Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Centres étrangers (Afrique) 2021 (jour 1)

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Jour 1 (2021)

Énoncé

B – Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX). Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.

Texte: Marie-Claude Hubert, « Le chien dans la littérature de jeunesse », Carnets, Deuxième série – 18, 2020.

Force est de constater que le chien dans la littérature de jeunesse est un chien

anthropomorphisé 1, y compris, lorsque le chien est présenté dans un univers réaliste,

comme auxiliaire des hommes pour la conquête de l'Ouest. Jack London n'échappe

pas à l'anthropomorphisme lorsqu'il évoque le chien: « Buck possédait une qualité qui

5 contribue à la grandeur – l'imagination » (London, 1903: 53).

[...] L'utilisation du chien anthropomorphe dans la littérature de jeunesse permet

de comprendre le développement des enfants. Le chien anthropomorphisé leur permet

de s'identifier sans se mettre en jeu totalement. Nous distinguerons plusieurs types

d'identification dans les albums.

10 Tout d'abord, nous remarquons des identifications ancrées 2 dans la vie de

l'enfant. Certains albums sont de simples mises en scène déguisées de sa vie

quotidienne. Le lecteur suit les péripéties du personnage chien et peut le confronter à

ce qu'il éprouve dans sa propre expérience, il met à distance tout en rapprochant le

jeune lecteur de sa propre humanité, de son rapport au monde et aux autres. La mise

15 à distance qu'opère le personnage du chien devient une figure que l'enfant regarde

pour mieux se voir et se comprendre. Le chien prend alors les caractéristiques d'un

être humain, il marche debout, parle, pense. Ainsi, le chien mène des enquêtes, va à

l'école, ou écrit son journal intime comme Le Journal de Gurty. En effet, le fait qu'un

animal soit représenté par des caractéristiques humaines permet une identification

20 plus aisée pour l'enfant. Certaines peurs enfantines vont ainsi être abordées.

Les albums permettent au jeune lecteur de mettre des mots sur ses peurs,

comme celles d'être abandonné ou de ne plus être aimé. Par exemple, l'album de

Carter Goodrich Dis bonjour à Zorro !, dédramatise l'arrivée d'une petite sœur ou d'un

petit frère. La même thématique est traitée dans Plein d'amour à partager, une

25 aventure de Pop le chien d'Emma Chister Clark. [...] « l'animal, c'est donc l'autre et le

même, l'autre de l'enfant et son même, sorte de miroir mystérieux et étranger au

service d'une identification complexe » (Prince, 2015: 95). Dans l'album de Paula

Metcalf, à l'intertextualité 3 riche, Le Chien Botté, Ulysse a une nouvelle voisine qui

s'appelle Pénélope. Elle a un regard doux et le plus beau des sourires mais Ulysse est

30 persuadé qu'il n'arrivera jamais à l'embrasser car il est petit. Son ami Ralph ne manque

pas d'idées pour le faire grandir mais ses idées tournent à la catastrophe. Finalement

Ulysse découvre que Pénélope est toute petite, elle aussi. Avec cet album, l'enfant

comprend qu'il est possible de s'accepter tel qu'on est ! L'identification permet de

réaliser selon Ricoeur des « expériences de pensée que nous menons dans le grand

35 laboratoire de l'imagination » (Ricoeur, 1990: 194). Nathalie Prince justifie

l'omniprésence de l'animal dans la littérature de jeunesse en expliquant qu'« il s'agit

d'une littérature symbolique, stéréotypique, et que l'animal paraît en soi sursignifiant »

(Prince, 2015: 95).

Enfin, nous pouvons parler d'identification initiatique. Dans cette forme, c'est

40 une transformation qui advient, au terme de l'histoire: le héros est devenu non pas un

autre, mais pleinement lui-même, en ayant intégré ses contradictions et affirmé ses

propres valeurs. L'album Chien Bleu de Nadja marque un avant et un après dans

l'édition pour la jeunesse en France. C'est un album qui fait preuve d'une grande

richesse, tant au niveau du récit qui s'inspire de l'univers des contes, qu'au niveau de

45 l'illustration. Charlotte a pour ami un chien bleu. Elle aimerait qu'il vive avec elle mais

ses parents se méfient de ce mystérieux animal et lui interdisent de le revoir. Lors d'un

pique-nique dans les bois, la petite fille s'éloigne et s'égare, loin de sa famille. Chien

Bleu la retrouve et reste avec elle, la protégeant face à l'esprit maléfique qui règne

dans les bois. Comme beaucoup d'enfants, Charlotte réclame la présence d'un chien

50 et essuie le refus de ses parents. Face à ce refus, elle va affirmer un désir

d'indépendance, en particulier, dans la scène du bois où elle s'éloigne de ses parents.

Entre Charlotte et le Chien bleu se crée une attache familiale qu'elle va préférer à celle

de ses parents.

Ces albums mettent toujours en scène un chien anthropomorphisé et proposent

55 aux enfants des identifications d'une grande richesse afin qu'ils s'adaptent aux

situations de la vie quotidienne.

(770 mots).

1 L'anthropomorphisme est la tendance à attribuer aux animaux et aux choses des traits humains.

2 Ancrées: qui prennent appui sur la vie de l'enfant.

3 Intertextualité: On parle d'intertextualité quand un texte entretient des liens forts avec un autre texte: citations, réécriture, ressemblances, etc.

Essai: Pourquoi les œuvres d'imagination ont-elles selon vous autant recours aux animaux personnifiés ? Quel intérêt un auteur et ses lecteurs peuvent-ils trouver à cette représentation ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Marie-Claude Hubert) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e siècle au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle (cinéma, musique, bande dessinée notamment).

Énoncé: Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Centres étrangers (Afrique) 2021 (jour 1)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Essai : Pourquoi les œuvres d'imagination ont-elles selon vous autant recours aux animaux personnifiés ? Quel intérêt un auteur et ses lecteurs peuvent-ils trouver à cette représentation ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Marie-Claude Hubert) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle (cinéma, musique, bande dessinée notamment).

Réponse : ### Pistes d'élaboration et proposition de plan détaillé : #### Introduction - Accroche : Depuis Ésope jusqu'aux créations contemporaines de la littérature de jeunesse et de la bande dessinée (Maus, Blacksad), l'animal doué de parole et d'affects humains traverse l'histoire des récits d'imagination. - Problématique : Pourquoi anthropomorphiser l'animal ? Quels bénéfices croisés les créateurs et les lecteurs retirent-ils de ce masque animal, qui semble d'abord éloigné de la vérité humaine ? - Annonce du plan : 1. Un stratagème d'écriture séduisant, pour plaire et contourner les contraintes (censure, gravité du réel). 2. Un miroir satirique et moral, qui grossit les travers des hommes pour instruire sans heurter frontalement. 3. Une médiation psychologique et philosophique universelle, qui permet la prise de recul et la connaissance de soi. --- #### Axe 1 : L'animal personnifié, un masque protecteur et séduisant (plaire et esquiver) - Du côté de l'auteur : - Déjouer la censure politique et sociale. Dans « Les Animaux malades de la peste » (VII, 1) ou « La Cour du Lion » (VII, 6), La Fontaine peint le monarque arbitraire et les courtisans serviles sous les traits du Lion et du Renard. Le masque animal désamorce l'attaque directe du pouvoir. - Répondre au précepte classique « plaire et instruire ». L'animal suscite la curiosité, le pittoresque et la vivacité du récit et du dialogue. - Du côté du lecteur : - Le plaisir de la fiction et de l'allégorie séduit l'imagination. - Le lecteur accède au savoir de façon ludique : il entre dans la fiction sans se sentir visé ni la rejeter d'emblée. --- #### Axe 2 : Un révélateur sans complaisance des travers humains (instruire et corriger) - Une typologie stéréotypée au service de la satire : - L'animal fixe un caractère univoque : la ruse du renard, la violence du loup, la naïveté de l'âne. Dans « Les Obsèques de la Lionne » (VIII, 14), l'hypocrisie courtisane est incarnée avec une limpidité exemplaire. - Le décalage entre la forme animale et les prétentions humaines produit un comique satirique qui dénonce les vanités et les hypocrisies (« Le Rat qui s'est retiré du monde », VII, 3). - Ce procédé rejoint la littérature d'idées étudiée dans l'année, qui use du détour par la fiction (apologue, conte philosophique). - Universalité de la leçon morale : - Contrairement à un personnage historique ancré dans une époque, l'animal transcende les frontières de l'espace et du temps. - Le lecteur de tout siècle s'y reconnaît ou y reconnaît ses contemporains. --- #### Axe 3 : Un puissant médiateur psychologique et philosophique (connaître l'homme) - Un rôle d'initiation et un « laboratoire de l'imagination » (Marie-Claude Hubert, Paul Ricœur) : - L'animal est à la fois « l'autre et le même » (Nathalie Prince). Il instaure une mise à distance qui permet au lecteur, enfant ou adulte, d'explorer ses propres angoisses (peur de l'abandon, injustice, mort) sans se mettre en jeu totalement. - Des albums comme Dis bonjour à Zorro ! ou Chien Bleu aident l'enfant à apprivoiser ses peurs et à s'affirmer. - Une réflexion philosophique sur l'homme et l'animal : - Dans le « Discours à Madame de La Sablière » (à la fin du livre IX), La Fontaine conteste la théorie cartésienne de l'animal-machine. L'animal devient alors le support d'une pensée sur l'âme, l'intelligence et la place de l'homme dans la nature. - La culture contemporaine prolonge cette fonction, au cinéma (Zootopie, Le Roi Lion) comme en bande dessinée (Maus, où l'animalisation rend pensable l'horreur de la Shoah). --- #### Conclusion - Bilan : L'animal personnifié est à la fois un masque qui protège et séduit, un miroir satirique qui instruit et un outil de connaissance de soi. Il profite autant à l'auteur (liberté, efficacité de la leçon) qu'au lecteur (plaisir, recul, identification). - Ouverture : Certaines œuvres, comme La Ferme des animaux d'Orwell, montrent que cette représentation reste une arme critique toujours actuelle.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

‹ Exercice 2 - Sujet A - Essai · Centres étrangers (Afrique) 2021 (jour 1) · Exercice 2 - Sujet C - Essai · Centres étrangers (Afrique) 2021 (jour 1) ›

Plus d’exercices d’Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle