences et surestiment celles des hommes. Et les hommes font pareil. Mais ce n'est pas uniquement une question 40 de compétence professionnelle. Profondément, les femmes se pensent moins intelligentes que les hommes. Évidemment, la difficulté, c'est de montrer cette intériorisation de leur prétendue infériorité intellectuelle. C'est quasiment impossible.

Dans Ainsi soit-elle, Benoîte Groult rapporte une étude américaine de 1968. On avait demandé à deux cents étudiantes de juger un essai philosophique. Pour un groupe, l'essai 45 était signé John Mac Kay, pour l'autre Joan Mac Kay 2. Le travail de John a été jugé original, fécond, profond. Celui de Joan superficiel, banal, sans grand intérêt. A-t-on vraiment évolué depuis 1968 sur ces questions ? En janvier 2017, la revue Science rapportait une nouvelle étude américaine. L'une des expériences consiste à raconter à des enfants l'histoire d'une 50 personne très intelligente, sans préciser son sexe. Interrogés ensuite pour savoir s'ils pensaient qu'il s'agissait d'une femme ou d'un homme, les enfants de 5 ans avaient tendance à identifier leur propre genre, les filles répondaient ainsi « une femme ». En revanche, à partir de 6 ans, la majorité des enfants, tous sexes confondus, répondait « un homme ». En cinquante ans, la situation n'a donc pas évolué, tout simplement parce que l'on n'a pas travaillé dessus. C'est pour cela que des démarches comme celle de Pénélope Bagieu, qui, à travers ses albums Les Culottées, présente de nouvelles images de la femme, crée de nouvelles associations (femme et astronaute, femme et informaticienne, etc.), sont essentielles.

1 Question pécuniaire: question d'argent.

2 Joan: prénom féminin.

711 mots

Essai

La littérature peut-elle faire évoluer nos préjugés ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

La littérature peut-elle faire évoluer nos préjugés ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Réponse : Une réponse construite peut adopter un plan en trois axes : Introduction : - Accroche : Les préjugés apparaissent comme des certitudes ancrées, transmises par l'éducation et la société. - Définition & Problématique : La littérature, par la force de ses mots et la mise en scène d'idées, a-t-elle le pouvoir de déraciner ces représentations trompeuses, ou se heurte-t-elle à des résistances trop profondes ? - Annonce du plan : Si la littérature constitue une arme redoutable pour dévoiler et contester les préjugés (I), elle s'avère tout aussi essentielle pour instaurer de nouveaux modèles et rééduquer le regard (II), même si sa portée dépend en dernier ressort de la sensibilité et de la liberté du lecteur (III). I. Une arme de combat pour démasquer et renverser les préjugés établis - Le dévoilement de l'arbitraire : Les écrivains de combat démontrent que ce qui passe pour "naturel" n'est qu'une construction culturelle et injuste. Olympe de Gouges, dans sa *Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne* (1791), pastiche le texte révolutionnaire de 1789 pour révéler l'hypocrisie universaliste des hommes et réclamer : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ». - L'ironie et le regard éloigné : Dans la littérature d'idées des Lumières, Voltaire (*Candide*, chapitre du nègre de Surinam) ou Montesquieu (*Lettres persanes*) utilisent la fiction ou l'ironie pour ébranler les certitudes eurocentriques et l'acceptation de l'esclavage ou de l'intolérance. II. Forger de nouveaux imaginaires et valoriser des contre-modèles - Déconstruire les stéréotypes intériorisés : Comme le rappelle Titiou Lecoq citant Benoîte Groult (*Ainsi soit-elle*) et Pénélope Bagieu (*Les Culottées*), la littérature et la bande dessinée offrent des figures féminines inspirantes (scientifiques, aventurières, créatrices) qui permettent aux jeunes générations de dépasser l'injonction à la passivité. - L'empathie romanesque et le témoignage : Donner une voix aux marginalisés permet de susciter l'identification, détruisant la méfiance envers l'inconnu ou l'Autre. III. Les limites de l'impact littéraire face aux préjugés - Le filtre de la censure et l'accès restreint : Une œuvre engagée peut être rejetée, interdite, ou ne toucher qu'un public déjà convaincu. Olympe de Gouges a été guillotinée et longtemps oubliée avant d'être réhabilitée. - La persistance des biais culturels : Comme l'illustre l'étude mentionnée par Lecoq, cinquante ans après les premiers constats féministes, les stéréotypes perdurent si les structures matérielles et éducatives n'évoluent pas de concert. Conclusion : La littérature ne décrète pas l'abolition immédiate des préjugés, mais elle en est le ferment indispensable en semant le doute critique et en nourrissant l'émancipation intellectuelle.

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