Exercice 2.C - Essai · Bac STMG Français Nouvelle-Calédonie session normale 2022

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2022)

Énoncé

C — Œuvre: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule »). Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte: Danièle Sallenave, « Les hommes et moi », Le Monde, 31 août 1995.

La reconnaissance pleine et entière des droits des femmes n'est pas un changement, c'est une révolution: ou alors, c'est un de ces changements à l'échelle du monde, analogue aux grandes ruptures du néolithique 1, à la découverte du Nouveau Monde, aux révolutions industrielles; le communisme aurait pu en être une autre de ces grandes ruptures, mais il n'est encore pas advenu. Ce qui est advenu est ceci: l'égalité des sexes. [...]

Existe-t-il un critère plus juste et plus exact pour évaluer l'état de mœurs et des lois dans une société, que la séparation prétendument naturelle entre les catégories sexuelles, ethniques, raciales, que la supériorité revendiquée par un groupe sur tous les autres, que le déni d'une appartenance égale au genre humain ? Tel était pourtant, sans même parler des rapports de classe, l'état de la société française en 1945: une société inégalitaire, une société féodale, au même titre que la Grèce antique avec le système de l'esclavage, ou que l'Inde avec le système des castes, que l'Allemagne hitlérienne avec les lois raciales, que les États-Unis jusque dans les années 60. Aujourd'hui encore, je ne peux poser la question des rapports entre les hommes et les femmes sans repartir de ce point. Et sans me féliciter d'avoir été le témoin et la bénéficiaire d'une pareille révolution des lois et des mœurs.

Il n'existe cependant pas de chemin qu'on ne rebrousse jamais. Oui, le XX e siècle aura été celui de l'accession des femmes à l'égalité; oui, il n'y a plus désormais qu'un seul monde fait d'hommes et de femmes, uniques, égaux. Mais cette grande idée neuve que Le Deuxième Sexe 2 a fait entendre incomparablement « on ne naît pas femme on le devient », et qui fonde théoriquement et sans appel l'absolue égalité des hommes et des femmes, il serait faux de la croire définitivement et partout acceptée. Des pans entiers du monde contemporain n'en ont pas encore été touchés: dans d'innombrables régions du monde, on torture, on opprime les femmes, on les rabaisse, on les mutile parce qu'elles sont des femmes, l'homme peut les répudier à son gré, leur refuser l'accès à la propriété, à certains types d'études. Et il n'est pas de jour que de nouvelles régressions ne se déclarent même chez nous sur le plan public ou privé. Il suffira de nous en tenir exclusivement à la question des emplois de haut niveau dans les sociétés démocratiques développées: « Au rythme actuel du progrès, dit un rapport récent du BIT 3 ( Le Monde du 26 août 1995), il faudrait 475 ans pour arriver à la parité des sexes ».

Tout cela est sans doute bien connu. Je me méfie cependant de la lassitude dédaigneuse 4 de ceux à qui ce discours paraîtra rebattu: je connais trop les intérêts cachés qui les animent. Je dis au contraire qu'il faut affirmer et réaffirmer sans cesse que l'égalité des femmes a sans doute été posée, mais qu'elle est encore à faire, que l'histoire d'un monde humain enfin égalitaire ne fait que commencer. S'il y a un domaine où une vigilance constante est nécessaire, c'est bien celui des « droits des femmes ». Il est cependant plus facile de manifester cette vigilance lorsqu'ils sont menacés sur le plan légal, juridique, que lorsqu'une insidieuse 5 régression se fait jour sur le plan des mœurs, des usages, des comportements, des rapports de chaque jour entre les hommes et les femmes. C'est qu'il en coûte aussi de devoir retrouver, et ce jusque dans des réunions d'intellectuels, la survivance d'antiques préjugés concernant les femmes; d'assister à la manifestation brutale et immédiate d'une solidarité de la phratrie 6 masculine lorsque l'autorité ou les privilèges prétendus d'un mâle dominateur sont menacés par une femme. En ce sens, je n'hésiterai pas à dire que, dans de nombreux cas, la situation d'une intellectuelle femme est aujourd'hui plus difficile que n'était celle de la jeune Simone de Beauvoir: tout se passe comme si une vague conscience de l'irréversible avait resserré entre les hommes des liens de défiance 7 et de protection. Oui, on en est encore bien souvent à l'âge de la « gorillerie », selon la célèbre définition d'Albert Cohen. Sans bien connaître ce monde, je me doute qu'il en va de même en politique.

(740 mots)

1 Néolithique: période préhistorique marquée par l'apparition de l'agriculture.

2 Le Deuxième Sexe: ouvrage féministe de Simone de Beauvoir.

3 BIT: Bureau International du Travail.

4 Lassitude dédaigneuse: attitude de mépris et d'ennui vis-à-vis de quelque chose.

5 Insidieuse: qui se fait petit à petit sans qu'on en ait conscience.

6 Phratrie: système d'organisation en clans.

7 Défiance: attitude de méfiance défensive, ici envers les femmes.

Pourquoi et comment porter sans cesse le combat pour l'égalité ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Danièle Sallenave) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Énoncé: Exercice 2.C - Essai · Bac STMG Français Nouvelle-Calédonie session normale 2022

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Pourquoi et comment porter sans cesse le combat pour l'égalité ?

Réponse : Plan possible : Introduction : Partir du constat de Sallenave selon lequel l'égalité des sexes, bien qu'amorcée, n'est jamais acquise définitivement ; annoncer un plan en deux parties : pourquoi ce combat doit être sans cesse renouvelé, puis comment le mener. I. Pourquoi le combat pour l'égalité ne peut jamais être considéré comme achevé 1. Parce que les inégalités, même après des avancées légales, persistent dans les mœurs et les comportements quotidiens (Sallenave : « lorsqu'une insidieuse régression se fait jour sur le plan des mœurs »). 2. Parce que les résistances des groupes dominants se manifestent dès que leurs privilèges sont menacés (la « phratrie masculine » chez Sallenave ; le refus des hommes d'accorder aux femmes l'exercice de leurs droits chez Olympe de Gouges, qui dénonce cette injustice dès son préambule). 3. Parce que l'histoire montre des régressions possibles après des progrès (l'exemple des sociétés inégalitaires évoqué par Sallenave, ou le sort réservé à Olympe de Gouges elle-même, condamnée à mort). II. Comment mener ce combat 1. Par l'écriture et la prise de parole publique : Olympe de Gouges utilise le pastiche de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pour révéler par contraste l'exclusion des femmes ; Sallenave, elle, alerte l'opinion dans la presse. 2. Par l'argumentation rationnelle et l'appel à la justice, en dénonçant l'absurdité des hiérarchies « naturelles » invoquées pour justifier l'inégalité (Sallenave : « la séparation prétendument naturelle entre des catégories sexuelles »). 3. Par la vigilance constante et l'action individuelle et collective, dans la sphère publique comme privée, en refusant la lassitude et en réaffirmant sans relâche les principes d'égalité, ainsi que le préconise Sallenave en conclusion de son article. Conclusion : Le combat pour l'égalité est un processus continu qui suppose à la fois la lucidité sur les résistances persistantes et l'engagement actif, par la parole, l'écrit et l'action, pour empêcher tout retour en arrière.

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