Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Métropole Secours 2026
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole Secours (2026)
Énoncé
Sujet B – Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, troisième soir.
Parcours: le goût de la science.
Texte d'après Guido Tonelli, Genèse, le grand récit des origines, Introduction, 2019.
Tout commence avec un événement apparemment marginal, il y a un peu plus de 400 ans, qui a comme protagoniste un professeur de géométrie et de mécanique de l'université de Padoue. Quand Galileo Galilei commence à modifier le tube bizarre construit par un lunetier hollandais pour en faire un instrument d'observation des corps célestes, il est bien loin d'imaginer les ennuis que cette initiative lui attirera, et encore moins le remue-ménage que ses observations provoqueront dans le monde entier.
Ce que Galilée découvre à travers ce système de lentilles le laisse abasourdi: la Lune n'est pas ce corps céleste parfait décrit par les textes faisant autorité, sa surface n'est pas homogène, mais présente des montagnes, des cratères aux bords déchiquetés et des plaines semblables aux nôtres; le Soleil a des taches et tourne sur lui-même; la Voie lactée est un énorme amas d'étoiles; les « petites » étoiles qui entourent Jupiter sont des satellites semblables à la Lune qui tournent autour de lui.
Lorsqu'il publie le résultat de ses observations en 1610 dans Sidereus Nuncius, il déclenche, peut-être involontairement, une avalanche qui va balayer un système de croyances et de valeurs établies depuis plus de 1500 ans et que personne n'avait jamais osé remettre en question.
La modernité naît avec Galilée. L'homme s'affranchit de toute tutelle: armé de sa seule intelligence, il fait face, solitaire, à la grandeur de l'univers. Le scientifique ne cherche plus la vérité dans les livres; il ne s'incline plus devant un principe d'autorité en répétant les formules transmises par la tradition. Il soumet dorénavant chaque chose à la critique la plus féroce. La science devient la recherche créative de « vérités provisoires » à travers des « expériences sensibles » et des « démonstrations nécessaires ».
La puissance de la méthode scientifique réside dans l'utilisation d'hypothèses vérifiées au moyen d'instruments qui permettent d'observer, de mesurer et de cataloguer les phénomènes les plus disparates de la nature. Ce sont les résultats des expériences, les sensate esperienze de Galilée, qui permettent de décider si une hypothèse fonctionne ou s'il convient de l'abandonner.
À partir de ses observations, on découvre bientôt des preuves irréfutables à l'appui des « folles » théories de Copernic et Kepler, qui entraînent un changement de notre vision du monde tellement radical que rien ne sera jamais plus comme avant. Art, éthique, religion, philosophie, politique, tout est bousculé par cette révolution conceptuelle qui place l'humain et sa raison au centre. Les bouleversements induits par cette nouvelle approche dans un laps de temps somme toute limité sont si profonds qu'il est difficile de trouver des précédents.
Si la science galiléenne est tellement révolutionnaire, c'est parce qu'elle ne s'arroge pas 1 le droit de détenir la vérité, mais cherche sans relâche à falsifier ses prédictions; elle s'exalte à faire crouler d'un coup d'un seul les certitudes acquises jusqu'alors; elle s'autocorrige en fonction des vérifications expérimentales; enfin, pour mettre à l'épreuve des hypothèses toujours plus complexes, elle va jusqu'à explorer les régions les plus reculées de la matière et de l'univers.
Mais il y a un prix à payer pour emprunter cette voie: la nécessité d'avoir recours à des outils toujours plus complexes et à un langage qui se démarque de plus en plus du sens commun. En effet, dès que nous nous éloignons de notre environnement quotidien, les outils et les idées qui accompagnent nos activités ordinaires se révèlent totalement inadaptés. Pour explorer les minuscules dimensions dans lesquelles se cachent les secrets de la matière ou les immenses espaces cosmiques qui nous racontent l'origine de l'univers, des années de préparation ainsi que des équipements très spécifiques sont indispensables.
Cela n'a rien de surprenant. Les explorations les plus audacieuses sur Terre exigent elles aussi leur lot de fatigue et des instruments bien précis. Pensez aux régates extrêmes, aux ascensions sur l'Himalaya ou aux expéditions au fond des abysses... Pourquoi l'exploration scientifique devrait-elle être plus simple ?
Si vous voulez vraiment apprécier la physique, il vous faudra travailler pendant des années, étudier la théorie des groupes et le calcul différentiel, maîtriser la relativité et la mécanique quantique, apprendre la théorie des champs... Une tâche ardue, car il s'agit d'un langage et de concepts difficiles à maîtriser, même pour ceux qui les pratiquent depuis des années. Mais la barrière du langage spécialisé qui empêche la plupart des gens de pénétrer dans le cœur battant de la recherche scientifique moderne peut être facilement levée. Il est possible d'employer le langage ordinaire pour en expliquer les concepts de base et surtout, pour rendre accessible à tous la nouvelle vision du monde que produit la science.
1 Ne s'arroge pas: ne s'attribue pas.
797 mots
Pour avoir le goût de la science, faut-il renoncer à ses certitudes ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Pour avoir le goût de la science, faut-il renoncer à ses certitudes ?
Réponse : Une réponse organisée comprendra typiquement : 1. Introduction : - Définition des termes : le « goût de la science » (plaisir intellectuel, désir de comprendre, curiosité) et les « certitudes » (croyances immédiates, préjugés, dogmes d'autorité ou vérités acquises). - Problématique : Dans quelle mesure le renoncement aux évidences premières est-il le moteur même de la curiosité scientifique, et ce renoncement n'aboutit-il pas paradoxalement à forger une confiance rationnelle renouvelée ? - Annonce du plan. 2. Axe 1 : Le renoncement aux préjugés et aux certitudes d'autorité, condition première de la démarche scientifique - Les certitudes rassurantes mais trompeuses de l'anthropocentrisme : chez Fontenelle (*Entretiens sur la pluralité des mondes*), la Marquise doit d'abord accepter que la Terre tourne et n'est pas le centre immobile de l'Univers. Galilée, tel que le rappelle Guido Tonelli, détruit les croyances vieilles de 1500 ans sur la perfection immuable des corps célestes. - Le doute méthodique et le rejet de l'argument d'autorité : le goût d'apprendre naît de la remise en cause des vérités livresques (Montaigne, Descartes, les Lumières contre le dogmatisme scolastique). 3. Axe 2 : Le plaisir de l'incertitude et la fascination pour l'inconnu comme essence du goût scientifique - L'inconnu suscite l'émerveillement et l'imagination : Fontenelle compare l'univers à un spectacle d'opéra dont on cherche à comprendre les machines cachées, ouvrant l'esprit au vertige poétique de l'infini. - La science comme recherche dynamique de « vérités provisoires » (Tonelli, Karl Popper avec la réfutabilité) : le chercheur ne s'enferme pas dans un dogme, il trouve sa satisfaction dans la quête perpétuelle, l'exploration et la remise en question permanente. 4. Axe 3 : La science ne détruit pas toutes les certitudes mais les refonde sur la raison et l'expérience - Le passage de la croyance aveugle à la certitude démonstrative : les lois physiques (Kepler, Newton) apportent des vérités vérifiables et prédictives solides. - Le rôle de la vulgarisation (Fontenelle, Tonelli) : rendre ces nouvelles vérités accessibles à tous pour substituer aux superstitions une certitude éclairée, partagée et féconde pour le progrès humain. 5. Conclusion : Bilan synthétique réaffirmant que renoncer aux certitudes figées n'est pas un renoncement au savoir, mais l'acte de naissance même de l'esprit critique et du véritable plaisir scientifique.
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