Exercice 2 - Sujet A - Essai · Bac STMG Français Métropole Secours 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole Secours (2025)

Énoncé

Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: la bonne éducation.

Essai

La bonne éducation doit-elle permettre à chacun de « tracer sa propre route » ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les chapitres XI à XXIV de Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: la bonne éducation.

Texte d'après Camille Roelens, « Récompenses et punitions, peut-on s'en passer ? », L'Éducation positive face à ses limites, 2024.

Le succès des outils éducatifs que sont récompenses et punitions s'explique par leur réelle efficacité à produire des individus conformes aux attentes sociales et peu enclins à contester les rapports de domination. Le philosophe Alain Renaut, auteur de La Libération des enfants (2022), y voit d'ailleurs la principale raison de l'avènement tardif des droits de l'enfant, promulgués en 1989, soit deux siècles après la première Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Pourtant, au moins deux raisons justifient l'abandon des punitions et récompenses dans une société démocratique. La première est pragmatique 1: ces outils éducatifs contrecarrent l'objectif de former des citoyens autonomes, reconnaissant la valeur de l'égalité, le respect de l'altérité, ainsi que la capacité de chacun à agir, choisir et penser par lui-même. La seconde est morale: dès lors qu'on admet que la violence, la manipulation ou la corruption ne sont pas des moyens acceptables d'agir avec nos semblables, comment pourrions-nous continuer à user auprès des enfants d'attitudes éducatives qui en sont des formes atténuées ? Il ne serait pas davantage éthique 2 de vouloir former des individus à l'obéissance aveugle par crainte de la punition ou espoir de la récompense, ni de les soumettre à des traitements dont on connaît les dégâts physiques ou psychologiques qu'ils peuvent occasionner.

En outre, les punitions et récompenses ne sont d'aucun secours pour cultiver les compétences et attitudes qui sont aujourd'hui socialement valorisées. Par exemple, elles peuvent contraindre un élève à reproduire à la perfection le modèle du maître, mais ne suffiront jamais à rendre une personne créative. Elles peuvent faire avancer un âne sur un chemin tracé, mais ne lui diront rien de la manière de tracer sa propre route sans son cornac 3. Pour le philosophe de l'éducation Philippe Foray, auteur de Devenir autonome (2016), changer de perspective commence par reconnaître que l'autonomie individuelle est un but légitime de l'éducation dans une société démocratique. Néanmoins, sa construction reste un processus délicat, qui requiert un accompagnement éducatif sur mesure fondé sur le dialogue et le respect. Dès lors, quels nouveaux outils inventer pour remplacer les punitions et récompenses d'autrefois ?

Une option est de repenser le rapport à la discipline dans l'éducation en le fondant sur la mise en œuvre d'une « autorité bienveillante », qui viserait notamment à limiter aux situations les plus graves le recours à la sanction.

L'autorité bienveillante consisterait-elle à laisser aux enfants un libre arbitre absolu sans aucune contrainte ? Loin s'en faut 4. La pensée politique libérale nous enseigne au contraire qu'une contrainte est légitime dès lors qu'elle a pour but d'empêcher les individus de se nuire les uns aux autres ou de violer les droits de leurs semblables. Ainsi, si on peut prioriser le dialogue et la négociation face à un enfant qui refuse de faire du sport ou de manger des légumes, il est impératif d'intervenir fermement en cas de violence ou d'humiliation. La famille ou l'école pourraient donc – en théorie – être envisagées comme des lieux de coexistence pacifique entre individus respectant leurs droits égaux, mais libres, moyennant cela, de mener leur vie comme ils l'entendent. Cet horizon se heurte néanmoins en pratique à un obstacle de taille qu'est la dépendance des enfants vis-à-vis des adultes. Les limites matérielles et psychologiques de ces derniers représentent alors un autre type de contrainte légitime. Comment pourrait-on par exemple reprocher à un parent malade ou en situation de précarité de refuser de conduire son enfant à une activité que celui-ci réclame ? Incarner une autorité bienveillante implique donc aussi de renoncer le plus tôt possible à vouloir être un parent « parfait », qui se dévouerait corps et âme pour son enfant. Il serait en effet illusoire de prétendre éduquer à l'autonomie en s'aliénant soi-même, ou de valoriser les besoins de chacun tout en piétinant les siens. Là réside sans doute le plus grand défi d'une éducation sans punition ni récompense: réussir à tenir compte des goûts et des aspirations de l'enfant sans y sacrifier son droit à s'épanouir en tant qu'individu. Si la recherche de ce nouvel équilibre peut guider les parents et les enseignants vers des modèles éducatifs plus démocratiques, elle ouvre aussi la voie à des mutations sociales de grande ampleur. Ainsi, elle pourrait conduire à rendre encore plus réfléchie la décision de devenir parent; elle pourrait également inaugurer des formes de coéducation où les adultes qui se relayent autour de l'enfant seraient plus nombreux et plus variés.

729 mots

1 Pragmatique: pratique.

2 Éthique: qui concerne la morale.

3 Cornac: personne chargée de soigner et de conduire les éléphants.

4 Loin s'en faut: certainement pas.

Énoncé: Exercice 2 - Sujet A - Essai · Bac STMG Français Métropole Secours 2025

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Essai : « La bonne éducation doit-elle permettre à chacun de "tracer sa propre route" ? »

Réponse : Une copie réussie s'articule autour d'un plan dialectique ou progressif rigoureux : 1. Introduction : - Accroche : évolution historique des théories éducatives, du modèle autoritaire traditionnel à l'aspiration humaniste puis moderne à l'autonomie. - Définition des termes : « bonne éducation » (projet pédagogique vertueux et équilibré) et « tracer sa propre route » (conquérir son indépendance d'esprit, ses propres choix moraux et existentiels contre le conformisme). - Problématique : l'éducation a-t-elle pour finalité première d'émanciper pleinement l'individu afin qu'il définisse sa propre trajectoire ? Ou suppose-t-elle au contraire la transmission de cadres, de contraintes et de savoirs communs indispensables à la vie en société ? - Annonce du plan. 2. Première partie : l'émancipation et l'autonomie individuelle comme finalité légitime de la bonne éducation - *Libérer des dogmes et de la soumission aveugle* : dans *Gargantua*, les précepteurs sophistes (Thubal Holoferne, Jobelin Bridé) abrutissent le jeune prince. Ils lui imposent le par-cœur passif et des routines sans pensée, au point qu'il devient « fou, niais, tout rêveur et rassoté ». L'éducation humaniste de Ponocrates brise ce carcan pour éveiller le jugement. - *Former un esprit créatif et critique* : selon Camille Roelens, récompenses et punitions font « avancer un âne sur un chemin tracé » mais n'apprennent pas à tracer sa propre route. Montaigne préfère « une tête bien faite plutôt que bien pleine » et Rousseau, dans *Émile*, mise sur l'expérience. Tous deux placent l'initiative au cœur de l'apprentissage. - *L'idéal thélémite* : la devise de Thélème, « Fais ce que voudras », illustre l'aboutissement d'une éducation réussie. Des êtres « bien nés, bien instruits » savent alors se gouverner eux-mêmes. 3. Deuxième partie : mais « tracer sa route » requiert des balises, une discipline et des savoirs partagés - *L'autonomie s'apprend sous un guidage exigeant* : Ponocrates soumet Gargantua à un emploi du temps intensif, sans « perdre heure du jour » : hygiène, lettres, sciences, exercices physiques, observation de la nature. La liberté finale repose sur l'acquisition rigoureuse d'outils intellectuels. - *La contrainte légitime* : Roelens refuse le « libre arbitre absolu sans aucune contrainte ». Il faut intervenir fermement face à la violence ou à l'humiliation, et les limites des adultes sont elles aussi une contrainte légitime. - *L'insertion dans une communauté* : l'individu doit composer avec autrui. Les Lumières, notamment Kant dans *Qu'est-ce que les Lumières ?*, rappellent que l'usage de la raison s'inscrit dans un espace public et des lois communes. 4. Troisième partie : la bonne éducation, médiation féconde entre autorité bienveillante et singularité individuelle - *Accompagner vers l'autonomie* : éduquer, c'est guider pour rendre le guide inutile. Ponocrates fait jouer, observer et raisonner Gargantua, qui finit par apprendre avec plaisir. Roelens et Foray parlent quant à eux d'un « accompagnement sur mesure fondé sur le dialogue et le respect ». - *Respecter la singularité sans sacrifier l'éducateur ni la collectivité* : il faut tenir compte des goûts de l'enfant sans renoncer aux droits de chacun. Il s'agit de former un individu libre mais responsable, l'« honnête homme » humaniste. - *Une route propre mais nourrie d'héritages* : le savoir transmis devient tremplin et non carcan (la lettre de Gargantua à Pantagruel, l'« abîme de science » mis au service de la conscience). La route personnelle se trace avec les autres et grâce à eux. 5. Conclusion : - Bilan : la bonne éducation doit bien permettre à chacun de tracer sa propre route. Mais cette autonomie est un aboutissement, construit par une transmission exigeante et une autorité bienveillante, non un point de départ livré au hasard. - Ouverture : on peut évoquer les pédagogies actives (Montessori, Freinet) ou les débats actuels sur l'éducation positive.

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