Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Métropole 2026

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France (2026)

Énoncé

Sujet B – Essai

Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, troisième soir. Parcours: « Le goût de la science ».

Texte d'après un entretien accordé par Hubert Reeves à Sciences et avenir (Hors-série Une nouvelle histoire de notre univers, n°158, mai-juin 2009; propos recueillis par Aline Kiner et Sylvie Rouat).

Regarder le ciel, c'est d'abord une émotion. Il y a là un contact, essentiel pour l'homme, avec quelque chose de gigantesque qui le dépasse, l'oblige à sortir de lui-même. En même temps, regarder le ciel donne une autre dimension à notre humanité. Car nous savons aujourd'hui que les atomes dont nous sommes faits ont été forgés dans les étoiles, que nous faisons partie intégrante de l'Univers. Tous les événements qui s'y passent et s'y sont passés ont un rapport avec nous. L'astronomie, science des astres, raconte une histoire qui est aussi la nôtre: l'apparition de notre Système solaire, puis celle de l'être humain en sont des chapitres. Les astronomes, qui travaillent à décrire la genèse des atomes, des molécules, des planètes, de la vie, de tout ce qu'il a fallu pour que nous soyons là aujourd'hui, sont en fait des préhistoriens de l'épopée humaine. Cette prise de conscience est pour moi le plus grand apport de la science du 20 e siècle.

Un jour, Galilée a l'idée de tourner vers le ciel une lunette, un instrument qui servait jusqu'alors à surveiller les armées ennemies. Il découvre que le monde céleste n'est pas parfait, qu'il est soumis au changement. Les observations de Galilée apportent des preuves scientifiques à la découverte faite auparavant par Copernic, ce que Freud appellera « le choc astronomique »: la Terre, et donc l'homme, ne sont pas le centre du monde.

Souvenez-vous de l'astronomie telle qu'elle existait par exemple au temps de François Arago, il y a deux siècles: les étoiles que l'on observait à travers les télescopes semblaient appartenir à une réalité étrangère, loin de celle des humains. Mais si l'Univers a une histoire, cela change notre angle de vue: nous les regardons pour essayer de comprendre nos origines, comme nous tentons de le faire à travers la théorie de l'évolution. D'où venons-nous, pourquoi sommes-nous là, de quoi est fait notre passé ? L'homme est au cœur des recherches astronomiques. L'un des objectifs de l'astronomie est de faire comprendre au public que cette science le concerne au plus haut point, car elle lui parle de lui. Guy Béart ne chantait-il pas: « Parlez-moi de moi, il n'y a que ça qui m'intéresse »... Et pour cela, il faut des passeurs: il y a de plus en plus de chercheurs qui veulent communiquer, partager leurs recherches. L'astronomie est d'ailleurs à la jonction de deux domaines: la poésie et la science. Le ciel est à la fois un lieu d'émerveillement et un lieu de connaissance, de rationalité, à partir duquel on peut construire des théories, à l'instar de Galilée ou Einstein. Les phénomènes célestes exercent un attrait puissant sur les jeunes gens et peuvent les motiver pour l'étude des sciences.

Étudier l'Univers donne un sens dramatique plus fort à ce qui se passe aujourd'hui sur Terre – je veux parler de la menace que nous faisons peser sur l'environnement par nos activités polluantes et destructrices. Dans notre Système solaire, seule la Terre abrite de la vie. Il s'est passé ici quelque chose de spécial, que les scientifiques peinent à expliquer aujourd'hui encore. Lorsqu'elle est née, il y a 4,5 milliards d'années, notre planète était un monde stérile, une boule de lave incandescente. Et pourtant, seulement quelques centaines de millions d'années plus tard, la vie foisonnait déjà dans les océans. Ce n'était encore que des bactéries et des algues bleues, mais elles allaient donner naissance, au fil des millénaires, à toutes les plantes et les créatures que nous connaissons, y compris nous-mêmes. Aujourd'hui, les activités humaines perturbent l'équilibre planétaire. Ce n'est pas la vie elle-même qui est menacée: elle est très robuste et pourra survivre sous certaines formes aux désordres qui s'annoncent. Mais l'homme, lui, est en péril. Il y a là quelque chose de dramatiquement ironique: l'espèce humaine a été capable de reconstituer le passé de l'Univers depuis le Big-Bang, de montrer à quel point nous vivons sur un astre unique. Et c'est précisément elle qui est menacée de disparition – au moins d'une grave détérioration de ses conditions d'existence – par ses propres agissements !

Pour moi, l'astronomie et l'écologie sont les deux volets d'une même histoire. L'astronomie nous explique comment nous en sommes venus à être ici; l'écologie nous indique comment y demeurer dans des conditions convenables. Ces deux sciences portent ce message: regardons d'où nous venons, émerveillons-nous, mais faisons attention, car notre avenir sera peut-être moins beau.

783 mots

Sujet

Le goût de la science nous aide-t-il à voir le monde autrement ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Énoncé: Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Métropole 2026

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Le goût de la science nous aide-t-il à voir le monde autrement ?

Réponse : Proposition d'organisation pour l'essai : Introduction : - Accroche : La curiosité scientifique transforme notre perception immédiate du réel en dépassant les illusions des sens. - Problématique : Dans quelle mesure le goût pour la démarche scientifique ne se borne-t-il pas à nous instruire, mais révolutionne-t-il profondément notre regard sur la nature, notre place dans l'univers et notre responsabilité éthique ? - Annonce du plan dialectique ou thématique. Axe 1 : La science dissipe les illusions et décentre l'être humain - Démystification des croyances et fin du géocentrisme : Fontenelle enseigne à la Marquise que la Terre tourne autour du Soleil et n'est qu'un astre parmi d'autres (« nous sommes logés dans un petit coin de l'univers »). - Le « choc astronomique » (Freud, cité par Reeves) : Galilée et Copernic brisent le mirage anthropocentrique. L'homme n'est plus le nombril de la création. - Émancipation intellectuelle face aux préjugés religieux ou métaphysiques (Voltaire dans *Micromégas* se moque de la vanité humaine à l'échelle cosmique). Axe 2 : Loin de désenchanter le monde, la science renouvelle l'émerveillement et nourrit l'imaginaire - Poétique de l'astronomie : pour Reeves, l'astronomie est au carrefour de la science et de la poésie ; savoir que nous sommes « poussières d'étoiles » confère une grandeur inédite à l'existence. - Le plaisir de la vulgarisation et de la contemplation : dans les *Entretiens*, Fontenelle associe la galanterie, le dialogue plaisant et la rigueur cartésienne des tourbillons pour donner le vertige poétique d'une infinité de mondes habités. - La machine du monde dévoilée : voir l'univers comme une mécanique grandiose (« comme l'opéra » selon Fontenelle) n'enlève rien à la beauté du spectacle, mais en sublime l'intelligence. Axe 3 : Un nouveau regard qui fonde une conscience critique et une responsabilité éthique - Conscience de notre finitude et de notre vulnérabilité : Reeves rappelle le paradoxe tragique d'une humanité capable de lire le cosmos mais qui saccage son propre biotope terrestre. - L'esprit d'examen comme rempart humaniste : chez Montaigne (*Apologie de Raimond Sebond*) comme chez Diderot (*Pensées sur l'interprétation de la nature*), le savoir scientifique apprend l'humilité et incite au respect du vivant. - Voir le monde autrement, c'est finalement changer nos conduites : lier la curiosité cosmique à l'urgence écologique. Conclusion : Bilan synthétique montrant que le goût de la science métamorphose l'homme en spectateur éclairé et en gardien responsable d'un univers infini mais d'une Terre fragile. Ouverture possible sur les enjeux actuels de la diffusion des savoirs face aux obscurantismes contemporains.

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