Exercice 2 - Sujet A : Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2024

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2024)

Énoncé

Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation

Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.

Texte d'après Jeanne Guérout et Xavier Mauduit (sous la direction de), Histoire des préjugés, « introduction », 2023.

Les préjugés sont des opinions a priori, défavorables, parfois favorables, des appréciations formulées par avance. Ils se construisent sur l'ignorance, la rumeur, l'apparence, ou encore la différence de l'autre. Par nature, ils sont donc condamnables, mais ils ont la vie dure car ils structurent notre imaginaire collectif: « Nous naissons, nous vivons, nous mourons dans l'atmosphère du mensonge », écrit en 1923 Antonin Artaud en préface de Au fil des préjugés, un recueil de textes du docteur Edouard Toulouse, pionnier de la psychiatrie. « Ce sont ces vices et ces déformations, vices de nature et vices de forme, ces toxines de notre activité mentale, que le monde appelle généralement des préjugés », précise Antonin Artaud.

Les historiennes et historiens se sont confrontés aux préjugés malveillants, ceux qui dénigrent et stigmatisent des groupes, ceux qui condamnent et fustigent. Il s'agit d'accusations qui, dans leur formulation, se présentent de manière plutôt simple, l'association d'un défaut – voleurs, violents, paresseux, fourbes, excentriques, hystériques, parasites, arrogants… – à un ensemble d'individus – les Tsiganes, les Mexicains, les Indiens, les Chinois, les Anglais, les femmes, les pauvres, les Français… Ces préjugés qui perdurent dans nos sociétés sont le fruit, pourri, d'une longue histoire.

Les préjugés sont partout, exprimant des distinctions raciale, sexuelle, sociale. Tout le monde ou presque en est victime, des banlieusards aux belles-mères, des gauchers aux gros. Chaque groupe pointé du doigt peut d'ailleurs être lui-même porteur de préjugés sur les autres, avec parfois des mises au ban intracommunautaires 1, comme c'est le cas avec les Aborigènes, qui évaluent leur appartenance au groupe en fonction de subtiles distinctions de coloration de peau. Derrière chaque polémique contemporaine se retrouvent des préjugés, qu'il s'agisse des vaccins, des végétariens, des écologistes ou encore des artistes… Ils peuvent même cibler autre chose que des groupes humains, les animaux, les couleurs, l'alimentation, les arts, la langue, ou encore les périodes historiques.

Les préjugés se distinguent des superstitions, qui germent dans l'univers de la crédulité, de la naïveté et du religieux. En 1767, dans son Discours sur l'influence des grands écrivains sur l'esprit de leur siècle, le moraliste Alain Chamfort considère que « quiconque a détruit un préjugé, un seul préjugé, est un bienfaiteur du genre humain ». Par la démonstration scientifique, les savants luttent contre les superstitions, avec des résultats significatifs à travers les siècles, sans qu'il ne faille jamais baisser la garde: nombreux sont ceux qui pensent que la Terre est plate et que l'homme n'a jamais marché sur la Lune.

Les préjugés s'inscrivent dans un passé lointain, une longue histoire. Tantôt ils varient selon les générations, tantôt ils sont conservés tels quels, avec, pour beaucoup, une résonance jusqu'à nos jours. Comment sont-ils nés et quelles en sont les racines ? Quelles étonnantes variations ont-ils connues et comment se sont-ils adaptés à des contextes différents et aux critiques qui – parfois – leur ont été opposées ?

Est-il dangereux d'énoncer des préjugés venimeux, au motif qu'on entend les dénoncer ? Dans un temps où la polémique surgit à chaque instant, ne serait-ce pas entretenir, voire légitimer ces préjugés en s'en faisant l'écho, en leur donnant une importance qu'ils ne méritent guère ? Convient-il de réactiver des discours de haine d'un autre âge qui objectivement font froid dans le dos, et d'humilier de nouveau, même de façon inconsciente ou par omission, les populations qui en ont fait les frais à travers l'histoire ?

C'est précisément parce que ces préjugés sont peut-être plus actifs que jamais, à l'heure du complotisme, des réseaux sociaux, des fake news et autres infox et de la flambée mondiale des populismes, qu'il est urgent de réagir et de proposer un véritable regard historique sur leur genèse 2, leurs mutations et surtout leur permanence. Il n'est possible de combattre que ce qui est identifié et conscientisé; plutôt qu'un illusoire oubli et un chimérique effacement, mieux vaut faire acte de mémoire et de contextualisation 3.

Il s'agit donc, par une approche historique, de constituer une sorte de manuel d'autodéfense intellectuel pour aider à lutter contre le sexisme, l'homophobie, le racisme et les discriminations. Il ne faut pas minimiser le danger: les préjugés sont des opinions si profondément ancrées et répandues qu'elles peuvent tuer à force de stigmatiser. Il s'impose de remonter à leur source, non pas pour nourrir une nostalgie délétère 4 du monde d'avant le politiquement correct (« c'était mieux avant », « on ne peut plus rire de rien »), mais afin de chercher à comprendre d'où ils viennent et pourquoi ils ont la peau si dure.

777 mots

1 Mises au ban intracommunautaires: exclusions à l'intérieur des communautés elles-mêmes.

2 Genèse: origine, commencement.

3 Contextualisation: action de situer dans l'histoire.

4 Délétère: destructrice.

Essai

En quoi la bonne éducation nous permet-elle de prendre conscience de nos préjugés et de nos fausses croyances ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Énoncé: Exercice 2 - Sujet A : Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2024

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En quoi la bonne éducation nous permet-elle de prendre conscience de nos préjugés et de nos fausses croyances ?

Réponse : Un essai réussi peut s'organiser ainsi : I. L'éducation humaniste, en rompant avec l'enseignement scolastique fondé sur la répétition et l'autorité non questionnée, apprend à exercer son jugement critique (Gargantua passant d'une éducation sophiste stérile à l'éducation humaniste de Ponocrates, fondée sur l'observation du monde, la raison et l'expérience) ; II. Cette démarche critique, comme le montre le texte de la contraction, permet de comprendre l'origine historique des préjugés (ignorance, rumeur, peur de la différence) et donc de s'en défaire, à la manière d'un « manuel d'autodéfense intellectuelle » ; d'autres œuvres du XVIe au XVIIIe siècle (Montaigne dénonçant l'ethnocentrisme dans « Des cannibales », Voltaire et les Lumières combattant le fanatisme et la superstition) prolongent ce même projet éducatif de déconstruction des préjugés ; III. Toutefois, l'éducation ne suffit pas toujours à éliminer tous les préjugés, profondément ancrés dans l'imaginaire collectif, et doit s'accompagner d'une vigilance permanente et d'un effort personnel de remise en question, y compris face aux préjugés contemporains (complotisme, infox).

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