Exercice 2 - Sujet A : Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2026
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)
Énoncé
Sujet A – Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576
Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté
Texte d'après Sandra Laugier, « Le nouvel âge de la désobéissance civile », Sciences Humaines, 4 mai 2016.
En démocratie, les libertés de vote, d'expression, de manifestation, de grève, de
conscience sont apparemment garanties; des mécanismes de dialogue semblent institués,
dans le travail parlementaire ou les négociations collectives; la défense des droits
fondamentaux est une réalité juridique que l'on peut faire jouer.
5 Cependant, on a de plus en plus recours à la désobéissance civile: il s'agit du refus
volontaire et ostensible 1 d'appliquer un texte réglementaire. Il ne faut donc pas imaginer que
désobéir est un acte qui recouvre toutes les résistances et toutes les révoltes. Plus
précisément, il s'agit de refuser, de façon non violente, collective et publique, de remplir une
obligation légale ou réglementaire au motif qu'elle viole un principe supérieur, et ce, afin de
10 se faire sanctionner pour que la légitimité de cette obligation soit appréciée à l'occasion d'un
appel en justice. La désobéissance civile se fonde sur un principe moral, la confiance en
soi, qui encourage l'individu à refuser la loi commune et acceptée, en se fondant sur sa
propre conviction. Le but de l'action de désobéissance est de se faire sanctionner et de faire
apparaître l'iniquité 2 de la loi. Comme celles et ceux qui en 1965 à Selma, autour de Martin
15 Luther King, décidèrent de braver l'interdiction de manifester pour la mise en œuvre du droit
de vote et furent violemment tabassés par la police – sous les yeux de journalistes qui, en
diffusant ces images de brutalité, ont créé l'indignation nécessaire au changement.
Le penseur américain Henry David Thoreau, grand inspirateur de tous les
désobéisseurs, s'installe au bord du lac de Walden un 4 juillet, anniversaire de la déclaration
20 d'indépendance américaine – et décide qu'il vivra « seul, au milieu des bois », dans la
cabane qu'il bâtit de ses propres mains.
C'est tout l'esprit des « mouvements » des années 2010. Rassemblements et
occupations de places, mobilisations globales, insurrections civiles, activisme informatique,
ces mouvements expriment un sentiment d'injustice, mais aussi la volonté des citoyens de
25 s'organiser pour exercer directement leur contrôle sur ce que font les dirigeants. La
désobéissance prend ici une nouvelle dimension et vient rappeler que jamais les gouvernés
n'abandonnent l'idée d'exiger le droit et la liberté de s'occuper de la manière dont les
questions qui relèvent du bien commun, et de leur situation particulière, sont prises en
charge. Cette extension du domaine de la désobéissance se traduit par la revendication de
30 « démocratie réelle ».
Justement: on ne désobéit qu'en démocratie – lorsque le gouvernement agit contre
ses propres principes et détruit ce pour quoi il a eu notre consentement, notre voix.
Pour ses promoteurs, le paradigme 3 de la désobéissance permet de renouveler la
démocratie en rendant public et visible le sentiment d'iniquité, d'inexpressivité, de
35 dépossession. En donnant à voir, ces contestations donnent aussi à discuter, à débattre
des problèmes mis de côté. Ces mouvements renvoient à l'exigence de démocratisation de
la démocratie.
Le lien entre ces formes nouvelles d'action politique se trouve donc dans l'expression
d'une revendication de démocratie, un rapport plus exigeant des citoyens au politique. L'une
40 des tâches de la pensée politique est de comprendre ce qui change dans la manière de
concevoir le politique lorsque des formes de vie et d'action collective prennent la démocratie
pour principe en vue de non pas abstraitement « changer de société » mais de transformer
les pratiques de la politique et, avec elles, la société.
La lutte pour l'extension des droits et de l'autonomie des citoyens suscite, de façon
45 quasi mécanique, une réaction violente des milieux conservateurs. Elle conduit
inévitablement à poser de nouveau la question de définition de la désobéissance, face à
ceux qui s'opposent à l'extension des droits. Le collectif Anonymous 4 porte jusqu'au bout la
logique de la défense des libertés et de la circulation de l'information tout en actant le fait
que l'espace public gouverné par les États ne donne pas la possibilité de la libre expression.
50 Désobéir, en ce sens, c'est aussi échapper à la surveillance. D'où le caractère caché et
anonyme de ses actions, rupture avec la tradition démocratique et le caractère
ostentatoirement non violent des actions classiques de désobéissance. Anonymous justifie
ses nouvelles formes d'actions – divulgations d'informations « classifiées » ou personnelles,
attaques de sites officiels – par la violence de l'État. Selon le collectif, la lutte est inégale
55 dans l'espace public, si bien que la désobéissance civile doit désormais emprunter des
méthodes plus radicales.
Cette troisième extension, hors du domaine public 5, est-elle moralement
défendable ? Qu'on l'approuve ou non, elle invite à questionner notre morale avec notre
politique, et à nous rappeler que les délinquants d'un jour sont parfois les héros du
60 lendemain: Martin Luther King et ses amis étaient aussi considérés comme des voyous.
806 mots
1 Ostensible: revendiqué, visible.
2 Iniquité: injustice.
3 Paradigme: modèle.
4 Anonymous: groupe d'activistes luttant pour la liberté d'expression.
5 Hors du domaine public: hors de ce qui est légal.
Essai (10 points)
Selon vous, faut-il nécessairement désobéir pour défendre et entretenir la liberté ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Selon vous, faut-il nécessairement désobéir pour défendre et entretenir la liberté ?
Réponse : ### Proposition de plan détaillé et d'éléments de rédaction #### Introduction - Accroche : Dans le *Discours de la servitude volontaire* (1576), La Boétie lance : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » L'assujettissement ne procède pas seulement de la contrainte, mais d'une obéissance consentie. - Définition des termes : « Désobéir », c'est refuser délibérément une autorité ou une règle établie. « Défendre » suppose une protection active contre une menace liberticide. « Entretenir » désigne un effort régulier pour maintenir la liberté vivante. L'adverbe « nécessairement » interroge le caractère indispensable de la désobéissance. - Problématique : Le refus d'obéir est-il le ressort indispensable de la liberté, ou celle-ci exige-t-elle au contraire le respect de lois communes et l'usage des institutions ? - Annonce du plan : Nous verrons d'abord que la désobéissance est souvent un sursaut vital face à l'oppression et à l'accoutumance. Nous montrerons ensuite que la liberté s'entretient aussi par l'obéissance à une loi légitime et par la participation civique. Enfin, la désobéissance prend tout son sens comme recours ultime, encadré et critique, au service de la démocratie. --- #### I. Désobéir : une nécessité pour rompre la servitude et dénoncer l'injustice 1. Briser le consentement servile : - Chez La Boétie, la tyrannie repose sur la coopération des sujets : « ce sont les peuples mêmes qui se laissent, ou plutôt se font gourmander ». Cesser d'obéir suffit à faire tomber le colosse privé de sa base. - La coutume et les divertissements (« drogueries ») endorment le désir de liberté. Refuser, c'est se réveiller. 2. Placer la conscience au-dessus des lois iniques : - Sandra Laugier rappelle Thoreau et Martin Luther King à Selma. La loi positive peut violer un principe supérieur, et la transgression publique et non violente provoque alors l'éveil des consciences. 3. L'esprit des Lumières contre l'arbitraire : - Voltaire et l'affaire Calas ; Rousseau dans le *Contrat social* : « céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ». L'obéissance aveugle n'oblige pas moralement. --- #### II. Obéir à la loi commune : une condition d'une liberté durable 1. La loi, rempart contre l'arbitraire et le chaos : - Selon Rousseau, « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ». Obéir à une loi juste, c'est échapper à la domination d'autrui. - Une désobéissance généralisée risque l'anomie ou la loi du plus fort. 2. Des institutions qui protègent la liberté : - Montesquieu, dans *De l'esprit des lois* : « la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ». La séparation des pouvoirs, selon laquelle « le pouvoir arrête le pouvoir », prévient l'abus sans révolte. - Laugier le reconnaît : en démocratie, le vote, la grève, l'expression et les recours juridiques sont garantis. 3. Entretenir la liberté par l'éducation et l'usage public de la raison : - Kant, dans *Qu'est-ce que les Lumières ?* : « Raisonnez autant que vous voudrez, mais obéissez ». La liberté de penser et d'écrire fait progresser la société sans désordre. - La Boétie lui-même insiste sur la mémoire, les livres et l'amitié, qui entretiennent l'esprit libre. --- #### III. Une désobéissance ultime, encadrée, au service de la démocratie 1. Un dernier recours, non violent et assumé : - La désobéissance civile accepte la sanction pour faire juger la loi. Elle n'est pas une négation du droit, mais un appel au droit (Laugier). 2. Un outil de vigilance pour « démocratiser la démocratie » : - Elle rend visibles les injustices et nourrit le débat public. Elle entretient la liberté plus qu'elle ne la détruit. 3. Des limites à interroger : - Les actions cachées et radicales d'Anonymous posent la question de leur légitimité morale. Désobéir n'est légitime que si l'on se fonde sur des principes universels et non sur des intérêts particuliers. - Les « délinquants d'un jour » peuvent devenir « les héros du lendemain » ; encore faut-il que leur cause soit juste. --- #### Conclusion - Bilan : La désobéissance n'est pas toujours nécessaire. Elle s'impose face à la tyrannie ou à une loi injuste, comme le montrent La Boétie, Thoreau et King. Mais la liberté se défend et s'entretient d'abord par des lois justes, des institutions équilibrées et l'exercice critique de la raison. - Réponse : Il ne faut donc pas « nécessairement » désobéir. Il faut rester capable de désobéir, ce qui suppose une vigilance constante, véritable entretien de la liberté. - Ouverture : Les nouvelles formes de surveillance numérique renouvellent cette question et imposent d'inventer d'autres formes de résistance légitime.
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