Exercice II - Sujet C.1 - Essai · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2021
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2021)
Énoncé
Essai
C - Œuvre: Voltaire, L'Ingénu - Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Albert Jacquard, Cinq Milliards d'hommes dans un vaisseau, 1987.
Les cadeaux que les hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu'ils ont conscience d'être, et qu'ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites, désignons-le par le mot « humanitude ».
En quoi consiste-t-elle ?
Leur capacité de raisonner, les hommes l'ont utilisée pour comprendre peu à peu le fonctionnement du monde qui les entoure. Au-delà des apparences, ils ont su découvrir des constances, imaginer des lois, élaborer des modèles explicatifs. Leur cerveau leur a appris à ne pas toujours croire leurs yeux. Ce qui était mystère est devenu phénomène conforme à la prévision. Grâce à la science, les hommes ont pu reculer la frontière qui sépare ce qu'ils dominent de ce qui leur échappe. Ils ont ainsi développé leur prise sur ce qui les entoure.
Leur capacité à s'émouvoir, les hommes l'ont utilisée pour forger d'étranges concepts, ainsi la beauté ou l'amour. Nous nous émerveillons devant un ciel d'été, mais il n'est beau que parce que nous le regardons. Dans cet univers qui ne sait qu'être, nous avons apporté l'émerveillement devant ce qui est. Leur capacité à prendre conscience d'eux-mêmes, les hommes l'ont utilisée pour imaginer des exigences, ainsi l'égalité, la dignité, la justice. Quelles étranges inventions ! Rien dans la nature ne nous enseigne l'égalité, ni la dignité, ni la justice. Mais nous avons, sans que l'inspiration n'en vienne d'ailleurs que de nous, déclaré un jour que nous voulions réaliser l'égalité en droit de tous les hommes.
L'humanitude, c'est ce trésor de compréhensions, d'émotions et surtout d'exigences, qui n'a d'existence que grâce à nous et sera perdu si nous disparaissons.
Les hommes n'ont d'autre tâche que de profiter du trésor d'humanitude déjà accumulé et de continuer à l'enrichir. Force est de constater qu'ils se consacrent à de tout autres objectifs.
Nous voulions faire un état des lieux de notre propriété de famille, la Terre. Le constat est effroyable. Nous avons insisté sur le scandale qu'est le gâchis humain du chômage; nous avons essayé d'être lucide face à la course folle vers le suicide nucléaire: des millions d'hommes, chaque jour, gagnent leur vie en participant à la mise au point et à la production de moyens de destruction qui ne peuvent que faire gagner la mort. Nous avons mesuré l'écart entre l'inutile abondance dilapidée par une minorité et l'insupportable misère subie par la majorité des hommes.
Notre vaisseau spatial est dans un triste état. Il peut d'un jour à l'autre exploser, il peut aussi lentement se dégrader, devenir une triste prison où des milliards d'hommes, transis par la peur les uns des autres, animés seulement par la haine, n'auront d'autre espoir que de survivre quelques années à leurs ennemis.
C'est trop absurde. Une autre voie est possible. Elle nécessite d'abord que nous sachions nous regarder lucidement les uns les autres. Bien des drames actuels viennent, dit le philosophe Lucien Sève, de ce que les hommes des autres camps n'ont pas pour nous de visage: il est tellement plus facile de traiter quelqu'un en ennemi quand nous ne voyons rien de lui. Nous vivons dès maintenant un hiver affectif préfigurant l'hiver nucléaire qui nous menace. Il faut forcer le dégel et provoquer, cela ne dépend que de nous, un printemps de regards.
Il faut aussi se débarrasser des réflexes d'agressivité dont il est ridicule de prétendre qu'ils font partie de la « nature » humaine. Les rapports entre les hommes sont nécessairement conflictuels, mais un conflit peut se résoudre autrement que par la guerre et par la destruction. Il est fort probable que, durant la plus grande partie de l'histoire de l'humanité, le recours à la guerre a été inconnu ou exceptionnel. C'est une invention récente, vieille seulement de quelque huit ou dix mille ans; elle n'a pris qu'au cours des derniers développements de nos sociétés les traits que nous lui connaissons. Ce recours n'est plus possible sans risque de suicide général. [...] Notre survie exige de nouvelles attitudes.
S'affronter, c'est être front à front, c'est-à-dire intelligence à intelligence, et non force contre force. Ce n'est plus à la guerre qu'il faut consacrer nos recherches, mais aux moyens de résoudre nos conflits en préservant la paix; c'est d'écoles de paix dont tous les États, et d'abord les plus puissants, ont besoin. Voilà la tâche de la génération qui vient: inventer la Paix.
(779 mots)
Quelles leçons pouvons-nous tirer aujourd'hui des idées des Lumières pour développer ces « écoles de paix » que notre survie exige selon Albert Jacquard ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Quelles leçons pouvons-nous tirer aujourd'hui des idées des Lumières pour développer ces « écoles de paix » que notre survie exige selon Albert Jacquard ?
Réponse : Un essai réussi peut s'organiser en trois temps. 1) Les Lumières, dont Voltaire est une figure majeure, ont mis la raison et l'esprit critique au service de la dénonciation de la guerre, du fanatisme et des préjugés : dans L'Ingénu, le regard naïf du personnage principal révèle l'absurdité des institutions et des conflits religieux, invitation à s'affronter « intelligence à intelligence » plutôt que par la force, comme le souhaite Jacquard. 2) Les Lumières proposent une méthode transposable aux « écoles de paix » : le dialogue et la tolérance (Voltaire prônant la coexistence des opinions), la confiance dans l'éducation et la diffusion du savoir comme rempart à l'ignorance qui nourrit la haine, et l'idée d'une humanité universelle par-delà les frontières, qui fait écho au refus de Jacquard de traiter l'autre en ennemi anonyme. 3) Ces leçons restent actuelles pour affronter les défis contemporains (nationalismes, course aux armements, replis identitaires) : il s'agit, comme le suggère Jacquard, d'inventer collectivement la paix par l'éducation à l'esprit critique et à l'altérité, en s'appuyant sur l'héritage des Lumières et sur des exemples de littérature engagée ou d'initiatives pédagogiques favorisant le dialogue interculturel.
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