Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2023

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2023)

Énoncé

Sujet A – Essai

A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV. Parcours: la bonne éducation.

Texte de Jean Guéhenno, Sur le Chemin des hommes, 1959.

À une époque où l'École n'était pas mixte, Jean Guéhenno, lui-même enseignant, s'adresse dans ce texte à une assemblée masculine constituée de futurs professeurs.

Une classe n'est intéressante que dans la mesure où elle est le jeu d'un libre esprit aux prises avec d'autres esprits plus jeunes auxquels il tâche de donner le goût de la même liberté. [...]

Il s'agit de vivre constamment dans une certaine lumière. Il s'agit de maintenir certaine ardeur qui est celle de la vie même, d'une action continue qui peut bien quelquefois s'empêtrer, tomber dans la lourdeur, se perdre dans la sécheresse, mais pourtant toujours prête à se réveiller. [...] Si vous êtes vous-mêmes, Messieurs, assez vivants, rien de ce que vous toucherez ne sera mort.

Rien n'est mort. Les textes que vous expliquerez, les histoires que vous résumerez, les sciences dont vous établirez les principes, sont autant de témoignages sur l'homme, sa longue recherche, ses découvertes toujours provisoires, sa marche inquiète et passionnée. Au reste, notre histoire est si courte. Trois mille ans. Elle est toute contemporaine. Le petit bonhomme qui, sous votre direction, fera ses humanités 1, mettra simplement ses pas dans les pas de ses ancêtres et refera pour son propre compte, dans le cours de cinq à six années, le chemin qu'au long de l'histoire a fait l'humanité. Vous aurez mal fait votre métier si, après vous avoir entendus, il n'a pas le désir d'aller un peu plus loin et ne marche pas d'un pas plus alerte. Je veux qu'il se sente poussé par ces disparus innombrables que vous aurez évoqués, qu'il porte en lui tout leur espoir et qu'il soit prêt à son tour à vivre courageusement, à jouer, contre la destinée, la chance de l'homme. De quoi que vous lui ayez parlé, des grandes découvertes scientifiques, des grands drames de l'histoire, des merveilles de la littérature et de l'art, il faut qu'il ait compris que ce sont toutes pièces à verser au même dossier. Professeurs, quelque discipline que nous enseignions, nous ne cessons jamais de plaider la même cause: la cause de l'humanité.

La grande affaire est d'actualiser les questions. Vous m'entendez bien, Messieurs. Ce n'est pas que nous devions nous attacher à retrouver dans les faits ou les textes anciens que nous rapportons les débats mêmes du monde moderne, interpréter le passé par le présent. J'ai plus d'une fois vérifié la sottise de procédés si mécaniques. La méthode à laquelle je pense est plus complexe. Je veux dire que l'enseignement est, comme l'histoire selon Michelet, « l'intelligence de la vie ». En gardant pour les morts la révérence 2 qu'ils exigent, n'est-il pas possible que nous retrouvions en eux comme une première image de nous-mêmes ? Le monde ne va pas si vite, l'homme ne change pas si rapidement que nous ne puissions en eux nous reconnaître, si bien que leurs erreurs comme leurs soucis peuvent encore nous être des leçons. Il ne s'agit que de sentir un peu vivement et de faire sentir que tout ce que les hommes ont pensé ou fait, ils l'ont pensé ou fait pour nous. Tout ce qu'ils ont tenté, ils l'ont tenté pour nous, et leur exemple nous invite à l'action. Chacun de nous est porteur d'un esprit bien plus vieux que lui-même et qu'il a charge de transmettre. L'humanité est comme un infatigable artiste qui, depuis des siècles, sculpterait et modèlerait sa propre statue. Enseigner, ce n'est rien d'autre que découvrir à des petits enfants cet effort éternel et les inviter à le continuer. [...]

Quel étrange et beau métier que le nôtre !, Messieurs. Je ne sais bien ce qu'il est que pour la discipline que je suis chargé d'enseigner. Mon métier, c'est d'expliquer Platon, Virgile, Tacite, Montaigne, Descartes, Pascal, Voltaire, Diderot, Hugo. Quelques élèves et moi, à la suite de ces génies, nous essayons de nous élever à des pensées dont il est trop évident, hélas, que jamais, seuls, nous n'aurions pu les concevoir. Nous regardons de plus près et nous voyons se composer des merveilles tout humaines, Œdipe-Roi, ou Phèdre, ou un pamphlet de Voltaire, ou un poème de Hugo. Quelle chance nous avons ! Et de merveille en merveille, d'œuvre en œuvre, de siècle en siècle, il nous semble assister comme à un progrès de la lumière et voir la pensée critique des hommes lentement conquérir et organiser le monde.

Je pense bien que ce spectacle nous aide un peu à vivre, augmente notre confiance et notre audace. Vous connaîtrez bientôt, Messieurs, les mêmes joies. Vous sentez bien que vous avez beaucoup de chance.

780 mots

1 Fera ses humanités: formera son esprit par l'étude des lettres et des langues anciennes.

2 Révérence: grand respect.

Selon vous, que devrait enseigner une éducation humaniste de notre temps ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Consultez la proposition de corrigé pour évaluer la structure et les arguments de votre essai.

Énoncé: Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2023

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Selon vous, que devrait enseigner une éducation humaniste de notre temps ?

Réponse : Introduction : rappeler l'idéal humaniste né à la Renaissance (Rabelais) et interroger sa pertinence aujourd'hui. I. Une éducation humaniste doit former un jugement libre et critique : chez Rabelais, Gargantua reçoit de Ponocrates un enseignement qui allie exercice du corps et de l'esprit, curiosité et raisonnement, contre le bourrage mécanique de Thubal Holoferne ; chez Guéhenno, la classe n'est féconde que si elle confronte des esprits libres. II. Elle doit transmettre une culture générale qui relie sciences, lettres et arts comme autant de témoignages sur l'homme : Gargantua s'initie aux mathématiques, à l'astronomie, à la médecine autant qu'aux lettres antiques ; Guéhenno voit dans Platon, Hugo ou Voltaire les pièces d'un même dossier, celui de l'humanité. III. Enfin, une éducation humaniste doit éveiller un désir moral de dépassement de soi et de transmission : le précepteur ne doit pas seulement instruire mais rendre l'élève meilleur et désireux d'aller plus loin que ses maîtres, comme le souhaite Guéhenno pour ses futurs professeurs. Conclusion : l'éducation humaniste reste d'actualité car elle vise moins l'accumulation de savoirs que la formation d'un esprit libre, curieux et responsable, capable de faire vivre cet héritage pour les générations futures.

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