Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2024
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2024)
Énoncé
B - Contraction de texte
Texte d'Erik Orsenna et Marc-André Selosse, « La compréhension des liens entre les êtres vivants est un savoir fondamental de demain », Le Monde, 19 septembre 2023.
1 Les enseignements fondamentaux de l'éducation – lire, écrire et compter – passent mal auprès des nouvelles générations. Un plan « mathématiques et français », sur six ans, veut assurer une formation continue des professeurs des écoles pour améliorer l'enseignement de ces fondamentaux au primaire. La dictée revient. 5 Les mathématiques gagnent une heure en sixième et réapparaissent dans le tronc commun du lycée. Nul ne conteste que lire, écrire et compter sont des outils majeurs pour nos enfants, mais est-ce bien tout ce qu'il leur faut ? […]
Les crises environnementales et sanitaires actuelles montrent combien les générations précédentes sont passées à côté de certains fondamentaux. Elles n'ont 10 pas compris le « savoir vivre »: savoir vivre en bonne santé, savoir consommer en protégeant l'environnement et, de là, la santé des générations suivantes. Elles n'ont pas su utiliser la logique vivante du monde pour orienter leurs choix et leurs actions. Il fallait nourrir et protéger les plantes ? Rien de mieux que les engrais minéraux et 15 les pesticides 1 – mais quand on regarde les effets sur la qualité des eaux, la biodiversité, la santé des agriculteurs et des consommateurs, c'est une catastrophe !
Il fallait porter et emballer des objets ? Le plastique est bien pratique – mais il libère dans notre environnement des microplastiques et des perturbateurs 20 endocriniens 2. Commodes, le Téflon 3 ou le Gore-Tex 4 – mais ils produisent des composés fluorés non dégradables, des polluants éternels toxiques pour notre système immunitaire, nos reins ou notre thyroïde, qui coûtent 50 à 85 milliards 25 d'euros de frais de santé par an en France. Force est de constater que nous avons mal calibré nos techniques pour la santé et l'environnement. Nous avons négligé ce qu'implique vivre parmi le vivant: nous avons manqué de « savoir vivre ». […]
Il y a des jours sans compter, d'autres sans lecture, certains encore sans 25 écriture. Tous ces jours-là, on respire, on mange, on vit, on consomme, on fait l'amour, on génère des déchets… Pour cela, il faut « savoir vivre », c'est-à-dire comprendre notre organisme et son environnement vivant. Ce savoir fondamental assurerait à nos enfants de ne pas reproduire les erreurs du passé, voire de les réparer.
30 Les savoirs fondamentaux sont culturels et changeants: hier, c'était les langues anciennes, demain, espérons-le, ce sera la maîtrise de la vie et des liens entre les êtres vivants. Qui de nous maîtrise par exemple les gestes pour entretenir le microbiote 5, cet écosystème microbien en nous qui fait notre bonne santé ?... alors 35 que moins de conservateurs et d'émulsifiants 6, et plus de fibres ou d'aliments fermentés 7 amélioreraient notre vie. Qui de nous devine assez le cycle de l'eau pour économiser cette ressource dans son environnement et ses gestes de consommation ?… alors qu'une bonne gestion des sols ou des agricultures alternatives pourrait économiser l'eau. […]
40 Les générations suivantes sont-elles préparées à affronter les défis sanitaires et environnementaux actuels ? À assurer leur santé et leur alimentation ? D'un point de vue économique, prépare-t-on la production alimentaire de demain ? Pourvoira-t-on aux 600 000 emplois par des filières agroalimentaires et sanitaires ? Non. Non, 45 car les fondamentaux de l'éducation nationale manquent encore du « savoir vivre ». […]
Adaptons les fondamentaux: au « lire, écrire et compter », mêlons le « savoir vivre ». Car il n'y a pas de hiatus 8 entre ces savoir-faire. Comprendre le vivant demande des mathématiques et peut développer l'expression écrite et orale. Ainsi, 50 l'étude d'une pomme permet de rédiger la description de son apparence et son goût, de compter les pépins en classe pour approcher la notion de moyenne et d'écart à la moyenne, de comprendre sa fonction biologique – avant d'aborder ses rôles nutritionnels… On a naïvement hiérarchisé les savoir-faire sans tisser de liens efficaces entre eux. Or ces liens renforcent le sens de chaque discipline. 55 L'interdisciplinarité aiderait les élèves à accéder aux objets du vivant par la discipline qui leur plaît [le] plus. Conjuguer « savoir vivre » avec lire, écrire et compter est donc une solution pour soutenir ces fondamentaux et relever les défis de demain.
Les fondamentaux ne doivent plus être un solfège 9 passéiste qui retarde l'apprentissage de l'instrument majeur de l'humanité: le vivant. Évitons les erreurs 60 d'une génération qui savait lire, écrire et compter, sans plus. Acceptons et anticipons notre évolution culturelle. Réfléchissons collectivement aux fondamentaux, prenons du recul avant de réformer l'enseignement. Évitons les réformes fébriles, qui manquent de temps pour s'interroger sur le but et les fondamentaux de l'éducation. Cultivons en nos enfants le « savoir vivre ».
754 mots
1 Pesticides: produits chimiques utilisés en agriculture pour traiter les cultures.
2 Perturbateur endocrinien: molécule ou substance chimique qui peut causer des anomalies dans l'organisme, notamment reproductives.
3 Téflon: matière appréciée pour ses pouvoirs anti-adhésifs.
4 Gore-Tex: marque de membrane imperméable à l'eau utilisée notamment dans les gants.
5 Microbiote: ensemble des micro-organismes vivant dans un environnement spécifique chez un être vivant ou dans une matière.
6 Émulsifiants: produits chimiques ou naturels utilisés pour mélanger deux substances (par exemple l'huile et l'eau).
7 Aliments fermentés: aliments bénéfiques pour la santé.
8 Hiatus: incompatibilité.
9 Solfège: méthode théorique pour apprendre la musique.
Essai
Erik Orsenna et Marc-André Selosse écrivent: « Nul ne conteste que lire, écrire et compter sont des outils majeurs pour nos enfants, mais est-ce bien tout ce qu'il leur faut ? ». Pensez-vous qu'une bonne éducation ne se limite qu'à apprendre à « lire, écrire et compter » ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Pensez-vous qu'une bonne éducation ne se limite qu'à apprendre à « lire, écrire et compter » ?
Réponse : ### Pistes d'élaboration et proposition de plan Introduction : - Accroche : Le débat récurrent sur le socle des « fondamentaux » scolaires et l'importance accordée à la maîtrise de la langue et du calcul. - Citation et problématique : Erik Orsenna et Marc-André Selosse s'interrogent sur la suffisance de ces trois piliers traditionnels. Une éducation digne de ce nom peut-elle se réduire à ces compétences instrumentales, ou doit-elle viser l'épanouissement complet de l'être humain et sa compréhension du monde ? - Annonce du plan : Si lire, écrire et compter sont les outils initiaux incontournables de toute émancipation intellectuelle (I), une formation véritablement humaniste requiert le développement du corps, de l'esprit critique et du jugement moral (II), culminant aujourd'hui dans l'apprentissage d'un « savoir vivre » en harmonie avec le monde vivant et la société (III). --- Axe I. Les savoirs fondamentaux : des instruments indispensables à toute autonomie 1. Des outils d'accès au savoir et à l'exercice de la citoyenneté : Savoir lire et écrire permet d'accéder aux textes, de décoder l'information et d'échapper à la manipulation (cf. l'humanisme qui prône le retour aux textes originaux contre l'obscurantisme des sophistes chez Rabelais). 2. Le calcul et la rigueur logique : Compter et mesurer permettent de structurer la pensée rationnelle, d'appréhender le réel et d'acquérir une rigueur scientifique indispensable face au monde moderne. --- Axe II. Dépasser la simple technicité : le projet humaniste d'une éducation intégrale 1. L'idéal rabelaisien : tête bien faite et corps sain : Ponocrates ne se contente pas de faire réciter des textes à Gargantua ; il organise une éducation encyclopédique vivante où l'exercice physique (équitation, natation, maniement des armes) équilibre l'activité intellectuelle (« une âme saine dans un corps sain »). 2. L'esprit critique et moral contre le psittacisme : L'éducation scolastique de Thubal Holoferne, qui enfermait Gargantua dans le par-cœur stérile, montre que savoir lire et réciter sans comprendre ni juger abêtit. L'éducation doit former le jugement (Montaigne : « plutôt une tête bien faite que bien pleine » ; Voltaire et les Lumières : penser par soi-même). --- Axe III. Réconcilier les fondamentaux et le « savoir vivre » dans le monde contemporain 1. L'interdisciplinarité et l'inscription dans le réel : Comme le suggèrent Orsenna et Selosse, les fondamentaux prennent sens lorsqu'ils s'appliquent à l'observation de la nature et du vivant (compter les pépins, décrire l'apparence d'une pomme), comme Gargantua découvrant les herbes et les arbres lors de ses promenades avec Ponocrates. 2. Former des citoyens conscients des défis écologiques et sanitaires : Une éducation complète ne forme pas seulement des exécutants économiques, mais des êtres conscients de leurs interdépendances écologiques et éthiques avec leur écosystème. --- Conclusion : - Bilan : Lire, écrire et compter restent la base indispensable de toute éducation, car ils ouvrent l'accès au savoir et à l'autonomie. Mais une bonne éducation ne s'y limite pas : dès l'humanisme de Rabelais et de Montaigne, elle vise la formation de l'homme tout entier (corps, jugement, morale). Aujourd'hui, avec Orsenna et Selosse, elle doit aussi intégrer la compréhension du vivant. - Réponse à la question : Les fondamentaux sont des moyens et non une fin. L'éducation doit les mettre au service d'un « savoir vivre » qui permet de penser par soi-même et d'agir de manière responsable. - Ouverture : On peut évoquer l'abbaye de Thélème et sa devise « Fais ce que voudras ». Elle suppose des êtres si bien éduqués qu'ils savent user librement de leur liberté. On peut aussi s'interroger sur la place des compétences numériques et de l'esprit critique face à l'information dans les fondamentaux de demain.
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