Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Nouvelle-Calédonie session normale 2025

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2025)

Énoncé

2- Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)

Objet d'étude: la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

Le candidat traite, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des trois sujets suivants:

A - Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV / parcours: la bonne éducation.

Texte: Alain Corbin, Histoire du silence, 2016.

Dans les institutions scolaires, confessionnelles et plus tard laïques, le silence est imposé dès l'aube des Temps Modernes 1. Il est conçu à la fois comme une marque de respect à l'égard du maître et du régent 2, comme le signe d'une maîtrise de soi qui évite la dissipation 3, comme condition de l'attention. Se taire, en effet, permet de bien écouter. En outre, fait remarquer Alain 4, en 1927, le silence est contagieux, aussi bien que le rire. Il importe donc de faire en sorte qu'il triomphe de son rival. Jean-Noël Luc 5 a montré qu'au XIXe siècle, l'apprentissage du silence s'effectuait dès l'école maternelle.

La cloche, la sonnette ou le tambour dans les lycées napoléoniens rythment les temps de silence et de parole libre. Du XVIIIe siècle au cœur du XXe, les injonctions de silence débordent la classe proprement dite. Elles ordonnent le temps des repas, au réfectoire, et celui du repos, au dortoir. Dans les établissements religieux, la prière collective qui précède la classe, la prise de nourriture et le sommeil préparent au silence. Dans la perspective de Michel Foucault 6, de telles disciplines et les manquements sanctionnés par de dures punitions entrent dans la « technologie des endurcissements » pratiquée en ces lieux.

Il en va de même à l'armée où le « silence dans les rangs » constitue jusqu'à présent une pratique rituelle. En ce milieu, savoir souffrir en silence participe de l'honneur et s'impose au sein de celle que, collectivement, on a qualifiée de « grande muette ».

Dans ces diverses institutions, la prise indue de parole et le chahut, comme toute atteinte aux injonctions de silence, sont considérés comme de graves signes de dysfonctionnement des ordres. En tout milieu, une série d'injonctions trace, en outre, les limites de ce qu'il est possible de dire et ordonne la configuration de l'indicible 7. Parmi les rituels qui enjoignent le silence s'impose la « minute de silence » dont, à ma connaissance, l'histoire reste à faire. Elle est transposition d'une pratique religieuse hors de la sphère sacrée. Dans ce processus de désacralisation du silence, on retrouve tout à la fois les mêmes injonctions et les mêmes manquements.

Les auteurs de dictionnaires énumèrent d'autres obligations de silence relevées au fil des siècles. Mais ce qu'ils qualifient de « loi du silence » désigne le plus souvent la non-rupture d'un secret. Cela, à titre d'exemple, se retrouve, selon eux, au sein des sociétés secrètes qui imposent le silence par serment, chez les apprentis francs-maçons, chez les malfaiteurs… Mais ce type d'injonctions se situe hors de notre objet.

Il n'en va pas de même des disciplines de silence imposées par le code de politesse ou, d'une manière générale, par la civilité, largement diffusée au XIXe siècle par les « manuels de savoir-vivre » dont le plus usuel, en France, est alors celui de la baronne Staffe 8. Les enfants, indique-t-on, doivent se taire en présence des adultes, surtout quand ceux-ci ont pris la parole. Des siècles durant, les serviteurs doivent se garder de parler sans y être invités par le maître. À la campagne, il en va de même des relations entre les travailleurs agricoles et leur employeur. Toute rupture de ces codes crée une perturbation qui peut être comique, comme c'est le cas dans nombre de comédies de Molière. […]

Au début du XIXe siècle, savoir se taire, savoir faire silence, face au tintamarre affectionné par le peuple, participe d'un processus de distinction, tout comme savoir pratiquer le mezzo voce 9. Se taire est aussi démontrer que l'on se tient disponible à l'écoute; d'autant qu'en ce siècle de la confidence et des affinités électives, le silence de celui qui sait écouter se révèle fort précieux. […]

Considérons, exceptionnellement, la période actuelle. Élever la voix à l'intérieur d'un train est considéré comme une nuisance car les voyageurs désirent le silence. Ce n'était pas le cas jusqu'au cœur du XXe siècle, quand les conversations apparaissaient normales, voire signe de politesse, à l'intérieur des compartiments. De la même façon, le silence lors d'un voyage en avion est apprécié; le rompre peut être considéré comme une impolitesse. Il en va de même au cinéma.

Est-ce pour autant que ces exigences de silence indiquent un abaissement du seuil de tolérance au bruit ? Certainement pas. Ceux-là mêmes qui, dans le cours de la journée, réclament et goûtent le silence dans les transports sont parfois les mêmes qui, la nuit précédente, ont toléré dans une boîte de nuit ou dans une salle de spectacle musical des intensités sonores inconnues jusqu'alors dans l'histoire humaine.

(778 mots)

1 Les Temps Modernes: période historique qui va de la découverte de l'Amérique (1492) à la Révolution française (1789).

2 Régent: personne qui gouverne, qui exerce le pouvoir.

3 Dissipation: dispersion, comportement agité et inattentif.

4 Alain (1868-1951): philosophe français.

5 Jean-Noël Luc (né en 1950): historien, spécialiste de l'histoire de l'enfance.

6 Michel Foucault (1926-1984): philosophe français.

7 L'indicible: ce qu'il n'est pas permis d'exprimer.

8 La baronne Staffe (1843-1911): écrivaine française.

9 Mezzo voce: paroles à voix basse.

Essai

Être bien éduqué, est-ce avoir appris à se taire ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Gargantua (chapitres XI à XXIV) de Rabelais, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Énoncé: Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Nouvelle-Calédonie session normale 2025

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Être bien éduqué, est-ce avoir appris à se taire ?

Réponse : Une réponse rédigée et structurée doit articuler les axes suivants : 1. Introduction : - Accroche : la tradition éducative a longtemps identifié la politesse et la docilité à l'effacement de soi et au silence (comme le rappelle Alain Corbin dans *Histoire du silence*). - Définition des termes : « bien éduqué » (formation intellectuelle, morale et civique d'un individu complet) vs « avoir appris à se taire » (soumission passive ou maîtrise de soi et écoute ?). - Problématique : si le silence constitue une discipline nécessaire à la civilité et à l'attention, une éducation accomplie ne suppose-t-elle pas avant tout d'apprendre à penser et à faire bon usage de la parole ? 2. I. Le silence comme condition nécessaire de l'apprentissage et de la sociabilité : - Savoir se taire permet l'écoute et l'attention : sans silence, pas d'assimilation des connaissances (rôle du silence souligné par Alain Corbin et par Alain en 1927). - Le respect d'autrui et la civilité : savoir retenir sa parole est une marque d'égard et de bienveillance (les manuels de savoir-vivre, l'écoute intime). - Chez Rabelais, l'élève de Ponocrates sait faire silence quand le maître lit ou explique, afin d'observer la nature et de méditer les textes. 3. II. Mais réduire l'éducation au silence mène à l'abêtissement et à l'asservissement : - La dénonciation humaniste de la passivité : l'ancienne éducation sophiste subie par Gargantua (Thubal Holoferne) produit un géant abruti, incapable de s'exprimer (il pleure « comme une vache » devant le jeune Eudémon éloquent et poli). - Le silence imposé est souvent un instrument de contrôle politique et idéologique (écoles autoritaires, armée comme « grande muette », institutions dénoncées par Foucault). - Les Lumières (Voltaire, Rousseau) rappellent que le citoyen éclairé doit refuser le mutisme devant l'injustice et la superstition. 4. III. La véritable éducation : la maîtrise conjointe de la parole libre et de l'écoute critique : - Ponocrates forme Gargantua à l'éloquence active : discussions animées aux repas sur les aliments, débats savants, restitution joyeuse du savoir. - L'abbaye de Thélème : liberté guidée par l'honneur (« Fais ce que voudras »), où la conversation élégante et choisie remplace la règle monastique du silence forcé. - Être bien éduqué, c'est savoir quand se taire pour écouter et comprendre, et quand prendre la parole avec justesse, esprit critique et responsabilité civique. 5. Conclusion : - Synthèse : le silence n'est qu'un moyen préliminaire, non la finalité de l'éducation. - Ouverture : dans un monde saturé d'informations et d'injonctions bruyantes, l'éducation doit former des esprits capables d'un discernement qui allie recueillement intérieur et courage de la prise de parole publique.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

Exercice 2.B - Essai · Nouvelle-Calédonie session normale 2025 ›

Plus d’exercices d’Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle