Exercice 2 - Sujet A : Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2025)

Énoncé

Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: la bonne éducation.

Texte d’après Jean-Miguel Pire, « Retrouvons le temps de réfléchir ! », Sciences humaines, n°366, mars 2024.

Les Anciens plaçaient l’ otium, le loisir « intelligent », « fécond », au sommet des activités humaines. Ce temps libre, consacré à des activités désintéressées comme la lecture ou la rêverie, était considéré comme indispensable à l’acquisition de l’autonomie, de la rationalité et du discernement. Si ce triple idéal est resté au cœur de nos institutions démocratiques, la valorisation du temps nécessaire pour l’atteindre a disparu de nos représentations. En effet, les résidus de l’ otium dans notre vocabulaire sont l’oisiveté, qui réduit le temps libre au divertissement, et le négoce « nec otium », « contre l’ otium » – qui signifie littéralement que le marché est fondé sur la négation de nos efforts en faveur du développement de la conscience. Alors que les écrans grignotent chaque jour un peu plus de « temps de cerveau disponible », il nous faut reprendre possession de notre temps libre.

Nous faisons bien face à un paradoxe. En Occident, jamais autant de gens n’ont disposé d’autant de temps libre. Et pourtant, jamais n’a autant dominé l’impression d’en manquer. Depuis la crise sanitaire, de plus en plus de personnes expriment leur besoin de s’arrêter ou de ralentir pour se poser et réfléchir. Des jeunes, notamment, revendiquent le choix de travailler moins pour consacrer davantage de temps à des activités non marchandes, qui ont du sens. Depuis trente ans, le marché a imposé sa logique utilitariste dans tous les domaines de l’existence, à commencer par celui du travail. Un salarié est jugé sur des critères d’efficacité, de rapidité et de réactivité. Un phénomène encore amplifié par la digitalisation, qui a gagné du terrain pendant la crise sanitaire. En nous donnant la possibilité de travailler d’où l’on veut, le télétravail offre un sentiment de liberté factice 1, au regard de la charge mentale à laquelle il nous soumet.

Plus largement, la digitalisation attaque notre temps libre. Le temps d’écran a explosé, notamment chez les jeunes. Comment prendre le temps de réfléchir, contempler, comprendre, imaginer, ou même tout simplement lire lorsque notre « temps de cerveau disponible » est absorbé par ce nouvel opium digital 2 ? Nous n’avons plus suffisamment d’espace mental pour réaliser ce travail de mise à distance et de production d’idées. Les réseaux sociaux nous offrent la possibilité d’exprimer notre point de vue à tort et à travers; ils nous donnent l’illusion d’être protagonistes, alors même qu’ils jouent sur le système de récompense – les fameux « like » – pour nous rendre captifs d’une notoriété numérique tout à fait superficielle. Nous avons atteint un niveau d’addiction sans précédent, bien documenté par la neurobiologie. Il nous faut aujourd’hui lutter contre nous-mêmes et notre dilapidation du temps libre, pour retrouver la liberté de réfléchir. Cette reconquête passe selon moi par l’ otium.

L’ otium est un terme latin qui a disparu de notre vocabulaire, mais qui traverse toute l’histoire de la pensée. Chez les Romains, il désigne la part du temps libre consacrée à ce que je traduirais aujourd’hui par « loisir fécond, intelligent ». Cela désigne toute forme de loisir qui permet de développer la conscience, l’imaginaire, le discernement, l’empathie; toute situation où on progresse, où on accroît son autonomie, sa capacité de penser par soi-même: la lecture, l’étude, l’acquisition des savoirs, la connaissance de soi, des autres, du monde mais aussi la contemplation, la méditation, la rêverie.

Il faut valoriser et cultiver ce temps désintéressé dès le plus jeune âge. Cela peut passer par la pratique de la philosophie ou encore la fréquentation des œuvres d’art. Le musée, surtout lorsqu’il est gratuit, est le lieu de l’ otium par excellence. Le dialogue avec une œuvre peut être totalement gratuit, ne mener à rien, mais il peut changer le cours d’une vie. Par leur puissance de révélation existentielle, les plus grandes œuvres d’art font obstacle à toutes réductions utilitaires mais aussi consuméristes 3. Sollicitant la patience et l’attention, réclamant un temps long qui mobilise les sens et l’intelligence, proposant une transmission de savoirs, d’émotions, d’échanges sans autre but qu’eux-mêmes, la connaissance des œuvres d’art rompt avec l’utilitarisme et l’immédiateté.

L’éducation a un rôle essentiel à jouer dans le développement de cette capacité à plonger en son for intérieur, à s’arrêter pour rêver, imaginer, créer... Cela passe par la formation d’élèves empathiques, capables d’écouter l’autre, de s’engager vers des connaissances empiriques 4, sans savoir où ça les mène, plus que dans la transmission d’un savoir utilitaire qui sera vite dépassé. Pour cela, il faut créer des moments de curiosité, d’expérience, dont les enfants sont acteurs.

776 mots

1 Factice: artificiel.

2 Opium digital: l’expression signifie que le temps d’écran fait oublier tout le reste.

3 Qui se limite à un produit de consommation.

4 Des connaissances tirées de l’expérience.

Essai

Tous les loisirs peuvent-ils contribuer à une bonne éducation ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Tous les loisirs peuvent-ils contribuer à une bonne éducation ?

Réponse : Un essai argumenté et structuré, par exemple en trois parties : 1) Certains loisirs, comme ceux relevant de l'*otium* antique (lecture, étude, contemplation, fréquentation des œuvres d'art), contribuent effectivement à une bonne éducation car ils développent l'autonomie, le discernement et la conscience de soi, comme le montre l'éducation humaniste de Gargantua dispensée par Ponocrates dans Rabelais, qui alterne étude, exercice physique et réflexion. 2) Cependant, tous les loisirs ne se valent pas : les loisirs de pur divertissement ou de consommation (l'*oisiveté*, le temps d'écran, les réseaux sociaux évoqués par Pire) peuvent au contraire nuire à l'éducation en dispersant l'attention et en flattant une gratification immédiate, comme le montre a contrario l'éducation sophiste de Gargantua, faite d'un savoir mécanique sans discernement. 3) Une bonne éducation suppose donc de choisir et d'orienter ses loisirs vers des activités désintéressées et formatrices plutôt que de les subir passivement, ce qui implique un effort personnel de discernement, illustré par la transformation de Gargantua sous l'influence de Ponocrates et par l'appel de Pire à « reprendre possession de notre temps libre ».

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