Exercice 2 - Sujet C - Essai · Bac STMG Français Métropole Secours 2025
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole Secours (2025)
Énoncé
Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Essai
Selon vous, l'écriture contribue-t-elle toujours à compenser les inégalités ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Texte d'après Patrick Boccard, « Les Femmes ne sont pas faites pour courir », 2015.
En affirmant que « les femmes ne sont pas faites pour courir », Jean-Jacques Rousseau (dans Émile ou de l'éducation, 1762) relayait une misogynie progressivement battue en brèche 1 par le développement massif de l'activité physique et sportive.
Depuis ses origines ludiques, éducatives, militaires, jusqu'à ses formes contemporaines, le sport – haut lieu de la virilité, temple de la force, du muscle, de la sueur et de la compétition – a été d'un accès difficile pour les femmes, jusqu'à leur être interdit en certains lieux et à certaines époques.
En Occident particulièrement, de réelles avancées ont été obtenues dans le sillage 2 de l'émancipation des femmes. Celles-ci ne sont plus vouées à la gymnastique et aux pratiques individuelles jugées légitimes pour leur santé, leur beauté et leurs capacités reproductives. Elles peuvent désormais pratiquer des sports collectifs ou d'affrontement – tels que l'athlétisme, le football, le rugby, le tennis, la boxe ou l'aviron –, participer à des compétitions, y compris internationales. Et se montrer très performantes. On les soupçonne alors, parfois... de ne pas être de vraies femmes ! Mais les inégalités perdurent: conditions d'accès et de pratique, formation, entraînement, revenus, médiatisation, responsabilités dans les instances sportives... sont encore très tributaires 3 du genre.
Le sport est un phénomène social universel auquel on attribue une série de fonctions bénéfiques, éducatives, émancipatrices, politiques, économiques, sociales, culturelles... Il n'y a donc aucune raison pour que les femmes, présumées émancipées, éduquées, actives, n'y accèdent librement. Ni qu'elles ne puissent participer à la gestion des institutions qui organisent le monde sportif et dessinent le sport de demain, qu'elles souhaitent plus égalitaire.
Le sport moderne est un monde, mais il ne constitue pas un monde à part. Il est le reflet des sociétés dont il est issu. Ainsi, l'histoire du sport féminin est liée à l'évolution du statut, de la place et de l'image des femmes dans la société. Elle raconte la genèse 4 et l'évolution des rapports sociaux entre les hommes et les femmes.
L'histoire des pratiques physiques et sportives s'inscrit dans l'histoire universelle de la séparation entre les sexes: des espaces attribués (extérieur/ intérieur, public/privé), des rôles imposés (pères créateurs et protecteurs, mères reproductrices; hommes rémunérés pour leur travail, femmes « gratuites » à la maison), et des « vertus » qui y sont rattachées: force, courage, endurance virils versus fragilité, douceur, passivité féminines – les premières étant valorisées par rapport aux secondes.
Tout cela, sous prétexte que la fonction reproductive induirait un « sexe faible » qui appellerait la protection d'un « sexe fort » surtout soucieux de contrôler la filiation de sa descendance. Cette construction purement sociale des rapports sociaux entre les hommes et les femmes a traversé les âges et nourri des stéréotypes bien commodes pour maintenir le paternalisme. On en subit toujours les conséquences en termes de ségrégation entre les deux sexes.
Les remises en question de ces inégalités provoquent des levées de boucliers tant elles sont inlassablement inculquées comme étant biologiques, « naturelles », dès le plus jeune âge. Dans le sport, les inégalités sont exacerbées, puisqu'il est question à la fois d'une intrusion dans une chasse gardée très masculine et d'une mise en scène publique de corps féminins musclés, transpirants, grimaçants sous l'effort... Or le corps des femmes est réservé à l'intime, à la reproduction. Il ne doit pas être « dévoilé » aux yeux de tous.
Tous les prétextes et théories « naturalistes » sont utilisés pour écarter les femmes: volume du cerveau, taille, morphologie des genoux et des pieds, masse graisseuse, hormones... Comme souvent, la science sert l'idéologie dominante. Les femmes n'ont pas le droit de concourir aux premiers Jeux Olympiques (JO) de 1896. Pierre de Coubertin, fondateur du Comité international olympique, déclare: « Le véritable héros olympien est, à mes yeux, l'adulte mâle individuel. Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être, avant tout, de couronner les vainqueurs ».
Au cours du XX e siècle, la vieille et résistante culture paternaliste va freiner, sans toutefois la stopper, l'accession des femmes aux pratiques sportives. Les mouvements de féministes militantes mobilisés pour la conquête de l'égalité avec les hommes se développent et se structurent. Ils réclament notamment la libre pratique du sport pour les femmes, et la possibilité de participer à des compétitions.
Exclues donc des premières Olympiades en 1896, les femmes ont le droit de participer aux JO de 1900 à Paris, mais elles ne sont que 22 sur un millier de participants !
En 1923, une quarantaine d'équipes féminines se sont mises au football, bien qu'à l'école il n'y ait pas d'enseignement de sport pour les filles, en dehors de la gymnastique. En 1926, Gertrude Caroline Ederle est la première nageuse à traverser la Manche...
Désormais, il devient de plus en plus difficile d'exclure les femmes du sport sous prétexte d'incapacité.
801 mots
1 Battre en brèche: attaquer vivement quelque chose (expression militaire qui signifie attaquer à coups de canon pour pratiquer une brèche).
2 Dans le sillage de: à la suite de quelqu'un, en marchant dans ses pas.
3 Tributaire: qui dépend de quelqu'un, de quelque chose d'autre.
4 Genèse: origine et développement d'un phénomène.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Selon vous, l'écriture contribue-t-elle toujours à compenser les inégalités ?
Réponse : Proposition de plan détaillé et d'éléments d'argumentation pour l'essai : Introduction - *Accroche :* Depuis les Lumières jusqu'aux combats contemporains, la plume a souvent été brandie comme une arme d'émancipation politique et sociale. - *Définition et problématique :* L'écriture permet d'exposer et de contester les injustices. Peut-on pour autant affirmer qu'elle compense toujours les inégalités ? Ne peut-elle pas au contraire les perpétuer, voire rester impuissante sans action concrète ? - *Annonce du plan :* 1) L'écriture comme instrument privilégié de dénonciation et de conquête de l'égalité ; 2) Les dérives et limites de l'écriture, parfois complice ou impuissante face aux rapports de force ; 3) L'écriture comme levier d'action qui doit s'articuler avec des luttes politiques, physiques et citoyennes. I. L'écriture : une arme efficace pour dénoncer et réparer les inégalités 1. *Donner une voix aux opprimés et rendre visibles les injustices :* Olympe de Gouges réécrit la Déclaration de 1789 pour révéler l'exclusion criante des femmes. Elle affirme l'universalité des droits : « La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits ». 2. *Déconstruire les préjugés et les fausses évidences naturelles :* Dans le sillage de Montesquieu (*De l'esprit des lois*, critique ironique de l'esclavage) ou de Voltaire (*Candide*, le nègre de Surinam), Patrick Boccard montre que l'analyse socio-historique démonte les théories « naturalistes » qui justifient la domination masculine. 3. *Éveiller les consciences et créer un espace de débat civique :* L'écrit polémique ou programmatique pose les jalons légaux et moraux indispensables à toute réforme ultérieure. II. Les limites de l'écriture : un instrument à double tranchant qui ne suffit pas toujours 1. *L'écriture peut légitimer et pérenniser les inégalités :* Comme le rappelle Patrick Boccard, Rousseau utilise la plume dans *Émile ou de l'éducation* pour théoriser la prétendue faiblesse naturelle des femmes (« les femmes ne sont pas faites pour courir »). Coubertin, de même, justifie par ses déclarations l'exclusion des femmes des JO. 2. *Une portée limitée par l'accès à la lecture :* L'écrit ne touche historiquement que des cercles alphabétisés et privilégiés. Il laisse à la marge les populations les plus vulnérables. 3. *L'impuissance de l'écrit face à la violence du pouvoir :* Olympe de Gouges a payé de sa vie ses écrits, guillotinée en 1793. Ses revendications n'ont pas été adoptées par les révolutionnaires, et les inégalités qu'elle dénonçait perdurent encore, comme le constate Boccard. III. De l'encre à l'action : l'écriture féconde les transformations concrètes du monde 1. *L'écriture comme déclencheur de mobilisations réelles :* L'écrit théorise et organise les mouvements militants, comme les mouvements féministes évoqués par Boccard. Ces mouvements mènent ensuite des luttes sur le terrain. On peut citer aussi Simone de Beauvoir, *Le Deuxième Sexe*, ou Gisèle Halimi. 2. *La conquête conjointe de l'espace symbolique et de l'espace physique :* Dans le sport comme dans la vie politique, les victoires pratiques valident et concrétisent les manifestes. On pense aux premières équipes féminines de football en 1923, à la traversée de la Manche par Gertrude Ederle en 1926, au droit de vote en 1944. Conclusion - *Bilan :* L'écriture ne compense pas toujours les inégalités. Elle peut servir à les justifier, et elle reste souvent impuissante à court terme face aux rapports de force. Elle demeure pourtant un outil essentiel pour les dénoncer, déconstruire les préjugés et préparer les conquêtes de l'égalité, à condition d'être relayée par l'action collective. - *Ouverture :* Aujourd'hui, les réseaux sociels et les nouvelles formes d'écriture (mouvement #MeToo) prolongent ce combat. Elles posent cependant à nouveau la question du pouvoir réel des mots face aux inégalités.
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