Tous les sujets du Bac 2024 · Toutes les annales du Bac de Français
Sujet du Bac STMG Français 2024 · Métropole remplacement
Sujet du Bac STMG de Français 2024, Métropole remplacement : 1 exercice corrigé. Thèmes : Commentaire de texte et Contraction de texte. Gratuit.
Thèmes du sujet : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
Exercice 1 - Commentaire de texte · Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
Objet d'étude: la poésie du XIXe au XXIe siècle
Yves Bonnefoy, Les Planches courbes, « La maison natale », VII, 2001.
Je me souviens, c'était un matin, l'été,
La fenêtre était entrouverte, je m'approchais,
J'apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
5 Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l'inaccompli ou l'impossible.
Il avait déposé la pioche, la bêche,
L'air était frais ce matin-là du monde,
10 Mais impénétrable est la fraîcheur même, et cruel
Le souvenir des matins de l'enfance.
Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,
Je ne le savais pas, je ne sais encore.
Mais je le vois aussi, sur le boulevard,
15 Avançant lentement, tant de fatigue
Alourdissant ses gestes d'autrefois.
Il repartait au travail, quant à moi
J'errais avec quelques-uns de ma classe
Au début de l'après-midi sans durée encore.
20 À ce passage-là, aperçu de loin,
Soient dédiés les mots qui ne savent dire.
(Dans la salle à manger
De l'après-midi d'un dimanche, c'est en été,
Les volets sont fermés contre la chaleur,
25 La table débarrassée, il a proposé
Les cartes puisqu'il n'est pas d'autres images
Dans la maison natale pour recevoir
La demande du rêve, mais il sort
Et aussitôt l'enfant maladroit prend les cartes,
30 Il substitue à celles de l'autre jeu
Toutes les cartes gagnantes, puis il attend
Avec fièvre, que la partie reprenne, et que celui
Qui perdait gagne, et si glorieusement
Qu'il y voie comme un signe, et de quoi nourrir
35 Il ne sait, lui l'enfant, quelle espérance.
Après quoi deux voies se séparent, et l'une d'elles
Se perd, et presque tout de suite, et ce sera
Tout de même l'oubli, l'oubli avide.
J'aurai barré
40 Cent fois ces mots partout, en vers, en prose,
Mais je ne puis
Faire qu'ils ne remontent dans ma parole).
Vous commenterez ce poème d'Yves Bonnefoy. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:
l'émotion du souvenir
la poésie du quotidien
Exercice 2 - Sujet A : Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation
Texte d'après Jeanne Guérout et Xavier Mauduit (sous la direction de), Histoire des préjugés, « introduction », 2023.
Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.
Texte d'après Jeanne Guérout et Xavier Mauduit (sous la direction de), Histoire des préjugés, « introduction », 2023.
Les préjugés sont des opinions a priori, défavorables, parfois favorables, des appréciations formulées par avance. Ils se construisent sur l'ignorance, la rumeur, l'apparence, ou encore la différence de l'autre. Par nature, ils sont donc condamnables, mais ils ont la vie dure car ils structurent notre imaginaire collectif: « Nous naissons, nous vivons, nous mourons dans l'atmosphère du mensonge », écrit en 1923 Antonin Artaud en préface de Au fil des préjugés, un recueil de textes du docteur Edouard Toulouse, pionnier de la psychiatrie. « Ce sont ces vices et ces déformations, vices de nature et vices de forme, ces toxines de notre activité mentale, que le monde appelle généralement des préjugés », précise Antonin Artaud.
Les historiennes et historiens se sont confrontés aux préjugés malveillants, ceux qui dénigrent et stigmatisent des groupes, ceux qui condamnent et fustigent. Il s'agit d'accusations qui, dans leur formulation, se présentent de manière plutôt simple, l'association d'un défaut – voleurs, violents, paresseux, fourbes, excentriques, hystériques, parasites, arrogants… – à un ensemble d'individus – les Tsiganes, les Mexicains, les Indiens, les Chinois, les Anglais, les femmes, les pauvres, les Français… Ces préjugés qui perdurent dans nos sociétés sont le fruit, pourri, d'une longue histoire.
Les préjugés sont partout, exprimant des distinctions raciale, sexuelle, sociale. Tout le monde ou presque en est victime, des banlieusards aux belles-mères, des gauchers aux gros. Chaque groupe pointé du doigt peut d'ailleurs être lui-même porteur de préjugés sur les autres, avec parfois des mises au ban intracommunautaires 1, comme c'est le cas avec les Aborigènes, qui évaluent leur appartenance au groupe en fonction de subtiles distinctions de coloration de peau. Derrière chaque polémique contemporaine se retrouvent des préjugés, qu'il s'agisse des vaccins, des végétariens, des écologistes ou encore des artistes… Ils peuvent même cibler autre chose que des groupes humains, les animaux, les couleurs, l'alimentation, les arts, la langue, ou encore les périodes historiques.
Les préjugés se distinguent des superstitions, qui germent dans l'univers de la crédulité, de la naïveté et du religieux. En 1767, dans son Discours sur l'influence des grands écrivains sur l'esprit de leur siècle, le moraliste Alain Chamfort considère que « quiconque a détruit un préjugé, un seul préjugé, est un bienfaiteur du genre humain ». Par la démonstration scientifique, les savants luttent contre les superstitions, avec des résultats significatifs à travers les siècles, sans qu'il ne faille jamais baisser la garde: nombreux sont ceux qui pensent que la Terre est plate et que l'homme n'a jamais marché sur la Lune.
Les préjugés s'inscrivent dans un passé lointain, une longue histoire. Tantôt ils varient selon les générations, tantôt ils sont conservés tels quels, avec, pour beaucoup, une résonance jusqu'à nos jours. Comment sont-ils nés et quelles en sont les racines ? Quelles étonnantes variations ont-ils connues et comment se sont-ils adaptés à des contextes différents et aux critiques qui – parfois – leur ont été opposées ?
Est-il dangereux d'énoncer des préjugés venimeux, au motif qu'on entend les dénoncer ? Dans un temps où la polémique surgit à chaque instant, ne serait-ce pas entretenir, voire légitimer ces préjugés en s'en faisant l'écho, en leur donnant une importance qu'ils ne méritent guère ? Convient-il de réactiver des discours de haine d'un autre âge qui objectivement font froid dans le dos, et d'humilier de nouveau, même de façon inconsciente ou par omission, les populations qui en ont fait les frais à travers l'histoire ?
C'est précisément parce que ces préjugés sont peut-être plus actifs que jamais, à l'heure du complotisme, des réseaux sociaux, des fake news et autres infox et de la flambée mondiale des populismes, qu'il est urgent de réagir et de proposer un véritable regard historique sur leur genèse 2, leurs mutations et surtout leur permanence. Il n'est possible de combattre que ce qui est identifié et conscientisé; plutôt qu'un illusoire oubli et un chimérique effacement, mieux vaut faire acte de mémoire et de contextualisation 3.
Il s'agit donc, par une approche historique, de constituer une sorte de manuel d'autodéfense intellectuel pour aider à lutter contre le sexisme, l'homophobie, le racisme et les discriminations. Il ne faut pas minimiser le danger: les préjugés sont des opinions si profondément ancrées et répandues qu'elles peuvent tuer à force de stigmatiser. Il s'impose de remonter à leur source, non pas pour nourrir une nostalgie délétère 4 du monde d'avant le politiquement correct (« c'était mieux avant », « on ne peut plus rire de rien »), mais afin de chercher à comprendre d'où ils viennent et pourquoi ils ont la peau si dure.
777 mots
1 Mises au ban intracommunautaires: exclusions à l'intérieur des communautés elles-mêmes.
2 Genèse: origine, commencement.
3 Contextualisation: action de situer dans l'histoire.
4 Délétère: destructrice.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 195 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 175 mots et au plus 215 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.
Exercice 2 - Sujet A : Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation
Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.
Texte d'après Jeanne Guérout et Xavier Mauduit (sous la direction de), Histoire des préjugés, « introduction », 2023.
Les préjugés sont des opinions a priori, défavorables, parfois favorables, des appréciations formulées par avance. Ils se construisent sur l'ignorance, la rumeur, l'apparence, ou encore la différence de l'autre. Par nature, ils sont donc condamnables, mais ils ont la vie dure car ils structurent notre imaginaire collectif: « Nous naissons, nous vivons, nous mourons dans l'atmosphère du mensonge », écrit en 1923 Antonin Artaud en préface de Au fil des préjugés, un recueil de textes du docteur Edouard Toulouse, pionnier de la psychiatrie. « Ce sont ces vices et ces déformations, vices de nature et vices de forme, ces toxines de notre activité mentale, que le monde appelle généralement des préjugés », précise Antonin Artaud.
Les historiennes et historiens se sont confrontés aux préjugés malveillants, ceux qui dénigrent et stigmatisent des groupes, ceux qui condamnent et fustigent. Il s'agit d'accusations qui, dans leur formulation, se présentent de manière plutôt simple, l'association d'un défaut – voleurs, violents, paresseux, fourbes, excentriques, hystériques, parasites, arrogants… – à un ensemble d'individus – les Tsiganes, les Mexicains, les Indiens, les Chinois, les Anglais, les femmes, les pauvres, les Français… Ces préjugés qui perdurent dans nos sociétés sont le fruit, pourri, d'une longue histoire.
Les préjugés sont partout, exprimant des distinctions raciale, sexuelle, sociale. Tout le monde ou presque en est victime, des banlieusards aux belles-mères, des gauchers aux gros. Chaque groupe pointé du doigt peut d'ailleurs être lui-même porteur de préjugés sur les autres, avec parfois des mises au ban intracommunautaires 1, comme c'est le cas avec les Aborigènes, qui évaluent leur appartenance au groupe en fonction de subtiles distinctions de coloration de peau. Derrière chaque polémique contemporaine se retrouvent des préjugés, qu'il s'agisse des vaccins, des végétariens, des écologistes ou encore des artistes… Ils peuvent même cibler autre chose que des groupes humains, les animaux, les couleurs, l'alimentation, les arts, la langue, ou encore les périodes historiques.
Les préjugés se distinguent des superstitions, qui germent dans l'univers de la crédulité, de la naïveté et du religieux. En 1767, dans son Discours sur l'influence des grands écrivains sur l'esprit de leur siècle, le moraliste Alain Chamfort considère que « quiconque a détruit un préjugé, un seul préjugé, est un bienfaiteur du genre humain ». Par la démonstration scientifique, les savants luttent contre les superstitions, avec des résultats significatifs à travers les siècles, sans qu'il ne faille jamais baisser la garde: nombreux sont ceux qui pensent que la Terre est plate et que l'homme n'a jamais marché sur la Lune.
Les préjugés s'inscrivent dans un passé lointain, une longue histoire. Tantôt ils varient selon les générations, tantôt ils sont conservés tels quels, avec, pour beaucoup, une résonance jusqu'à nos jours. Comment sont-ils nés et quelles en sont les racines ? Quelles étonnantes variations ont-ils connues et comment se sont-ils adaptés à des contextes différents et aux critiques qui – parfois – leur ont été opposées ?
Est-il dangereux d'énoncer des préjugés venimeux, au motif qu'on entend les dénoncer ? Dans un temps où la polémique surgit à chaque instant, ne serait-ce pas entretenir, voire légitimer ces préjugés en s'en faisant l'écho, en leur donnant une importance qu'ils ne méritent guère ? Convient-il de réactiver des discours de haine d'un autre âge qui objectivement font froid dans le dos, et d'humilier de nouveau, même de façon inconsciente ou par omission, les populations qui en ont fait les frais à travers l'histoire ?
C'est précisément parce que ces préjugés sont peut-être plus actifs que jamais, à l'heure du complotisme, des réseaux sociaux, des fake news et autres infox et de la flambée mondiale des populismes, qu'il est urgent de réagir et de proposer un véritable regard historique sur leur genèse 2, leurs mutations et surtout leur permanence. Il n'est possible de combattre que ce qui est identifié et conscientisé; plutôt qu'un illusoire oubli et un chimérique effacement, mieux vaut faire acte de mémoire et de contextualisation 3.
Il s'agit donc, par une approche historique, de constituer une sorte de manuel d'autodéfense intellectuel pour aider à lutter contre le sexisme, l'homophobie, le racisme et les discriminations. Il ne faut pas minimiser le danger: les préjugés sont des opinions si profondément ancrées et répandues qu'elles peuvent tuer à force de stigmatiser. Il s'impose de remonter à leur source, non pas pour nourrir une nostalgie délétère 4 du monde d'avant le politiquement correct (« c'était mieux avant », « on ne peut plus rire de rien »), mais afin de chercher à comprendre d'où ils viennent et pourquoi ils ont la peau si dure.
777 mots
1 Mises au ban intracommunautaires: exclusions à l'intérieur des communautés elles-mêmes.
2 Genèse: origine, commencement.
3 Contextualisation: action de situer dans l'histoire.
4 Délétère: destructrice.
Essai
En quoi la bonne éducation nous permet-elle de prendre conscience de nos préjugés et de nos fausses croyances ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2 - Sujet B : Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.
Texte d'après Rémi Brague, « Notre identité excentrique 1 », dans L'Identité, pour quoi faire ?, sous la direction de Jean Birnbaum, 2020.
Le plus souvent, on aborde la question de l'identité à travers une autre question, celle de l'appartenance. La question « Quelle est mon identité ? » est alors comprise comme signifiant: « À quel groupe appartenez-vous ? », ce groupe pouvant se situer sur des plans très différents, parfois parfaitement disparates. Ils sont toujours plusieurs, voire nombreux. Ils sont parfois explicites, et souvent discrets, voire cachés. Ainsi, quand nous nous présentons, nous indiquons par exemple notre prénom, puis notre patronyme, c'est-à-dire la famille à laquelle nous appartenons, notre nationalité, c'est-à-dire le pays dont nous sommes ressortissants, notre métier, c'est-à-dire la corporation visible ou invisible, organisée ou vague, dont nous sommes membres.
Ces appartenances peuvent être classées dans un ordre déterminé, et cet ordre sera révélateur de l'importance relative des déterminations pour la compréhension de soi. Ainsi, quand nous voulons décliner notre identité, nous procédons dans un ordre centrifuge: nous commençons par donner notre nom – en commençant par le prénom, ou par le patronyme si nous sommes hongrois, chinois ou japonais –, puis notre métier, ensuite l'institution où nous travaillons, et enfin le pays où nous exerçons. Un ami japonais m'a jadis expliqué que, dans son pays, c'était l'inverse. L'ordre y est centripète. Un collègue universitaire ferait une phrase du genre: « Du Japon, de l'Université Unetelle, du département de philosophie, je suis le professeur Untel », la politesse demandant en outre que l'on ne fasse que bredouiller son nom propre sans élever la voix – d'où l'utilité de la coutume qui consiste à donner sa carte professionnelle.
Ces éléments d'identité, ces pièces d'identité, si je puis jouer sur les mots, ne sont pas du même ordre. Ils comportent des caractéristiques que nous n'avons nullement choisies, mais qui nous ont été imposées. D'autres en revanche sont le résultat de choix plus ou moins libres. Ainsi, nous n'avons pas eu notre mot à dire pour le choix de notre école maternelle et primaire; nous avons eu voix au chapitre quant à l'orientation de nos études secondaires, un peu plus encore pour les études supérieures, et beaucoup plus quand nous avons dû choisir notre métier.
Quand nous venons au monde, on nous y reçoit, puis nous nous construisons. […] Tout parent en a entendu une version simplifiée de la bouche de son enfant adolescent: « Et pis d'abord, j'ai pas d'mandé à v'nir au monde ! », ce qui est aussi incontestable que de banale évidence. Puberté, que de fadaises on émet en ton nom !
Rappelons-le donc: nous ne choisissons pas l'époque pendant laquelle nous naissons, ni le lieu de notre naissance, les parents qui nous ont, l'un engendrés, l'autre enfantés, la langue que l'on nous a parlée et qui est devenue pour nous maternelle, la tradition religieuse ou au contraire agnostique dans laquelle nous avons baigné, etc.
Le temps joue ici un rôle important. Je viens de le signaler: plus l'enfant grandit, plus le facteur « choix » prend de l'importance. La croissance est une suite de crises plus ou moins longues, plus ou moins brutales, plus ou moins pénibles, pendant lesquelles nous pouvons rejeter une bonne partie de l'héritage reçu, ou au contraire l'assumer, la faire nôtre.
On observe un paradoxe inverse: en même temps, plus nous vieillissons ou, pour le dire plus gentiment, plus nous mûrissons, plus il arrive que nous ressentions que ce que nous n'avons pas choisi et qui nous pesait au départ avait aussi, tout bien réfléchi, du bon. […]
L'identité ne se réduit pas à l'appartenance. Appartenir à un collectif, quel qu'il soit, famille, groupe linguistique, nation coiffée ou non par un Etat, etc., ne fait certes pas de nous des objets. Nous demeurons des personnes. Reste que l'idée même d'appartenance implique une revendication du collectif sur l'individu, voire une pression qui peut être pesante.
L'individu peut répondre par une volonté d'indépendance. Il privilégiera alors la dimension de choix que comporte son identité. Mais là aussi, les choses ne sont pas simples. « Faire ce que l'on veut » est un très vaste programme. Car bien souvent, nous nous croyons libres de nos actions. Mais il faut ici écouter la leçon de Spinoza: la pierre qui tombe dans cette chute que l'on appelle ironiquement « chute libre », si elle était consciente, s'imaginerait qu'elle tombe librement. De même, pour reprendre les exemples du philosophe, l'ivrogne croit qu'il est libre de boire outre mesure, le moulin à paroles croit qu'il est libre de bavarder à tort et à travers.
781 mots
1 Excentrique: qui s'écarte d'un point considéré comme centre.
Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 195 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 175 et au plus 215 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.
Exercice 2 - Sujet B : Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.
Texte d'après Rémi Brague, « Notre identité excentrique 1 », dans L'Identité, pour quoi faire ?, sous la direction de Jean Birnbaum, 2020.
Le plus souvent, on aborde la question de l'identité à travers une autre question, celle de l'appartenance. La question « Quelle est mon identité ? » est alors comprise comme signifiant: « À quel groupe appartenez-vous ? », ce groupe pouvant se situer sur des plans très différents, parfois parfaitement disparates. Ils sont toujours plusieurs, voire nombreux. Ils sont parfois explicites, et souvent discrets, voire cachés. Ainsi, quand nous nous présentons, nous indiquons par exemple notre prénom, puis notre patronyme, c'est-à-dire la famille à laquelle nous appartenons, notre nationalité, c'est-à-dire le pays dont nous sommes ressortissants, notre métier, c'est-à-dire la corporation visible ou invisible, organisée ou vague, dont nous sommes membres.
Ces appartenances peuvent être classées dans un ordre déterminé, et cet ordre sera révélateur de l'importance relative des déterminations pour la compréhension de soi. Ainsi, quand nous voulons décliner notre identité, nous procédons dans un ordre centrifuge: nous commençons par donner notre nom – en commençant par le prénom, ou par le patronyme si nous sommes hongrois, chinois ou japonais –, puis notre métier, ensuite l'institution où nous travaillons, et enfin le pays où nous exerçons. Un ami japonais m'a jadis expliqué que, dans son pays, c'était l'inverse. L'ordre y est centripète. Un collègue universitaire ferait une phrase du genre: « Du Japon, de l'Université Unetelle, du département de philosophie, je suis le professeur Untel », la politesse demandant en outre que l'on ne fasse que bredouiller son nom propre sans élever la voix – d'où l'utilité de la coutume qui consiste à donner sa carte professionnelle.
Ces éléments d'identité, ces pièces d'identité, si je puis jouer sur les mots, ne sont pas du même ordre. Ils comportent des caractéristiques que nous n'avons nullement choisies, mais qui nous ont été imposées. D'autres en revanche sont le résultat de choix plus ou moins libres. Ainsi, nous n'avons pas eu notre mot à dire pour le choix de notre école maternelle et primaire; nous avons eu voix au chapitre quant à l'orientation de nos études secondaires, un peu plus encore pour les études supérieures, et beaucoup plus quand nous avons dû choisir notre métier.
Quand nous venons au monde, on nous y reçoit, puis nous nous construisons. […] Tout parent en a entendu une version simplifiée de la bouche de son enfant adolescent: « Et pis d'abord, j'ai pas d'mandé à v'nir au monde ! », ce qui est aussi incontestable que de banale évidence. Puberté, que de fadaises on émet en ton nom !
Rappelons-le donc: nous ne choisissons pas l'époque pendant laquelle nous naissons, ni le lieu de notre naissance, les parents qui nous ont, l'un engendrés, l'autre enfantés, la langue que l'on nous a parlée et qui est devenue pour nous maternelle, la tradition religieuse ou au contraire agnostique dans laquelle nous avons baigné, etc.
Le temps joue ici un rôle important. Je viens de le signaler: plus l'enfant grandit, plus le facteur « choix » prend de l'importance. La croissance est une suite de crises plus ou moins longues, plus ou moins brutales, plus ou moins pénibles, pendant lesquelles nous pouvons rejeter une bonne partie de l'héritage reçu, ou au contraire l'assumer, la faire nôtre.
On observe un paradoxe inverse: en même temps, plus nous vieillissons ou, pour le dire plus gentiment, plus nous mûrissons, plus il arrive que nous ressentions que ce que nous n'avons pas choisi et qui nous pesait au départ avait aussi, tout bien réfléchi, du bon. […]
L'identité ne se réduit pas à l'appartenance. Appartenir à un collectif, quel qu'il soit, famille, groupe linguistique, nation coiffée ou non par un Etat, etc., ne fait certes pas de nous des objets. Nous demeurons des personnes. Reste que l'idée même d'appartenance implique une revendication du collectif sur l'individu, voire une pression qui peut être pesante.
L'individu peut répondre par une volonté d'indépendance. Il privilégiera alors la dimension de choix que comporte son identité. Mais là aussi, les choses ne sont pas simples. « Faire ce que l'on veut » est un très vaste programme. Car bien souvent, nous nous croyons libres de nos actions. Mais il faut ici écouter la leçon de Spinoza: la pierre qui tombe dans cette chute que l'on appelle ironiquement « chute libre », si elle était consciente, s'imaginerait qu'elle tombe librement. De même, pour reprendre les exemples du philosophe, l'ivrogne croit qu'il est libre de boire outre mesure, le moulin à paroles croit qu'il est libre de bavarder à tort et à travers.
781 mots
1 Excentrique: qui s'écarte d'un point considéré comme centre.
Essai
Pour peindre quelqu'un, faut-il tenir compte de la société dans laquelle il vit ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le chapitre « De l'Homme » des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2 - Sujet C : Contraction de texte · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)
Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Contraction de texte
Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Texte d'après Patrick SAVIDAN, Voulons-nous vraiment l'égalité ?, 2015.
Observant le peu d'effets produits par notre désir bien informé d'égalisation, faut-il conclure à une forme d'hypocrisie généralisée ? Nous parlerions plus fréquemment des injustices sociales, les condamnerions rituellement, mais, au fond, n'y serions-nous pas moins indifférents ?
Ce serait assez surprenant. Nous pouvons en effet supposer que si nous acceptions réellement les injustices, nous nous attacherions davantage à les ignorer ou à leur trouver des raisons qu'à les décrire et à les dénoncer. Question de confort psychologique.
Pour s'en convaincre, il suffit de relever a contrario l'écart abyssal que l'on peut observer en France (mais aussi dans la plupart des pays avancés) entre le traitement réservé à la question des inégalités sur le territoire national et celui accordé au problème des inégalités à l'échelle du globe.
Dans les pays de l'extrême pauvreté, on meurt en effet beaucoup, sans que cela ne suscite, dans les pays riches, de réactions notables. Si, comme le suggère la philosophe Judith Shklar, l'hypocrite social est bien celui qui craint par-dessus tout le réel (il « ne peut pas supporter les preuves qui ébranleraient sa confiance » en l'ordre social, écrit-elle), alors, c'est évident: nous sommes en effet des hypocrites sociaux pour ce qui est de l'extrême pauvreté dans le monde.
Nous nous enveloppons d'un voile d'irréalité pour nous protéger nous-mêmes, face à des gens que nous n'écrasons certes pas directement mais que nous choisissons de ne pas voir et auxquels nous décidons de ne pas porter secours. De fait, personne ne pourrait supporter d'être constamment exposé à toute cette injustice. Ces inégalités globales meurtrières, nous ne voulons pas les voir pour ce qu'elles sont. Par un attachement immodéré à l'idée de frontières, qui conduit à donner à la solidarité des accents au mieux nationaux, se constitue là – sans scrupules notables – le dernier refuge de notre plus grande hypocrisie sociale.
En 1846, Victor Hugo a rapporté dans ses carnets le détail d'une scène de rue particulièrement révélatrice. Il évoque un homme misérable, « pâle, maigre, hagard » emporté par deux soldats pour avoir volé un pain. À proximité, dans une voiture « armoriée portant aux lanternes une couronne ducale », « une femme en chapeau rose, en robe de velours noir, fraîche, blanche, éblouissante, qui riait et jouait avec un charmant petit enfant de seize mois enfoui sous les rubans, les dentelles et les fourrures. Cette femme ne voyait pas l'homme terrible qui la regardait ». Hugo, décrivant ces regards qui ne se croisent pas, souligne l'aveuglement auquel conduisent l'aisance matérielle et l'assurance recluse du privilégié. Hugo ne montre pas seulement ce pauvre, il dévoile aussi ce regard riche qui l'ignore et qui est vu l'ignorant. Il y a, de la part de l'auteur des Misérables, la volonté de dénoncer ainsi l'indifférence et d'avertir: cette asymétrie des regards pourrait bien être le fuel d'une « révolution qui vient ». [...]
On en trouve aussi la trace dans l'œuvre de certains peintres. Par exemple, dans un tableau de Telemaco Signorini, on voit un groupe d'hommes, pauvrement vêtus, courbés par l'effort qu'ils produisent pour tirer à contre-courant une embarcation, tandis qu'à quelques pas se tiennent un père de famille, en tenue bourgeoise, et sa très jeune fille. [...] Le père regarde au loin la mer, complètement indifférent à la présence de ces hommes bêtes de somme, harnachés, harassés, ahanant sous une grande lumière toscane.
Nous pourrions multiplier les figurations de cette dénonciation de l'indifférence. Elles confirmeraient toutes qu'il s'agit bien de montrer la misère, mais de rendre également perceptible le fait de ne pas la voir.
Aujourd'hui, nous n'en sommes plus là. Les formes que prennent actuellement la pauvreté et l'exclusion dans les pays riches se sont transformées, mais, avec elles, ont également évolué et se sont intensifiées les manières de les rendre visibles.
Subsistent bien sûr des zones d'ombre et des formes de déni (en particulier lorsque l'on a affaire à de la discrimination et de la domination), mais on ne peut plus parler d'aveuglement en matière d'inégalités sociales. Notre attitude n'est plus celle des privilégiés du XIX ème siècle; elle diffère aussi grandement de celle que nous adoptons à l'égard des injustices globales: nous percevons les inégalités sociales, les réprouvons et estimons manifestement qu'elles sont de notre ressort. Nous ne pouvons plus être des hypocrites sociaux, nous voyons des « inégalités » et non plus des « différences ».
818 mots
Vous résumerez ce texte en 201 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 181 et au plus 221 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de la contraction, le nombre total de mots utilisés.
Exercice 2 - Sujet C : Essai · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Essai
Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Texte d'après Patrick SAVIDAN, Voulons-nous vraiment l'égalité ?, 2015.
Observant le peu d'effets produits par notre désir bien informé d'égalisation, faut-il conclure à une forme d'hypocrisie généralisée ? Nous parlerions plus fréquemment des injustices sociales, les condamnerions rituellement, mais, au fond, n'y serions-nous pas moins indifférents ?
Ce serait assez surprenant. Nous pouvons en effet supposer que si nous acceptions réellement les injustices, nous nous attacherions davantage à les ignorer ou à leur trouver des raisons qu'à les décrire et à les dénoncer. Question de confort psychologique.
Pour s'en convaincre, il suffit de relever a contrario l'écart abyssal que l'on peut observer en France (mais aussi dans la plupart des pays avancés) entre le traitement réservé à la question des inégalités sur le territoire national et celui accordé au problème des inégalités à l'échelle du globe.
Dans les pays de l'extrême pauvreté, on meurt en effet beaucoup, sans que cela ne suscite, dans les pays riches, de réactions notables. Si, comme le suggère la philosophe Judith Shklar, l'hypocrite social est bien celui qui craint par-dessus tout le réel (il « ne peut pas supporter les preuves qui ébranleraient sa confiance » en l'ordre social, écrit-elle), alors, c'est évident: nous sommes en effet des hypocrites sociaux pour ce qui est de l'extrême pauvreté dans le monde.
Nous nous enveloppons d'un voile d'irréalité pour nous protéger nous-mêmes, face à des gens que nous n'écrasons certes pas directement mais que nous choisissons de ne pas voir et auxquels nous décidons de ne pas porter secours. De fait, personne ne pourrait supporter d'être constamment exposé à toute cette injustice. Ces inégalités globales meurtrières, nous ne voulons pas les voir pour ce qu'elles sont. Par un attachement immodéré à l'idée de frontières, qui conduit à donner à la solidarité des accents au mieux nationaux, se constitue là – sans scrupules notables – le dernier refuge de notre plus grande hypocrisie sociale.
En 1846, Victor Hugo a rapporté dans ses carnets le détail d'une scène de rue particulièrement révélatrice. Il évoque un homme misérable, « pâle, maigre, hagard » emporté par deux soldats pour avoir volé un pain. À proximité, dans une voiture « armoriée portant aux lanternes une couronne ducale », « une femme en chapeau rose, en robe de velours noir, fraîche, blanche, éblouissante, qui riait et jouait avec un charmant petit enfant de seize mois enfoui sous les rubans, les dentelles et les fourrures. Cette femme ne voyait pas l'homme terrible qui la regardait ». Hugo, décrivant ces regards qui ne se croisent pas, souligne l'aveuglement auquel conduisent l'aisance matérielle et l'assurance recluse du privilégié. Hugo ne montre pas seulement ce pauvre, il dévoile aussi ce regard riche qui l'ignore et qui est vu l'ignorant. Il y a, de la part de l'auteur des Misérables, la volonté de dénoncer ainsi l'indifférence et d'avertir: cette asymétrie des regards pourrait bien être le fuel d'une « révolution qui vient ». [...]
On en trouve aussi la trace dans l'œuvre de certains peintres. Par exemple, dans un tableau de Telemaco Signorini, on voit un groupe d'hommes, pauvrement vêtus, courbés par l'effort qu'ils produisent pour tirer à contre-courant une embarcation, tandis qu'à quelques pas se tiennent un père de famille, en tenue bourgeoise, et sa très jeune fille. [...] Le père regarde au loin la mer, complètement indifférent à la présence de ces hommes bêtes de somme, harnachés, harassés, ahanant sous une grande lumière toscane.
Nous pourrions multiplier les figurations de cette dénonciation de l'indifférence. Elles confirmeraient toutes qu'il s'agit bien de montrer la misère, mais de rendre également perceptible le fait de ne pas la voir.
Aujourd'hui, nous n'en sommes plus là. Les formes que prennent actuellement la pauvreté et l'exclusion dans les pays riches se sont transformées, mais, avec elles, ont également évolué et se sont intensifiées les manières de les rendre visibles.
Subsistent bien sûr des zones d'ombre et des formes de déni (en particulier lorsque l'on a affaire à de la discrimination et de la domination), mais on ne peut plus parler d'aveuglement en matière d'inégalités sociales. Notre attitude n'est plus celle des privilégiés du XIX ème siècle; elle diffère aussi grandement de celle que nous adoptons à l'égard des injustices globales: nous percevons les inégalités sociales, les réprouvons et estimons manifestement qu'elles sont de notre ressort. Nous ne pouvons plus être des hypocrites sociaux, nous voyons des « inégalités » et non plus des « différences ».
818 mots
L'indifférence est-elle le principal ennemi à combattre lorsqu'on écrit pour l'égalité ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Tu peux aussi réviser par thème
Entraîne-toi sur un thème avec les exercices des sujets de toutes les années.
- Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · 45 exercices · 80 % de chances de tomber
- Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · 45 exercices · 80 % de chances de tomber
- Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · 7 exercices · 55 % de chances de tomber
- Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · 5 exercices · 40 % de chances de tomber
- Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle · 3 exercices · 40 % de chances de tomber