Exercice 2 - Sujet B : Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2024

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2024)

Énoncé

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte d'après Rémi Brague, « Notre identité excentrique 1 », dans L'Identité, pour quoi faire ?, sous la direction de Jean Birnbaum, 2020.

Le plus souvent, on aborde la question de l'identité à travers une autre question, celle de l'appartenance. La question « Quelle est mon identité ? » est alors comprise comme signifiant: « À quel groupe appartenez-vous ? », ce groupe pouvant se situer sur des plans très différents, parfois parfaitement disparates. Ils sont toujours plusieurs, voire nombreux. Ils sont parfois explicites, et souvent discrets, voire cachés. Ainsi, quand nous nous présentons, nous indiquons par exemple notre prénom, puis notre patronyme, c'est-à-dire la famille à laquelle nous appartenons, notre nationalité, c'est-à-dire le pays dont nous sommes ressortissants, notre métier, c'est-à-dire la corporation visible ou invisible, organisée ou vague, dont nous sommes membres.

Ces appartenances peuvent être classées dans un ordre déterminé, et cet ordre sera révélateur de l'importance relative des déterminations pour la compréhension de soi. Ainsi, quand nous voulons décliner notre identité, nous procédons dans un ordre centrifuge: nous commençons par donner notre nom – en commençant par le prénom, ou par le patronyme si nous sommes hongrois, chinois ou japonais –, puis notre métier, ensuite l'institution où nous travaillons, et enfin le pays où nous exerçons. Un ami japonais m'a jadis expliqué que, dans son pays, c'était l'inverse. L'ordre y est centripète. Un collègue universitaire ferait une phrase du genre: « Du Japon, de l'Université Unetelle, du département de philosophie, je suis le professeur Untel », la politesse demandant en outre que l'on ne fasse que bredouiller son nom propre sans élever la voix – d'où l'utilité de la coutume qui consiste à donner sa carte professionnelle.

Ces éléments d'identité, ces pièces d'identité, si je puis jouer sur les mots, ne sont pas du même ordre. Ils comportent des caractéristiques que nous n'avons nullement choisies, mais qui nous ont été imposées. D'autres en revanche sont le résultat de choix plus ou moins libres. Ainsi, nous n'avons pas eu notre mot à dire pour le choix de notre école maternelle et primaire; nous avons eu voix au chapitre quant à l'orientation de nos études secondaires, un peu plus encore pour les études supérieures, et beaucoup plus quand nous avons dû choisir notre métier.

Quand nous venons au monde, on nous y reçoit, puis nous nous construisons. […] Tout parent en a entendu une version simplifiée de la bouche de son enfant adolescent: « Et pis d'abord, j'ai pas d'mandé à v'nir au monde ! », ce qui est aussi incontestable que de banale évidence. Puberté, que de fadaises on émet en ton nom !

Rappelons-le donc: nous ne choisissons pas l'époque pendant laquelle nous naissons, ni le lieu de notre naissance, les parents qui nous ont, l'un engendrés, l'autre enfantés, la langue que l'on nous a parlée et qui est devenue pour nous maternelle, la tradition religieuse ou au contraire agnostique dans laquelle nous avons baigné, etc.

Le temps joue ici un rôle important. Je viens de le signaler: plus l'enfant grandit, plus le facteur « choix » prend de l'importance. La croissance est une suite de crises plus ou moins longues, plus ou moins brutales, plus ou moins pénibles, pendant lesquelles nous pouvons rejeter une bonne partie de l'héritage reçu, ou au contraire l'assumer, la faire nôtre.

On observe un paradoxe inverse: en même temps, plus nous vieillissons ou, pour le dire plus gentiment, plus nous mûrissons, plus il arrive que nous ressentions que ce que nous n'avons pas choisi et qui nous pesait au départ avait aussi, tout bien réfléchi, du bon. […]

L'identité ne se réduit pas à l'appartenance. Appartenir à un collectif, quel qu'il soit, famille, groupe linguistique, nation coiffée ou non par un Etat, etc., ne fait certes pas de nous des objets. Nous demeurons des personnes. Reste que l'idée même d'appartenance implique une revendication du collectif sur l'individu, voire une pression qui peut être pesante.

L'individu peut répondre par une volonté d'indépendance. Il privilégiera alors la dimension de choix que comporte son identité. Mais là aussi, les choses ne sont pas simples. « Faire ce que l'on veut » est un très vaste programme. Car bien souvent, nous nous croyons libres de nos actions. Mais il faut ici écouter la leçon de Spinoza: la pierre qui tombe dans cette chute que l'on appelle ironiquement « chute libre », si elle était consciente, s'imaginerait qu'elle tombe librement. De même, pour reprendre les exemples du philosophe, l'ivrogne croit qu'il est libre de boire outre mesure, le moulin à paroles croit qu'il est libre de bavarder à tort et à travers.

781 mots

1 Excentrique: qui s'écarte d'un point considéré comme centre.

Essai

Pour peindre quelqu'un, faut-il tenir compte de la société dans laquelle il vit ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le chapitre « De l'Homme » des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Essai : Pour peindre quelqu'un, faut-il tenir compte de la société dans laquelle il vit ?

Réponse : Pistes de réflexion et proposition de plan détaillé : Introduction : - *Accroche :* L'homme est à la fois un individu singulier et un être social, inséré dans un milieu qui le façonne. - *Définition et problématisation :* « Peindre » un être humain suppose de représenter ses traits physiques, moraux et psychologiques. La question invite à examiner si cette peinture relève purement d'une sociologie des mœurs ou si elle vise une essence universelle de la nature humaine indépendante des contingences sociales. - *Annonce du plan :* 1) L'individu est indissociable de son ancrage social et historique ; 2) La peinture littéraire et morale vise cependant des invariants universels de la nature humaine ; 3) C'est précisément par l'analyse fine des formes sociales particulières que l'écrivain révèle l'homme universel. I. Tenir compte de la société est indispensable pour saisir l'homme en situation : - L'influence des appartenances et déterminismes sociaux : comme le rappelle Rémi Brague, la langue, l'époque, la religion et le milieu imposent à l'homme des cadres indépassables. - Les masques et les codes imposés par la vie en société : dans les *Caractères*, La Bruyère peint des types sociaux (le courtisan, le financier, le dévot) dont les manies et les vices naissent de leur position à la Cour ou à la ville. - La satire sociale comme instrument moral : chez Montesquieu (*Lettres persanes*) ou Voltaire, la peinture des individus passe nécessairement par la critique des institutions et des préjugés d'une société donnée. II. Peindre l'homme exige toutefois de dépasser la simple chronique sociale pour atteindre l'universel : - L'universalité des passions humaines : l'ambition, la vanité, l'avarice ou la jalousie transcendent les époques et les milieux sociaux. Le chapitre « De l'Homme » s'intitule précisément ainsi pour signifier qu'au-delà des conditions sociales, c'est l'essence humaine qui est scrutée. - L'ambition humaniste et philosophique : Montaigne, dans les *Essais*, affirme que « chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ». La peinture de soi et des autres vise la condition humaine générale. - L'illusion d'une réduction purement sociologique : réduire un homme à sa société occulte sa liberté intérieure, ses contradictions psychologiques et sa subjectivité propre. III. La dialectique de l'incarnation : le détour par le social pour éclairer l'humain : - Le portrait particulier comme miroir universel : chez La Bruyère, chaque caractère individuel incarné dans le Grand Siècle (Giton le riche arrogant, Phédon le pauvre effacé) illustre une vérité intemporelle sur l'injustice et la vanité des rapports humains. - L'art moraliste : observer comment la société déforme la nature originelle de l'homme permet de révéler les fondements de cette même nature.

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