Exercice 2 - Sujet A - Essai · Bac STMG Français Métropole Secours 2026

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole Secours (2026)

Énoncé

Sujet A — La Boétie, Discours de la servitude volontaire. Parcours: « défendre » et « entretenir » la liberté.

Essai

Pouvons-nous rester libres dans une société qui influence nos choix ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Texte d'après Benoît Heillbrunn, « La consommation, du plaisir à la compulsion », Sciences Humaines, « La mécanique de l'addiction », n°373, 2024.

La surconsommation n’est pas un trait caractéristique de la société moderne. Dès l’Antiquité, des philosophes grecs comme Platon dénoncent le fait de « vouloir plus que sa part » comme une déviance, rappelle le philosophe Dany-Robert Dufour. Bien plus tard, à l’inverse, consommer à outrance est devenu mieux accepté et parfois même valorisé. À partir du 18 e siècle, des pionniers de l’économie et des sciences sociales encouragent le commerce, le luxe, et plus généralement une nouvelle religion conquérante: le marché. L’offre devenant largement supérieure à la demande, tous les subterfuges 1 sont bons pour trouver des débouchés aux industries américaines et européennes.

Le capitalisme s’appuie dès lors sur le marketing, technique de l’addiction marchande par excellence, pour accroître en permanence les quantités achetées et donc encourager la surconsommation de substances, produits ou expériences. Et comment accroître la demande, si ce n’est en faisant en sorte que les clients achètent plus et plus souvent ? Cette logique d’intensification de la consommation est largement relayée par l’apparition des grands magasins (Le Bon Marché en 1852, Les Galeries Lafayette en 1893) et du libre-service, qui permettent aux clients de flâner dans de véritables îles de la tentation et de pouvoir toucher les marchandises sans l’intermédiaire d’un vendeur. C’est à cette époque qu’apparaît dans le champ psychiatrique l’idée « de fièvre acheteuse » – une préoccupation virant à l’obsession délétère 2.

Tout au long du 20 e siècle, la consommation apparaît plus généralement comme un ensemble de pratiques permettant aux individus de renforcer ou de réparer des identités fragmentées ou blessées. La consommation et le marketing jouent à cet égard les rôles de « pharmaka » – mot grec ancien désignant à la fois un poison et un remède. Il s’agit, dans une logique de marché, de soulager un problème qu’on a conçu et dramatisé en amont: créer le désir, l’assimiler à un besoin et proposer aussitôt de le soulager grâce à un acte d’achat…

Ce cycle sans fin cultive une forme de dépendance du client, tout en permettant de créer de la valeur économique de façon continue. Le marché doit dès lors inventer en permanence de nouvelles formes de fragilisation psychologique pour proposer des solutions. Le règne de la marchandise ne cesse de s’élargir pour englober des activités comme le tabagisme, les jeux d’argent et de hasard, la sexualité, l’alimentation, la télévision ou encore l’exercice physique… L’addiction ne concerne dès lors pas uniquement des substances, puisque tout ce qui est monétisable devient l’objet d’une possible addiction.

Aujourd’hui encore, notre société de surconsommation se caractérise par le fait qu’elle crée une économie visant à capter la libido 3 des individus que sont les consommateurs, pour attirer leur investissement sur les objets de la consommation. Selon le philosophe Bernard Stiegler, les jeux, et notamment les jeux d’argent, sont un cas particulièrement pervers de ce qui est, en fait, la loi du marketing en général.

Il existe aussi une dimension politique de l’addiction consumériste. La sociologue Gerda Reith soutient que dans une société qui met en œuvre la gouvernance par la liberté, la liberté consistant à choisir parmi de vastes gammes de produits et d’expériences, l’utilisation même de la liberté de consommer constitue une forme de contrôle social. D’où la dépendance à Internet, aux jeux vidéo ou aux écrans qui semblent toucher des populations de plus en plus jeunes. Dans le champ de la consommation, chacun d’entre nous peut être soumis à un achat coup de cœur, mais quand celui-ci se répète souvent et qu’il semble impossible à l’acheteur de résister, le scénario est souvent celui d’une forte angoisse qui diminue une fois l’achat réalisé, l’acheteur éprouvant alors un vif plaisir. Il faut cependant distinguer les accros du shopping compulsif, qui achètent sous le coup de la détresse émotionnelle, ceux qui font des achats de prestige, pour maintenir leur image sociale, les chasseurs de bonnes affaires, qui achètent des articles en solde même s’ils n’en ont pas besoin, ou encore les collectionneurs, qui se lancent dans une quête éperdue.

Ce mécanisme touche toutes les classes. Très souvent, on trouve des enfants dont les parents ont par manque de temps remplacé l’affection par les cadeaux. Le bien matériel étant considéré comme un gage d’affection, les individus ont alors tendance à s’offrir des cadeaux à eux-mêmes. Ils vivent avec l’idée que seuls les biens qui les environnent leur donnent de la valeur. Cela explique aussi pourquoi les possessions sont considérées comme des faire-valoir vis-à-vis d’autrui. Comme le rappelle la psychologue Charlotte Richoux dans Addictologie clinique, pour les individus qui en souffrent une vie dépensière est l’indicateur qu’ils profitent véritablement de l’existence.

801 mots

1 Subterfuge: stratagème trompeur, malhonnête.

2 Délétère: qui attaque, détruit.

3 Libido: désir.

Énoncé: Exercice 2 - Sujet A - Essai · Bac STMG Français Métropole Secours 2026

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Pouvons-nous rester libres dans une société qui influence nos choix ?

Réponse : Proposition d'organisation d'un essai argumenté : Introduction : - Accroche : dans nos sociétés contemporaines comme dans les régimes politiques d'antan, l'individu évolue au sein d'un faisceau d'influences permanentes (culturelles, politiques, marchandes). - Définition et tension du sujet : la liberté se définit comme l'autonomie de la volonté et la capacité d'autodétermination. Comment concilier cette exigence avec une société qui conditionne nos désirs et oriente nos décisions ? - Problématique : dans quelle mesure pouvons-nous préserver notre liberté intérieure et notre libre arbitre face aux conditionnements et aux séductions imposés par le corps social ? - Annonce du plan : 1. La force des influences sociales et des illusions de liberté, qui conduisent à une servitude consentie. 2. La prise de conscience et l'esprit critique comme conditions d'émancipation. 3. Une liberté redéfinie non comme absence d'influence, mais comme choix lucide et responsabilité engagée. I. Une société qui façonne nos désirs et fabrique notre soumission - Les ruses du pouvoir et le divertissement : dans le *Discours de la servitude volontaire*, La Boétie montre que les tyrans endorment le peuple par des « drogueries » (jeux, festins, spectacles) pour lui faire oublier sa liberté. De même, Benoît Heilbrunn analyse comment la société de consommation rend l'individu dépendant par la stimulation permanente du désir et l'illusion du choix marchand. Avec Gerda Reith, la liberté de consommer devient elle-même une forme de contrôle social. - L'accoutumance et la coutume : pour La Boétie, la coutume est la première cause de la servitude volontaire ; ceux qui naissent serfs prennent pour naturel l'état où ils sont nés. Ce que nous croyons être des choix libres relève souvent d'un conformisme assimilé dès l'enfance. Heilbrunn évoque ainsi des enfants à qui l'on a appris à confondre affection et biens matériels. - Les dérives de la mode et de l'opinion : chez Montesquieu (*Lettres persanes*) ou chez Voltaire, le regard des autres et les préjugés constituent des entraves invisibles à la liberté individuelle. II. Les voies de la reconquête : exercer sa raison et cultiver la dissidence - Le réveil de la lucidité : La Boétie affirme que certains, « mieux nés que les autres », ne s'accoutumeront jamais à la sujétion. Même si la liberté était entièrement perdue, ils l'imagineraient et la sentiraient en leur esprit. Penser par soi-même reste le refuge de la liberté. - L'arme des Lumières et de l'éducation : l'exercice du jugement critique (« Sapere aude » chez Kant, combat de Voltaire contre le fanatisme) permet de décrypter le marketing et les discours d'autorité. Savoir dire « non » interrompt la mécanique de la servitude : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres ». - Le détachement matériel et la sobriété : face à l'addiction marchande décrite par Heilbrunn, la tradition humaniste (Montaigne, *Essais*) et la simplicité volontaire invitent à redécouvrir la valeur des liens humains. On échappe ainsi au rôle de consommateur asservi. III. La liberté comme conquête permanente et participation active - La liberté n'est pas l'isolement autarcique : vivre en société implique nécessairement l'interaction et donc l'influence. Être libre ne signifie pas échapper à toute influence, mais choisir en connaissance de cause celles que l'on accepte. L'amitié, que La Boétie oppose à la complicité des tyrans, est une influence libératrice. - Une liberté qui s'« entretient » : selon le parcours, la liberté se « défend » et s'« entretient ». Elle exige vigilance, effort et éducation continue, comme le pensait Rousseau : la liberté est obéissance à la loi qu'on s'est prescrite (*Du contrat social*). - Une responsabilité collective : la liberté se protège aussi par l'action commune. Régulation de la publicité, éducation aux médias et engagement citoyen permettent de construire une société où les influences restent visibles et discutables. Conclusion : - Bilan : la société influence profondément nos choix, au point de produire une servitude que nous consentons parfois sans la voir, de la tyrannie décrite par La Boétie à la « fièvre acheteuse » analysée par Heilbrunn. - Réponse : nous pouvons cependant rester libres, à condition de prendre conscience de ces influences, d'exercer notre jugement et de faire de la liberté une conquête quotidienne plutôt qu'un acquis. - Ouverture : à l'ère des algorithmes et des réseaux sociaux, qui captent notre attention de façon de plus en plus fine, l'appel de La Boétie à refuser de servir reste d'une brûlante actualité.

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